‹ La comédie au coin du feuChapitre 8 sur 200 · HENRI, MADAME X, L'ÉTUDIANT, ROSINE · texte numérisé non relu

HENRI, MADAME X, L'ÉTUDIANT, ROSINE

MADAME X apparaît on livre à la main^ elle voit Henri à la déroba.

= Ce livre m'ennuie. Qui sait le commencement sait la un. Elle regarde ses roses. C'est étonnant 1 est-ce que mon voisin cueillerait mes roses ?

ROSINE9 respirant le bonqaet. = Le SOleil luit pour tOUt le

monde.

l'étudiant. = Rosine?...

ROSINE. =: Chut I Cela m'amuse; il me semble que je lis un roman. Regardons bien. Nous sommes à la comédie.

HENRI, à part. = Que cetto femme est ténébreuse! C'est tout un conte, c'est toute une histoire, c'est tout un poème I Si je lui parlais î Pourquoi pas, puisque je n'ai rien à lui dire.

madame X. = n me semble que mon voisin a décidément quelque chose à me dire.

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HENRI, salnant. = Madame, puisque aussi bien nous voyageons sur la même route, c'est-à-dire à la fenêtre, nous pourrions nous parler un peu par-dessus ce mur mitoyen. Vous le savez, madame, quand deux voyageurs se rencontrent sur le grand chemin, — comme ici, — ils ont le bon esprit de supprimer tous les avant-propos, inventés par ceux qui n'avaient rien à dire ou rien à faire. On y va gaiement, le cœur sur la main. On se rencontre, on est bon compagnon pendant une heure, on partage le même souper à r auberge et le même enthousiasme dans le paysage ou dans le monument ; on se quitte tout aussi gaiement qu'on s'est rencontré ; on ne pense même pas à se dire adieu.

MADAME X. = Gomme vous dites si bien. Monsieur, nous pouvons nous parler ; car ici autant en emporte le vent !

HENRI, avec une pointe d'impertinence. = Et puis, nOUS aVOns

trop voyagé, je suppose, pour craindre désormais les voyages.

MADAME X. = Où êtes-vous donc allé?

HENRI. = Voulez-vous parler. Madame, des voyages du cœur?

MADAME X. = Il est bien question de cela! C'est à vos pieds que j'ai l'honneur de parler.

HENRI. = Je suis allé partout, et encore plus loin. J'ai même fait le tour de moi-même.

MADAME X. = Moi, je n'ai fait que le tour du monde.

HENRI. = Aimant les voyages, et ne sachant où aller, je me suis avisé, un matin que le soleil, selon sa coutume, s'était levé plus tôt que moi, d'ouvrir ma fenêtre.

MADAME X. = Ouvrir sa fenêtre, c'est ouvrir la porte du monde.

HENRI. = Oui, Madame, mais on ne passe pas le seuil.

Il regarde le grillage qui séparo le balcon.

MADAME X. = Prenez garde, Monsieur, vous allez abattre un pan de notre mur mitoyen.

If LA COMÉDIE AU COIN DU FEU

HENEI. == Je n'en serais pas plus avancé. A quoi bon, d'ailleurs? Je ne yeux pas, comme on dit, tomber dans la gueule du loup. Pardonnez-moi cette périphrase.

MADAME X. = Voilà qui est d'un style délicat.

HENRI. = Les loups ont de belles dents, mais des dents aiguës. Je ne veux pas me livrer à l'ennemi. Oh! les enfants, ceux-là qui jouent cartes sur table, bon jeu, bon argent I

. MADAME X. = Quelle est la femme bien apprise qui ne voit pas le dessous des cartes?

HENRI. = Vous la première. Dites-moi un peu pourquoi jp vous ai parlé aujourd'hui ?

MADAME X. s=Pour savoir mon secret. Mais vous entreprendrez plus d'un voyage chez moi sans reconnaître le pays.

HENRI. = C'est de la haute politique.

MADAME X. = Oui, une femme d'esprit est un homme politique qui ne dit pas son dernier mot. Son secret, c'es* toujours le secret de l'Etat.

HENRI. = Dieu lui-même n'a jamais dit le sien.

MADAME X. = Vous dcvcuez rêveur.

HENRI. =• Je songe « que toute femme est amère et n'a dans sa vie que deux bonnes heures : l'heure de l'amour et l'heure de la mort. »

MADAME X. = La belle pensée! Est-ce de vous?

HENRI. = Je crois que oui.

MADAME X. = Vous avez de l'esprit.

HENRI. = Il y a aujourd'hui beaucoup de gens d'esprit, — qui n'en ont pas. — La plupart de ceux qui veulent prouver à tout le monde qu'ils en ont ne se le sont pas prouvé à eux-mêmes.

MADAME X. = J'en connais qui l'ont prouvé à euxmêmes, mais qui ne l'ont jamais prouvé à personne. Vous, Monsieur, je vous affirme que vous avez de l'esprit.

LA COMÉDIE A LA FENÊTRR n

HENRI. =s Oui, comme une bibliothèque en désordre, où l'on ne trouve jamais le livre qu'on cherche.

MADAME X. = Et où Ton trouve toujours le livre qu'on ne cherche pas.

HENRI. = Ce que vous dites là, c'est l'histoire de l'amour Vous savez la chanson ?

MADAME X. = Non. Chantez-la moi.

On entend chanter Rosine.

HENRI. = Ecoutez ! une chanson, c'est toujours la même chanson.

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