‹ La comédie au coin du feuChapitre 80 sur 200 · SCENE III M. DE LA POPELINIÈRE, LA TOUR · texte numérisé non relu

SCENE III M. DE LA POPELINIÈRE, LA TOUR

LA TOUR. II entre furieux. = Ah ! les sœurs du roi m'ont fait attendre ! Eh bien, elles m'attendront longtemps, car je ne

sors plus de mon atelier ! Mon cher atelier, comme je suis heureux de te revoir! surtout quand je reviens de Versailles, ce pays du mensonge où je suis obligé de faire les femmes comme elles veulent être, et non comme elles sont. Ici, c'est le pays de la vérité : aussi c'est ici que je signe mes pastels. Je ne veux plus mettre les pieds à Versailles. Mon talent est à moi. Si on m'ennuie, je retournerai en Angleterre. Van Dyck m'a montré le chemin I (Test comme madame de Pompadour, qui se permet de laisser entrer quelqu'un pendant que je fais son portrait! « Ce n'est pas quelqu'un, m'a-t-elle dit, c'est le roi! » La belle raison! Le roi ! le roi I Qu'est-ce que ça me fait? Quand je peins, il y a un homme ou une femme devant moi. Le roi ou la reine est resté dans l'antichambre. (Voyant M. de la Popeiiuière.) Ah! c'est vous! Je ne vous avais pas vu !

M. DE LA poPELiNiÈRE. = Oui, je suis lii à VOUS attendre depuis tantôt deux heures. Mais je viens d'avoir une explication! Les sœurs du roi ont osé vous faire attendre? Que dis-je? vous avez failli attendre!

LA TOUR. = Aussi, je vous jure que je finirai pas ces portraits-là.

M. DE LA POPELINIÈRE. = Tout beau, monsieur de l'Ouragan, petite pluie d'or abat grand vent.

LA TOUR. = Vous croyez cela! Je ne ferais pas un nez de travers pour toutes les mines du Pérou. Mais, puisque vous m'avez attendu, me voilà quitte. Ventre doré! comme vous êtes étoffé! Quelle tournure de pacha à trois harems* O fermier général ! combien avez-vous mangé de cantons à votre déjeuner?

M. DE LA POPELINIÈRE. = Je ne déjeuuc pas, je ne dine guère et ne soupe jamais.

LA TOUR, = Voilà des millions bien placés. Qu'est-ce^ que vous faites là? Je vous permets de tout regarder ici, excepté mes tableaux.

M. DE LA popELiNiÈRE. == Soycz tranquille, j*ai trop d'esprit pour juger vos pastels. Et pourtant, quand j'aurai dit qu'il y a dans toutes ces figures un rayon qui joue sur les roses après l'orage...

LA TOUR. = Vous aurez dit une bêtise, en homme d'esprit que vous êtes, (il va & son chevalet, et trouve une lettre sur sa

boîte aux crayons.) Qu'est-ce que Cette lettre?

M. DE LA POPELINIÈRE. = C'est Une lettre qu'on a apportée il y a une heure.

LA TOUR. == Vous permettez.

Lisant.

« Monsieur,

« J'arrive à Paris sans argent. (Encore un mendiant qui sait l'orthographe.) Je n'ai qu'une ressource, c'est de prouver au public que j'ai presque autant de talent que vous. Le moyen

en est simple. (Qu'est-ce que cette manière de parler?) Je peins COmme

vous au pastel. (Comme moi :) Voulez- vous accepter un duel aux crayons devant l'Académie? (Quelle audace!) Je serai vaincu dans cette lutte inégale ; mais le bruit qui se fera autour de mon nom me recommandera tout naturellement pour les portraits que vous ne voulez pas faire. Croyez à ma profonde reconnaissance.

« Signé : Péronneau. »

Péronneau î Oui, oui, c'est un dessinateur de talent. C'est égal, voilà un faquin d'une nouvelle espèce. Nous songerons

à cela. (11 froisse la lettre et la jette à ses pieds.) VouleZ-VOUS prendre

séance, monsieur de la Po-pe-li-niè-re?

M. DE LA POPELINIÈRE. = Voloutiers; mais il y a là

quelqu'un qui vous attend, (il va à la porte de la salle à manger.)

Mademoiselle, voulez-vous que je vous présente? ou plutôt présentez-vous vous-même.

LE DUEL DE LA TOUR iôi

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