‹ La comédie au coin du feuChapitre 169 sur 200 · SCÈNE XVI JOUEURS D'ÉCHECS, HABITUÉS, COMÉDIENS · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI JOUEURS D'ÉCHECS, HABITUÉS, COMÉDIENS

DEUX DIPLOMATES avec le pantalon à la d'Ormancy, puis

D'ORMANCY.

A cet instant, une dispute s*élève sourdement entre les joueurs d'échecs.

JOUEUR BRUN. = Vous avcc perdu.

JOUEUR BLOND, = Au Contraire.

JOUEUR BRUN. = Je parie ccnt sous.

JOUEUR BLOND. = Je parie ccnt mille francs.

UN COMÉDIEN. = Js parie la tête du ministre.

JOUEUR BLOND. = Je prends à témoin M. Jcan quî nous voit jouer depuis deux heures.

LE SPECTATEUR DU JEU. = Je nc sals pas le jeu.

PREMIER DIPLOMATE. = Comment, vous ne savez pas le jeu ! il y a dix ans que vous regardez jouer.

LE SPECTATEUR. = C'est vrai ; cela m'amuse, mais je ne comprends pas.

Les deux joueurs partent d'un éclat de rire,

DEUXIÈME DIPLOMATE. = Qu'y a-t-il là de si singulier; nous sommes tous des spectateurs au jeu de la vie. Gela nous amuse, mais nous ne comprenons pas.

Deux comédiens à la cheminée lisant le tableau du répertoire.

PREMIER COMÉDIEN, lisant. = Les histoives de la reine Margot. C'est ennuyeux je joue demain,

DEUXIÈME COMÉDIEN. = C'cst eunuyeux, je ne joue pas demain.

PREMIER COMÉDIEN. = Quelle direction!

DEUXIÈME COMÉDIEN. = Quel répertoire I

M. DE SARMATTES, pantalon à la d'Ormancy, = Une belle

soirée, messieurs.

PREMIER COMÉDIEN. = Il pleut à vcrsc !

M. DE SARMATTES. = Beaucoup d'argent.

LE COMÉDIEN. = Il n'y a que des billets de faveur.

LE DUC DE CORDO VA, rentrant au foyer. = DiteS donC, Sar-

mattes elle est bien jolie la jeune madame de Riancourt, quelle enfant gâtée. Max aura fort à faire. Il m'a paru quelque peu inquiet quand elle a parlé de la vengeance des femmes. Max va retourner h Léa. Si sa femme se venge je tâcherai de n'être pas à Madagascar.

LE COMÉDIEN. = temps I ô mœurs! On se met en quatre pour faire un vaudeville, on se met en huit pour faire un agent de change, et on ne se compte plus sur la

liste civile d'une danseuse; quart d'homme d'esprit, huitième d'agent de change, seizième d'amant. Trouvez-moi un homme au milieu de tout cela. Talma. (il lève les

bras au ciel.)

AURORE, revenant. = Oui, tout le monde met de l'eau dans son vin. Et le vin est si mauvais depuis longtemps ! Ah I comme les hommes sont frelatés!

M. DE SARMATTES, sentencieus<»ment. = HeurCUSement quC

le théâtre est l'école des mœurs !

LE VIEUX COMÉDIEN. ■= C'cst le théâtre de Berquin qui est l'école des mœurs. Le théâtre de Corneille est l'école du beau ; le théâtre de Molière est le théâtre de la raison.

M. DE SARMATTES. = Le quHl mouTut! de Pierre Corneille, est une belle chose.

AURORE. = Qui est-ce qui vous a dit cela ?

M. De SARMATTES. = Avec dc l'argent, on n'est pas en peine.

AURORE. = Combien cela vous a-t-il coûté?

M. DE SARMATTES. = Vingt-cinq mille francs de collège, comme à tout le monde, le grec, le latin, la philosophie et les armes.

AURORE. = Eh! bien, si vous trouvez jamais vingt-cinq louis de tout cela, je vous conseille de les prendre bien vite. Vous avez là un bien beau pantalon ; qu'est-ce que c'est que cette étoffe -là?

M. DE SARMATTES. «= Vous ne savez pas l'histoire ? Le tailleur du comte d'Ormancy était ruiné parce que nous ne le payions pas. Le comte a voulu faire sa fortune: il a coupé lui-même un pantalon dans une étoffe destinée à son palefrenier. Le lendemain nous avons voulu tous avoir le même pantalon. Cela ne vaut pas cent sous, mais nous l'avons tous payé cent francs.

AURORE. = Panurgps!

M. DE SARMATTES. = Mademoiselle Auporc, je suis à vos pieds et je vous supplie de ra'accorder la menue monnaie de votre cœur.

AURORE. = Je ne donne qu'aux pauvres, mon cher. Entendez-vous comme ils applaudissent; Léa n'a jamais si bien joué.

LE JOUEUR d'échecs. = Et ccttc débutante ?

AURORE. = Un mur de glace que ce public. Elle a le mont Blanc devant elle. Et pourtant, elle joue comme un ange.

LE JOUEUR d'échecs. = Etlapiècc?

LE COMÉDIEN. = Il n'y a plus de pièces puisqu'il n'y a plus de comédiens.

LE JOUEUR d'échecs. = Il n'y a plus de comédiens puisqu'il n'y a plus de pièces.

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