SCENE XV JACINTHA, ANDRÉA, L'ANGLAIS
JACINTHA. = Une brave fille, celle-là, méchante comme la méchanceté; mais elle met de l'argent de côté... dans le
ciel.
ANDRÉA. =. Oui, elle donne tout ceqy'elle a.
JACINTHA. = Un bureau d'esprit et de charité. Ah ! tu te maries ! Eh bien, moi je ne finirai pas par le mariage. Ah! si j'avais été libre de mes mouvements, j'aurais peut-être commencé par là. Comme tu vas t'ennuyer I
ANDRÉA. = M'ennuyer ! Allonsjdonc l quand on s'ennuie on pense à autre chose, comme dit mademoiselle Brohan.
(Jaciutha rit ; rAnglais rit plus fort et demande pourquoi.)
JACINTHA. = Et tu quittes décidément le théâtre?
ANDRÉA. = Oui.
JACINTHA, avec ironie. = Qu'est-ce que tu vas faire de ton talent?
ANDRÉA. = Je me donnerai le luxe de me jouer la comédie à moi-même.
JACINTHA. == C'est vrai. Et puis, dans le mariage il y a des distractions: par exemple, les séparations de corps
quand les biens sont mangés. (Elle rit, l'Anglais rit toujours et demande pourquoi.)
ANDRÉA. = Je suis de très bonne foi; j'aime M. de Contant et je lui porte beaucoup d'intérêt.
JACINTHA. = Parce qu'ilaun capital.
ANDRÉA. =11 yade la vertu au théâtre comme ailleurs. Le maréchal de Saxe a pris Fontenoy et n'a jamais pu prendre madame Favart. Vois-tu toujours Raoul?
JACINTHA, =Un homme qui ne tieHt à rien.
ANDRÉA. = Il tient à sa maîtresse.
JACINTHA. = Voilà pourquoi il ne tient à rien.
L'ANiiLAis. = Yes.
JACINTHA. = Dis donc; puisque tu te maries, tu me donneras ton amie laide, car je n'en ai plus. Adieu, vas te marier! Viens donc voir le bracelet qu'on m'a donné hier.
ANDRÉA. = Qu'est-ce qui te donne des bracelets?
JACINTHA. = Je ne sais pas: tout le monde. C'est peutêtre ton mari futur, car c'est un homme charmant que nous apprécions toutes.
ANDRÉA. = n m'était difficile d'épouser un homme qui n'eut pas été apprécié par toi.. . Quand prends-tu congé?
JACINTHA. = Le mois prochain. J'irai me reposer dans la terre du jeune lord.
ANDRÉA. = Est-ce qu'il a encore une terre? Il y a si longtemps que tu vis dessus.
l'anglais. = Yes.
ANDRÉA. = Tu viens voir la débutante. Est-ce que tu crois à sa vertu ?
JACINTHA. = Non; mais je crois à son talent.
ANDRÉA. =3 Moi, je crois à sia vertu, mais je ne crois pas à son talent. Et toi, crois-tu à ton talent et à ta vertu?
JACINTHA. = Tu as toujours une dent contre moi, mais c'est une dent fausse.
ANDRÉA. = Ah! que tu as la ride méchante. (Elles s'ea
vont.)