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Qui n'as pas encore dépouillé enUèrement le vieil homme

410 LE PURGATOIRE

Dont cent milles de cours ne peuvent lasser Tonde. Ce corps Tient de ses bords \ Vous dire dans le monde Ce que je suis, serait vouloir parler sans firuit, Car jusqu'ici mon nom n'a fait guère de bruit. Tu désignes TArno, si je sais te comprendre, Répliqua celui-là qui venait de parler.' L'autre reprit alors : — Pourquoi dissimuler, Comme pour une chose horrible à faire entendre , Le nom même du fleuve 7 — En ces mots, sans attendre, L'autre ombre répondit : — le n'en sais la raison, Mais certes périrait bien justement le nom D'une telle vallée et de son fleuve encore ^ ; Car, dès son origine , où s'enfle tant le sein Des monts altiers d'où fut détaché le Pélore •, Qu'il n'en est guère ailleurs d'eaux vive» aussi plein , Jusqu'où son onde court , pour réparer la perte Que la mer, par le ciel aspirée , a soufferte , Ce qui des fleuves fait à son tour l'aliment \ Tous n'ont pas moins de peur de la vertu, vraiment, Que d'un aspic , et vont la fuyant comme peste % Soit effet du terroir, soit un instinct funeste. De la triste vallée aussi les habitants Ont à tel point changé de nature, en ce temps, . Qu'il semble que Circé leur donne la pâture ^

4. Des rives del'Arno, qui prend eanx terrestres, diaprés Bnmelto sa source sur la frontière de la Lallui. Voy. son Tesoro. Romagne, dans la chaîne de TApen- 8. La vertu, telle que Ventondait nin. Cette réponse est dans le style la secte gnostique mankhéenno ou arguto. la religion de l'Amour.

5. Attendu que rélément guelfe y 9. Le poète nous donnera à endomine ; de là la répugnance afTcctée tendre plus tard, en parlant de Giaudu poêle à prononcer mémo, le nom eus se iranshumanisant, quelle est du Val d'Arno. • celle qu'il entend par la magicienne

6. Ce promontoire de la Sicile est Circc, si habile à transformer les la continuation de la chaîne des hommes en brutes dénuées de rai- Apennlns. son. Circé, Thaïs, Sémiramis, Rbéa,

7. Théorie de la formation des autant de noms de la grande prostlsources et de tout le système des tuée. .

L'onde dont nous parlons, au milieu de pourceaux Auxquels eouviendrait mieux le gland, pour nourriture, Que les fruits des yergers et la chair des troupeaux, S'écoule, humble d'abord, frayant sa route obscure**^; Puis, descendant plus bas, chez des roquets hargneux , Plus importuns qu'ils n'ont de force et de puissance, Eu faisant un détour, elle s'éloigne d'eux ^^. Elle poursuit son cours, et, plus elle s'ayance^ En grossissant sans cesse, et plus , de toutes parts ^ Malheureuse et maudite , elle voit sur sa rrve Les chiens se faire loups ". Puis, alors qu'elle arrive En un lit plus profond, de frauduleux renards S'offrent sur son chemin, si remplis d'artifice, Qu'il n'est pour les surprendre astuce ni malice ". C'est pour que l'on m'entende ici que, poursuivant, Je veux en dire plus encore ; et ce vivant Pourra s'en trouver bien un jour, s'il se rappelle Ce que par moi l'Esprit de vérité révèle. Je yois ton petit-fils se faire ardent chasseur De ces loups, siu* les bords du fleuve à Tonde altiëre. 11 les met aux abois, traque leur bande entière. Vend leur chair vive et puis les tue avec fureur *\

10. Sur 4e8 domaines des corotefl d'ane lutue soutenue contre son Guidi de Porciano , parents de ceux opulente voisine.

de Romena, qui, bien que Gibelins, 12. Sur te territoire de Florence, se déshonorèrent aux yeux de Dante où les gouvernants subissent de plus par leur pnsiUanloiité et leurs Ià> en plus l'influence de ja louve roches complaisances envers les Flo- mainc^ où les fidèles d'Amour sa rentios. L'allusion au nom de Por- laissent corrompre, entraînés qu'ils clano saute aux yeux. Foy. Scipion sont par les exemples d'insatiable Ammirati, Storia de' Conti Guidi, cupidité dont ils sont journellement

1 1. L'Amo fait un détour au pied témoins.

de la hauteur sur laquelle s'élève 13. Les Pisans , cbe2 qui Tintérét

Areszo. Gette petite république tenait mcrcunliie faisait taire souvent leurs

pour les Gibelins, mais, trop faible. Instincts d'oppogitlon gibeline, elle ne pouvait que harceler Flo~ 14. Fulcieri des Caiboli, seigneur

renée, avec qui elle était sans cesse de Brettinoro , petit-flls de celui

en guerre, et se montrait Incapable auquel s'adresse cette prophétie,

412 LE PURGATOIRE

Beaucoup perdent ainsi la vie et lui riionneur.

Il sort couvert de sang de la forêt sauvage *'

Et la laisse en si triste et déplorable état

Qu'en mille ans rien ne peut lui rendre son éclat. —

Gomme alors qu'on apporte un sinistre message, * Celui qui le reçoit , pronipt à s'en affliger, Se trouble tout à coup et change de visage, D'où vienne le péril de terreurs l'assiéger ; Ainsi je vis l'autre âme, à ce sombre langage Qu'elle venait, tournée à demi, d'écouter, Manifester son trouble et toute s'attrister ".

Les paroles de l'un , et de l'autre la vue , De connaître leur nom me firent désireux Et, non sans les prier, je m'en enquis près d'eux.

Or, l'Esprit, en premier, dont la voix inconnue M'avait parlé, reprit : — Tu veux savoir de moi Ce que tu ne veux pas que je sache de toi ; Mais la faveur divine, ici qui se déclare , De discours permet peu que je te sois avare : Apprends donc que mon nom fut Guido de Duca *^ , L'aiguillon de l'envie à tel point me piqua Que , si j'eusse en autrui reconnu l'allégresse ", Tu m'aurais vu pâlir comme un homme en détresse ; De ce que j'ai semé je recueille le fruit ".

était, en 1302, podestat de Florence. di Firense, nel 1303. » Ott. G. Corrompu par l'or des Noirs, Il sévit 10. En songeant à la honte que

cruellement contre les Blancs, parti la conduite de son petlt^ils ferait

auquel Dante avait appartenu, mais Jaillir sur son nom, Jusque-là res-

avec lequel 11 rompit à la suite de peclé.

ses déceptions comme conciliateur, 17^ De Brettlnoro, ville de la Ro-

pour passer définitivement dans les magne, peu distante de Forli. rangs gibelins, aux veux desquels 18. La gaie science albigeoise, le

les Blancs, parti de juste-milieu, gai savoir ou l'art, la science d'A-

n'étaient pas moins des loups que mour lui était en horreur avant d'y

les Noirs. être initié lui-même ; ce qui s'appe-^

15. De Florence, selva telvaggia. lait farsi lieto, se faire gai. « Qiiesto predidmento ebhe suo 19. On peut remarquer combien

effetto quando Fulderi fu podextà est grande la différence des cbàti-

CHk^T \1Y,

Race humaine, pourquoi ton cœur est-il conduit A convoiter des biens excluant le partage '^ ! Tu vois ici Rînier, l'honneur de son lignage , Issu des Galboli, dont aucun aujourd'hui N*hérite des vertus qui brillèrent en lui ". Non-seulement du bien , au bonheur nécessaire Gomme à la vérité, qu'on méconnaît sur terre , Ceux de sa race sont privés, entre le Pô Et le mont sourcilleux, la met et le Béno; Mais le sol est partout chargé, dans ces limites, De buissons vénéneux, de semences maudites, ' Et Je soc maintenant y passerait trop tard ". Qu'êtes-vous devenus , noble Henri Manard , Vertueux Licio , sage Gui de Garpigne ,

ment 8 Infligés par Danle aux transfuges de la secte et aux déserteurs du catholicisme. l.es premiers sont plongés dans les gouffres de l'Enfer, les autres , coupaMes seulement d'une faute vénielle, ne sont soumis qu'à une expiation temporaire rappelant, dans le Purgatoire, l'aveuglement qui leur flt fermer momentanément les yeux à la lumière.

20. Attendu que tous les biens devraient être mis en ' commun , comme dans la primitive Église, au lieu d'ctrc acrumu lés dans les mains de quelques familles privilégiées, et surtout dans celles des gens d'église. ( Voy, ch. XV. vers 48 et suiv.) • Ceux qui voudront ensuite se reporter au Convito iv, 1 1 et 27, p. 337 et 351 des RévéL, pourront indiquer à M. Rigault, des Débats, qui les y a cherchées en «atn, où j'ai trouvé mes preuves du socialisme de Dante; cl M. Ferjus-Boissard, mon honorable contradicteur au sujet de Théréaie do Dante, dont il confesse loyalement les Idées révolutionnaires et socialistes, le renverra au

traité iv,ch. 11, 12, 13, 14 et liidece même Convito.

21. A plus forte raison l'ancien podestat de Florence, Fulcieri, le chasseur de loups. La famille de Calboli est mentionnée dans la chronique de Parme, dans les annales de Forli, de Cesène et de Modène.

Voy, Muratori.

22. Il n'est pas besoin de dire, sans doute, que ce bien essentiel à la vérité et à la Juie , ben richiesto al vero ed al trastulto, est la ^aie science, qui ouvrait A la lumière les yeux de l'adepte, et devait lui procurer, comme fidèle. d'Amour , lé bonheur dans cette vie et dans l'autre. Guido de Duca signifie donc k Dante que les Calboll. ont rompu avec la secte. et quf», dans toute rétendue de la Romagne, comprise entre le Pô, l'Apennin, le golfe Adriatique et Bologne, oh passe le Réno, l'influence de l'Église romaine,ses doctrines, venenosi sterpi^ ont pris de telles racines , qu'il serait difficile de les extirper.

LE Pt'RGATOlRE.

Pierre Traversaro ? Faut-ll qu'ainsi forligne Le sang des Romagnols et devienne bâtard ^' ! Quand verrai-je un Pabbro dans Bologne renaître '* , Dans les murs de Paenze un Bernardin Fosco , D'un tronc grôle et chétif rejeton noble et beau '* ! Toscan , de la douleur que je laisse paraître Ne sois pas étonné, quand de Gui de Prata Et d'Ugolln d'Azzo, parmi nous qu^on vanta , Se réveille chez moi la mémoire si chère **. Quand Frédéric Tignose et sa famille entiëi^ Me révient en pensée , et les Traversari, Qui n'ont pas plus laissé que les Anastagi D^héritiers des vertus qu'en eux nous honorâmes *',

23. C'est comme profès de l'Ordre secret, on s'en doute bien, que M anardo de Faenza , Licio de Valbona et Guido de Carpigna, tous deux de Uonlefeltro, ainsique Pierre Tra?er8aro , partisan zélé de Frédéric U et seigneur de Ravonne, dont il fut chassé par les Polenta , sont cités ici avec honneur ; et les Romagnols s'abâtardissent parce quMls ont cessé de marcher sur les traces de ai dignes modèles.

24. Dans Bologne, où domine maintenant l'élément populaire, dévoué au parti guelfe, en dépit des espérances que le forgeron Lam- ()ertuccio avait fait concevoir à la secte, dont il avait embrassé les doctrines. Peut-être Fahbro ou Le Fèvro était-Il son nom de famille, car l'Anonyme l'appelle messer Fabro.

Voy. Muralorl. Framm* hùt. Pis.

XXIV et Ghirardacci , Stor. di Bologna,

26. Simple ouvrier potier, qui avait acquis dans Faensa la même iuflu'ence que Lambcrtuccio à Bologne. Ce qui prouve que la propagande sectaire ne s'exerçait pas

seulement dans les hautes classes.

Aussi, l'Anonyme remarque- 1- il qu'après avoir parlé des gentilshommes qui avaient soutenu l'honneur de leur nom, le poète met en relief les honnies d'une condition obscure qui s'étaient élevés h leur niveau.

2G. Che vxvette nosco, qui fut des nôtres , qui fut comme nous un virant, un sectaire. Le premier s'allia à la famille gibeline des Ubaldini du Mugello, iB second était de Rimini; mais l'Anonjme constate que tous deux étalent de basse extraction.

27. Ces deux dernières familles avaient été chassées de Ra venue par • les Polenta, quoique la seconde lear fut alliée, et leurs dciiccndauta avaient probablenicut renié leurs doctrines religieuses ci politiques puur ri^nlrer dans leur patrit*. ; Ils claient restés en arrière, aussi Uante les traite-t-il de gens arriérés, gente diretata. De là leur abâtardissement et la douleur de Guido del Duca. Voy. Ann. de Forli, p. 143-148, id. deCesène,p. lUi.

Math, de GrLff. p. US.

Je pleure, au souvenir des chevaliers, des dames

Des plaisirs, des soucis de ces temps glorieux;

Quand nous guidaient l'Amour, la courtoisie, aux lieux

Où maintenait le mal dans tous les cœurs fourmille ^^

Quand déjà s'est vouée à l'exil ta famille,

Pourquoi, Brettinoro, ne pas fuir comme ceux

Qui , pour ne pas faillir, se bannirent nombreux " î

Bagnacaval fait bien de ne plus reproduire *•;

Castrocaro fait mal, mais Gonio bien pis,

Lorsque, ayant le passé , tous deux pour les instruire ,

Ils engendrent encore à leurs comtes des fils **.

Les Pagani , sitôt que partira leur Diable ,

A bien faire en viendront, mais non tant, toutefois,

Que d'eux reste jamais méoioire irréprochable ". '

0 messire Ugolin des Eantoli, je vois

Ton renom assuré , car de ton sang personne

Ne saurait plus ternir Téclat dont il rayonne " !

28. Rien de mieux fondé que ces regrets donnés par Tancien sectaire an temps de la puissance des Ailiigeois et des Templiers, où la religion de l'Amour et la cause impériale ou la couHinsie , étaient à la veille de triompher; où les chevaliers du Temple et les hauts dignitaires de la secte, anges ou dames, menaient joyeuse vie au milieu des alternatives de succès et de revers; tandis que maintenant i!s voient tout en noir , le venin orthodoxe R'étant infiltré dans tous les cœurs; t cuor son fatti tnalvagi,

29. Pourquoi toute la ville de Bertlnoro ne s'est -elle pas exilée en même temps que la famille des Duca» SCS seigneurs, à l'exsmple de beaucoup de ses concitoyens qui, plutôt que d'abjurer leurs convictions, per non ester ria, abandonnèrent volontairement leurs foyers P Voy. Annales de Forli, de Gesèneet

THist. de Bologne de Gbirardacci.

30. La lignée mâle des Malavlcini , comtes de Bagnacaval , qui suivaient la bannière guelfe, a bien fait [de s'éteindre. Voy. Ann, Ces., p. 1101. Cron, di Bol, p. 386 et 358. Ann. ForL, p. 139 et 176, et Gbirardacci.

8 1 . Perpétuant ainsi des races ennemies de la bonne cause. Voy. Ann* Forl,, p. 169.

32. 'Les Pagani de Susinana, seigneurs d'Imoia et de Faenza, seront de nouveau des nôtres, lorsqu'ils n'auront , plus pour les entraîner à mai, Mainardo, surnommé le Diable, tour à tour Gibelin ou Guelfe, au gré de ses intérêts. Mais ils ne sauraient effacer Jamais leurs torts antérieurs. (Ann, Forl.j p. 169.) Mainardo mourut en 1302.

33. Faute d'héritiers de son nom qui puissent le déshonorer, en abjurant la fol sectaire comme les précé-

LE PURGATOIRE

Mais tu peux 9 ô Toscan , désormais t'en aller; J'aime bien mieux pleurer maintenant que parier, Tant me serre le cœur Tétat de ma patrie '^.

Nous ne pouvions douter que cette trqupe amie Nous entendait partir. Comme elle se taisait, A suivre notre route elle nous induisait.

Quand nous fûmes plus loin et seuls, à notre oreille Une voix retentit, formidable, pareille A la foudre qui fend les airs ; elle cria : f( Quiconque devant lui me trouve , il me tuera. » Puis elle se perdit comme un coup de tonnerre , Lorsque crève la nue et qu'en tremble la terre '*.

A peine elle eut fait trêve, une autre , avec fracas Tonnant également , se fit entendre encore Et , terrible , jeta ces mots : « Je suis Agiaure , Qui devint pierre un jour '^ » Je rebroussai d'un pas

dent$. {Voy. sur IJgolin dos Fantolt de Clnfrignano, A nn. Forl , p. l &2, et Ann. Ces., p. 1 106.) Ainsi se U-rmfne cette revue rétrospective des loyaux serviteurs du parti anti-catholique et des félons qui avalent déserté son drapeau. L'intérêt qu'elle devait offrir alors se réduit à nous faire connaître que si, d'abord, la propagande sectaire s'était étendue activement'dnns la Romngne, elle avait ftnl par perdre beaucoup de terrain au temps de Dante, qui ne pouvait que s'en affliger.

34. le ne sais vraiment pas s'il ne vaudrait pas mieux traduire <im'/»o nostra région la mente strett^i : J'aime mieux faire le papiste que de parler en Gibelin sectaire, tant notre contrée, devenue toute guelfe, m'a rétréci l'esprit.

3&. A force d'employer les mesores de rigueur, Rome a fait disparaître l'hérésie de la Romagne ; voilà ce que vient de nous apprendre Gui

iic Duca. Or, c'est précisément à ce moment que retentissent ces parole»

de Gain (Exod., IV, 14), menaçant d'un châtiment pareil à celui du meurtrier d'Abel, ceux qui tuent ou font tncr leurs frôres , Albigeois, Templiers, Cathares et autres. Voilà le frein dont il a été parlé au chant précédent.

36. Cet Agiaurus, fils d'Érechiée, que Dante, le confondant h dPS!;ein avec Agiaure, flile de Cécrops, quoiqu'il écrive A glauro et non i^toitra, dit avoir été changé en pierre, pour rendre l'allusion plus facile à saisir, fut le fruit de l'inceste. Que l'on se rappelle les invectives du poète contre Florence, s'enflamniant dans les embrassements paternels, sa Canzone 0 patria degna di trionfal fama, où il dit que Florence est dévorée par Capanéc, Crassos et Agiaurus, et l'on comprendra pourquoi lia personnifié l'envie haineuse dans cet homme de pierre ne faî-

Pour me serrer, tremblant , contre mon sage guide : La voix s'était éteinte au sein de l'air limpide ; Et le poète alors : — Voilà le rude frein Qui devrait retenir Thomme dans la limite " ; Mais vous vous laissez prendre à Tamorce maudite Et TOUS attire à lui Thameçon du malin ", Sans que frein ni leçon vous guide et vous profite. Le Ciel, qui vous appelle, autour de vous tournant, Déploie à vos regards sa splendeur éternelle; Mais, pour vos yeux, la terre est le but dominant, Et celui qui voit tout justement vous flagelle ".

sant qu'an avec Mfidonna Pietra, pourquoi surtout il le met en scène après CaîD. Ces deux yoIx sont tonnantes, parce que celui qui est censé parler ici sons le nom de Gain et sous celui d'Agiaurus, ne cessait de tonner contre Fhérésie et dirigeait contre elle les foudres de l'excommunication, puis la faisait livrer au l)ras séculier, c'est-à-dire an^ Croisés ou aux bourreaux.

37. L'homme de pierre et ses sui- ' vants, qui, dévorés d'envie et de haine homicide, devraient aVoir sans cesse à l'esprit l'exemple de Cain et

d'Aglaurus.

'38. De Satan Aleppe, deW anHco avtersaro, ne faisant qu'un avec Cain et Aglaurus.

39. Les biens terrestres, que le sacerdoce devrait avoir en mépris pour ne songer qu'aux choses du iQeï, sont au contraire l'objet constant de la convoitise des chefs de rÉglise. (Voy. Convito IV, 27, p. 351 des RévéL) Aussi, c'est avec juste raison que Dante, qui lit au fond de leur pensée, ehi tuUo dirc^me, les flagelle ainsi cruellement dans sa Comédie.

Entre la troisième heure et celle où naît le jour, Autant s'allonge Tare que la sphère parcourt, Gomme , en jouant , Tenfant qui va changeant de place , Autant avait encor le soleil, dans l'espace, De chemin à fourair pour que la clarté fuit Là, de vêpres c'était l'heure, ici-bas minuit*. Ses rayons venaient donc nous frapper à la face, Car, à l'entôur du mont ainsi toujours marchant, Déjà nous nous trouvions tournés droit au couchant, Quand tomba sur mon front une vive lumière Plus éclatante encor que n'était la première *.

Son aspect imprévu me remplit de stupeur. Mes mains, au même instant, ombrageant ma paupière, Amortbrent pour moi cet excès de splendeur.

De même que de l'onde ou d'un miroir limpide Le rayon lumineux qui vient de s'échapper, A l'opposé s'en va directement frapper, A monter, à descendre également rapide, Et de la verticale en s'éloignant d'autant.

1 . « n est troiB heures, » répon- peuvent y attacher les lecteurs pro-

drait un apprenti Maçon. Il faut fanes, bien que ces indications précises des

heures du jour et de la nuit aient 2. 11 a eu soin de nous dire que

leur importance rituelle , pour que la première déclinait au couchant;

le poêle les signale avec tant d'exac- on peut donc être certain que celle-

titude, malgré le peu d'intérêt que ci venait de Torient.

Gomme roxpérience et Tétude rapprend; D'mie lumière ainsi devant moi reflétée 11 me parut sentir l'atteinte et, dans l'instant , S'en détourna ma vue avec soin abritée *.*

Quel est, père chéri , cet objet radieux Dont ne peuvent assez se défendre mes yeux , Dis-je, et qui, là, vers nous, il me semble, s'avance?

Et lui : — Ne sois surpris que ton regard mortel Ait peine encore à voir la famille du Ciel , Sans en être ébloui. Nous sommes en présence D'un Ange, ici, qui vient inviter à monter. Pareil aspect, bientôt, loin de t'étre pénible, D'un plaisir aussi vif saura te délecter. Que la nature a pu rendre ton cœur sensible *.

Dès que nous fûmes près de l'Ange du Seigneur, Il nous dit, d'un accent tout rempli de douceur : — Gravissez ces degrés en la roche prochaine. Là , moins roides qu'ailleurs ; moindre y sera la peine. —

Nous nous acheminions sans avoir réparti, Lorsque deiTière nous fut chanté : Beaii Qui misericardes sunt, et : Sois plein de joie Toi qui vas, triomphant, du Ciel suivant la voie *.

3. Dans les premiers grades, la lumière n'arrive au néophyte que par réflexion, pour ainsi dire, à savoir , par l'intermédiaire des anges initiateurs.

4. Tu auras d'autant plus de plaisir à voir ces missi dominiei que tu auras plus le sentiment des bienfaits à attendre de la providence Impériale» quanto Natura a sentir ti dispone; ou si vous aimez mieux :

qu'ils t'apprendront à comprendre cette bienheureuse Nature impériale, Quanto ti dispone a sentir Natura.

Notez de plus que l'ange est appelé Messo.

5. Après avoir mentionné le 7* verset du ch. v de l'Évangile selon saint Matthieu, pour faire entendre combien les persécutions religieuses sont en opposition avec l'esprit du christianisme , le poète fait une légère variante aux ir et 12» : « Réjouissez-vous lorsqu'on vous persécutera, comme les prophètes qui ont été avant vous, dit saint Matthieu, parce qu'une grande récompense vous attend dans les Gieux. » Dante modifie ainsi ce passage : godi tu che Vinci, c'est-à-dire, réjouis-toi, toi qui triomphes de tes persécuteurs, et il n'est pas besuin d'expii-

LE PCRGATOIRE.

Alors le mattre et moi, seuls, tous deux nous montious Et je pensai pour moi. que ses instructions Seraient, tout en marchant, d'une utilité grande. M'adressant donc à lui sans retard , je demande Ce que de la Romagne entendait cet Esprit Qui nous parla de biens excluant le partage *. Et sa réponse fut : — Connaissant quel dommage Est produit par le mal dont trop tard il guérit \ Il n*est pas étonnant qu*à le craindre il enseigne, Pour qu'il sévisse moins et que moins on s'en plaigne. Si Tenvie est féconde en douloureux soupirs, C'est que précisément se fixisnt vos désirs Sur ce qui , partagé , de valeur diminue *.

qiier à qal se rapportent ces paroles.

6. Expression dont s'est servi, dans le chant précédent, Gui de Duca.raneien persécuteur, converti, de ceux qui cultivaient la gaie science,

7. Par l'envie persécutrice, par le malperverso du catholicisme guelfe.

8. Si la valeur des biens terrestres, cet objet de Tenvie pontificale, s'amoindrit par le partage, la conséquence à en tirer, c'est que leur morcellement, à Taide duquel se constitue la propriété privée, est une anomalie à laquelle 11 importe de remédier, pour le bonheur de l'hnmanlté, et cela en mettant tous les biens en commun, selon l'esprit delà primitive Église. Nous recommandons ce passage à Taltention de M. Rlgault, et nous le renvoyons au livre IV, ch. n du Convito, où Dante déclare positivement que les richesses sont « des choses imparfaites, seulement en tant qu'elles sont réunies en la possession de l'homme, »

d'où suit que pour être patfaites elles ne devraient appartenir à per^

sonne. En effet, il ajoute que « Ton retrouve toujours l'iniquité à Torigine de toute propriété, qu'elle dérive du hasard, à*héritages, de testaments, du négoce, de services rétribués, de vol et de rapine. » Si M. H. Rigaolt avait bien voulu lire seulement les pages 337 et 38 des Révélations, il y aurait lu ces preuves de ce que nous appelons le socialisme de Dante, et même de son communisme, s'il aime mieux. Libre à lui désormais de dire avec Vi\ Schlegel, triste autorité à vrai dire, s'il n'en a pas d'autre en réserve, que Dante, n'est ni patarin ni socialiste. Il lui aurait mieux valu s'en tenir ù Ozanam qui, lui du moins, a fait, comme il le dit, un beau livre, en se trompant de bonne foi. Quant à l'appel qu'il fait à Rome, Juge souverain en fait d'orthodoxie, je me Joins à lui de grand cœur, tout prêt à confesser et à abjurer mes erreur!:, dès que rinfalliible tribunal, complètement informé désormais par les documents qui surgissent de toutes parts, aura prononcé entre le grand accusé et son obscur accusateur.

Mais si vers les hauteurs du Cieli'Amour divin Emportait tous vos vœux d'une ardeur soutenue, Vous ne vous sentiriez ni ûel ni crainte au sein *. Car là plus disent notre et plus chacun possède, Et plus la charité, qui veut que l'on s'entr'aide, Embrase tous les cœurs de la même vertu *•.

Je suis moins éclairé que si je m'étais tu, Répartis-je , et mon doute en est encore accru. Gomment se fait-il donc qu'un bien que l'on divise ** Puisse plus enrichir ses possesseurs nombreux, Que si le possédaient quelques rares heureux " ?

Il reprit à son tour : — J'excuse ta surprise, Car aux objets mondains ton esprit reporté Ne distingue que nuit où brille la clarté **.

Ce bien, seul infini, ce trésor ineffable Dont la source est là-haut, va de mém^e à l'Amour Que sur un corps poli vole un rayon du jour ; Pour autant il se donne immense , inépuisable , Qu'il trouve dans chacun de véritable ardeur. À mesure que sait la charité s'étendre , Avec elle s'accroît l'éternelle Valeur.

Plus sont d'àmes là-haut en Dieu pour se répandre,

U. SI vous TOUS coDformiez à la loi d'Amour» tous ne craindriez pas de manquer, attendu que vous vous confieriez en Dieu et en Tamour do vos frères, qui ne vous feraient pas défaut, comme ces biens que vous convoitez, h\ea& imparfaits, vu leur réunion dans vos mains par le 1:0/ et Viniquité,

10. Ainsi, il est bien entendu que dans la doctrine du ciel sectaire, tous les biens devaient être mis en commun pour que chacun pût dire notre et jouir par indivis de la richesse de tous, constituant le fonds social ou la fortune socialiste, car

il faut bien se servir, pour se faire entendre, de la langue de son temps.

1 1 . Dont la jouissance est partagée, non la propriété, ne confondons pas.

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