SCÈNE X
Les Mêmes, MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE.
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Madame la marquise!
MADAME DE MONTESPAN. = Que je suis contente de vous voir, duchesse!
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. z= PouF la dernière fois.
MADAME DE MONTESPAN. = Ne me dites pas cela.
Elle embrasse mademoiselle de la Vallière. En ce moment le roi quitte la
table de jeu, au fond.
LE ROI, descendant, à Lauzun. == JugeZ-nOUS, monsieUF de
Lauzun, nous avons joué et le coup est douteux.
LAUZUN, remontant. = Sire, VOUS avez tort.
LE ROI, se levant. = Et comment pouvez-vous me donner tort avant de connaître le coup ?
LAUZUN. = Ah! Sire, ne voyez-vous pas que pour peu que la chose eût été douteuse, tous ces messieurs vous eussent donné gain de cause.
LE ROI. = C'est Salomon lui-même qui a parlé. Apewe-
entendu, vous restez à Versailles. Nous vous aimons beaucoup ; demandez à la marquise !
MADAME DE MONTESPAN, d'un air distrait. = Oui, nOUS
vous adorons^ duchesse.
Elle sort à droite, pan coupé.
LE ROI. = Venez ce soir danser avec elle.
MADEMOISELLE DE LA VALUÈRE. = Sire, tOUt le moudc
part à la fin d'avril, je pars aussi. Ce n'est pas le même chemin, je n'y retrouverai pas le roi, mais j'y retrouverai
Dieu. (Voyant que madame de Montespan est à la glace,) Sire, je meUFS
de chagrin !
LE ROI. = Allons, Louise, voici la saison des cavalcades et des fêtes.
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Sire, il n'y a plus de fêtes pour moi !
LE ROI. = Nous ne pouvons pas toujours tourner dans le même cercle : votre cœur n'aime que les orages ; pour moi, j'en suis revenu. Je vois avec peine que vous prenez tout cela au tragique...
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE, éclatant en sanglots. =
Il y a un amour qui ne se trompe pas; laissez-moi toute à mon repentir.
LE ROI. = Madame, le repentir c'est un second amour... On se repent toujours dans les bras de quelqu'un.
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Quoi, Sire, quaud je veux me cacher au couvent...
LE ROI. = Toujours le couvent! Cette nouvelle équipée n'est-elle, comme on le dit, que la préface de votre mariage avec Lauzun?
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Mou mariage avec M. de Lauzun I Où donc Votre Majesté a-t-elle vu cela?
LE ROI. = J'ai vu cela depuis quelque temps; mais ce mariage est impossible, je suis jaloux. C'est pour cela que j'ai presque promis à Lauzun la main de la grande Mademoiselle.
LE RO^ SOLEIL lOi
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈ&E. = VoUS éteS jaloUX
de madame de Montespari?... Écoutez-moi bien. Sire : avant le roi, il y avait Dieu ; après le roi, il n'y aura que Dieu I LE ROI, heureux. = Ainsi, VOUS n*aimez pas Lauzun?
Il lui baise la main.
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Yous le demandez en voyant mes larmes.
LE ROI, à part, = Ah ! elle n'aime pas Lauzun! Je n'aime pas à voir pleurer. Si vous ne prenez pas la vie comme elle vient, à Versailles, sans ces torrents de larmes, si mon amitié tient si peu de place dans votre cœur, je n'ai plus qu'un mot à vous dire : Adieu!
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Sire, je mourrai de chagrin!
MADAME DE MONTESPAN, eotraat en scèae. :^ Que COm-
plotez-vous là tous les deux?
Mademoiselle de la Vallière s' écartant à droite, les courtisans entrent.
LE ROI. = Nous parlions des fables de monsieur de Lafontaine.
On apporte la table.
MADAME DE MONTESPAN. = N'allcz pas VOUS eufuir, au moins, duchesse. Que deviendrait mon souper sans voust
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = G'eSt Vrai, c'est
moi qui en fais la curiosité. Je resterai, madame.