‹ La comédie de Dante (volume 2)Chapitre 14 sur 55 · L'aticien Andes où naquit · texte numérisé non relu

L'aticien Andes où naquit

Vli^ite.

1 .S. C'êBl là, (m en conviëiidra, un singulier effet de l'éioquenee virgl- Uennc. Mais peut-être le poète a-t-il voulu donner à entendre par cette somnolence qu'il avait quelques rc-»

proches à se faire sous le rapport de l'activité à déployer pour le triomphé de sa cause.

15. Leur benne volonté dérivaiA d'une tonte antre source que cette religion de hame dont les pmtifës ont lYnouveté, dans Rome et dam

CHANT XVni.

Auprès de nou« bientôt elle fut parvenue ;

Car, pleim d'empressement, tous se précipitaient,

Et , marchant les premiers, deux en pleurs s'écriaient :

a En grande hÂte alla Marie à la montagne *^ ;

Pour dompter I^ërida , suivi de ses soldats ,

César frappa Marseille et courut en Espagne*'. î)

Et les autres, après, criaient : « Pressons le pas ; Ne perdons point de temps; vite^ et sans qu'il mollisse , Que par le zèle au bien la grèce reverdisse *• t »

Esprits chez qui peut-être aujourd'hui la ferveur Compense les délais , l'indolente tiédeur Que vous avez jadis mis , sm* terre, à bien faire ; OltUi qui m'accompagne et qui vit; d'une erreur ^^^«iiLftlmse pas mon langage sincère; Là-haiât iKMMJbrait aller, aussitôt que demain Brillera te SiotoU; veuillez donc lui complaire Et nous dire où plus près s'offrira le chemin.

Mon guide aimû parla. — Venez à noire suite , . Reprit un des Esprits, et , sous notre conduite , Vous parviendrez Menlôt à l'accès souhaité.

Nous avons d'avancer si bonne volonté Que le moindre retard nous pèse ; ainsi, pardonne Notre hftte qui n'est en lien grossièreté ".

AvtgffOR, les RiyMèiw orgtaquefi da pagmlMie. Bacthui, loMt-iraHon.

n, ÀhHt in m^mH tum fetitim^ Hm^. Sakii Lue, ), ^9,

18. L'églUc srctaïre, représenter pÊtr Marie, ne ctoit p«ft dépby^r meta» d'activftë i|ae le fondateur de l'Empire, qui ne laissait pus h Ytnnemi le temps de se reconhsttre ; il lot faut courir en liAle à la montagne pour y réédifter le Temple nu milieu àt la nouvelle Jécusalem, et alors chacun y reconnaUniîa principale tour.

19. Le lète pour Us T^ten, qui devait mettre Un sur la terre au règne du mal,

50. Justifia est assez étrangement employé ici en place de corte^ sia,qu\y DU propre comme au Ûguré, est l'opposé de mllania. Il est clair que cette ardeur de progrès chc« des., âmes qui ne pouvaient sëievei' fous rinflnencc de la nuit, était un reproche indirect au parti gibelin^ qui, découragé par S(s revi'.rSj désertait Cortesia pour ViVania,

LE PURGATOIRE

Abbé de Saint-Zénon, j'existais à Vérone Sous le grand Barberousse, excellent empei*ear, Dont on parle à Milan encore avec douleur ".

Tel , déjà chargé d*ans , vers la tombe s'avance, Qui , pour ce monastère, aura sujet de pleur, Pour avoir, dans ses murs usurpant la puissance , Transmis la dignité due au seul vrai pasteur, A son fils, contrefait de corps, pire de cœur, Et dont la bâtardise entachait la naissance ^^

Je ne sais s'il en dit davantage ou se tut, Tant il était déjà devant nous à distance ; Mais j'entendis ceci clairement, et me plut D'en garder à part naoi fidèle souvenance ".

Celui dont , au besoin , je trouvais l'assistance , Me dit : — Tourne les yeux , regarde ces deux-ci Venir, à la paresse insultant sans merci.

Et derrière la foule ils disaient : « Cette race Pour qui s'ouvrit la mer, succomba par milliers Avant que le Jourdain eût vu ses héritiers '* ; Celle jusqu'à la fin qui, d'un zèle tenace.

31. l/abbé ne pouvait mieux se révéler com(;ne Gibelin qu'en se rendant Torgane des regrets de la capitale de la Lombardie pour Frédéric Barberousse, qui soutint une si longue lutte contre les papes Adrien IV et Alexandre III. Cet excellent empereur avait mis la Lombardie à feu et à sang, et ordonné la destruction de Milan , mais il n'en ('tait pas moins un Éaque aux yeux du grand Gil)elin, pour avoir tenu léle à la peste , et pour avoir ,restauré son peuple par sa justice, sa lil>éralité et son affabilité. Conv. IV.

32. Oan de la Scala, le héros de Dante, son Veltro, fit mettre à mort

, 1«> 4lis lie cet abbé, qui avait hérité de la dignité paternelle dans le même

monastère, et s'était vu promu ensuite à Févéché de Yérope. Il n'y a donc point à s'étonner que Dante justifie par avance son protecteur, en rudoyant l'aïeul et le père du prélat , à savoir : Albert de la Seal a et Tabbé Joseph , son fils naturel , inquinatug pice diaholi, dit Benvenuto d'imola , et impleîu meretricibus locum illum.

23. Persuadé qu'on ne pourrait que lui en savoir bon gré à la cour de Vérone.

24. Des milliers d'Hébreux périrent dans le désert en châtiment de leur peu de zèle à obéir aux commandements de Dieu, avant que le peuple d'Uraêl pût s'établir dans la terre promise. Nombres, XIV.-

CHANT WIII. 453

Avec le fils d'Anchise eut crainte de souflfrir, Sans gloire se voua d'elle-mênae à périr ". »

Quand ces deux ombres loin furent déjà passées, Tellement que, delà, nous ne pouvions les voir, M'envahirent soudain de nouvelles pensées.

En foule elles venaient diverses m'émouvoir; L'une à l'autre longtemps elles se succédèrent, Et, tant ma rêverie ainsi se prolongea Que mes yeux obscurcis au hasard regardèrent : JUue vague torpeur d'un voile les chargea Et la réflexion en sommeil se changea ".

25. Les Troyeas qui, nil magnœ laudis egentes, demeurèrent en Sicile avec Aceste et ne prirent point part à la glorieuse conquête du La~ tium; de ce lattum, Vager romain, la terre promise pour le parti gibelin, qui aspirait à t'enlever à la domination des pontifes. De ces exemples il résulte que, faute de zèle et

d'une activité opiniâtre, la secte devait s'attendre à Qnir honteusement sans avoir terminé sa fâche.

26. Ce qui nous annonce un nouveau songe dans lequel le poète, conformément à son habitude, exprimera figurémentdes pensées trop audacieuses pour être exposées sans voile.

A cette heure où le froid, de la lune exhalé,

Ne peut être attiédi par la obfttoar diurne,

Que la terre repousse, ou quelquefois Saturne;

Quand les Géomanciens voient au Ciel constellé

Surgir, vers TOrient, leur suprême fortune;

Avant que naisse Taube, et quand déjà la brune .

Devant elle va fuir*, en songe m'apparut

Une femme aux pieds tovs, bègue, à Fœii louche, avide,

Des ûeux mains mutilée, au teint pâle et llvîde.

Surpris à son aspect, mon œil la parcourut;

Puis, comme le soleil ranime et vivifie

Les membres dont la nuit engourdit Ténergic ,

De même mon regard rendait l'agilité

A sa langue , à son corps une juste harmonie.

Les couleurs de F Amour à son teint dévasté ^

1. Au moment où rinflucnce glaciale de cette puissance che conforta il gelo, Canzon., puissance (luc le poète a personnifiée dans la triple Hécate, l'emporte sur l'influence l)tenraisante de la raison, repousséc par la terre aveugle ou par le temps peu propice. Quand les magiciens qui ont enôorcclé le monde catholique, considèrent comme prochain le triomphe définitif de cette autorité suprême, que nous avons vue signalée sous le nom de Fortune dans

le chant vu de l'Enfer, le poëtc, qui se flatte comme tous les proscrits, rêve au contraire rabaissement el la ruine de la prostituée qui corrompt et asservit le monde.

2. Ceci est un avis au lecteur. A lui de reconnaître celle qui paraîtra bientôt à ses yeux parée comme le veut l'amour sectaire, corne amor vuol, pour produire l'illusion requise dans le rôle qu'elle aura bientôt ft jouer. Il devra se rappeler alori que le poète a le pouvoir do

A chanter, qiianâ sa voix fut libi-e de sa chaino, Je l'entendisse raetti^e S et si bien qu'avec peœe L'oreille à s'en distraire aurait pu parvenir. Elle disait : « Je suis une douce syrëne Qui , charmant les marins , sous Tonde les entraîne, Tant leur cœur, à mon chant, s'enivre de plaisir. Pour mol de son chemin on vit jadis Ulysse Se laisser détourner, captité par ma voix * ; i\Ie quitte rarement qui me hante une fois , Tant je sais le combler de joie et de délice *. s

Ses accents réMHinaient encor, quand près de moi Une dame s'oArit, belle et sainte, qui prompte Venait pour la confondre et la couvrir de honte *.

« O Virgile , quelle est celle qu'ici je voi ? » Dit-elle fièrement. Vers celte dame sainte, Sur elle ¥m\ fixé, le sage vint sans crainte '. Elle étendit sa main sur l'autre avec vigueur,

transformer d'un regard, aussi bien que d'un trait de plimie» te mémo objet ou la même personne, en la faisant apparaître sous des aspects diamétralement opposés. H y a de pli» iei une oonfraaton de Oante, s'accusant d'avotr pu se faire vm testant lilMion au point de voir cliez eeiie qui n'était eu réalité qu^un monatre de Raideur et de eorrup<- Uo» , toutes tes perfections réunies H une double puissance dans ses d«ax mains mutilées.

3. La dame, embellie des cou^ leurs de Vamour, ne manquera pas aussi de chanter comme une femme amoureuse, torsqu'eUe paraîtra en scène, çantando corne donna ina-

4. nante-Uiyssc , ce compagnon de DIomède-Henrt (ICnf., cti. xxvi), 8« laiisa séduire par la s^rrène et se détourna du chemin de rAmour

pour suivre la bannière guelfe.

au On est tellement iwi^ par les yeux et par rorcllle, qu'il est rare , une fois sous l'Influence du prestige et l'habitude prise, ausanxa, de trouver on soi assèi de courage viril pour s'y soustraire ; ^'anlanl plus qu'on obtient tonte aaUffaelioa pour les appétits temporeis, tuHo Ve^pago,

6. Béatricea èlé créée* en effet, pour la confusion de cette trompeuse syrène. Les denx rivales, mises en présence sous le voiio transparent d'un songe, sont asseï faciles À reconnaître.

7. Virgile, ou la raison pbilosc^ique, s'avance sans rien ^re ver»

cette dame honnête, qnelia onegHty en tout opposée à la prestitwei ses yeux sont fixés sur elle, cou gti Qcchi fiUi pure, pwce qu'cttv cet •on but nnl^nf «

Dtgitized by

LE PURGATOIRE

Déchira par-devant ses habits magnifiques •,

Et me montra son ventre et ses flancs impudiques.

Tant il s'en exhala d'infecte puanteur,

Que je me réveillai •. Me dit alors Virgile :

— Je t'appelai trois fois au moins. Sans différer

Lëve*toi maintenant et viens d'un pas agile,

Que nous trouvions l'accès par où tu dois entrer.-—

Me levant donc, je vis la lumière éclairer Le mont et rayonner sur ses divers étages :

Derrière nous brillait le soleil sans nuages ; He précédait le maître, et je portais mon front Tel qu'un homme qui va , quand son penser s'amasse. Courbé , comme à moitié s'offre l'arche d'un pont *•.

Tout à coup j'entendis : «Venez , ici l'on passe, » Prononcé d'vin accent suave et plein d'amour, Tel qu'on n'en peut ouïr en ce mortel séjour**.

Celui qui nous parlait de cette voix bénigne Entre les deux parois du roc nous accueillit, Et, dans Fair pur ouvrant ses deux ailes de cygne , Qui vinrent d'un vent frais nous effleurer, il dit : . c( Beati qui lugent, leurs âmes accablées

8. Une habileté )>erflde se révèle Jusque dans les moindres détails.

Ainsi, 'pour dire que la dame honnête déchire les Tétements de la prostituée, notez qu'il s'agit d'une syrëne dont la toilette devait être des plus légères, Dante dil : Fen-^ dendo i drappi. Que signi Gc drappi ?

Ouvrez le dictionnaire d'AIberti, vous y lirez : « Drap ou étoffe de soie, » puis a employé pour palio^ »

passez à ce mot, et vous trouverez :

• Ornamento del sommo pontefice, accordé aussi par lui aux*métropolitains, en signe delà plénitude de la juridiction ecclésiastique. • Panni ou vesti n'auraient en rien déparé le vers, mais l'allusion n'aurait pas

été aussi saisissante et le trait n'aa* rait pas frappé si juste.

9. Et voilà comment Béatrice était prédestinée à manifester à Dante, et à bien d'autres, ce que recelait de poisons infects le fond, il ventre t de la doctrine, qu'elle avait mission d'anéantir pour réhabiliter la raison et la liberté.

io. Un songe aussi significatif oe pouvait manquer^de lui donner k réfléchir; mais il n'a garde d'en demander l'explication à son guide, et se contente de nous déclarer qu'il était la moitié de son arco sesto, l'Ulysse de son Diomède germain.

Page 1