Les liantes perspectives de l'avenir, freschi mai
7. Absolument comme Lia-leg^ giadria, dont elle est la contreépreuve.
^. La vie active, au point de vue sectaire, s'échauffe aux rayons de l'Amour, et se fait reconnaître à certains signes extérieurs déguisés sous des semblants catholiques, sHo vo eredere a semhianti ; aûn d'atteindre plus sûrement son but, Dante lui donne le nom d'une princesse célèbre pour son attachement dévoué au Saint-Siège, et cela d'après la même inspiration qui , dans la Vita numay lui fait revêtir l'Amour d'i^ gnobles haillons, vili drappi, pour porter son cœur à la dame qui devait être son salut, sa défense, sua difeH9io»e, La Lia du songe est Ma* thilde, comme le remarque l'Ottimo,
qui affecte de les confondre en nommant l'une pour l'autre ; de même Béatrice et Rachel, prés de qui elle siège au Ciel, sont la même figure ou la vie contemplative, à laquelle conduit la vie active. Celleci, d'essence sectaire naturellement, nous apparaît donc ici revêtue des vils haillons de l'orthodoxie , sous le nom et le costume de l'orthodoxe Mathilde. é
9. Nous laissons à d'autres le soin de rechercher où se trouvait la dame comparée à Proserpine , lorsque sa mère la perdit et à quelle époque commença son été, qui pour nous est l'âge de trente ans.
Cette belle personne, de l'aveu de tous les commentateurs, est la grande comtesse Mathilde, née en i0t6, l'amie de Grégoire Vll, qu'elle aida de tout son pouvoir dans sa
LE PURGATOIRE
Comme, des pieds à peine en effleurant la terre, A la danse se meut jeune fille légère, A pas menus, serrés , glissant parmi ses sœurs ^ De même alors vers moi , sur le tapis de fleurs , Je la vis s'avancer, baissant ses yeux modestes.
lulte contre l'Empereur Henri IV, et qu'elle reçut dans sa forteresse de Canossaen 1077. Mariée deux fois, à Godefroy-Ie-Barbu d'abord, puis à Guelfe V, duc de Bavière, dont elle resta veuve à trente ans, elle se sépara de l'un et de l'autre, parce qu'elle ne les trouva pas assez dévoués au Saint-Siège, à qui elle fit donation de tous ses États, comprenant la Toscane et une partie de la Lombardie. 11 est facile de trou* ver dans ce peu de mots l'explication de Fétrange madrigal où Dante compare Tamie du grand Hildebrand à la compagne de Pluton.
11 nous faut bien le dire ^ la tendre affection qui unissait une jeune veuve exaltée et un pape sexagénaire, donna lieu de leur temps à maintes conjectures et fit écrire de nombreux ouvrages pour la flétrir ou pour la défendre. (Voir contra :
Chronic. Angelh.Il. Script. Brunsv^.
p. 1089, 1090. Pro : Domnizon, chapelain de Ganossa, Lambeit d'Aschaffenbourg, et Baronius, qui les suit.) Nous citerons seulement ce court passage de Lambert : « Nec evadere potuit incesti amoris suspicionem, passim jactantibus régis fautoribiis et prœcipue clericiSf quihus illicita et contra scita canonum contracta conjugia prohibant, quod die ac nocte impudenter papa in ejus volutaretur amplexibus etilla fwrtivis papœ amoribus prœoccu' pata, » Mathilde fut en outre accusée d'avoir poussé à la révolte et au parricide Conrad, fils de l'empereur Henri IV. {Imp, Henri IV vita, Veterum Script, qui, etc., p. 188.) De
son côté, Grégoire était en butte à des accusations analogues ; nous lisons en effet qu'en 1080, le Jour de la Pentecôte, une assemblée de la noblesse et du clergé, réunie « Mayencc par les partisans de Cadulaus et de Guibert de Ravenno, déclarait : Gregôrium Magnum esse et impostorem, hœreticum, fwmicidam, FORNicARiutf , et prononçait sa déposition. (Hug. Fa vin., Chron., p. 225. Labb. X, p. 389.) Dante ne manquait donc pas de sources où puiser l'allusion sanglante que noui; signalons ici et dont on a vu que la première idée lui fut vraisemblablement fournie par Pierre Damien. Si donc Mathilde est comparée par le poète à la compagne infernale de Pluton, c'est avec l'intention de nous signaler dans le démon qui a proclamé Satan aleppe ou le pape roi, celui qui , le premier, proclama et fonda la double suprématie pontificale , à savoir le grand pape Grégoire VU. C'est une surprise qu'il a voulu ménager jusqu'ici, et nous avons dû faire comme lui. Aussi bien eussions-nous déclaré plus tôt le nom de ce terrible démon , qu'on se serait refusé à nous croire. Il faut donc reconnaître, à cette heure, dans la fiera crudeU , dans le maledetto lupo, à Venfiata labbia, qui paraît un signalement, comme la gran bocca et la barbe touffue d'Innocent 111 ; dans celui dont il est dit :
Quelque redoutable que soit sa puissance , che poder ch* egli abbia , le grand pontife Hildebrand, que l'Église révère sous le nom de Grégoire VU.
CHANT XXVIIl.
Elle s'en vint si près pour exaucer mes vœux , Que rien ne m'échappait de ses accents célestes Qui, paroles et chant, m' arrivaient gracieux *®. Non je ne puis penser qu'une telle lumière Ait jamais de Vénus inondant la paupière Jailli de son regard, quand d'un trait acéré, En jouant, la blessa son fils, contre son gré **.
Elle me souriait, debout sur l'autre rive, En mariant les fleurs qui, sans qu'on les cultive Ou qu'on les sème, en foule ornent ces hauts sommets *^ Trois pas, en ce moment, nous séparaient à peine ; Mais l'Hellespont, aux lieux où le passa Xerxës, Dont reste en frein l'exemple à la superbe humaine , Dans Léandre ne put exciter plus de haine , D'Abydos lorsqu'en hâte il nageait vers Sestos, Que cette onde en mon sein , pour n'ouvrir pas ses flots ".
Dans ce séjour élu , commença-t-elle à dire ,
10. Et de plus PiDtention secrète cachée dans ces paroles, que prudemment il ne reproduit pas : Il dolce suono veniva a me co* suoi intendimenti, M. Fiorentlno, qui est musicien, traduit « avec tous ses détails. »
11. C'est que le feu de l'Amour sectaire, aux rayons duquel se chauffe Mathilde, brûle dans son cœur et éclate dans ses regards, malgré son travestissement en Proserpine pontificale. Vénus Pandemos laisse échapper des rayons qui trahissent Vénus Uranie, et c'est celleci qui foule aux pieds les fleurs de lis rouges de Florence et les fleurs de lis d'or de la France, vermigli e gialli fioretti. Il n'est pas besofn d'expliquer comment l'Amour, dérivé de Vénus Uranie ou de Marie, se garderait bien de percer le sein de sa mère , ce qui serait fuor di tuito suo costume.
12. Avec la meilleure volonté d'être fidèle traducteur, nous ne saurions rendre traendo color con le sue mani, par : cueillant des couleurs avec ses mains ; c'est pourtant là ce que dit Dante. Nous notons seulement l'expression , afin qu'on soit en garde contre les couleurs de Mathilde.
13. Il n'est pas besoin de dire que ce qui attirait si puissamment Dante vers cette belle personne, toute kggiadria, ce n'était pas son costume de Mathilde ou de Proserpine, mais bien ce feu de l'Amour qui brillait dans ses yeux comme le fanal sur la tour de Sestos. C'est le plus souvent par trois pas que procèdent les Maçons, mais il n'y avait pas même cette distance de Mathilde à Dante; elle n'était que de l'épaisseur de son costume de théâtre.
LE PURGATOIRE
OÙ la nature homaine eut son berceau jadis 'S Tous trois nouveaux venus , peut-être mon sourire Vous trouve défiants à la fois et surpris **. Mais le psaume qui dit Deleetasti, peut faire Que Fombre se dissipe et vous édifier, A votre intelligence en donnant la lumière *•.
Toi qui te tiens devant et viens de me prier De m'approcher du bord , dis s'il est quelque chose Que tu veuilles savoir, interroge, propose; Je vins à toi, sur tout prête à te contenter.
Cette eau, dis-je *', et ce bruit que la forêt dégage *•, Viennent contrarier ce qu'une bouche sage
14. Et non pas la nature brute, à la différence de TEden de la Bible.
15. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que Mathiide admette la possibilité qu'on s'étonne et qu'on éprouve même un sentiment de défiance en Toyant une femme sourire, dans un lieu de déliceg comme le Paradis terrestre. Mais Mathiide a conscience de sa nature mixte, de l'ombrage que doit porter son accoutrement orthodoxe , et du rôle singulier qu'elle est appelée à jouer sur cette soène, dont la décoration est toute catholique. Elle comprend donc ce qui peut se passer dans l'esprit des nouveaux Tenus en la voyant si Joyeuse, et elle se hâte de les rassurer.
16. Reportons-nous donc à ce Psaume xci : Deleciasti me. Domine, in factura tua. Nous y lisons que l'homme grossier, vir hrutus (celui qui n'obéit pas à la raison), ne comprend pas les œuvres du Seigneur, et que l'insensé n'en a point l'intelligence ; d'où nous devons conclure que Mathiide n'est ni brute ni folle, et qu'elle a la raison pour guide, malgré ses égards apparents pour
l'autorité. Ce n'est pas tout, fe verset 8 nous dit : « Quand les pervers pullulent comme l'herbe et que prospèrent ceux qui trempent dans l'iniquité, viendra le moment où ils seront perdus pour l'éternité, » et au verset 10 : « Voici, Seigneur, que tes ennemis vont périr, voici que seront dissipés les complices de l'iniquité. » 13 : « Le juste fleurira comme le palmier et il se multipliera comme le cèdre du Liban. » 15:
« Pour annoncer que le Seigneur (Empereur), notre Dieu, est plein d'équité, et qu'il n'y a point d'injustice en lui. » Nons comprenons alors fort bien le rire de Mathiide, et nous reconnaissons que l'étrange citation du Psaume Deketasti dut édifier complètement Dante, qui, très-versé dans les saintes Écritures, était à même de le commenter pour Virgile et Stace. Mais , dans l'acception orthodoxe, en quoi ce Psaume pouvait-il les éclairer, render liue?^
17. La doctrine, qui n'est pas en rapport avec le costume et le nom de la dame