SCENE X
Les Mêmes, LACHENAIS.
LACHENAis. = Sire I
LE ROI. Emparez-vous de monsieur de Lauzun et conduisez-le à la Bastille sous bonne escorte.
LAUZUN. = Ah ! voilà bien la suprême raison du grand roi : la Bastille ! Mais ni la Bastille, ni Pignerol, ni toutes vos forteresses, entendez-vous bien, Sire, ne sauraient empêcher Lauzun de parler aujourd'hui. — Vous tomberez de votre piédestal, et votre chute sera plus grande encore que votre grandeur. — L'histoire, l'implacable histoire dira que Louis XIV, l'artiste du pouvoir absolu, le héros de roman, le beau danseur de ballets, reçut des mains de Richelieu la France glorieuse, prospère et forte ! Elle dira que Louis XIV, jaloux de Richelieu, affaiblit le pays par des guerres orgueilleuses et le ruina par des dépenses insensées!... Elle dira que Louis XIV, jaloux de Henri IV, livra la France aux fureurs des ultramontains, afin de défaire Vœuvre de son aïeul ! Elle dira eniin que Louis le Grand, jaloux du succès d'un petit cadet de Gascogne, l'embastilla un beau jour pour se défaire d'un rival! Voilà ma prédiction ! Sire 1 qu'en dites- vous ?...
LE ROI, calme et souriant. == Je dis, monsieur le duc, que vous avez insulté le roi, un crime de lèse-majesté I Je pourrais faire tomber votre tête; mais le roi est toujours le roi, c'est-à-dire maître de lui comme des autres ! Si je daignais répondre à vos insolences, je dirais que Dieu me domine, mais que je domine mon siècle. Quoi qu'il m'advienne, je garderai ma grandeur d'àme. Entre deux victoires j'ai mes caprices et mes distractions, je fais Lauzun duc, et Vivonne maréchal de France. Je permets qu'on m'amuse, mais je ne permets pas qu'on m'ennuie. Vous avez eu vos bonnes heures, et je ne désespère pas que vous ne puissiez vous
U4 LA gomédih: au coin du fêu
amuser encore... quand quelques années de Bastille auront passé sur votre tète... Allez, Lachenais I
LACHE NAIS, à Lauzun. =• MonsieuF le duc...
LAUZUN. = Oui, monsieur.
11 so couvre fidrement et sort .