‹ La comédie de Dante (volume 2)Chapitre 36 sur 55 · Littéralement : Et que la Nuit · texte numérisé non relu

Littéralement : Et que la Nuit

eût toutes ses dispenses, tutte sue dispense. L'expression vaut la peine qu'on la remarque.

21. C'est au moment où la Nuit a toutes ses dispenses et où l'horizon, sur lequel s'étend sa puissance souveraine, présente un aspect uniforme que chacun des fils de la lumière se fait un lit de son grade, ou de son degré, seul moyen pour lui de goûter le repos, d'obtenir la pato;, lorsque la nature ou la loi delà montagne catholique s'oppose à tout progrès.

Ainsi nous ëtions là, tons trois, à cette place,

Eux tels que deux pasteurs , moi tel que chèvre lasse ".

*Par la douWe paroi resserrés des deux bords. Les regards pouvaient peu se porter au dehors ; Mais ce peu me laissait voir Féclat des étoiles, Plus vif que de coutume et libre de tous voiles ^^ Tandis qu'en méditant j'admirais leur clarté, Le sommeil me surprit, celui qui fait connaître Parfois l'événement avant qu'il ait à naître ^*.

A rbeure où du levant, dans toute sa beauté, Sur la montagne vint rayonner Gythérée , Toujours des feux d'Amour qui semble pénétrée ^^ , En songe je crus voir, par la prairie allant, Une dame à mes yeux s'offrir, qui , jeune et belle , Tout en cueillant des fleurs *% me disait en chantant : Si quelqu'un s'en enquiert, c'est Lia qu'on m'appelle ;

'22, CeUé balte nocturne des trois poëios est comparée précisément au r.pos du troupeau et du berger en plein soleil ; ce qui pourrait étonner si Dante ne nous a\ait habitués à ces oppositions continuelles. Mais on remarquera que ces chèvres si indisciplinées, avant d'avoir reçu la l'âlure, s'apprivoisent tout à coup et se mettent à réfléchir profondément lorsque la lumière brille de tout son éclat, sous la surveillance de leur pasteur qui les garde des loups que tous savez. Or les deux protecteurs de Dante en cette circonstance , où la Nuit catholique a remplacé le soleil de la raison, sont les deux langages mystérieux qu'il a personnifiés dans le Lombard Virgile et dans l'Albigeois Stace.

?3. Dante a toujours présent à la pensée et, malgré tous les obstacles, maigre ces deux parois de pierre qui te licimcnt en échec, il voitle ciel constellé du Temple, dont la con-

templation ne saurait être vaine pour lui et pour nous, qui sommes obligé de peser toutes ses paroles.

24. Le poète est très- clairvoyant dans ses songes, aussi rêve-t-il souvent.

25. L'astre sons l'influence duquel la scène doit se passer ne pouvait se lever qu'à TOrient, comme on le pense bien, et ne pouvait être que Vénus , par la raison même qu'en donne le poète rêveur, à savoir que, pour lui et les siens, la troisième sphère est consacrée à la Rhétorique sectaire (voir le Convito, II, 14 ), et que, par suite, elle brûle toujours des feux de cet amour mystérieux (l(»nt les Templiers avaient rapporté la doctrine des régions du Levant. Mais c'est la Vénus céleste en opposition à la Vénus terrestre, fi la prostituée.

2G. Fleurs de Rh. torique, a.«surément.

Mes mains vont ft l'cnlonr, promptes à se mouToir, De ces fleurs , pour me faire une fraîche couronne , Et je me pare ainsi pour me plaire au miroir. Rachel, ma jeune sœur, jamais ne l'abandonne Et reste devant lui siégeant matin et soir.

Elte est, à contempler ses beaux yenx assidse^ Gomme à me parer, moi , je mets tout mon savoir : A Tœuvre est mon bonheur, le sien est dans la vue ".

Déjà pointaient au ciel ces premières splendeurs Dont est d'autant plus doux Véclat aux voyageurs Qu'ils se voient, au retour, plus près de leur demeure "; De tous côtés fuyaient les ombres à cette heure. Avec elles mon somme. Alors , ouvrant les yeux; Je vis déjà levés et l'un et l'autre maître.

27. Tous les commentateurs vous diroDt que Lia figure ici la \ie active et Rachel la vie contemplative.

Fort b!cn ; mais ù quel propos en est-ft question ici? C'est' qu'après rëprcuvd du fen , la vie active cessait pour rinîtié, qui entrait dans la vie contemplative j mais ce n'est pas là tout. Dans la vie active la vérité mixte sulïisait, c'est-à-dire celle qui se produit plus ou moins ornée et plus ou moins voilée sous les ornements de la fiction et de l'allégorie; tandis qu'il Tant la vérité pure et sans voile aucun à la vie contemplative. Or, au moment d'arriver à l'épisode capital du poëmë, à là grande scène centrale de sa comédie catholique, Dante a jugé nécessaire de prévenir ses lecteurs du caractère réel de ses personnages et de leur faire comprendre qu'ils allaient voir apparaître, sous le nom et les traits de Béatrice, substituée à Rachel, la vérité pure, celle de la doctrine-sectaire, parée et déguisée sous l'accoutrement orthodoxe , à l'aide des fleurs fournies par la vé-

rité mixte, autrement dit par la fiction, qui fera de Math ilde, substituée à Lia , la marraine du néophyte Dante. Il suffit , pour se convaincre que telle a bien été rintentîon du poète, de se reporter à la canzone :

Poi ch'-amor del îutlo mi ha îasciato, et au sonnet: Due donne in cima délia mente mia (p. 302-3C7 des Rérél). Lia-Malhildeest la beauté extérieure, la forme, le déguisement , leggiadriay la prostituée du songe précédent couvrant la Vérité, la Beauté interne , virtù, la donna onesta. Comme les deuxtlHes de Lnban on n'olitient la vérité mixte d'abord, puis fa vérité pure qu'à force de labeur et de persévérance; enfin il faut, pour cela, passer par sept gradés, correspondant aux sept années d'épreuves imposées à Jacob, dont l'Échelle est précisément la figure des grades.

28. Nous retrouvons là les espérances si souvent déçues de l'exilé, se croyant toujours à la veHle du triomphe de son parti et au moment du retour dans ses fôvers.

Aujourd'hui, <hi doux fruit que d'un soin désireux Vont elierchant Jes mortels sur des rameaux nombreux, Tuif ourras dans la joie à ton gré te repaître ".

Virgile m'adressait la parole en ces mots , Et jamais , à coup sûr, eii moi ne firent naître Un plaisir aussi vif les présents les plus beaux. Plus haut à m'élever, plein de forces nouvelles Me poussait tant d^ardeur, un si puissant désir, Qu'à chacun de mes pas il me semblait sentir, Pour hâter mon essor, qu'il me croissait des ailes '\

Alors qu'ayant gravi la montée en entier, Tous les degrés franchis , nous foulions le dernier, Virgile dirigea sur moi son œil de père Et dit : — Mon fils, après l'éternel feu d'Enfer, Le feu qui doit finir à tes yeux s'est offert" ; Te voilà parvenu dans une autre atmosphère, Où rien n'apparaît plus distinct à mon regard. Ici je t'amenai par la science et l'art ; A ton gré, maintenant, prends ton plaisir pour guide : Plus d'étroits déflléî^ , plus de côte rapide. Vois là-bas le soleil , qui sur ton front reluit; Vois le gaion , les fleurs , les arbres magnifiques Que la terre à l'entour d'elle-même produit '^.

29. Tu vas pouvoir coniempler Béatrice, ceUe doclrine-vérité que ks homme? poursuivent vainement dans ie dédale de la science aux m'rlic rameaux. Aussi Dante a-t-ii eu soin de se comparer, quelques vers plus haut, à un enfant dont triomphe un beau fruit, fanciul vinto al pome.

30. Pour atteindre au sommet de l'échelle des grades, al som délia scalina, comme a dit Arnaud Daniel. En effet, le poète nous déclare qu'en mettant le pied dans le Pa- ^(•adls terrestre , il est parvenu au

grade le plus élevé > in su 'i §ra4o superno.

31. Lorsque l'édifice calfaolîque s'écroulera , pour être livré au feu éternel, le feu symbolique des mystères, allumé temporairement pour les épteuves de l'initiation, n'aura plus de raison d'être, tous le« hommes devant être appelas à voir la lumière, comme citoyens de la nouvelle Jérusalem.

C'est pourquoi Dante distingue le feu temporaire, temporale ^ du feu éternel.

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