SCENE lïl LÉA, BLANCHE
BLANCHE, à part. = Enfin elle est seule... (Hant.) C'est itioi. Savez- vous pourquoi je viens?... C'est parce qu'il viendra lui-même. Il va partir sans me dire adieu, mais il vous dira adieu, à vous.
LÉA. = Cette fois, ce serait le dernier adieu, car je n'y survivrai pas.
, BLANCHE. =Ahî vous mourez et vous croyez que tout est fini ! Et moi? j'irai au couvent, n'est-ce pas ? j'irai pleurer tout un demi-siècle mes fautes qui sont les vôtres?
LÉA. = Pauvre femme ! Je comprends, vous avez peur de la solitude comme d'un autre tombeau.
BLANCHE. = Oui, j'ai peur d'y entrer toute vivante.
LÉA. = Vous avez à choisir : il vous reste l'enfer de la vielle monde des femmes déchues.
BLANCHE. = Vous êtes revenue des passions, vous?
LÉA. := Vous ne les connaissez pas encore et vous êtes curieuse ! Eh bien ! jetez-vous dans ce dédale où l'on cherche toujours et où l'on ne trouve jamais. Que j'en ai vu de ces pauvres femmes, nées pour êtr^ mères de famille, et qu'une aventure a jetées parmi nous. Elles nous avaient vu rire de loin et croyaient qu'il n'y avait qu'à ouvrir les lèvres. Elles ne savaient pas que nous cachons nos larmes. Croyezmoi, il n'y a sur la terre qu'une bonne chose à faire, c'est l'accomplissement du devoir. Mon devoir est de mourir : eh bien ! je saura^i mourir! Votre devoir à vous, est de suivre votre mari ou de cacher au couvent le nom qu'il vous a donné.
BLANCHE. = Oui, je prendrai le courage que je n'ai pas. Car je meurs de ne pas être aimée de Max. Je donnerais ma vie pour une heure d'amour.
LÉA, à part. =: Une heure. Pauvre femme! il m'a aimée
un siècle ! (Haut.) Vous Taimerez demain ? vous Taimerez toujours?
BLANCHE. = Toujoufsl et cncore plus longtemps.
ÈÉA. =r Mais savez-vous bien ce que c'est que de donner son âme dans un battement de cœur?
BLANCHE. = Voyez...
Elle prend la main de Léa et la porte à, son cœur.
LÉ A, à part. = Oui, c'est comme moi. (Haut.) Vous me jurez que Max sera bien heureux avec vous? Vous lui donnerez des enfants et vous ne lui laisserez pas le temps de regarder par la fenêtre.
BLANCHE. = Je vivrai pour lui.
LÉA. = Eh bien! il vivra pour vous.
BLANCHE. = Gomment ferez-vous ce miracle?
LÉA. = C'est mon secret.
BLANCHE. = Dites-le-moi.
LÉA. = Cette lettre qui vous perd aux yeux de Max...
BLANCHE. = Vous ne doutez pas...
LÉA. = Chut ! la vertu ne se défend^ pas. Cette lettre, je lui dirai qu'elle était pour moi. Voyez : j'ai une enveloppe de la même écriture. Je lui dirai que ce n'est pas vous, que c'est moi qui l'ai trahi, .je lui dirai que j'étais la maîtresse du duc!...
BLANCHE. = Il ne vous croira pas.
LÉA. = Vous verrez. Vous trouvez cela tout simple, n'estce pas ? La maîtresse de celui-ci peut bien être la maîtresse de celui-là... (A part.) Oh! mon pauvre cœur, tu vas mourir dans cette calomnie !
BLANCHE. = Entendez- vous? C'est Max.
LÉA. — Entrez vite par là.
Elle pousse Blanche dans la chambre voisine.
LES COMÉDIENNES :î89