se mi trasse Roma , semble
indiquer la contrainte plqs que la bonne volonté, et se rapporter , en rappelant le compelle intrare , h une Conversion forcée des trouba-^ dours du Languedoc et de la Pro-' vence.
28. Comme chantre d'Amouf,^ cantor d'Àmore, autrement le laurier conviendrait bien mieux ft un
LE PURGATOIRE
C'est Stace sur la terre encore qu'on me nomme " Mon chant célébra Thèbe et le fils de Thétis, Mais avec le fardeau qu'en dernier j'avais pris Je tombai sur la route **. A la divine flamme, Dont bien d'autres que moi sentirent le pouvoir, S'aviva mon esprit et s'embrasa mon âme.
De l'Enéide ainsi, pour moi c'est un devoir, Je te parle ; elle fut ma mère et ma nourrice ; Elle me fit poète et je n'aurais pas su Faire le moindre pas sans ce guide propice '^ Lorsque vivait Virgile, ahî pour avoir vécu.
Je consentirais bien que de toute une année La fin de mon exil tùt encore ajournée.
Virgile, en entendant ces mots, tourna vers moi , Sans parler, un regard qui me disait : a Tais-toi. »
poêle épique^ mais Dante avait ses raisons pour couronner de myrthe son Toulousain, et 11 ne pouvait mieux faire pour indiquer le caractère secret de ce personnage , dont les Sylvœ, pas plus que la ThéiMïde et rAchiiléide, ne sont certes des compositions amoureuses.
29. Statius Paplnius naquit à Napics , comme lui-même le dit dans ses Sylvœ, et non pas à Toulouse.
Si Placide . Lactance l'a confondu avec Statius Surculus, rhéteur toulousain, ce n'est pas un motif pour que Dante, beaucoup plus érudit, soit tombé dans la même erreur; tout au plus aurait-il voulu en Urer profit pour l'arrangement de sa fable.
30. En effet, les chantres d'Amour célébrèrent la prise de Thèbes-Brescia, comme lis avaient porté aux nues leur Achille-Frédéric II ; mais lorsqu'ils eurent perdu successivement leurs deux héros, il leur fallut succomber; à la mort du dernier jènr^
. tout, à celle d'Henri VII , ils durent tomber à moitié route , con la seconda soma, de même que l'auteur de la Thébaïde mourut avant d'avoir mis la dernière main à son Achilléide.
^f. L'Enéide, considérée comme l'œuvre d'un initié aux anciens mystères, et traitant elle-même de riiiitiatlon dans un langage figuré, était devenue comme le bréviaire de ceux qui, ne pouvant se recruter que dans Tombre , cherchaient à propager leur doctrine à l'aide d'allégories et de figures symboliques empruntées à l'antiquité. Voilà pourquoi Stace, faisant allusion aux quatre derniers yers de sa Tbébaïde, manifeste pour Virgile un enthousiasme égal à celui de Dante , qui l'appelle son guide , son maître et son père. Voilà pourquoi , dans tout le moyen âge, Virgile fut considéré par les uns comme un magicien, par les autres comme un prophète et presque un saint. Ce dont on n'a pas su jusqu'ici se rendre raison.
iMais ne peut pas en toutla volonté suffire,
Et si rapidement les pleurs, comme le rire,
Suivent la passion qui les fait éclater.
Que rhomoie le plus franc sait le moins les dompter.
Je souris, d'un clin d'œil adhérant au mystère.
L'ombre s'en aperçut, ce qui la fit se taire. Me regardant alors fixement dans les yeux.
Où le penser caché se reflète le mieux :
Puisse être heureiïi, dit-elle, à ton gré ton voyage ! Mais pourquoi, tout à l'heure > ai-je sur ton visage Vu passer d'un souris l'éclair mystérieux ?
Ainsi des deux côtés je me trouvais en prise ; L'un veut que je me taise et l'autre que je dise, J'en soupire, et voyai^t trop bien mon embarras " :
Réponds, me dit le maître, oui, parle et ne crains pas De l'informer de tout, ainsi qu'il le désir.e.
Je parlai donc et dis : — Antique et noble Esprit, Tu fus surpris peut-être en me voyant sourire ; Mais je veux à l'instant, puisque Ton y souscrit, T'étonner encor plus. Sache donc que ce. guide, Vers les hauteurs du Ciel qui dirige mes yeux. Est celui que de voir tute montrais avide ; Ce Virgile, qui fut ton maître glorieux A chanter dignement les héros et les dieux.
Si tu crus qu'autre chose avait causé mon rire, Répudie un soupçon loin de la vérité ;
32. Le poète a voulu représenter, ce que son geste vient de lui recom-
dans celte scène de comédie, son mander de taire. Mais on voudra
embarras au moment de prendre bien encore remarquer l'extrême ha-
im parti décisif entre l'ancien lan- bilcté avec laquelle le poète rappelle
gage, aux symboles mythologiques, que le maçon doit pZcurer, pour rire
voilant les doctrines du mysticisme ensuite tout h son aise dans savéra-
gnostique-manichéen, et le nouveau cité; attendu qu'il n'est pas toujours
langagc,emprcint d'orthodoxie, qu'il libred'agir à son gré et de s'affranchir
-voulait lui substituer ; il se fait donc de ce joug douloureux dont chacun
inviter par Virgile lui-même à parler cherche à se dégager, passion da che
selon qa'il le désire , et à révéler ciascun si spicca,
LE PURGATOIHE.
De lai ce que ta dis l'avait seul excité.
De ce maître éclairé que j'aime et qu'il admire , Il inclinail déjà son front respectoeux Pour presser les genoux ; mais lui : — N'en fais rien, frère, Ombre toi-même, une ombre à toi s'offre en ces lieux '^
Se relevant alors : — toi que je révère, Vois jusqu'où mon amour pour toi m*a transporté , Puisque j'allais, tous àem n'étant que vanité, Gomme un solide corps traiter Tombre légère".
33. Rien de plus vrai k coup sûr ; qmbres dr? poêt«» représetîtnnt deux langages aux ftnrmrs diffi^rcntcs , mais ayanl nu fond la niéinc essence.
3t. Dans c(M deux f.irmrs «liffcrriitci d»». langage dont fc iotcI la inoukC pinsif'e « i'une pror èd« de Tautro, et c'est pour cola qucxelle
qui a nom Slace , s'inelinc rcspoclueusenienf d.^vnnt celle qiil a iioni Virgile. Le poêSc oublie id qu'il s\ si fait embrasser, porter même à pln- ^icifrs reprises (ïans les l)ras on Fur le dos de ec tnê.TH! Virgile , qu'il lui convient du réduire irl à TéUt de vanité, p)ur rendre son allégorie |Jii9 acces«s}b:f à nntelligence des siens.
CHANT XXn.
En ce moment, déjà nous avions dépassé L'Ange qui, sur mon fmnt loi'sqiVil eut effacé L'un des signes encor dont il gardait Tempreinte, Nous avait dirigés vers la sixième enceinte.
Et ceux qui de justice ont un désir brûlant Avaient dit : Beaii, dans un pieux élan , Qui sitiunt; la strophe en était là restée *. Je suivais, franchissant la nouvelle montée , Plus léger que jamais et ne me lassant pas , Les deux nobles Esprits qui marchaient à grands pas ^ Quand Virgile rompit le premier le silence :
L'amour que la vertu produit, lorsque du cœur Il s'épanche au dehors, donna toujours naissance Au feu d'un autre amour, qu'alhime son ardeur. Aussi depuis l'instant où , venant à descendre A sou tour Juvénal aux limbes de TEnfer,
1 . CeoK qui ont totf de jostice, de la jostîce Impi^rtakf, aUendu que les pontifes^ iisurpaledrs du poorofr temporel, foulant aux pieds le droit romain, font régner rinjustîce sur la terre avpc leur Roia roluhiUs, sont les ikièles d'Amour; l'Empereur, leur Messie, sera le grand justicier qui, prononçant la sentence des lions et des méchants , assurera le triomphe du droit et de la raison.
Ces fidèles d'Amour n'achètent pas
le verset parce qu'il ne parle que de Justice et qo'lls ont non moins soif de vengeance. Voy. saint Matthieu, V,6.
2. Enchanté qu'il est d'avoir recruté dans le Toulousain Stace un cx'-el'ent auxiliaire, au moyen duquel va s'opérer tout naîurellcment la transition de Virgile h Béatrice, de l'ancien langage au nouveau, tout parfumé d'orthodoxie.
LE PURGATOIRE
J'appris par ses récits combien je t'étais cher, Je me pris envers toi d'affection plus tendre Que nul, sans qu'on l'eût vu, n'en inspira jamais*. Dès lors cette montée, au grë de mes souhaits, S'abrégera par trop. Mais veuille au moins m'apprendre, Dans un ami pardonne à trop de liberté, Et toi-même, en ami , réponds avec bonté , Comment put l'avarice en ton sein trouver place , Quand, pour ta noble tâche, en toi dut être en masse Et sagesse et savoir *. — Stace d'abord sourit A ces mots quelque peu ; puis bientôt il reprit : D'amour ta question m'est une preuve chère.
L'apparence, il est vrai, trop souvent mensongère, De douter nous fournit plus d'une occasion , Des choses quand se cache à nos yeux la raison ^ Tu penses, ta demande ainsi le certilie , Que je fus d'avarice atteint dans l'autre vie. Par l'étage où j'étais tu l'auras cru d'abord. De mon cœur l'avarice était par trop bannie, Et fut par des milliers de Lunaires punie Une ardeur opposée \ Oui , sm* un autre bord
3. JuYénal, le flagellateur des vices de son temps, ne^pouvait être oublié par celui qui s'était armé de son fuuet vengeur.
4. Stace se trouve en effet dans le cercle où les avares sont soumis à l'expiation.
5. Telle est le plus souvent la nature des créations du poète, che danno a dubitar fulsa matera, per le vere cagion che son nascoste,
6. Stace, qui personnifie ici Falbigéisme dans son ensemble , mais plus parliculièrementla poésie amoureuse, en stylo cliis, des troubadours de la langue d*oc, Slacc a péché par l'excès opposé à 1 avarice haineuse, apanage de la louve et des animaux
avec qui elle s'accouple, ceux de la race de Hugues-Capet^ par exemple, car il a prodigué les trésors de l'Amour, tant il avait en horreur l'avarice romaine, avarixia fà partita troppo da me. Ce fut là sa perte.
Toulouse , sa patrie , <îette capitale de l'hérésie , dont les troubadours étaient les missionnaires, a succombé sous les coups des Croisés de Simon de Montfort ; voilà ce que déplore le poète toulousain, devenu Romain par force , et ce qu'il donne à entendre, en se faisant punir par des milliers de Lunaires ou de lunatiques, lunari , accourus au pillage et au massacre, à la voix de cette haute puissance ecclésiastique
Sans fin j'irais luttant d'un douloureux effort, N'eût été qu'à ta voix ma raisjon attentive Te comprit, quand saisi d'indignation vive, Tu t'écriais, sublime en lui donnant l'essor : « Jusqu'où peux-tu pousser, fatale soif de l'or. Les cupides mortels M » Je m'aperçus ensuite Qu'à dépenser les mains pouvaient aller trop vite , Et je me repentis alors de ce péché Comme des autres maux dont j'étais empêché \ Combien doivent, le chef tout pelé , l'âme en transe , Ressusciter, qui n'ont songé, par ignorance, Durant leur vie et môme à l'instant d'en sortir. Que d'une telle erreur il faut se repentir • ! Sache que sur ce mont la suprême justice.
Du même châtiment que son contraire vice.
dont le poêle florentin fait, sous le nom d'Hécale/la reine de son Enfer; elle qui a pour ministres l'inquisiteur général Minos et Pluton lui-même, dont on saura bientôt le véritable nom. En effet , les Lunaires de Simon de Montfort châtièrent cruellement les Solaires toulousains, ces adorateurs du Soleil raison. Il seraitcurieux de s'assurer^ en opérant d'après les termes du problème posé par l'Anonyme, si le nombre des Croisés de Montfort ne correspondrait pas, par hasard, avec celui des jours lunaires qu'il invile à calculer. Voy . sa note25.
7. Sans cet avertissement salutaire au sujet des tyrans qui, à l'exemple de Polymnestor, égorgent des innocents pour s'emparer de leurs dépouilles, Slace aurait eu ^ subir le sort de tant de papes et de carUinaux dont l'avarice guelfe se rue sur les prodigues Gibelins en leur criant : Perché hurli ? ( Enf. vn. ) Dante traduisait dans sa pensée, auri sacra famés, par soif sacerdo-
tale de l'or. C'est en effet plus particulièrement contre 'là cupidité dn clergé que se déchaînaient dans leurs Sirventes les. poètes languedociens.
Alors il s'aperçut que trop parler nuit , et trop écrire encore plus , aprir Vali, même en style dus et car, et il s'en repentit comme de la cause des maux soufferts.
8. Comme Dante lui-même dans sa Canzone: Poichè Amor del tutto mi ha lasciato, Stace eut à regretter d'avoir semé son avoir pour des gens dont le jugemen{ était faux (voy. p. 362 et suiv. des Révél.), car c'est parmi ceux-là que se trouvèrent les faux frères , Foulquet de Marseille par exemple.
9. On se rappelle que les Guelfes avares et les Gibelins coupables d'avoir prodigué imprudemment le trésor du langage erotique, doivent ressusciter, « ceux-ci le poing fermé, ceux-là sans poil au front. » Enfer, vil.
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Atteint chaque péché qui doit s'y racheter;
Si donc parmi ceux-là qui pleurent Tavarice,
Pour expier ma faute, il m'a fallu rester,
C'est qu'avec leur penchant elle eut à contraster ^\
Mais lorsque tu chantas les fratricides armes Qui de Jocaste à flots firent couler les larmes , Des Bucoliques dit le chantre harmonieux, Les accords que Glio fit tomber de ta lyre, N'indiquent pas cncor que s'ouvrissent tes yeux A la foi, sans laquelle au mortel vei^tueux Le bien qu'il accomplit tout seul ne peut suffire **. Et, s'il en est ainsi, quelle vive lueur De cierge ou de soleil *2 dissipant ton erreur Vint éclairer ta nuit et pousser ton navire A suivre le sillon de celui du pécheur ^^?
Il répondit : — C'est toi qui m'inspiras l'audace De me désaltérer aux ondes du Parnasse **, C'est toi qui m'éclairas et me guidas vers Dieu *^ Enfin comme celui qui dans la nuit chemine,
10. ]1 ne faut done pas s'étonner de voir les Gibeiioa et les Guelfes, les orthodoxes et les hérétiques, les partisans de Rome et ses ennemis, confondus dans le Purgatoire comjwe ils le sont dans l'Enfer et le seront dans le Paradis , attendu que Jes extrêmes se touchent.
1 1 . Rien n'indique en effet, dans 1^ Thébaide, que Stace fût chrétien, oi-thodoxe ou non. Mais la décuratioii et la mise en scène avant tout, et puis ces guerres fratricides ne sont-elles pas rappelées à merveille par les ctxwE armi et par la doppia tristiixta, ou la doubla expédition des Croisés, par ia douleur de celte iocasie humanitaire en Toyant des frères s'entr'égorger?
12. Qu'on veuille bien remai^quer ces expressions quai sole o quai
caj^lùf qui établissent si bien la dilTérenee entre ta (uimère proeé- Cant de l'Église et edle qui dcrïve de la raison.
13. Les errements de la primitive Église, dont celle de Rome s'est entièrement écartée.
14. Nelle groUe di PamassQ , porte le texte, pour indiquer la nature mystérieuse de la poésie symbolique.
15' Ne voilà-t-il pas un i^rango convertisseur ? le poète païea éiigé en missiofloaire de TÉvangUe ! Unis c'est que les troubadours albigeois ont été dirigés par la même doctrine que Dante. Ils out employé la méjiic langue symbolique , celle des mystères, puisqu'ils ont eu , dans Virgile, le même guide que lui, dettor guida, piidre, maeiiro.
CHANT XXîl.
£n portant le fanal, dont il profité peu,
Et qui derrière soi les autres illumine,
Lorsque tu dis : « Déjà luit un siècle nouveau ,
La Justice revient, Tâge d'or avec elle
Du haut des cieux descend une race nouvelle **,. »
Par toi j'étais poëte, à ton brillant flambeau
Je m'éveiUai chrétien '^ Mais pour que le tableau
Présente k tes regards une image fidèle.
Sur l'esquisse je vais promener le pinceau '*.
Déjik la véritable et parfaite croyance Avait rempli le monde et , bravant tous dangers, Du royaume éternel les humbles messagers Partout l'avaient semée avec persévérance **. Des vers que j'ai cités le sens mystérieux En tout se rapportait au langage pieux Des hommes qui prêchaient la nouvelle doctrine '•,
10. Os que les ennfimu de Rome traduisaient eomine suit : Une révolution est proche, l'Église primitive, la nouvelle Jérugaiem va rcnaitrc, dl le Messie impérial, envoyé par le Ciel, va ramener le règne de la Juaticf • en sévissant contre les usurpateurs du pouvoir temporel; et la communauté des biens, des richesses qu'ils ont envahis, fera revivre l'âge d'or sur la terre.
t7. Chrétien de TÉglise primitive, 4ans laquelle Saphira et Ananias étaient punis do mort, chrétien évangélique, selon la distinction de M. de Lainenai4«, mais non pas catholique romain et vassal de la louve ifisatiable.
tS. Je vais colurier le dessin, dit Dante, colorar eio ch'io disegno.
Redoublons donc d'attention pour ne pas être abusés par la couleur historique qu'il va employer.
19. La doctrine gnostico-manichéenne des Albigeois avait fait
d'immenses progrès, grâce à la propagande des troubadours , des ménestrels, des minlsingers , missionnaires de l'hérésie Ct'oy. p. 7 et suiv.
des RévéL), et l'Europe était à la veille d'une insuncetion générale contre l'Église romaine.
20. De ceux qu'on appelait les bonshommes, les purs, les parfaits, préchant le chritlianisme évangrlique et soutenant que ^
..Tiitde SilTMtr 'K papa,
£ tuit H cardinal, • (uU vt-aque e li a)l>a, Tuit aquUti eiitcpip non bau tau fie poU'tta, Qu' ilh poissai) p;r4oiiar uu sol paccat iiinrt^i, Snlametit Dlopcrdon\ qu'autre non bopo far.
( La iiobl9 l^yfv"*, Btbl. de Geiiùvp.
Mis. n* 207.)
Tel était le langage de ceux qui, prêchant d'exemple le jeûne, h continence, la pauvreté et l'Amour, procédaient par i'imposUion d£s . mains et par la consolation ; pratiques de leur culte renouvelant les formules initiatrices des premiers
LE PURGATOIRE
A croire leurs scours mon âme était encline Je m'habituai donc à les ouïr souvent 2*.
Puis je les vis si saints en leur zèle fervent ^S Que, quand Domitien, plein de barbare haine, Les fit persécuter, mes yeux sur leurs douleurs Ne furent des derniers à répandre des pleurs ". Tant que se prolongea là-bas ma vie humaine Je leur prêtai secours, et leurs vertus, leurs mœurs, Me Tirent mépriser comme un foyer d'erreurs Toute autre secte et comme appelant Tanathème ^*.
chréliens, qui eux aussi se saluaient, au grand scandale du paganisme, par des baisers mutuels, osculum fraternitaiis.
Ces hommes h la paroie austère déclaraient liautement, on 1105, devant le concile de Lombcrs, dont Finquisition rédigeait le procèsverbal : « Nous n'adoptons ni la loi de Moïse, ni les prophètes, ni les Psaumes, ni TAncion Testament, ni les interprètes du Nouveau,^ et nous ne reconnaissons que l'Évangile (lequel?), sept épîtres, les Actes des Apôtres et l'Apocalypse. — Nous ne ferons que contraints par la force Texposilion de notre foi. — Pour le salut des enfants par le baptême, nous nous en tenons aux paroles de l'Écriture et des Épîtres. — La consécration du corps de Notre-Seigneur peut être faite indifféremment par tout homme de bien, qu'il soit clerc ou laïque. — Une confession à l'article de la mort suffit, si on la veut faire. — Le bienheureux Jacques n'a dit que ceci : Confessez vos péchés et vous vous sauverez. Pour nous, nous ne voulons pas être ' meilleurs que l'apôtre^ » Mss de la Bibl. imp., collect. Doat. n'*21.
21. Stace fréquentant les successeurs des Apôtres , et les fidèles d'Amour de la langue d'oc, ne man-
quant pas d'assister au picdie, c'est tout un, puisqu'il est leur pcrsonni* lication.
22. Si différents par Taustérité de leur vie de ces abbés et de ces prélats alTichant le luxe et la corruption. {Voy. les historiens de la croisade.) Il est à remarquer d'ailleurs que les ministres des religions en minorité ont cherché de tout temps à se distinguer par la régularité de leur conduite et par la pureté de leur morale.
23. Lorsque Innocent IH, Domitien mitre, proclama la croisade contre les Albigeois , qui tombèrent moissonnés par le glaive de Simon de Montfort. Toutes les harpes des troubadours rendirent alors des sons plaintifs, bientôt suivis de cris de haine et de vengeance, car bon nombre d'entre eux périrent pour leur foi les armes à la main, et l'on ne signale que deux ou trois déserteurs dans leurs rangs.
24. Les ministres albigeois affectaient en eiliet un grand rigorisme dans leurs mœurs, pour faire ressortir d'autant le relâchement du clergé romain, contre lequel la poésie provençale ne cessa de se déchaîner jusqu'au moment où la langue elle-même fut proscrite, dans le Midi, par la K^slation civile et
CHANT XXll.
Dans iiioD poëme , avant d'avoir aux champs Thébains Conduit les héros grecs , je reçus le baptême *% Mais de peur d'encourir des supplices certains, ' Je fus chrétien de cœur, sans oser le paraître, Et me montrai païen durant longtemps, sans l'être". J'ai j pour cette tiédeur, en des regrets cuisants, Au quatrième cercle erré quatre cents ans ".
Mais toi qui dissipas le nuage funeste Qui de la pure foi me voilait le rayon , Lorsqu'à gravir encor tant de chemin nous reste , Dis-moi, si tu le sais, où sont Plaute, Varron , Et notre vieux Térence et Cécile, à cette heure; Dis-moi, s'ils sont damnés, que cercle est leur demeure".
Eux tous et Perse et moi , beaucoup d'autres encor, Dit mon guide, habitons ensemble au même bord". Avec ce Grec auquel plus qu'à nul autre au monde Les Muses ont tendu leur mamelle féconde,
par les bulles pontiPicales. {Voy»
p. 16 etsuiv. desB^re/.) Les pontifes ne se doutaient pas que la langue de si se constituerait rhérilière de la langue d'oc et que le legs de vengeance des Albigeois et des Templiers devait se perpétuer d'âge en âge avec la Divine Comédie. Il est bien entendu que le catholicisme se trouve compris dans toutes les autres sectes que déclare mépriser, dispregiaret le chrétien évangéliquc de Toulouse.
35. Avant les épopées des divers cycles, écloses en si grand nombre, quoi qu'en disent les antagonistes de Fauriel, sur le sol provençal , tous les chantres d'Amour, les trouveurs languedociens el provençaux, ceints de la couronne de myrthe, étaient enrôlés dans la nouvelle église et avaient reçu le baplcmcderAinour.
ï\ en était de même de ceux qui célé-
brèrent les exploits accomplis devant Thèbes-Brescia.
26. Conformément aux préceptes des Pauliciens et des autres hérétiques, qui défendaient de s'exposer au martyre. (Foy. p. 75 et 78 des Révél.) Telle fut la règle de conduite des Albigeois après la chute de Toulouse, telle fut celle de Dante , chrétien évangélique et Templier, sans oser le paraître et s'exprimant en catholique, c'rsl-à-dirc en païen, sans Tclre en réalité.
27. Depuis l'époque de Charleniiigne jusqu'au moment où l'albigéisme se crut assez fort pour lever le masque.
28. 11 est à remarquer que Stace, poète épique , ne s'informe que des poètes comiques et satiriques ayant, comme Dante, déclaré la guerre aux vices de leur temps,
20. 11 a déjà fait mention de Juvénal, ainsi la liste est complète.
LE PtRGATOIRE.
Daos ie pix^iiiicr pourtour de Tabltufi profond. Nous nous prenons souvent à parler de ce uiont Où résident toujours qos nourrices chéries.
Nous comptons panninous Euripide, Antiphon, Agathon, Simonide, Eschyle, Anacrëon, Et de la Grèce encor maints sublimes génies , Qui surent par la lyre éterniser leur nom.
Là sont ceux qu'illustra ta noble poésie :
Antigone à leur tête, et Déiphile, Argîc, Ismène, triste encor comme elle fut jadis , Celle qui regretta d'avoir montré Langie, Tirésias, sa fille et la beUe Thétis, De ses sœurs entourée enfin Déidamie ^\
Les poètes alors se turent tous les deux , Et, les degrés franchis, hors des parois de pierre Leur regard attentif se portait autour d'eux **. Déjà quatre restaient sur la route en arrière, Des suivantes qui font cortège au char du jour, Et la cinquième alors , au timon à son tour.
En dirigeait en haut la pointe d'or limpide *S Quand dit mon maître : — Il faut que du côté du vide , Je crois, en appuyant la droite nous marchions Pour tourner la montagne, et comme nous faisions **.
30. Tous personnages de la Thébalde el de rÂchillëide, reproduits sous forme chevaleresque dans les imitalions des romanciers provençaux, et mentionnés ici pour impri« mer à cette scène la couleur locale.
Uante semble même ne pas se rappeler qu'il a mis Tirésia» et sa fille Manio dans les Maleholge; mais c'était à bon motif et seulement pour laj montre.
3i. Ces murs de pierre cessaient d'être un obstacle pour ceuK qui, parvenus aux plus hauts grades, connaissaient toutes les combinai-
sons du langage symbolique. Mais ils n'en devaient pas moins user de circonspection , de là les regards attentifs des deux poètes.
32. La cinquième heure; Dante ne manque jamais, on le voit, aux habitudes maçonniques ; tl est très-attentif h nous dire r heure qu'il est et le nombre de pas faits, car ce sont là autant d'Indications rituelles.
33. Toujours par la même raison , il nous faut laisser À gauche, du mauvais côté , cet amas de pierres qui forme la montagne catholique,
Ainsi, pour nous guider prenant i*exi)érience, Nous nous intmes on route avec plus d'assurance , I^'ombre illustre elle-même en tout nous approuvant ^^ Les poètes marchaient tous les deux en avant Et, seul, j'allais dennère, écoulant en silence Leurs sublimes discours, où, disciple fervent, De Tart des vers j'allais puisant l'Intelligence**.
Cet entrelien, si doux pour moi, trop tôt prit fin , Lorsqu'un arbre ft nos yeux au milieu du chemin S'offrit, que décorait une riche couronne De beaux fruits , à l'odeur appétissante et bonne. De rameaux en rameaiix de même que le pin , Plus il va s'élevant, en ampleur diminue , La base en celui-ci , s'effllant plus menue, S'élargit vers la cime, afin que d'y monter.
Je le suppose au moins, nul ne puisse tenter**. Du côté de la roule , où le rocher la mure, En cascade tombait de haut une onde pure Sur son épais feuillage et partout l'arrosait ".
De l'arbre s'approchait l'un et l'autre poëte , Quand des rameaux sortit une voix qui disait : — Que respecte ce mets votre main indiscrète **. —
pour avoir nos coudées franches à droite, du bon côté, et tourner ce qui nous est obstacle, comme nous faisons d'ordinaire, corne far sokmo,
34. La plus grande concorde ne pouvait manquer de régner entre ces trois époques vivantes du langage des mystères, pour qui les leçons de l'expérience étaient le guide le plus sûr.
35. Afin de régler sa poétique nouvelle, tout orthodoxe quant à la forme, sur celle du chantre de l'initiation, et sur celte des trouba- .
dours albigeoii^, plus que jamais obligés, depuis la réunion du Lan-
guedoc à la France, d'atfecUsr les dehors du catholicisme.
36. A moins d'avoir subi les cpreuvrs et fourni les garanties requises.
37. L'arbre de la science est fécondé par l'enseignement qui contribue à sa propagation et dérive des hautes régions sectaires, bien supérieures à ce mont de pierre qui ferme la route du progrès , en murant l'intelligence.
38. Di qiiesto cibo avrele caro , porte le texte, dont le sens est double à dessein. « Cette nourriture vous sera chère , » est-il dit aux trois
LE PURGATOIRE
Elle' ajouta : — Marie avait bien plus à cœur Qu'aux époux le festin de noces fît honneur, Que de flatter son goût, elle qui pour vos peines Intercède à cette heure ". Aux antiques Romaines L'eau seule pour boisson suffisait ", et Daniel , En repoussant un mets à ses yeux criminel, En science grandit ". De votre race humaine Le premier âge fut comme l'or pur et beau, La faim alors rendait e^pquis les fruits du chêne, Et la soif en nectar transformait tout ruisseau *^ De saint Jean , au désert , le miel , les sauterelles Furent la nourriture ; aussi voilà pourquoi Il brille environné des splendeurs éternelles. Comme en son texte saint l'Evangile en fait foi ".
poètes , aux initiés qui en connaissent le prix. « Vous vous en abstiendrez, » est-il intimé en même temps aux profanes, et absolument dans les mêmes termes, qui contiennent ains^i l'invitation et la défense. Si le Créditeur cùttxprimé sa volonté en CCS termes h nos premiers parents, il aurait fourni à leur désobéissance une excuse des plus acceptables.
39. Marie pensait aux autres et non pas à soi aux noces de Cana.
L'Eglise est loin de l'imiter.
40. Et aussi aux premiers chrétiens. Le poêle gibelin aurait volontiers réduit de même l'Église romaine au pain et à l'eau.
4 i . Pour s'être abstenu de la nourriture du mensonge, il grandit dans la connaissance de la vérité. Daniel, L
42. Au temps d'Astrée où régnait la justice, bannie de la terre, on sait par qui, la doctrine, dont l'oau vive est le symbole, était le nectar des ûdèles d'Amour.
43. La primitive Église élait pauvre et frugale comme le précurseur, dont l'exemple* glorieux est aujourd'hui-si peu suivi. — Voy. en quels termes saint Pierre Damien décrit le luxe déployé sur la table des prélats et des abbés. Sauit Bernard ne s'en Indigne pas moins, aussi tous deux sont-ils en Paradjs.
Tandis que je plongeais à travers les rameaux Mes regards attentifs, comme font d'ordinaire Ceux qui perdent leur temps à chasser aux oiseaux * , — Mon (ils, disait celui qui m'était plus qu'un père, Viens; désormais, pour toi, peut mieux être employé Le temps si précieux qui nous est octroyé.
Je détournai les yeux dii verdoyant feuillage. Dont au même moment s'éloignèrent mes pas , Pour suivre aussitôt ceux dont le docte langage Faisait que du chemin je ne me lassais pas ^ Alors , j'ouïs des pleurs ; le chant mélancolique De Labia mea, Domine, s'y mêlait*; Et si doux vers le Ciel montait le saint cantique Qu'en attendrissant l'âme ensemble il la charmait *.
1 • Vuecellin, au singulier comme il est, ne se rapporterait -il pas à la colombe, symbole de rËsprit saint, et ne faudrait-il pas entendre que rinquisitionperd son temps à donner la ciasse aux sectaires professant la religion de l'Esprit, comparés par Dante aux oiseaux qui fuient devant les frimas et le froid exhalé de la lune, astre de l'erreur catholique ?
2. Attendu qu'il avait toujours à profiter dans l'étude de l'ancien et du nouveau langage , où il puisait noms, images, figures, riches maté-
riaux de toute nature mis en œuvre avec une si constante habileté.
3. « Purifiez mes lèvres, Seigneur, afin que j'annonce dignement votre parole, » dit l'officiant après l'Ëïvangile. Or cette prière n'était exaucée que pour les purs, les parfaits, ces ministres du culte évangéllque.
4. Parce que les pleurs qui accompagnaient le verset cité indiquaient la douleur de voir TEvangile annoncé par des lèvres impures, douleur adoucie chez le poète par l'espoir de voir passer le sacerdoce en de meilleures mains.
Surpris : — Père chéri , me pris-je à dire , écoute : Qu'est-ce que Ton entend ? — Et lui : —Ce sont sans doule Des ombres qui s'en vont de leur dette envers Dieu Dénouant humblement le lien en ce lieu.
Gomme des voyageurs pressés, qui sur la route Joignant des inconnus, de peur d'être attardés , Marchent toujours, après les avoir regardés ; Ainsi derrière nous , venant silencieuse , Mais plus vite, d'Esprits une troupe pieuse Passait, nous regardait tous trois et poursuivait. Tous, Fœil cave et terni, le visage défait, La ma^reur à tel point che^ eux était énorme Que de leurs os la peau s'appropriait la forme. Je doute , des tourments de la faim empêché , Qu'Érésichton se fût jusque-là desséché, Lorsqu'il rongea ses chairs dans son angoisse extrême \
Voilà le peuple ingrat , me disais-je en moi-même, Qui de Jérusalem perdit les saints parvis , Quand Marie aux abois mit les dents sur son fils \ Leurs orbites semblaient comme des anneaux vides Du chaton scintillant; et ceux au front humain Qui disent lire CM 0^ sans peine auraient soudain Montré l'M au milieu de ces faces livides ^
5. Le strppltee encouru par Ereftleliton poor aveir porté la haclic dans la forêt conaaerée à Gérés, autrerrient dit pour avoir révélé ks mystères de la déesse, |iobs mel sur la Yote pour reconnaître daiîs ces Esprits des pécheurs do même genre, qvo^u'à un moindre degré. Autre- ,iiient iis seraient en Enfer nvet^ Ciacco. lin eftet ce sont des pèlerins de Saint-Jaeque»-dc-Compostciie , qoi, prudents entre tous, ne s'arrêtaient pas en route pour jaser avec des inconnus, gente non nota, (voy.
VU, nuova, et BévéL), mats se balaient d'arriver à Toulouse.
6. Si Dante croit tolr dans ces Esprits les Juifs réduits à toutes 1rs horreurs de la famine par Titif8'( losephe vu , t6), c'est que le péché d^indiscrétion , péché de la bouche , de la gorge, peccato deU^ goh, commis par eu^ , les a nris dans te cas de perdre la nouvelle Jérusalem et d'entraîner la rume du Temple.
7. En latin homo, 1rs yeux formant les deux 0, le nés le V du mi-
CHANT XXlll.
Qui croirait que l'odeur d'une source, d'un fruit , En engendrant chez eux des appétits avides, S'il ignorait la cause , à tel point les réduit ^ ?
Ne pouvant deviner ce qui tant les affame , J'observais attentif, rélonnement dans rame, Car rien ne m'indiquait encore le motif D'une telle maigreur, d'un aspect si chétif ; Quand un Esprit, tournant sa pruni^e hagarde, Que du fond de son crâne il dirige vers moi , Tout à coup, l'air surpris , fixement me regarde En s'écriant : —Quelle est cette grâce et pourquoi?
Mes yeux n'auraient jamais reconnu son visage ' Si sa voix à l'instant ne m'avait révélé Ce que de tous ses traits me cachait le ravage. Mais , à mon souvenir, à peine eut-il parlé , Qu'une vive lueur fit briller son image ; Lui-même Forésé se montrait à me» yeux *\
lien, et le doubfe arc dos sourcils, en se prolMigeant jnsqé'aii bm de to mâchoire , les d^ux jambjigc» latéraux. Mats cet omo nous indique qu'il s'agît ki d'I^oinme» , el non de brutes , d'iniUéft sectaires et non de fauteurs de l'Église orthodoxe ; que, tout pëebetfrs qn'il» ont été cnters leurs frères, leur fiiotc ne leur a pa»
fait perdre tout droit à leur commisération.
8. Le fiiH serait» tt est vrai, des plus é4onnants, si le tout n'était symboliqae» Mats forsqu'on sait qoc la formule du serment maçonnique voue à une faim dévorante et cruelle ceux qui révèlent les secrets , signes H my^léres (fui leur ont été dévoilés (Maçonn. Adhontr., Part. r% p. 80 ci 81 ) ; lorsqu'on sait ((oe ceux qid ont nianqoé ii ce «crment sont frappés d'exc(»nmunication , exclus des réunions et des hanquet» de leurs frère», où se distribue le pain
d^s anges (Convil. i , ) ; qu'on leur cadre soigneusement les nouveaux signes et symbole» adopté:!; qu'ils ne peuvent, dès lors, se nourrir ni de fa doctrine, ftgorée par l'arbre de •cknce^ ni do l'enseignement supérieur représenté par la«ource d'eau vtve, fallégorte se trouve snftteamment expliquée.
9. Pas pins qn'il n'avait reconnu celui de Ciacco; les frères excommtinlés étant répudiés, comme tels, par lenra coretlgSoimalres, avec lesquels ils ne peuvent échanger les signes convenlionncls.
10. C'est à la voix que Dante reconnuit i'aœl dans Foreae UonaU, son allié; sa femme. Gemma Donati, appaitcnant à cette famille. Remarquez qu'il a méconnu en lui le frère, attendu qu'il n'a pas échangé avec lui les signes, comme Virgile avec
. Stace, et qu'il ne lui donne pas une
496 LR PURGATOIRE.
Ne songe pas, hélas l à ce teint scabieux, Dit-il, qui décolore ainsi ma peau flétrie, A ces os veufs de chair; mais, dis-moi, je te prie, Ce qu'il en est de toi, quels sont ces deux Esprits Qui semblent protéger ta marche en ces pourpris.
Ta figure que morte , ami , l'âme affligée , Je pleurai tant , repris-je , à la voir si changée . Ne me donne pas moins sujet de pleurs ici ". Apprends-moi donc, pour Dieu , ce qui vous mine ainsi. N'exige pas encor qu'à ton gré je réponde , Surpris comme je suis ; car lorsqu'on l'âme abonde Un souci qui l'obsède on a peine à parler.
Le conseil éternel , dit-il , fait découler Dans cet arbre, là-bas, comme aussi dans cette onde, Une vertu qui porte en nous l'exténuement.
Tous ceux qu'ici tu vois chanter si tristement. Pour avoir satisfait leur bouche outre mesure , De la faim, de la soif endurent le tourment.
Et leur âme, à ce prix , redevient sainte et pure. Éveille en nous l'odeur de ces fruits , de cette eau Qui sur l'arbre grésille, arrosant sa verdure , De boire et de manger, besoin toujours nouveau ; Et notre peine, autour de l'arbre à haute cime Quand nous tournons ainsi, chaque fois se ranime. Notre peine, ai-je dît, ou mieux notre plaisir. Car sans cesse vers lui nous pousse ce désir Qui fit dire au Sauveur : Êli ! lorsque ses veines S'épuisèrent de sang pour nos erreurs humaines ",
seule fois ce nom significatif de pour intempérance de langue. En
fraie. effet , ton admission parmi tes vt-
1 1 . Traduisez : Après avoir vive- vants m'avait fait mieux espérer
ment regretté, dans un temps, de te pour toi, quand la chair quitta les
voir suivre la bannière guelfe^ celle os; ce que rappelle le difetto di
des moriSy je ne suis pas moins carne.
peiné aujourd'hui de te voir cliàlié 12. C'est du conseil supérieur^ du
CHANT XXI il
Cinq ans, cher Forésé, répondis-je à mon tour, Ne sont pas écoulés encor depuis le jour Où , de monde changeant , une meilleure vie En partage t'échut. Si pourtant du péché La possibilité même t'était ravie, Avant que vînt Finslant où ton cœur fut touché Du deuil pieux à Dieu qui nous réconcilie ", Comment donc as-tu pu là sitôt arriver ?
J'aurais cru bien plus bas encore te trouver Où le temps par le temps lentement se rachète **.
Ce fut, répoudit-il, ma Nella si parfaite, Qui vers le Ciel levant ses yeux baignés de pleurs, Me valut de la douce absinthe des douleurs De m'abreuver sitôt. Ses dévotes prières , Du bord où l'on attend ses soupirs m'ont tiré , Et des autres plateaux épai^né les misères **.
c(»ncile ou convent suprême, etemo consiglio , concilio , convento , tous ces mots sont synonymes, que dérivent la doctrine et l'enseignement qui la propage , comme aussi Texcommunication contre ceux qui ont violé leurs serments, en donnant trop libre carrière à leur langue ou à leur bouche, per seguitar la gola oltre misura. Le chef suprême de cette haute cour est, comme le Judex féodal, investi de la puissance plénière, de la potesUu, comme disent les vieux textes de droit. Lui seul, par suite , a mission et qualité pour réconcilier ceux qui ont expié leur (àute , lorsqu'après avoir longtemps désiré l'absolution, ils s'écrient comme le Sauveur expirant sur ia croix : Seigneur, pourquoi m'as-tu abandonné ! Rappelle-nous dans le sein de ton Ëglise.
' 13. Si tu ne fus touché de repentir que réduit déjà à Timpossi-
bilité de pécher par le mal dont tu fus atteint.
14. Il y aurait Heu de s'étonner, en effet , quand l'expiation de Stace a été de 1,200 ans, que celle de Forésé n'eût été que d'un lustre , si ces indications n'avaient une valeur toute conventionnelle.
15. n semble que Forésé parle Ici de sa femme, qu'il appelle Nella, par abréviation ou diminutif, et qu'il est redevable à sa piété, à ses huoni prieghi, dont nous savons la nature, d'un adoucissement à ses peines dans le Purgatoire; mais lorsqu'on sait que tout initié est homme et femme, {voy, p. 94 des Rëvël,) qu'il se contemple en dehofcs de lui-même et converse avec sa propre pensée, devenue son verbe, sa raison parlante , comme il en est de Dante avec Béatrice, on peut se rendre compte de cette fantasmagorie. C'est le corps qui a failli, chez Forésé, son âme, isolée de la ma-
LE PURGATOmE.
A Dieu, par ses vertus, est d'autant plus à gré iMa veuve, qui me fut à juste droit si chère, Que plus seule il la voit eiiipressëe h bien faire , Car en Sardaigne ont plus de mœurs, de chastelé, La face de pudeur plus aisément rougle, Lesfemmeis, 4ans oes monts nommés la Barbagie, Que dans la Barbagie où j'ai tant regretté D'avoir à la laisser naguère. Mais, cher frère**, Vcux-tu que je te parie un langage sincère T Je vois un temps qui n'est pas loin , en vérité. Où du haut de la ebalre, aux femmes de Florence , De montrer gorge et sein II sera hit défense. Sarrazines vlt^on ou Barbares jamais Auxquelles il fallut , aûn de les contraindre Au moins à se couvrir, de leur donnera craindre La loi spirituelle ou de formels décibels •' t
tiôre, >*euvo de son corp», est reilée pure^ et c'est elle qu'il va , en oobséquoQce, opposer aux dames de Florence, autreoient dit aux Iniliéa florenlin^, iiyant foulé volontaire^ ment aui pieds leurs engagements envers la aeete, à eee apoatals dont la lâcheté trahit leur église. C^cst là ce 4}ue nous a ai^noneé la eompar^taen de la gentê che perâè Gen^it^kmme; la nouvelle, hlen entendu.