‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 104 sur 155 · Un vivant et non pas un de · texte numérisé non relu

Un vivant et non pas un de

ceux qu\ sont morts k la raison; ceux-là suivent toujours leur route à gauche , attendu que pour eux la dritta via è smarrita,

16. Cotestich* ancor vive, traduisez : celui qui vit encore, au lieu de qui vit aussi, qui est un des nOlres, et vous dénaturez le sens; nous supprimons donc l'adverbe, afin de laisser la pensée entière, car rien de plus facile que de dire : Celui qui vit aussi, mais qu'on ne nomme pas.

n. C'est-à-dire , je fus de race gibeline, les Gibelins seuls'étant anx yeux du poète lee véritables hérl- Uers des Romains, les maîtres prédestinés du LaUiun.

Je ne t>ais si mon uom Tint Jusqu'à vous naguère.

Un antique lignage et les faits glorieux ,

Dont le long souvenir illustrait mes aïeux,

Firent de tant d'orgueil s*enfler mon âme altîèrc ,

Que, mettant en oubli notre commune mère ^\

Tout homme n'eut de mol qu'insolence et dédain ♦• ;"

Aussi ce fut bientôt ce qui causa ma fin.

Ceux de Sienne, à coup sûr, s'en souviennent encore;

Dans Gampagnatico n'est manant qui l'ignore '^

Je suis Ombert, et seul ne fus pas mis à mal

Par ce funeste orgueil, mais tous ceux de ma race

A qui, du môme coup, mon malheur fut fataP^

Et maintenant il faut , ployant sous cette masse ,

Que, pour mon arrogance, à Dieu je satisfasse,

Que je m'acquitte mort, vivant ne l'ayant fait.

Je récoutais pensif en inclinant la face, Lorsqu'un d'entre eux, non pas celui qui finissait, 8e tordit, pour me voir, sous le faix qu'il traînait , Sur moi fixa ses yeux et, d'une voix émue , Me nonuna , quand près d'eux j'allais baissant la vue ".

IS. L'Église sectaire, quoique le poêle s'arrange pour donner à eo^ tendre qu'il s'agit ici de la terre.

19. Tous ceux qui n'étaient pas des brutes guelfes, tous ceux que mes ancêtres regardaientet traitaient comme des frères.

20. Ombert Âldobrandeschi, comte deSantaftor, sortit de son château fort de Cam pagnati co .pour re pousser une excursion des Siennois.qui voulaient lui enlever sa jurldiclion seigneuriale, et fut tué en combattant. {Yoy. Muraturi. Cronicon Sanese.

•XY, 24, 28.) Son tort aux yeux de Dante était d'avoir fait taire ses coovictions sous l'influence de ses la* téréts et de s'être courbé sous la loi do TËgUseï en même temps qu'il

affectait des manières hautaines avec . son ancien parti, pour ne pat «e c<mipromettre avee rorgueUleiise cour de Rome.

21. lA mort d'Ombert ayant eatrainé la ruine de sa famille $ exeiaple que le poète trouve bon de rap* , peler à ceux qui seraient tentés de l'imiter dans un intérêt égoïste, abandonné qu'il fut de ceux dont U aurait pu attendre secours , s'il m les eût reppussés loin de lui.

22. Dante revient par deux fois sur cette circonstance , pour indiquer que, faisant un retour aur lutmôme. Il songeait au temps où tt avait aussi fléchi soua i'auiarlié ta.

péché, comme Guelfe, dans dea pea* •éea d'orgtteli.

LE PURGATOIRE

Oh! lui dis-je, Oderise, est-ce toi? Toi l'honneur D'Agobbio, ta patrie , et de cet art flatteur Qu'on appelle à Paris Venluminure^^l — 0 frère, Reprit-il, sait bien mieux flatter l'œil et lui plaire Ce que Frank de Bologne a, d'un art étonnant, Paré de ses couleurs. Tout l'honneur maintenant Lui revient et m'en reste à peine une partie. Je n'aurais pas, vivant, eu tant de courtoisie; Car mon cœur, au désir de l'emporter sur tous Se laissant entraîner, de tous était jaloux. Ici d'un tel orgueil doit s'acquitter la dette. Je ne serais pas même aujourd'hui dans ce lieu, Si je n'avais, pouvant pécher, imploré Dieu '*. 0 des succès humains gloire vaine, imparfaite ! Gomme dans son éclat elle doit durer peu, Si les siècles suivants, grossiers et sans culture. Ne la font reverdir! Pensa de la peinture Gimabuée avoir la palme, et Giotto, Qui l'emporte aujourd'hui, fait pâlir sou pinceau".

23. On appelait ainsi la miniature sur parchemin dont on faisait alors grand usage pour l'ornement des manuscrits, des missels et autres livres d'église. OderiBio ou Oderic, de l'école de Cimabué, était d'Agobbio, auJourd*hul Gubbio, Tille du doché d'Urbln ; Il avait été lié avec Dante , qui s'occupait de dessin , comme on le volt dans la Vie nou-' vêlle. Mais il avait eu le tort d'accéder au\ désirs du pape et de se rendre à Rome, pour enrichir des chefs-d'œuvre de son pinceau les manuscrits de la Bibliothèque pontlfleale. Voy. Vasarl.

24. Si Odérise n'eût pas , à la fin de sa carrière , fait amende honorable envers le dieu d'Amour, dont le Christ Impérial était le Messie, Dante l'aurait placé en enfer, pour

ses ménagements et son obséquiosité envers l'Église qui le faisait vivre.

Frank de Bologne, artiste du même genre, avait sans doute employé ses talents à l'illustration de quelque œuvre sectaire , pour que le poète ait mis son éloge dans la bouche d'un rival.

25. Parce que Giotto , élève de Glmabué, appartenait à' la sectr, comme le prouve son portrait de Dante , représenté tenant en main deux mystérieuses pommes de Grenade, dont les mille grains, pressés sous la dure écorce, sont le symbole de la fraternité occulte; comme le prouve aussi une Ganzone dont II est l'auteur, et que Rnmohr a publiée dans les lialienischc Farschungen, d'après un M. S. de la

nUTANt XI.

De même Ton a vu naguères un Guido Vaincre l'autre et briller en maître du langage. Peut-être même est né celui qui doit, un jour, Du poste glorieux l'évincer à son tour**. Toute cette rumeur que le monde propage N'est qu'un souffle de vent, en sa mobilité Venant d'ici, de là, des monts ou de la plage, Et qui change de nom en changeant de côté. Avant que soient passés mille ans , dont la durée Est, dans l'éternité, plus courte qu*un clin d'œil, Au mouvement du Ciel le plus haut comparée. Quel renom penses-tu laisser, dût au cercueil Tomber tardivement ta dépouille vieillie , De plus que si la mort t'eût frappé sur le seuil. Lorsque tu bégayais nanan , dada , ninie " î

Riccardiana ; ces vers y sont surtout à noter:

GiMrda cbe beti •' iiitenda,

B talor liaiino doppi^ înteMiimtmlo,

F. Tuoi cbe if anlutifen li prends ;

Pcrù il tuo v!bo abendRi

E guarda il ver ckê dsntro n t*a$etf»di:

C'est, à peu de chose près : Aguxisa qui, leltor, ben gli oechi al vero,,,.

et Mirate la dottrina che s*aêeande, etc.

26. Galdo Guinicelll, de Bologne, était Gibelin et sectaire , toutes ses Canxonl en feraient fol, quand nous n'aurions pas le témoignage de Dante , qui l'appelle son maître , ch. XXVI. Le style amoureux lui dut d'adroites innovations, et il fut le premier qni donna un nom à sa dame idéale ; il l^appela Lucia. Fu mener G. Guinicelli il primo ehe innova lo stile del dire in rima.

Ou. C, 11 fut surpassé par Guido C^vaicanti qui , bien qu'en restant Guelfe e^tcrieurement, avait adoptu*

les croyances secrètes de Dante; toutes ses poésies en fournissent la preuve. C'est pour avoir perfectionné la langue mystérieuse et ajouté à sa docte obscurité , qu'il est proclamé supérieur à Guinicelli ; G. Cavalcanii si puo dire ehe fosse il primo che le sue eanxoni forîificasse con filosofiehe prove. OU. C Mais Dante, qui fera subir au vocabulaire symbolique une transformation radicale , les dépassera tous les deux. Cette préoccupation constante du poêle au sujet de la langue dont il était le créateur, l'Adam , se manifeste partout, dans le Convito, dans le Vulgare Eloquio, dans le Canxoniere, et nons la verrons pins loin se donner de nouveau carrière.

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