Dante fait ici la sourde oreille à plaisir
13. Tu te préoccnpes de la constitution actuelle de la propriété que se partagent un petit nombre de nobles et de prêtres , mais c'est précisément ce qu'il s'agit de réformer, et ce qui deviendra clair à tes yeux lorsqu'il en sera temps.
LE PURGATOIRE
Plus on est pour aimer, plus on aime en effet : Tel un miroir renvoie à Taulre son reflet**.
Si ma réponse encor laisse ta faim vivace , Tu verras Béatrice, elle saura tarir. Sur ce point et maint autre encore, ton désir". Fais en sorte, dès lors , que de ton front s'efface. Gomme ont fait deux sur sept, cette quintuple trace D'un mai qui, pour guérir, veut qu'on en ait douleur ".
J'allais dire : Tu m'as instruit, je te rends grftce , Quand je vis que j'avais déjà sur la hauteur Atteint l'autre pourtour, et mon impatience D'y promener mes yeux me retint en silence.
Là, mon esprit, bientôt en extase entraîné, Fut d'une vision soudain illuminé.
A mes yeux s'offre un temple où sont plusieurs personnes, Une femme en franchit le seuil qui , d'un ton doux. En mère, dit : «Mon fils, quoi! tu nous abandonnes I Pourquoi donc as-tu fait de la sorte envers nous? Nous te cherchions ton père et moi, pleins de tristesse *\»
14. Qe roéiqe que la grâce d'en haut 8'épand du foyer commun sur la foule des élus en proporlion des mérites et de l'amour de chacun, de méme,8urla terre, les richesses.constltuant le fond social» se distribueront en raison dusèleet des services des fidèles d'Amour; ce fond social, valeur étemelle, qui ne saurait s'amoindrir par le morcellement, ira au contraire augmentant sans cesse, en raison du concours unanime de ceux dont un amour mutuel fécondera d'autant les efforts, ayant pour but commun le bonheur de tous.
Ozanam était donc dans le vrai lorsqu'il disait, sans se soucier toutefois d'en fournir la preuve, que Dante avait <t devancé les novateurs les plus hardis de nos Jours, » c'est- I dlrelei Milnt*ilnionleni» C'est donc
à tort qu'on nous a reproché d'avoir cherché un titre à ciïet, quand nous avons donné à nos RévéUitions celui de Dante hérétique, révolutionnaire et socialiste. On peut voir maintenant combien nous étions bien fondé à le faire , si bien que nous n'avons pas une éplthète à en retrancher.
15. La doctrine sectaire ellemême, incamée dans Béatrice, te révélera clairement ce que je ne saurais t'expliquer que par des paroles détournées.
16. Comme tu ne pourras voir dans tout son éclat la lumière dont rayonne Béatrice qu'autant que ta auras répudié tous tes antécédents profanes , h Aie-toi de dépouiller les dernières traces du papisme.
17. Paroles adressées à Jésus par laVlerge, lorsqu'elle le retrouva dans
Et, dans le même instant, comme la voix se tut, Ce qui frappait mes yeux tout à coup disparut.
Une autre femme alors que la douleur oppresse, Dont les pleurs , le courroux entrecoupent la voix, 8e montre à moi, disant: « S'il est vrai que tu sois Le maître en la cité de tout savoir la mère , Venge-toi, Pisistrate', et punis Tinsolent Qui de ses bras pressa ta fille , notre enfant, n
J'entends alors l'époux qui, d'un ton débonnaire. Lui répond , en gardant un visage serein : «De grâce à qui nous hait que pourrons-nous donc faire, S'il faut sar qui nous aime appesantir la main ** ? »
Puis, j'aperçus des gens enflammés de colère Assaillir un jeune homme et, sous des coups de pierre L'accabler, en criant: —Lapidons, lapidons ! Quand déjà le glaçaient de sinistres frissons , Je le vis, pour mourir, s'incliner vers la terre: iMais toujours il levait au Ciel ses yeux en pleurs ; Priant Dieu, de cet air douloureux et sincère Qui semble à la pitié fait pour ouvrir les cœurs. De daigner pardonner à ses persécuteurs ".
te Temple discutant avec les docteurs (saint Luc, H , 48). Avis à TÉglIse romaine de ne pas se montrer plus sévère envers ceux qui l'abandonnent pour le Temple que ne le fut Marie à Tégard de son fils. Quoi de plus éloquent à la fois et de plus hardi P Celui qui se permet un pareil rapprochement est-il, oui ou non, un hérétique? Comprenez bien, l'Albigeois , le patarin, qui abandonne l'Église, sa mère, est comparé •par le poète à Jésiis, enfant innocent, éclairé d'une lumière surnaturelle, quittant Marie, sa mère, pour aller dans le Temple faire preuve de sa raUon contre les docteurs jut/s, contre les défenseurs d'une loi
vieillie. Je doute que rien puisse être plus clair. Et M. Higault est-il bien fondé à trembler de crainte que mon livre ne soit mis à l'index pour avoir démasqué un ennemi de rÉglise, méconnu par elle-même, qui Fadmiralt comme un de ses enfants P
18. Celui qui est maître en la cité d'où rayonne toute la science chrétienne, onde ogni sciensa disfavilla, doit-il se montrer plus cruel qu'un tyran païen et s^vir contre ceux dont tout le crime est l'amour P
10. De persécutée qu'elle était l'Église est devenue persécutrice à son tour, et c'est elle qui crie aujourd'hui, martira, marltra, contre ceux qui n'adoptent pas tous ses
LE PURGATOIRE
Qaand, revenant à soi, mon àme, eacor troublée, Fut rendue aux objets réels , extérieurs , Je reconnus n*avoir en rien songé d'erreurs '*. Mon guide qui me vit la démarche ébranlée, Gomme un homme au sommeil qui vient de s'arracher Me demanda : — Qu'as-tu que tu ne peux marcher ? Tu viens, les yeux voiléd|, de faire plus d'un mille, Trahiant tes pieds pesants, comme celui qui, pris De vin ou de sommeil, sur ses genoux vacille".
Si tu veux m'écouter, père que je chéris , Tu sauras à mes yeux quels spectacles s'offrirent, Quand mes jambes ainsi sous moi s'appesantirent.
Cent masques 9 reprit-il, couvrissent-il tes traits, Que pour moi tes pensera n'auraient point de secrets ". Ce que tu viens de voir t'apparut, ne t'abuse, Pour que, de ce moment, tu restes sans excuse Si ne s'ouvre ton cœur aux effluves de paix De la source étemelle épanchés à jamais ". Je n'ai pas demandé : qu'as-tu? comme eût pu faire Qui seulement observe avec l'œil qui s'éteint,
dogmes. Gomme saint Etienne, les fidèles d'Amour tombent sous ses coups en priant le Ciel de lui pardonner sa cruauté; mais Je préviendrai qu'on peut tout aussi bien traduire : En priant le Seigneur de pardonner de la même manière que pardonne dame Piété. Con quelle aspetto che Pietà disserra; ce qui est bien plus en rapport avec le caractère du poète.
20- C'est-à-dire que cette prétendue vision a été mise en avant pour exprimer des vérités qu'il était prudent de laisser seulement entrevoir, non falsi errori.
21. Peut-être faut-il voir ici une allusion au bandeau dont, à certain moment, on couvre les yeux du
néophyte qui se trouve ainsi ralenti dans sa marche.
22. Les hauts initiés savent dégager la pensée réelle sous tous les voiles dont rallégorie peut les couvrir.
23. Sommation à Dante de suivre le drapeau de la monarchie dérirée de Dieu, opérant à son exemple, ne relevant que de lui et seule capable, en tenant en bride ruis et peuples , de donner la paix au monde, de rendre bonne Justice à tous , de mettre enfin uû terme aux persécnUons de Rome contre ceux qui abandonnent l'Ëglise pour le Temple, et dont le seul crime est Tamour, pour lequel ils sont martyrisés sans piUé. Voy, son traité de Monarchia, p. 414 et suiv. des Révél,
Alors qu'inanimé le corps gtt sur la terre ; J'ai parlé pour qu'aux pieds la vigueur te revint. Et c'est ainsi qu'il faut, lorsque leur sommeil cesse , De ceux qui sont trop lents stimuler la paresse, Afin que de la veille ils sachent profiter ".
Autant que nos regards au loin pouvaient porter Nous allions attentifs, l'ombre alors étant proche, Faisant face aux rayons qui brillaient sur la roche ; Quand, venant par degrés, bientôt se rassembla. Gomme la nuit obscure , une épaisse fumée. Pour nous on garantir nul abri n'était là; L'air nous manqua , la vue aussi nous fut fermée '^
34. Une fois bcb yeux ouverts à la à antre chose eu tournant le dos à lumière, par l'enseignement sec- rOrlent, et les fumées d'une aveugle talre,l'initié doit redoubler d'énergie, colère devaient naturellement se pour contribuer de tous ses eflTorf s au Joindre aux ténèbres de l'ignorance, triomphe de la liberté et de la raison, pour les augmenter encore, au modans le but d'arracher l'humanité à ment où s'éelipsalt , dans ces malcelte torpeur qui la fait cheminer heureuses contrées de rOccldent, dans l'ombre comme un honune soumises à l'autorité de Rome, le pris de vin ou de sommeil, et de lui soleil de la libre raison. Les deux procurer la paix, sous l'égide Impé- voyageurs avaient donc tout motif riate. Après la contemplation, Tac- d'observer attentivement an loin , tion. pour ne pas s'égarer parmi tant
d'obscurité, en s'exposant étourdi -
25. lis ne pouvaient pas s'attendre ment à une colère redoutable.
CHANT XVL
Des ombres de l'Enfer la ténébreuse horreur, D'une orageuse nuit la morne profondeur, Sous un ciel partout sombre et veuf de toute étoile, N'étendirent jamais devant mes yeux un voile Aussi dense que là, celui dont, chargeant l'air, Venait de nous couvrir cette fumée épaisse Et ne me fit sentir autant d'âpre rudesse *. Je ne pus, en effet, demeurer l'œil ouvert, Et mon guide chéri , toujours si bénévole , Se rapprochant de moi, me présenta l'épaule^.
Ainsi que va l'aveugle , en suivant pas^ à pas Son guide, pour ne point dévier de sa route Ni heurter qui le blesse ou cause son trépas • ; Ain^i , dans cet ^ir ftcre et sous sa lourde voûte, J'avançais , écoutant mon guide répéter : — De moi , surtout prends garde à ne pas t'écarter *. —
1. Le courroux de Rome est plus rade à supporter pour le poète que rignorance qu'elle répand autour d'elle, ce qu'il est bon de noter.
2. Le langage mystérieux de la doctrine secrète se prêtait non moins corn plaisamment à lui venir en aide contre le courroux des maîtres que contre l'ignorance des disciples.
3. Il y avait en eiïet danger d'être molesté et même mis A mort pour ceui qui s'avisaient de heurter do
front les dogmes de l'Église, de dare di co%%o contre elle, sûrs qu'ils étalent alors de trouver cosa che li molesti o forse anàda. Rien donc de plus en situation que cette comparaison de l'aveugle obligé de cheminer avec la plus grande circonspection.
4. Le langage allégorique est d'autant plus lndis|>ensable que la matière à traiter est d'une nature plus déUcatCi dans une atmosphère
J'entendais, implorant paix et miséricorde,
Des voix pieusement chanter l'Agneaa de Dieu
Qui remet les péchés dont on a feit l'aveu.
De leur prière Agnus Dei faisait Texorde *.
Tous ne formant qu'un vœu, l'exprimaient d'un seul mot •
Tant semblait les unir la plus grande concorde \
EntendS'je des Esprits , mattre ? dis-je aussitôt. — Tu ne t'abuses pas, reprit-il , la colère Chez eux s'expie ainsi par un retour sincère. —
Toi qui t'en viens fendant notre fumée ainsi Et qui parles de nous tranquillement ici, Gomme si , sur la terre , encore par calendes Se divisait pour toi le temps , qui donc es-tu ?
Ainsi parle une voix. Le maître , qui s'est tu , Reprend alors : — Réponds, pour que tu lui demandes De cet endroit, plus ^aut, si nous pouvons monter.
Je pris donc la parole et dis : — 0 créature. Au sein de ton auteur qui , pour retourner pure , Te laves en ces lieux , veuille nous escorter, Et certes tu seras surprise à m'écouter !
Autant qu'il m'est permis , je te suivrai docile , Reprit-on ; la fumée empêche de se voir. Mais à nous rapprocher, l'oreille peut pourvoir *.
ainèrè et gouiUée de sang, amaro e 6. Pacem, Ainsi répondait Dante
soxxoy et le poète doit maintenant an moine del Conro : Pace,
s'en écarter moins que Jamais. 7. Les partis sont généralement
6. l^ur prière Implorait la paix nnis tant qu'il s'agit de renverser,
sous régide de la monarchie; car c'est lorsqu'il s'agit de reconstruire
après cet exorde trois fois répété : que la division éclate dans leurs
AgnvsDei,quitolUspeccaîamundi, rangs. Gelui-U n'avait d'espoir que
viennent ces mots : dona nobit pa- dans son Messie, l'agneau de Dieu
CBM ; or, le Traité De Monarchia n'a qui devait anéantir dans le pape
d'autre but que de prouver l'impos- l'auteur de tout mal.
8ibillté'd*arriver au règne de la jus- t$. A l'aide du langage convention-
tice et de la paix autrement que par nel , qui procurait le moyen de se dé-
le rétablissement de l'Empire , le gager des liens de la colère romaine,
règne de l'figllse ne produislint que d'trocondta $okcndQ il nodo ; d'où
lA guerta et riiiiquité. li ault que est ftmea n'ont pat péché
LE PURGATOIRE
Sache donc que là-haut, dis-je, avec cette argile Que la mort doit dissoudre, enveloppe fragile, Après avoir passé par Tinrernal manoir, D'ici je me dirige • ; et si Dieu de sagrâce A daigné m*entourer pour un si long espace; S*il veut, par un chemin hors d'usage aujourd'hui , Que j'aie à voir sa cour, dont l'amour est en lui '% Tu n'hésiteras pas à m'apprendre, peut-être, Qui tu fus sur la terre, et me feras connaître Si ce chemin nous mène où nous devons gravir : De guide ta parole ainsi peut nous servir.
Je fus Lombard , et Marc sur la terre on mf'appelie " ;
par colère, maU ont eu à pàtir des emportements de Rome.
9. Notez que eon quella fascia ehe la morte dissolve , peut tout aussi bien signifier : à l'aide de cette enveloppe orthodoxe, qui met en défaut la cour de Rome, qui réduit à néant, disciogliet celte Mort dont la piété est ennemie de la raison.
10. Dante tient à constater que c'est en dehors de l'usage moderne, fuor del modem' uso, qu'il traite de riniliatlon, dans un poème où son langage parait se conformer en tout aux doctrines de la religion dominante; donnant ainsi à entendre qu'il agit en cela conformément à Vusage antique et âiarche sur les traces des auciens chantres des mystères : Orphée , Homère , Hésiode, Virgile, etc., dont les compatriotes récitaient les vers sans en conlprendre le sens secret. Dans quel temps de l'antiquité était-Il d*usagê de visiter vivant la cour céleste.^ Mais traduisez aussi que le poète compte bien voir dans Rome une toute autre cour que celle qui y règne; c'est pour atteindre ce but qu'il demande s'il a pris la bonne route en composant la Comédie,
ditnmi sio to bene al varco.
1 1 . U^s commentateurs, qui n'ont garde do se douter que les ^Albigeois Calhai*es ou Tartarins étaient désignés par le nom de Lombards, parce qu'ils étaient en grand nombre en Lombardie, où beaucoup s'étalent réfugiés de la Provence , s'étonnent que Dante appelle ainsi un noble Vénitien ; mais on voit qu'il avait ses raisons pour en agir ainsi. L'eùt- II dit Latin , il aurait été tout aussi bien compris par les siens. L'annotateur du Cod. Caet, dit que ce Marc , fuit muUum gratw dominis de L^mbardia , c'est-à-dire h la famille deCan de laScala, ce grand khan des Tartarins, et, chose singulière, L. Portirelli {Comm., Milan, 1804), sans qu'on l'en ait cru, voit, dans le vénitien - lombard Marco « le célèbre voyageur Marc-Pol, qui visita, vers ce temps, la cour du khan des Tartares, et dont on peut dire qu'il connut le monde, del mondo seppe , l'ayant longtemps parcouru. Un rapprochement assez curieux serait à faire de ces Indications sommaires avec la lettre d'Y von de Narbonne rapportée par Mathieu Paris , année 1343 ,
J'ai vu, connu le monde, et j'aimai, plein de zèle, Ce bien vers qui si peu tendent encor les bras ". Pour monter tu n'as point à détourner tes pas ". Ainsi répondit-il. De prier je t'adjure Pour moi, dit-il encor, là-haut quand tu seras**. Je repris aussitôt : — Sur ma foi **, je t'assure , Comme c'est ton désir, de faire à ton égard ; Mais un doute est en moi , d'une telle nature , • Qu'à moins d'en étouffer je dois t'en faire part. Simple d'abord, voilà que ton dire, à cette heure. Est venu le doubler, en semblant confirmer Ce que d'ailleurs j'avais pu déjà présumer *•.
au sujet de ces Tartares qui prétendaient a]]er en pèlerinage à Saint- Jacques de Gompostelle, ad tancium Jacohum in Galiiia, (en passant par Toulouse bien entendu). ( Voy. pag.
100 et 118 des Bévél. et la note 20 du cil. 1 de l'Enfer.) Mais qu'il soit compris dès à présent que, pour nous, le lombard Marco, aulicus et nobilis homo ',Post. Caet.)» c'est-à-dire Gibelin et membre distingué de la noblesse sectaire, est incontestablement le célèbre voyageur vénitien qui, né en 1250, ne mourut qu'en 1323, et avec qui Dante, qui i'appcilc Marco mio, se lia d'amitié à In cour de Vérone.
12. Ce bien, quel valore, valeur suprême, est la monarchie impériaic dont les partisans, alors découragés, avaient mis bas les armes , disteso l'arco ; nous avons signalé plusieurs fois le sens mystérieux de ce mot valore. Le monde que le Vénitien prit en dégoût, après l'avoir connu, pour se rattacher au bien suprême, est celui sur lequel règne Satan aleppe, par allusion aux paroles de rËvangile qui appelle Satan, prtnceps mundi ; car, pour Dante , le prince du monde est celui qui commande urbi et orhi. Libre aux com-
mentateurs d'entendre qu'au xiii* siècle personne ne songeait pins à Dieu et que Marc , qui n'en est pas moins en Purgatoire , l'aimait pardessus tout ,' parce qu'il connaissait le monde régi souverainement par l'autorité catholique.
13. Tu es dans la bonne voie, car tu tournes le dos au monde orthodoxe, et tu parviendras ainsi, de grade en gi-ade , à contempler la lumière dans tout son éclat, et à voir la cour impériale remplacer la cour de Rome.
14. Cette recommandation de prier pour lui ne doit clic pas s'entendre, de même que toutes celles qu'il s'est fait adresser Jusqu'ici par les âmes du Purgatoire , comm^ une invitation à un co-sectalre de prier dans le même sens , dans les mêmes temples , dans la même langue et dans le même but , à la place et non pas en faveçr de celui qui parle ?
15. Sur notre foi commune , per fede; ou je te promets de faire, pour notre fol, ce que tn désires ; car on peut traduire dans l'un et l'autre sens.
16. En rapprochant ces paroles de celles des divers personnages de
480 LE PURGATOIRE
Il est, hélas I trop yral que le monde demeure.
Gomme tu me Tas dit, dénué de vertus ,
De malice rempli , couvert de plus en plus " ;
Mais, je t'en prie, au moins indique-m'en la cause.
Que je puisse la voir, aux autres la montrer,
Car l'un la place au Ciel, l'autre en bas la suppose.
Je l'entendis d'abord de doulem* soupirer. Et , poussant un hélas ! il me répondit : — Frère ", Le monde est bien aveugle, et, l'on n'en peut douter, C'est de lui que tu viens *'. Vous qui vivez sur terre , De toute chose au Ciel vous voulez reporter La cause , comme si , d'une loi nécessaire , Tout, mû par lui , devait d'après lui graviter. S'il en était ainsi , chez vous le libre arbitre En vous serait détruit ; le bien serait sans titre Pour avoir récompense, et le mal châtiments. Du Ciel , l'impulsion vient à vos mouvements , Je ne dis pas à tous ; mais , en l'admettant même , La lumière est en vous pour le mal et le bien ; Puis le libre vouloir, d'autant meilleur soutien Qu'en ses premiers efforts , si sa peine est extrême Pour résister au Ciel , plus ferme il en devient Et peut tout vaincre, à l'œuvre alors qu'on l'entretient-'.
la Gomédle, qui lui ont signalé )a fester, d'un soupir, transformé en
double autorité spirituelle et tempo- huù Vous n'y comprenez rien, n'est-
r«lle,exercée par les pontifes romains ce pas? £b ! bien, écrivez en lettres
comme la cause de tous les maux de pointées, à la manière des Francs*
l'humanité. . maçons, H.VL» et peut-être sau-
il , Seppi del mondo , Mare n'a rez-yous y lire : Menricus Vï, le
rien dit de plus ; mais U n'en fallait sixième empereur de ce nom, rorco
pas davantage à Dante pour com- sesto du ch. xxi de l'Enfer. Mais
prendre que, sous le prince de ce non, c'est un système absurde, Dante
monde, il ne pouvait se rencontrer n'était ni Templier ni Franc-maçon,
que malice et perversité. lO. De ce monde qui subit aveu-
18. Frate, frère en religion , ap- glément la loi du chef de TËgDse
partenant au même Ordre , à ia romaine, loi que toi-mcme as suivie
même secte. Marc Pol est si bien un comme Guelfe,
frère qu'il loi suffit, pour le manl- 20. Dante ne croyait qne jusqu'à
Libre, Thomme est soumis, en rhumaine demeure, A puissance plus grande, à nature meilleure". L'esprit ,, qui pense et veut, elle le crée en vous, Et le Ciel n'en a cure^^ Ainsi donc, à celte heure, Si le monde s'égare , en vous seuls , pauvres fous, En est la cause ; ailleurs c'est à tort qu'on la place. Écoute , et je saurai te mettre sur la trace ".
Des mains de son auteur qui , premier qu'elle soit , D'un regard bienveillant tendrement la caresse, Comme la jeune fille, en ses jeux que Ton voit Passer étourdiment du rire à la tristesse , L'âme sort ingénue , encor ne sachant rien, Sinen qu'elle a surgi d'où dérive tout bien. Et qu'avec abandon elle se sent portée Vers celui j quel qu'il soit, dont elle est délectée ** :
ûti certain point aux inflences planétaires, auxquelles Marc semble faltre Ici allusion. Son but est de mettre en opposition la raison, flambeau du libre arbitre ,- et l'autorité de ceux qui parlent au nom du Ciel.
Car dans le langage arcane il y avait Ciel et Cid. Or, la raison et la vo-^ lonté , pour peu qu'elles soient constantes dans nne résistance d'abord pénible, doivent finir par triompher de rautorité, qui vous donne seule dans ses écoles les premiers enseignements, t vostri mimmenti inûia,
21. Lorsqu'une fois l'homme s'est affranchi du Joug de cette autorité qui parle an nom du Ciel, il est soumis à la loi providentielle de rËmpIre, cette Nature par excellence, Natura miglioîre. Cest cette Nature bienfaisante qui forme l'esprit, qui crée l'intelligence de ses fidèles, dont rÉglise catholique ne prend nul souci, che 'l ciel non ha in sua cura; remarquez que là il ne S'agit pas encore de l'âme , dont il
va être question tout à rheure, et que le poète a bien soin de dlfe ^ue cette excellente -Nature cria la mente in voi,
22. Le ciel orthodoxe, autrement dit les chefs de l'Eglise romaine; ée même que le ciel sectaire, en antagonisme avec lui , sç compose dès hauts dignitaires de l'égliss oc* culte.
23. Si les hommes se laissent égarer par les princes du monde, ft eux la faute, puisqu'ils ont l'esprit pour penser et le libre arbitre pour choisir entre le Iden et le mal.
24. Tel est l'aspect que la toile nous offre à l'endroit , retournons^ la pour Vexaminer un peu à l'envers. Oh! alors la scène change, voyez plutôt : « L'âme shnptette du néophyte, qui apprend â connaîtra messire Néant, (nu^^a et ntenfe se valent) est traitée par llnltlatetlf représentant de L.VL, traduisez vous-même, comme une petite flite qu'il faut former peu à peu ; cette innocente dit comme le Maçon : J'ai
LE PURGATOIRE
Ou plus ch(5tif, d'abord , la charme la saveur;
Elle court après lui , facilement tentée ,
Si ne sait guide ou frein maîtriser son ardour.
Sur terre il fallut donc des lois pour frein durable ;
Il fallut donc un roi qui , Teillant nuit et jour,
Et dominant de haut la cité véritable ,
En signalât aux yeux la principale tour".
Il est des lois , oui ; mais qui leur prête main-forte ?
Personne. Le pasteur que , simple et confiant,
Suit le troupeau, peut bien ruminer; mais qu'importe,
S'il n'a l'ongle fendu '• ? La foule alors voyant
Que le mets tentateur auquel son guide aspire
Est celui qu'elle-même avidement désire, \
S'empresse à s'en repaître et n'a d'autre souci ".
pUuré et ri ; mais elle apprend auBsi à connattre la vérité venue de l'Orient: faL.V.O. , tradalBfz : sa La Verità Orientale , car elle est formée par un Maître en la gaie science ; et, comme elle est charmée de ce qu'elle apprend, elle y revient volontiers. Elle a diverses épreuves à subir : dans lesquelles ce bien suprême lui arrive peu à peu, pi'cciol ben«;caron a soin d'y mêler quelques erreurs , par prudence , quiti ff' inganna, jusqu'au moment où elle subit définitivement la loi d'Amour, qiii devient son guide.
Eb bien ! qu'en diront les braves gens qui se pâmaient d'aise à l'idée de cette innocente, sortant des mains du joyeux compère , dans lequel ils voyaient Dieu? Pauvre M. Aubert !
et le pèlerin dantesque M. Ampère, que dlra-t-il à son retour d'Amérique? C'est à se faire Dominicain.
26. Il semblerait qu'une âme du Pui^toire, et le poète prétendu orthodoxe qui la fait parler, devraient mettre en première ligne, comme règle et comme frein , la religion et
ses pontifes. Mais la loi étant la raison écrite, elle devait l'emporter aux yeux de ceux qui Voulaient subordonner le pontife au monarque universel , phare de leur nouvelle Jérusalem.
26. Le pape et son clergé prêchent bien, mais agissent mal; leurs actes sont en contradiction avec la doctrine du Sauveur. Selon les commentateurs, fissa ungula ad moreSf ruminatio adsapientiam pertinet. Mais Danle n'a certes pas voulu dire que le clergé catholique eût la sagesse, moinA les mœurs ; il se serait bien gardé de concéder la majeure. On va voir qu'il est trèsfacile de pénétrer sa pôiaée : • Vous consldérerex comme impures, les bétes qui ruminent , mais dont la corné n*est pas fendue, » est-U dit au LéviUque xi, 4, et voilà, sans commentaire, les chefs de l'Église taxés d'impureté, aussi j^rfldement que possible, avec un texte de rficriture.
27. L'exemple des pontifes fait que chacun convoite à l'envi cfs
Tu peux facilement l'apercevoir ainsi Qu'une direction fausse , mal entendue , Non la nature ea vous qui se soit corrompue, A seule fait le monde et méchant et pervers ^*. Rome , en le rendant bon , qui régit l'univers ", Eut jadis deux soleils , dont la vive lumière Montrait les deux sentiers du Ciel et de la terre ; Mais l'un éteignit l'autre, et de là naît le mal ^*. L'épée est réunie au bâton pastoral ; Or, quand de vive force il faut qu'on les rassemble , Dans une même main ils ne vont guère ensemble : L'un ne peut craindre l'autre, ainsi tous deux unis*^ N'eiT crois pas mes discours, mais regarde aux épis, Car toute herbe se peut connaître à la semence ". Dans le pays qu'arrose et l'Adige et le Pô Brillaient et courtoisie et valeur et science , Avant que Frédéric eût noise pour l'anneau ".
biens temporels qui excluent le partage.
28. Les papes sont donc la cause de tout le mal et c'est avec raison que le temps présent, leur ouvrage, a été représenté dans VEnfer sous la figure d'un vieillard, les yeux tournés vers Rome, son miroir, c'est avec raison qu'il a été dit : Il capo reo il mondo torca. Le mauvais gouvernement des pontifes, la mala eondotta , a rendu le monde pervers, è la cagion che'l mondo ha fatto reo, et U ne pouvait en être autrement, puisqu'il suivait la loi de Rbéa; mais ce n'est certainement pas la faute de la providence impériale, de cette Nature dont le principe incorruptible est antérieur et supérieur à celui de la puissance pontificale.
29. L'ancienne Rome, qui rendit le monde bon, che H buon mondo feô, dit le texte (rot/, le traité de
Monarchia); tandis que la Rome ponUflcale l'a perverU.
'30. L'autorité du pape a absorbé celle de l'Empereur, ttide mali lahes.
31. Est-il besoin de dire quel est, dans la pensée du poète, celui qui doit craindre l'autre , lorsqu'on sait lequel des deux faisait encore tout trembler au moment où il écrivait?
32. Juge au résultat ce qu'a produit l'usurpation pontificale.
33. Avant la querelle des investitures, dans laquelle Frédéric II tint tète à Innocent 111, la Lom- Lardie, remplie d'Albigeois et de patarins, était toute sectaire et impérialiste, valore se référant m spirituel, et cor testa au temporel, à la curie, comme dit Dante dans le Vulg. eloq. i, et dans le Conviio ii.
Il (l'oy. p. 402 des Rérél.). « Dans toutes les villes de Lombardie et de Provence , dit rinquisitcur Ranieri ,