‹ La comédie de Dante (volume 2)Chapitre 37 sur 55 · Ces adieux de Virgile à ?on · texte numérisé non relu

Ces adieux de Virgile à ?on

Jusqu'à ce qu'aient paru, joyeux, ces yeux pudiques Qui, tout en pleurs, vers toi me firent se hAter", Tu peux te promener à ton choix ou rester. «él N'attends donc plus de moi ni parole ni signe^ Et suis ton propre arbitre; il est droit, libre et sain ; Ne pas faire h son gré serait erreur insigne; Je te couronne et mitre~^ainsi ton souverain *\

disciple sont évidemment symboliques. Au moment de le quitter, il lui déclare modestement que cette habileté sectaire, cette science païenne qu'il a déployée pour ramener jusque- ti"^ , ne saurait plus suffire au point où ils sont parvenus, et où il n'a plus que des notions confuses des objets à traiter.

En effet, il serait peu convenable de revêtir le chantre d'Énée de la robe de docteur en théologie ; il l'invite à prendre son plaisir pour guide , c'est-à-dire ce qui lui plait uniquement, cette doctrine dont il attend le bonheur, sa Béatrice, en l'assurant qu'avec elle, et grâce à son langage, de plus en plus orthodoxe, tous les obstacles vont s'aplanir devant lui; puis, pour l'emouragcr, il lui montre le soleil de la raison , aux rayons duquel vont naître d'elles-mêmes , comme le gazon et les fleurs brillant à ses yeux, les images et les expressions les plus propres à faire illusion à danie Piété.

33. Ces yeux ou ces enseignements, qui sont tour à tour lieti dans leur essence, pour propager le gai savoir, et lacrimosi dans la forme, pour le dissimuler sous une orthodoxie frauduleuse; ces yeux

qui n'auront garde de ne pas se conformer à la formule maçonnique : J'at pleuré et j'ai ri; comme a fait Arnaud Uaoiel.

34. Non-seulement Virgile, en qualité de premier hiérophante, se démet de toute autorité- sur son disciple, qui peut s'arrêter ou avancer à son gré, non revenir sur ses pas; mais encore il le fait, par l'imposition des mains, roi et pontife, ne relevant , pour sa conduite «et sa croyance politique et religieuse, que de sa propre raison, de son libre arbitre, qu'il déclare droit et' sain. H l'allranchit ainsi du joug de l'autorité, ou les mots restent sans valeur. « Cette idée, dit Mattcr, que les vrais initiés du christianisme sont faits rois et prêtres, est à la fois judaïque , persanne , chrétienne et gnostique. » On la retrouve dans la Franc-maçonnerie comme dans les écrits des mystiques et dans l'Apocalypse. Saint Martin, le philosophe inconnu, nous affirme que » Thonime régénéré est le commissaire do Dieu sur la terre, et l'intermédiaire naturel entre le Ciel et la terre ; » ii l'en croire, « il sera rot, grandprêtre, grand^uge et souverain législateur. » Foy. p. 97 et 196 des Rëvél.

De la forêt divine , immense et verte tente, Qui tempère à mes yeux l'éclat du nouveau jour, Désireux de chercher au dedans, à Tentour, Je quittai la lisière et , sans plus longue attente , Je cheminai pensif, en marchant d'un pas lent Au milieu des parfums de partout s'exhalant.

Un air doux, que jamais nul changement n'altère, Vgnait battre mon front comme brise légère ; Le feuillage tremblait par son souffle agité Et, sous le mol effort, s'inclinait du côté Où va du mont sacré tomber l'ombre première *. Ne ployaient pourtant pas tellement les rameaux Que dût s'en déranger tout un peuple d'oiseaux ; Ils n'en interrompaient même pas leur ramage , Mais accueillaient, joyeux, par leurs concerts touchqiQts, La douce première heure, abrités sous l'ombrage, Dont le grave murmure accompagnait leurs chants *. *

I. On comprend la signification allégorique de cette forêt du paradis terrestre de la doctrine sectaire , peuplée d'arbres de science dont le feuillage est caressé par le pur souffle de l'esprit, que rien ne saurait altérer et qui rafraîchit le front du poète, siège de sa pensée. Ce feuillage verdoyant ne laisse pourtant pas d'éprouver un léger frémisse-

ment sous la brise, qui vient de rOrient, bien entendu, et de se pencher avec quelque inquiétude du c6té de l'Occident, où se . projette l'ombre catholique du Mont sacré.

2. H en eût été tout autrement si la brise eût soufflé du couchiant; ces oiseaux, chantres de l'Amour, que berce mollement Je zéphyr oriental, et qui mettent en œuvre tout leur

LE PURGATOIRE

De rameaux en rameaux, tel celui qui s'élève Dans les pins de Ghiassi, quand l'arbitre des vents Laisse souffler Shiroc sur la déserte grève ^ Dans l'antique forêt je m'étais , pas à pas , Enfoncé tellement , que je ne pouvais pas Voir par où je venais d'y pénétrer naguère *. Soudain m'intercepta la route une rivière, A gauche qui fuyait, de ses flots caressant, Sur ses rives, les fleurs et le gazon naissant. Les ondes ici-bas qui couleni les plus pures , A peine sembleraient exemptes de souillures Auprès de celle-là, qui, sous son pur cristal, A l'œil ne yoile rien au fond de son canal.

La teinte en est pourtant foncée et comme brune Sous l'ombrage éternel, où du soleil jamais Ne brillent les rayons, jamais ceux de la lune ^

art, ogni lor arte, pour célébrer la première heure, si chère aux Maçons, auraient bien Tite fait trêve à leurs rimes^ rime, n'oublions pas qu'il s'agit d'oiseaux , pour s'enfuir à tire d'ailes sous les raffales de la tempête. Voy., au sujet des oiseaux qui craignent la froidure, la Can- ,iQDe : lo son arrivato alpunto délia ruota, p. 378 des RévéL

3. La forêt de Chiassi, dans le YbiQinage de Ravenne, étant sur terre pontificale, la basse, hordone, donl le feuillage avait la complaisance d'accompagner le chant des oiseaux de cet Eden gnostique, pourrait bien avoir quelque rapport avec le faux-bourdon du piain-chant dans les offices de l'Église.

4. La forêt de la science est immense, et son antiquité remonte, au dire de certains docteurs, bien au delà de l'époque consignée dans les saintes Écritures; celui qui s'y enfonce pas à pas serait en peine, une

fois qu'il y est entré assez avant, de se rappeler comment sont arrivées à son esprit les premières mitioDS qui lui ont permis d'y pénétrer aussi profondément.

5. Ce ruisseau limpide est le Léthé ou l'eau d'oubli, qu'on retrouve dans toutes les initiations, où elle figure le renoncement du néophyte à tout son passé , en dépouillant le Tieil homme, pour commencer une vie nouvelle. Bruna, bruna, celte eau recouvre, cache le passé, réduit à rien, à néant, nulla nasconde, ou voile tout à fait mcssire Rien ou Néant; * et l'ombre sectaire s'étend sur elle de telle sorte, que les rayons du soleilraison, qu'elle a ses motifs pour tenir cachés, ne s'y laissent pas entrevoir, encore moins ceux de la lune ou de l'erreur, qu'elle repousse, raggiar non lasdu sole ne luna»

Ainsi s'expliquent le plus naturellement du monde toutes ces images et ces expressions si bizarres.

S'arrêtèrent mes pieds devant l'obstacle; mais Passèrent mes regards charmés sur Tautre rive Où, frais et variés, dans leur splendeur native, Des arbres priBtaniers se déployaient partout •. Alors, comme un objet qui, frappant tout à coup^ Dans la surprise absorbe aussitôt la pensée, M'apparut une dame, allant seule, empressée, Qui chantait, en cueillant les fleurs dont à Tentour Sa route se montrait sur, ses pas nuancée '.

Belle dame, -lui dis-je, îiux rayons de TAmour Qui vas te réchauffant, si de ton doux visage J'en crois les traits, du cœur qui portent témoignage •, Au bord de ce ruisseau qu'il te plaise venir. Pour que je puisse mieux , une fois plus voisine , Entendre tes accents au gré de mon désir.

Du charme qui parait la jeune Proserpine , A sa mère, au printemps' lorsqu'on vint la ravir, Des lieux qu'elle habitait tu me fais souvenir •.

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