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LE PURGATOIRE
Or dans votre limon cet amour prend naissance
De trois modes divers : Tel conçoit Fespérance
De s'élever si tombe écrasé son voisin ,
Et cela lui suffit pour désirer soudain,
Jaloux de sa grandeur, sa prompte décadence.
Tel craint de perdre honneurs, biens, renom, rang, puissance,
Si quelqu'autre grandit en pouvoir, en faveur,
Et malveillant , pour lui , Tattriste son bonheur.
Tel enfin follement irrité d'une offense
Y rêve nuit et jour, avide de vengeance;
D'où suit au mal d'autrui qu'il aspire en son cœur.
Or au-dessous de nous on expie et l'on pleure
Ces trois sortes d'amour ". J'en viens donc à cette heure
A celui qui , sans doute, au bien tend ,, en l'aimant ,
Mais fait trop ou trop peu. Chacun confusément
Comprend , désire un bien où Tâme se repose ,
De l'atteindre chacun s'efforce et se propose;
L'amour qui vous attire à lui , pour l'acquérir •
Ou pour le contempler, est-il sans énergie?
Sur ce pourtour, après un juste repentir,
La peine méritée est durement subie *^
Il est un autre bien qui ne rend point heureux ,
Où n'est pas le bonheur qu'appellent tous les vœux,
Qui n'est pas en un mot l'essence pure et bonne
belins et sans doute réciproquement.
26. L'orgueil, Tenvie et la colère que Dante n'a cessé, par tous les moyens en son pouvoir, de meltre exclusivement à la charge du catholicisme et de ses adhérents, dans les trois étages inférieurs.
27. Ce bien, /inquei chacun aspire et dont la possession repose l'âme, est la vérité, qui comprend la foi.
sectaire et l'Empire. Geux-ià donc sont coupables qui manquent du zèlenéoessaire pour l'acquérir et pour
la contempler, dégagée des voiles dont elle est obscurcie sur la terre. En effet ceux qui redoutent de déchoir sont les Guelfes , ce qui leur arriverait infailUblement si Henri Vil l'emportait , jugei-en : Terne di perder, perch' A.L.T.R.l sormonti, aussi en deviennent-ils plus exaltés, plus pervers et s'attachent davantage au Pape, son antagoniste, onde s^at-^ irista <i che 'l contrario ama. IjSl méthode ne varie pas, on le voit, car nous avons, plus bas, encore un A.L.T.R.V.l.
De tout bien ; à la fois sa racine et son fruit ". L'amour avec excès à lui qui s'abandonne Est au-dessus de nous, dans trois cercles, réduit A pleurer son erreur ". Sous silence je passe Pourquoi, la même au fond, en trois elle se classe, Afin qu'à le chercher par là tu sois conduit *•.
28. Ceux qu'aveugle Terreur et le mensonge pouvant seuls faire consister le bonheur dans les déJices teoiporels.
29. Lorsqu'on verra dans les chants suivants Tavarice » la gourmandise et la luxure personnifiées dans trois pontifes, on comprendra peut-être quels sont ceux qui sont aveuglés par l'erreur et ne volent rien au delà des jouissances temporelles.
30. L'avarice, la gourmandise et la luxure résultant également d'un appétit désordonné pour des biens temporels dont la jouissance eJst licite dans une juste mesura. Toute
cette théorie des deux amours avec la classiflcalion des péchés capitaux en dérivant, est en grande partie empruntée à saint Bonaventure , Compendium, 111, 14. Elle dilTère assez notablement de celle de saint Thomas, dont le pavillon est si souvent arboré par Dante, avec l'intention évidente de couvrir la doctrine de contrebande si habilement dissimulée dans tout son poème.
Cf. Summa theoL, II, 1, qusest. 29, art. 4, 9, 34; art. 1,11. 2, 9, 36, 158, 162. - Ibid, t. I, 1, 9, 3, 5.
6, 26. — Voy, aussi Hugues, de St.- Victor, Ailegoriœ in Matthamm, 3, 4, 5. — Saint Grégoire. Moralium, XXXÏ, 31.
Le subliiue docteur S à son enseignemeut Venait de mettre fin, et, la vue attentive, Observait dans mes yeux si je semblais conteut. Maïs, de l'entendre encore ayant soif aussi vive, Je gardais le silence , eu moi me répétant :
Je lasse sa bonté, peut-être, et j'apprébende Qu'il ne juge de trop ma nouvelle demande.
Mais cet excellent père , à qui n'était caché Le timide désir dont j'étais empêché, Apparier à mon tour, sans réserve craintive , En parlant m'enhardit: — Maître plein de bonté, Lui dis-je, à tes discours si brillants de clarté ^ Mon esprit à tel point s'illumine et s'avive Que je peux tout saisir avec facilité, Quelque point , quelque objet que traite ou que décrive Ta profonde raison \ Ainsi je te prierai,
1. Si Dante ii*a pas entendu proclamer tout autre chose que la doctrine du docteur Séraphique , pourquoi ne ravoir pas choisi lui-même pour son guide, au lieu de s'amuser à travestir Virgile en docteur de l'Église ?
2. Il pouvait en être ainsi peutêtre pour ceux qui voyaient la lumière, mais pour nous, profanes, ils ne brillent pas , à coup sûr, par la
lucidité, et Ton voit qu'il y faut un peu d'aide.
3. Le poète lui-même nous le déclare formellement, les enseignements de Virgile contiennent au delà de ce qu'ils expriment, car il a soin de distinguer enlre ce que comporte son explication et ce qu'elle expose, en disant, qu'il arrive à saiîfir nettement quanto la sua ragion porti o descriva.
CHANT XVill.
Père non moim chéri que teadre elYéoéré,
De daigner m'expliquer en quoi Famour eonsîMe ,
D'où tu fais dériver toute œuvre bonne ou triste.
Que ton intelligence, en redoublant d'efforts, Suive bien mon discours» tu comprendras alors La manifeste erreur des aveugles stupides Qui , sans voir le sentier, veulent se faire guides S
L'àme, qui par Dieu même est faite pow aimer, Pour tout ce qui la charme est prompte à s'enflanuner, Dès qu'un plaisir présent l'éveille et la captive, La faculté qu'en vous on nomme appréhensive.
Imprime en votre esprit l'objet qui l'a frappé Et fait qu'il en devient plus ou moins occupé. Vers cet objet réel % si l'âme avec constance Tend sans cesse , l'amour gît dans cette tendance : C'est la nature ayant prise à nouveau sur vous Par le plaisir, lien non moins puissant que doux * ; Puis , comme en haut le feu de lui-même s^élance , Prédisposé qu'il est, par sa forme, à monter Où sa matière doit plus durable exister, De même l'âme éprise au désir s'abandonne, Moteur spirituel qui sans fin l'aiguillonne.
Tant qu'elle n'a joui de l'objet souhaité ^
4. Cœci sunt et duces cœcoruw (saint MatU)., XV, H] . On camprend à qui Dante applique ce« paroles par lesquelles le Sauveur désignait les Pharisiens.
5. L'amore è délie cose che son», dit Léon Hébreu : V JHalogo d^amore (p. 4 , édit. de Venise» IMô).
Hon è cosa alcuna che si possa amar ^e prima non si truava in essere realmente.
6. L'amour de soi, ou le sentiment de la conservation constitue le projnler lien ; l'attachement à un ohjet extérieur ne vient qu'en second,
mais c'est la Nature, la providence impériale qui vous l'inspire et vous attache à elle, in voi si lega, pour votre bonheur, per piaçer. De ce moment c'est un sentiment indestructble, un véritable culte.
7. L'amore è affetto volontarfo di fruire conunione la cosastimata buona (Léon Hébreu, ihid, p. 7).
Aussi l'âme des fidèles <f Amour n'aura-t-eile ian^i» de repos, mai non posera , que l'ÉgUse n'ait lait place au Temple et le pape à l'Empereur. Telle est la religion de l' Amour, et l'ou comprend qu« Dante attache
LE PURGATOIRE
Tu vois donc combien sont loin de la vérité
Ceux qui vont proclamant hautement dans leur glose
Qu'en soi tout amour est une louable chose ;
Son essence peut-être , et c'est là qu'est recueil,
Leur semblant toujours bonne ; or, toute empreinte à l'œil
N'est pas bonne , la cire étant par excellence '.
Je repris : — Ta parole à mon intelligence Vient d'expliquer l'amour; mais des doutes nouveaux, Chez moi, je te l'avoue, en sont en foule éclos; Car, en dehors de nous, si l'amour prend naissance, Comme l'âme elle-même, à prendre son essor, Ou bien ou mal, il n'a ni mérite ni tort*.
Je ne peux, reprit-il, en ceci plus t'en dire Que n'en voit la raison ; mais si , pour te suffire , C'était trop peu, là-haut* Béatrice, après moi, T'attend pour t' expliquer ce qui touche la foi ". Toute forme qui , bien qu'unie à la matière , Substantielle essence, en est distincte en soi , ' Renferme une vertu spécifique et première
tant d'impoiiance à se la faire expliquer par Virgile.
8. Les docteurs orthodoxes ont tort d'afArmer, avverare, l'existence d'un seul principe, d'un seul amour essentiellement bon en soi, car, s'il en était ainsi, il aurait créé le mal.
Mais en admettant même qu'ils fussent dans le vrai quant au fond, la matera (hypothèse indiquée par forse), la forme catholique suffirait à l'altérer; comme un sceau défectueux, appliqué sur la meilleure cire, ne produit qu'une mauvaise empreinte.
9. Si , de même que l'âme, créée par Dieu, qui lui choisit sa demeure, l'amour dérive d'un principe en dehors de nous, c'est à ce principe, bon 'OU mauvais, que revient la
responsabilité du bien ou du mal qui en résulte, et l'homme ne saurait être récompensé ni puni pour des actes qui n'ont pas dépendu de lui..
10. Le sujet devenant scabreux à traiter sous l'œil de l'inquisition, Virgile renvoie Dante à Béatrice^ que son déguisement orthodoxe rendra moins suspecte que lui, poète païen, pour traiter la question du libre arbitre. Nous avons dû traduire ce vers : Taspettu pure a Béatrice, eh'è opra di fede, selon l'acception la plus générale, quoiqu'elle résulte d'une construction vicieuse, nous n'en croyons pas moins que Dante a entendu dire : Compte pour des explications ultérieures sur Béatrice, qui est une œuvre , une création de la foi sectaire.
Qui , pour se révéler, a besoin d'opérer, Et par ses effets seuls qui peut se démontrer, • Comme la vie en Tarbre aux feuilles qu'il balance. L'on ne sait donc d'où vient en vous l'intelligence Des premières notions , ni d'où prennent naissance Vos premiers appétits ; c'est instinct naturel En vous, comme en l'abeille il en est pour son miel. Or, ce besoin natif qui s'éveille dans l'âme Ne comporte à coup sûr ni louange ni blâme; Mais tout autre désir venant se rattacher A ce premier penchant, une faculté veille.
Qui chez vous est innée et toujours vous conseille, Au vouloir pour donner accès ou l'empêcher.
En elle est le principe influent qui décide, Pour votre sort futur, de vos, mérites vrais , Selon qu'à votre choix , prudente , elle préside. Accueillant l'amour droit, excluant le mauvais. De cette liberté qui dans l'homme est innée , N'ont point douté ceux-là dont le coup d'œil profond. Des choses , s'efforça de pénéter le fond*, Et par eux la morale au mondé fut donnée **.
Lorsqu'il serait donc vrai que , de nécessité , S'allumât tout amour en vous qui vient à naître , En vous est le pouvoir qui lui commande en maître ; Or, Béatrice donne à cette faculté Le nom de libre arbitre ; ainsi , qu'il t'en souvienne S'il arrive plus tard qu'elle t'en entretienne ".
11. Autrement dit, c'est à la phi- cueijie le bon amour et repoaBse la
losophle el non pas à la religion que mauvais.ramore reOt celui de Rhéa!',
le monde est redevable de la mo- est la raison, cette antagoniste opl-
rale, que rÉgijse» dit M. de Lame- niàtre de l'autorité, nais, a le tort de subordonner au
dogme, n n'est pas besoin d'expli- î2. Ce que je viens de t'expliqner
qucr que celle vertu ou faculté innée, philosophiquement et politiquement
séparée de la matière, qui, appré- pourra t'étre exposé sous la .founc
ciant le mérite réel des actes, ao^ orthodoxe, mais tu te rappellenft
wfW
LK PUliGATOlllR.
Presque à minuit levée , en son cours paresseux , La lune^ dont briUait eu ce momeot la faee Gomme un disque eoébrasé, des astres à nos yeuL Rendait partout les rangs plus rares dans l'espace; A rinverw elle allait parcourant lé chemin Qu'empourpre le soleil à Theure où le Romain, Entre Ttle de Gorge et celle de Sardaigne, Le voit prêt à plonger dans la mer qui les ba^iine *\
Cette noble et grande ombre à qui Piétola doit Un renom plus fameux que ville que ce soit Sur le sol mantouan *\ de la tâche acceptée S'était, malgré son poids, dignement acquittée ; Et moi , dont la raison d'un rayon lumineux, A ses sages discours, avait été frappée , Je restais comme pris d'un sommai vaporeux '^; Mais cette somnolence en moi fut dissipée Par des gens qui sur nous venaient tous à la fois.
Ainsi que, sur leurs bords, et l'Asope et l'Ismc^ Voyaient j^dis courir toute la gent thébaine , Invoquant , dalis 1^ nuit, âacchus h haute voix ; Ainsi de ces Esprits qui s'offraient à ma vue La foule se lifttait sur ce nouveau pourtour, De pur «èle poussée et de louable amour *•,
qu'il n'^^ àB \si même chose «u fond. '
13. GèUe lUklc^ linnt mmi «vom expliqué la signification symbolique, et qui, comparée à un seau ardent, embrasant tout, che tutto arde, se di- «^#B86iisiiiV6n6 dii soleil de la rai-« MUi 9ré(e À disparaître aux yeux des bomalaSi iknis parait indiquer suSisammeot que la déraonstraiion seolastique de Virgile, Valto doHore, ne atiirSH te preleoger sass danger dVmeettfir les rigoeurs de Tioquisi* timi et qu'il est temps d'y mettre un terme*