SCENE XI Les Mêmes, LA BOHÉMIENNE
VI VON NE. = Oh ! cette vieille sorcière!
madame de maintenon. Qu'est-ce donc?
VI VON NE. = Ne voyez- vous pas que c'est une bohémienne.
madame de maintenon. = C'est étrange, il me semble que je reconnais cette femme. (S'approchant.) = Chut! je suis la marquise de Maintenon.
LA bohémienne. = Vous êtes la reine.
vivo N NE. = A quoi voyez- vous cela, vieille sibylle ?
LA BOHÉMIENNE. = N'ai-je pas dit qu'elle serait la reine, quand je l'ai rencontrée il y a sept ou huit ans sur l(î champ de bataille ?
LE ROI, s'approchant, avec un sourire railleur. == Il y a donc Ulie
nouvelle présentation à la cour. Quelle est donc cette nouvi'ile princesse?
vivoNNE. = Une vraie princesse des contes de fées.
LA BOHÉMIENNE. = Ce n'est pas la première fois que j'ai l'honneur de parler à Sa Majesté le roi Soleil. Ne lui ai-je pas prédit sur le champ de bataille tous ses triomphes.
LE ROI. == pt aujourd'hui, que me prédis-tu?
LA BOHÉMIENNE, lentement. == Sire, le SOleil est à SCH
Zénith, il va descendre dans les nuages, que dis-je, dans les nuées. Le soleil se couchera dans la pourpre des rois; mais prenez garde. Sire, il y a un proverbe de l'Orient qui
dit : La pourpre des rois est faite souvent de la couleur du sang de leur peuple.
LE ROI. = Cette femme est folle.
LA BOHÉMIENNE. = Sire! vous êtes grand, mais Dieu est plus grand. Priez Dieu!
Le roi s'éloigne avec la marquise.
VI YONNE, à la bohémienne. = PourqUOi diable allez- VOUS
dire au roi des bêtises comme celle-là?
LA BÇHÉMiENNE. Quc voulez-vous ! je ne me possède pas ; c'est la vérité qui parle par ma bouche.
VI YONNE. = Et moi, aurai-je un beau soleil couchant?
LA BOHÉMIENNE. = Ah ! oui, uu soleil couchant couleur lie de vin.
LE ROI, impatienté, aux courtisans. = AllonS, messieurs, en
chasse.
Ils sortent.
MADAME DE MO N TE SP A N, revenant sur la scène. = Quaild je
pense que j'ai abdiqué ma couronne d'épouse et de mère pour être de ces folies !
LA BOHÉMIENNE. = Dieu soit avcc vous, ma belle dame !