Trapp' 090 : aux yeux de
CHANT Xi.
Et moi : -^ Si le pécheur qui pour se repeatii* Attend l'instant où va sonner sa dernière heure, Ne peut gravir ce mont, mais triste au pied demeure, Aussi longtemps quMl eut d'ans sur terre à fournir, A moins que, pour Taidfer, on ne prie et ne pleure , Gomment d'entrer ici put-il donc obtenir ?
Lorsqu'il vivait, dit-il, en sa plus grande gloire, Déposant toute honte, un penser méritoire Lé poussa librement, dans Sienne, à s'en venir Sur la place et, tremblant, l'air humble à s'y tenir. Le malheur d'un ami, prisonnier du roi Gharle , Pour le sauver de mal, ainsi le fit agir. J'ai tout dit. Je sais bien qu'obscurément je parle , Mais tes concitoyens, avant qu'il soit longtemps, T'aideront de mon texte à commenter le sens. Pour avoir accompli cette œuvre expiatoire , S'abrégea son exil au seuil du Purgatoire ".
Dante, déserter son parti était de l'audace, de Teffronterie, l'apostasie ne fût-elle qa'apparente , comme dans l'espèce , ce qui va nous être expliqué.
33. Dante et ses personnages ne s'expliquent avec obscurité que lorsqu'il y a danger à s'expliquer clairement. Si Provenzano avait eu à cœur de se procurer la rançon d'un nommé Vigna , son ami, comme le disent les commentateurs , il aurait troui{é d'autres moyens que de se poster en mendiant sur la place publique. Il y avait assez de négociants et de propriétaires opulents dans Sienne pour venir en aide au premier magistrat de la république. A ce Vigna substituez Provenzano luimême, honteux d'avoir subi l'influence guelfe, et lout vous deviendra clair. Vous comprendrez que
Provenzano, qui, pour garder le pouvoir, s'était rallié ostensiblement aux Guelfes, appuyés par les armes victorieuses de Gharfes d'Anjou, ait éprouvé des remords de sa faiblesse, et désiré se tirer de la peine qu'il endurait à se voir traîner à la remorque de ce prince, comme son captif; qu'il ait alors fait amende honorable de sa défection. Acte de repentir dont le poète lui tient compte, mais qu'il enveloppe prudemment de nuages. Vous comprendrez comment les Florentins devaient fournir à Dante le commentaire des paroles d'Odérlse, lorsqu'ils mettraient pour ' condition à sa rentrée dans sa patrie , qu'il ferait amende honorable de son passé. [Voir sa Réponse à Vamico fiorentino.) Le Slennols avait pu reconnaître honorablement ses torts, parce qu'il agissait lihremenlt Dante se serait dégradé en reniant
LK PrRGATOIRK.
forcément ce dont il se faisait gloire. (Koy« sur ce personnage Vlilanl, llv.vii.ch. 31. Voy.wrXoQiVOttX,, où II est dit qoe Proveniano, d'accord avec G. Novello et les Gibelins de Toscane, se mit à la tète de 8,400 hommes, pour attaquer, à Colle , Jean Beroald , maréchal de Charles d'Anjou, dans l'Intention d'enlever ce dignitaire et de l'échan-
ger contre VIgna , per ifombiar/o; mais qu'il fut tué en combattant.) Que devient alors le conte de la quête en place publique ? Si quête il y eut, ce fut une quête d'hommes d'armes, pour marcher à renneoit et pour secouer un joug odieux. El l'on comprend alors l'obscurité étudiée de celui qui parle.
GHANT XII.
Comme vont sous le joug des bœufs avec lenteur, Je marchais à côté de cette ftme chargée. Le permettait ainsi mon indulgent docteur. Mais sitôt qu'il me dit : — Dans la foule affligée Laisse-le, pour passer outre, car en ces lieux II faut que.de pousser sa barque on se souvienne, En déployant la voile et ramant de son mieux *. — Soudain, comme il convient pour marcher qu'on se tienne. Se redressa mon corps : tous mes pensers pourtant Restèrent humblement abaissés vers la terre *.
Je m'étais mis en marche et je suivais content Mon guide, dont l'allure était non moins légère , Lorsqu'il me dit : — Dirige un peu ta vue en bas : Pour charmer le chemin , peut Vôtre salutaire De regarder le sol que vont foulant tes pas.
Des terrestres tombeaux de même que la pierre , Des morts pour conserver la mémoire aux vivants , Porte représenté ce qu'ils furent naguère ; Pour raviver au cœur des regrets plus poignants, Qui , stimulant les bons , lel^ poussent à bien faire ; De même je vis là , mais d'un art plus parfait ,
1. Par la pensée et par Taction. Tex pression de ma pensée, l'humi-
lité catholique. Ctiinati e scemij lit-
2. Je me remis activement à l'œu- téralement : mes pensers restant vre m continuant de feindre, dans «baissés et niaiti.-slupldeg.
LR PURGATOIRE.
De figures orné, chefs-d'œuvre do peinture , Tout le roc en saillie où la route passait \
Là, d'un côté, celui qui fut la créature De toutes la plus noble, en Timmense nature. S'offrait , du Ciel tonnant tombant précipité *. On y reconnaissait Ténorme Briarée Qui , des traits de la foudre atteint , d'autre cMé Gisait, fardeau glacé sur la terre éplorée ^ Et, tous les trois, le bras armé. Minerve, Mars, Apollon Thymbréen , environnant leur père, Regardaient des géants, couchés dans la poussière. L'insolence abattue et les membres épars *, ' On y voyait Nembrod au pied d'un grand ouvrage, Qui , la confusion, l'effroi dans le regard , Morne le dirigeait sur ceux en Senuaar Qui s'unirent à lui, complices de l'outrage '.
Déplorable Kiobé, comme les yeux rougis Tu t'offrais malheureuse et de stupeur frappée , En comptant expirés sept fiUes et sept fils • I
3. Toute la largeur de la corniche sur laquelle ils marchaient offrait h leurs regards des figures à fresque ou en mosaïque, comme on en voyait alors sur les tombeaux. TiCtte comparaison tirée des morts sans la moindre nécessité , nous avertit que ses coups yont porter sur des Guelfes.
4. Satan aîeppe, qui sera foudroyé pour son orgueil, si même il ne fallait traduire, d'après la construction du vers : qui sera précipité, tout en lançant les foudres de l'excommunication, /bl^orp.7.<7iando, de ce ciel où il a voulu se faire dieu.
5. Philippe-le-Bcl, qui pesait déplorablemeJit sur la terre, où il contribuait ù répandre la torpeur glacée de la Mort pontiflcaie , grave alla terra per lo mortal gielo. Son
apparition dans le Purgatoire nous a été annoncée dans lo eh. mi de TËnfer, mais ce n'est encore Ici qu'un préliminaire.
6. La sagesse éclairée, le courage guerrier et la raison, au flambeau lumineux, devant aider le Jupiter Impérial à triompher des flie grossiers de ia terre, ces princes et rois alliés du Saint-Siège, qui ne s'appuyaient que sur la force brutale.
7. Guido de la Torre, le Nembrod milanais , et ses complices ; tous ceux-là qiri «emèrcnt la discorde' dans le parti impérial, où ils engendrèrent ia confusion des langues, sous l'influence de Pietra mala, la grande ville. Voy. De Vulg. eloq.
VI, et ch. XXX de l'Enfer. Voy. aussi p. 380 des Révél.