‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 119 sur 155 · Chacun étant défendu contre · texte numérisé non relu

Chacun étant défendu contre

sa propre haine , dall* odio proprio ton h cote lufe, et l'homme étant en Dieu comme toute chose, ne faisant avec lui qu'un tout, dont II ne saurait être divisé , non si pud divito, l'homme no saurait hair Dieu sans se haïr lui-même, ce qui est impossible. C'est là du panthéisme pur; Il Aiut vouloir fermer les yenx ponr ne pas le volr« si l'on veut prendre les mots au pied de la lettre ; autrement on devra se résoudre h comprendre que l'Empereur doit être aimé de tous les êtres raisonnables, attendu qu'il est , de jure le premier entre tous , et que c'est lui qui cria la mente, dont TEgUse m prend soud i Il est dès lors le fattor, le créateur, contre lequel opère la créature, adovra tua fattura, lorsqu'elle se tourne vers Rome, al mal ti forée, vers Rome dont il eapo reo il mondo torce. Voyes-vous comme tout se Ha et se tient, eon Ugamê mtwat'eo armoniiato, ainsi que Dante a soin de nous en donner avis dans son GoDvito ?

3&. Ainsi les Guelfes se eomplai* sent dans le mal qu'ils font aoi Gl-

444 LE PURGATOIRE

Or dans votre limon cet amour prend naissance

De trois modes divers : Tel conçoit Tespérance

De s*élever si tombe écrasé son voisin.

Et cela lui. suffit pour désirer soudain,

Jaloux de sa grandeur, sa prompte décadence.

Tel craint de perdre honneurs, biens, renom, rang, puissance,

Si quelqu*autre grandit en pouvoir, en faveur.

Et malveillant, pour lui, Fattriste son bonheur.

Tel enfin follement irrité d'une offense

Y rêve nuit et jour, avide de vengeance;

D'où suit au mal d'autrui qu'il aspire en son cœur.

Or au-dessous de nous on expie et l'on pleure

Ces trois sortes d'amour ^*. J'en viens donc à cette heure

A celui qui , sans doute, au bien tend , en l'aimant ,

Mais fait trop ou trop peu. Chacun confusément

Comprend, désire un bien où l'&me se repose.

De l'atteindre chacun s'efforce et se proi>ose;

L'amour qui vous attire à lui, pour l'acquérir

Ou pour le contempler, est-il sans énergie?

Sur ce pourtour, après un juste repentir,

La peine méritée est durement subie ^\

11 est un autre bien qui ne rend point heureux ,

Où n'est pas le bonheur qu'appellent tous les vœux ,

Qui n'est pas en un mot l'essence pure et bonne

beHns et sans doute réciproque- la contempler , dégagée des Toiles

ment dont elle est obscurcie sur la terre. En

36. L'orgueil, l'envie et la colère ' effet ceux qui redoutent de déchoir que Dante n'a cessé, par tous les sont les Guelfes, ce qui leur arrivemoyens en son pouvoir, de mettre raltlnfalUlblementsi Henri VU l'emexclusivement k la charge du catho- portait , Jugei-en : TetM di perder, llcisme et de ses adhérents, dans les pereh^ A.L.T.R.I sormonti , aussi trois étages inférieurs. en deviennent-Ils plus exaltés, plus

27. Ce bien, auquel chacun aspire pervers et ^'attachent davantage sa

et dont la possession repose l'âme. Pape, son antagoniste, onde t'at-

est la vérité, qui comprend la foi tritla «i che 'i contrario ama. U

sectaire et l'Empire. Ceux-là donc méthode ne varie pas, on le voit,

sont coupables qui manquent du car nous avons, plus bais, encore un-

lèlenécessairepourl'arqiiériretpour A.L.T.R.V.I.

De tout bien; à la fois sa racine et son fruit ^\ L'amour avec excès à lui qui s'abandonne Est au-dessus de nous , dans trois cercles , réduit A pleurer son erreur**. Sous silence je passe Pourquoi , la même au fond, en trois elle se classe, Afin qu'à le chercher par là tu sois conduit *\

28. Ceut qu'aveugle Terreur et le mensonge pouvant seuls faire consister le bonheur dans les délices temporels.

29. Lorsqu'on verra dans les chants suivants Tavarlce , la gourmandise et la luxure personnifiées dans trois pontifes, on comprendra peut-être ciuels sont ceux qui sont aveuglés par rerreur et ne voient rien au delà des jouissances temporelles.

ao. L'avarice, la gourmandise et la luxure résultant également d'un appétit désordonné pour des biens temporels dont la jouissance est licite dans une juste mesure. Toute

cette théorie des deux amours avec la classiflcalion des péchés capitaux en dérivant, est en grande partie empruntée à saint Uonaventore, Compendium, III, 14. Elle diffère assez notablement de celle de saint Thomas, dont le pavillon est si souvent arboré par Dante, avec l'Intention évidente de couvrir la doctrine de contrebande si habilement dissimulée dans tout son poème.

Cf. Summa theol.f 11, 1, quaest. 29, art. 4, 9, 34 ; art 1,11, 2, 9, 36, 158, 162. - Ibid, t. 1, 1, 9, 3, 5, 6, 26.— Koy. aussi Hugues, de St.- Victor, AUegoriœ in Matthaum, 3, 4, 5. — Saint Grégoire. Moralium, XXXI, 31.

Le sublime docteur S à son eoseignemenl Venait de mettre fin , et, la vue attentive, Observait dans mes yeux si je semblais content Mais, de l'entendre encore ayant soif aussi vive. Je gardais le silence, en moi me répétant : Je lasse sa bonté, peut-être, et j'appréhende Qu'il ne juge de trop ma nouvelle demande.

Mais cet excellent père , à qui n'était caché Le timide désir dont j'étais empêché, A parler à mon tour, sans réserve craintive , En parlant m'enhardit: — Maître plein de bonté. Lui dis-je, à tes discours si brillants de clarté' Mon esprit à tel point s'illumine et s'avive Que je peux tout saisir avec facilité.

Quelque point , quelque objet que traite ou que décrive Ta profonde raison '. Ainsi je te prierai ,

1. Si Dante D'à pas entendu proclamer tout autre chose que la doctrine du docteur Séraphique , pourquoi ne l'avoir pas choisi lui-même pour son guide, au lieu de s*amuser à travestir Virgile en docteur de TÊglise?

3. Il pouvait en être ainsi peutêtre pour ceux qui voyaient la lumière, mais pour nous, profanes, ils ne brillent pas , à coup sûr, par la

lucidité, et Ton voit qu'il y faut un peu d'aide.

3. Le poète lui-même nous le déclare formellement, les enseignements de Virgile contiennent au delà de ce qu'ils expriment, car 11 a soin de distinguer entre ce que comporte son explication et ce qu'elle expose, en disant, qu'il arrive à saisir nellcment quanto la sua ration porli o descriva.

Père non moins chéri que tendre et vénéré»

De daigner m'expliquer en quoi Tamour consiste ,

D'où tu fais dériver toute œuvre bonne ou triste.

Que ton intelligence , en redoublant d'efforts, Suive bien mon discours, tu comprendras alors La manifeste erreur des aveugles stupides Qui , sans voir le sentier, veulent se faire guides \

L'ftme, qui par Dieu même est feite pour aimer, Pour tout ce qui la charme est prompte à s'enflammer, Dès qu'un plaisir présent l'éveille et la captive. La faculté qu'en vous on nomme appréhensive, Imprime en votre esprit l'objet qui l'a frappé Et fait qu'il en devient plus ou moins occupé. Vers cet objet réel S si l'ftme avec constance Tend sans cesse, l'amour gtt dans cette tendance : C'est la nature ayant prise à nouveau sur vous Par le plaisir, lien non moins puissant que doux * ; Puis , comme en haut le feu de lui-môme s'élance « Prédisposé qu'il est, par sa forme, à monter Où sa matière doit plus durable exister, De même l'àme éprise au désir s'abandonne, Moteur spirituel qui sans fin l'aiguillonne. Tant qu'elle n'a joui de l'objet souhaité ^

4. Cad iunt et duces caxorum mate c'est la Natare, la proYidenec (saint Maltb., XV, 14). On comprend Impériale qui vous Tinsplre et yous à qui Dante applique ces paroles par attache à elle, in voi ti lega, pour lesquelles le Sauveur désignait les votre bonheur, per piacer. De ce Pharisiens. moment c'est nn sentiment Indes-

5. Vamore è délie cote che sonOj tructbie, un véritable culte.

dit Léon Hébreu : ]** Dialogo d'or- 7. L'atMre è affetto vohntafio

more (p. 4 , édit. de Venise, 1549). di fruire conunione la eotattimata

Non è cota alcuna che iipossaamar buona (Léon Hébreu, tbid, p. 7).

se prima non si iruova in essere Aussi l'àme des ildèles d^Ainour

realmente. n'aura-t-elie jamais de repos , «at

6. L'amour de soi, ou le senUment non posera , que TÉgUse n'ait Hall de la conservation constitue le pre- place au Temple et le pape à l'Empen^ler lien -, rattachement à un objet reur. Telle est la religion do l'Amour, extérieur ne vient qu'en second, et l'on comprend que Dante attache

LE PURGATOIRE

Tu vois donc combien sont loin de la yërité

Ceux qui vont proclamant hautement dans leur glose

Qu*en soi tout amour est une louable chose ;

Son essence peut-être, et c'est là qu'est recueil ,

Leur semblant toujours bonne ; or, toute empreinte à Tœil

^j'est pas bonne , la cire étant par excellence '.

Je repris : — • Ta parole à mon intelligence Vient d'expliquer Tamour; mais des doutes nouveaux, Chez moi , je te l'avoue , en sont en foule éclos; Car, en dehors de nous, si l'amour prend naissance. Gomme l'àme elle-m^me, à prendre son essor, Ou bien ou mal, il n'a ni mérite ni tort*.

Je ne peux, reprit-il, en ceci plus t'en dire Que n'en voit la raison ; mais si , pour te suffire , C'était trop peu, là-haut Béatrice, après moi, T'attend pour t'expliquer ce qui touche la foi ••. Toute forme qui, bien qu'unie à la matière, Substantielle essence, en est distincte en soi , Renferme une vertu spécifique et première

tant d'Importance à se la faire expliquer par Virgile.

8. Lea docteurs orthodoxes ont tort d'afArmer, avterare, rexistence d'un seul principe, d'un seul amour essentiellement bon en soi, car, s'il en était ainsi, U aurai( créé le mal. Mais en admettant même qu'ils fussent dans le vrai quant au fond, la matera (hypothèse indiquée par forse)t la forme catholique suffirait à l'altérer; comme un sceau défectueux, appliqué sur la meilleure cire, ne produit qu'une mauvaise empreinte.

9. SI , de même que l'àme, créée par Dieu, qui lui choisit sa demeure, ramour dérive d'un principe en dehors de nous, c'est h ce principe, bon ou mauvais, que revient la

responsabilité du bien ou du mal qui en résulte, et l'homme ne saurait être récompensé ni puni pour des actes qui n'ont pas dépendu de lui.

10. Le sujet devenant scabreux à traiter sous l'œil de l'inquisition, Virgile renvoie Dante à Béatrice, que son déguisement orthodoxe rendra moins suspecte que lui, poêle païen, pour traiter la question du libre art>itre. Nous avons dû traduire ce vers : Taspetta pure a Béatrice, ch*è opra di fede, selon l'arception la plus générale, quoiqu'elle résulte d'une construction vicieuse, nous n'en croyons pas moins que Dante a entendu dire : Compte pour des expllcatlons ultérieures sur Béatrice, qui est une œuvre , une création de la foi sectaire.

Qui , pour se révéler, a besoin d'opérer, El par ses effets seuls qui peut se démontrer. Comme la vie en l'arbre aux feuilles qu'il balance. L'on ne sait donc d'où vient en vous l'intelligence Des premières notions , ni d'où prennent naissance Vos premiers appétits ; c'est instinct naturel En vous, comme en l'abeille il en est pour son miel. Or, ce besoin jiatif qui s'éveille dans l'âme Ne comporte à coup sûr ni louange ni blâme ; Mais tout autre désir venant se rattacher- A ce premier penchant, une faculté veille, Qui chez vous est innée et toujours vous conseille, Au vouloir pour donner accès ou l'empôcher. En elle est le principe influent qui décide. Pour votre sort futur, de vos mérites vrais , Selon qu'à votre choix, prudente , elle préside. Accueillant l'amour droit, excluant le mauvais. De cette liberté qui dans l'homme est innée , N'ont point douté ceux-là dont le coup d'œil profond, Des choses, s'efforça de pénéter le fond , Et par eux la morale au monde fut donnée ". Lorsqu'il serait donc vrai que , de nécessité , S'allumât tout amour en vous qui vient à naître , En vous est le pouvoir qui lui commande en maître ; Or, Béatrice donne à cette faculté Le nom de libre arbitre ; ainsi , qu'il t'en souvienne S'il arrive plus tard qu'elle t'en entretienne ".

1 1 . Autrement dit, c'est à la phi- cueille le bon amour et repousse le

losophie et non pas à la religion que mauvais, Vamore reo, celui de Rhéa,

le monde csl redevable de la mo- est la raison, cette antagoniste opl-

rale, que l'ËglIse, dit M. de Lame- nlâtre de l'autorité, nais, a le tort de subordonner au

dogme. Il n'est pas besoin d'expll- 12. Ce que je viens de t'expllqucr

qocr que cette vertu ou faculté innée, philosophiquement et politiquement

séparée de la matière, qui, appré- pourra t'étre exposé sous la forme

ciant le mérite réel des actes, ac- orthodoxe, mais In te rappelleras

460 LE PCtBGATOIRK.

Pres<|iie c^ miauil levôo, en son coui*s parosseux, La luno, dont briilailou ce moment la face (iOminc un disque embrasé^ des astres à nos yeux Hcndait partout les rangs plus rares dans l'espace; A rinverso ello allait parcourant le chemin Qu'empourpre le soleil à Theure où le Romain, Entre Ttle de Gorao et celle de Sardaigne, Le Yoit prêt à plonger dans la mer qui les baigne ^^

Cette noble et grande ombre à qui Piétola doit lin renom plus fameux que ville que ce soit Sur le sol mantouan 'S de la tâche acc^ée S'était^ maigre son poids , dignement acquittée ; Kt moi , dont la raison d'un rayon lumineux, A ses sages discours^ avait été frappée , Je restais comme pris d'un sommeil vaporeux *'; Mais cette somnolence eu moi fut dissip<^^ Par des gens qui sur nous venaient tous à la fois,

' Ainsi que, sur leiurs bords, et TAsope et risuM'ne Voyaient jadis courir toute la gent thc^baine , Invoquant , dans la nuU, Bacchus à haute voi\ ; Ainsi de ces Ksprits qui s'offraient ii ma vue La foule se hAtait sur ce nouveau pourtour, De pur «èle poussée et de louable amour *■,

qu'il s'agit de la même chose au M. L*ancion Andes où naquit

fond. Virgile.

expliqué la slgnlflcaUon symbolique, „, ^ ^\p ^^V^ i f,^^^"^^^^* ""

et 5ul, comparée à un seau ardent "«uHcr riïet de l éloquence virgl-

€mbr;sant{out,eh6 «uf(oard^sedl' "*^°"^- ^^^' P^"/"^^;^ ';? P^^'^« *-\-''

Zl^^^u^^^^^:^^^^^ prochç.àse^^^

samment que la démoostniuon «ce- ^f]^^ "'^ « ^'»^''^''' ^^"^ *^ ^^'^"^P^*

lastiqne de Virgile, Valto dottore, ne ®^ '^^^^^'

saurait so prolonger sans danger 16. Leur bonne volonté dérivant

d'eocourir les rigueurs de Tinqulsl- d'une toute autre sottrce que cette

tkm et qu'il est tempe d'y mettre un religion de haine dont les poMilIn

imt renouvelé, dans Borne et dans

CHANT XVin.

4fSt

Auprès dfi nous bientôt elle ftit pan^onue ;

Car, pleins d'empressement, tous se précipitaient,

Et , marchant les premiers, deux en pleurs s'(«crlaient :

(( En grande hftte alla Marie à la montagne *^ ;

Pour dompter Lérida, suivi de ses soldats ,

Gësar frappa Marseille et courut en Espagne*'. »

Et les autres, après, criaient : « Pressons le pas ; Ne perdons point de temps; vite, et sans qu'il mollisse , Que par le zèle au bien la grâce reverdisse 'M »

Esprits chez qui peut-être aujourd'hui la ferveur Compense les délais, Tindoiente tiédeur Que vous avez jadis mis , sur terre, «^ bien faire ; Celui qui m'accompagne et qui vit; d'une erreur Ne vous abuse pas mon langage sincère; Là-haut voudrait aller, aussitôt que demain Brillera le soleil; veuillez donc lui complaire Et nous dire où plus près s'offrira le chemin.

Mon guide ainsi parla. — Venez à notre suite , Reprit un des Esprits, et , sous notre conduite , Vous parviendi'ez bientôt à l'accès souhaité. Nous avons d'avancer si bonne volonté Que le moindre retard nous pèse; ainsi, pardonne Notre hâte qui n'est en rien grossièreté ".

Avisnoo, les myMèfPS or^taquet du pasanlsme. Baechui, totell-retooii.

f 7. Àhiit in mont» tum fettinnftone. Siilnl Ldc, I, dO.

18. L*égllscÈcctalre, repTétenléc par Marie, ne doit pas déployer inolitt d'activité que le fondateur <le TEmpIre, qui ne laissait pns à Tennemi le temps de se reconnaître ; il lui faut courir en hâte k ta montagne pour y réédifter le Temple an intiieu de la nouvelle Jérusalem, et alors chncnn y reconnaîtra la principale tour,

19. Le xèle pour lo bten, qui devait mettre fin sur la terre au règnes du mal.

30. Ginslîjtia o&l assez et rangement employa Ici en place de cortesia, qui, au propre comme au Ûguré, est l*oppo8é de villania. Il est dair que cette ardeur de progrès chez des Ames qui ne pouvaient s'élever sous rinflucnce de la nuit, était un reproche indirect au parti gibelin^ qui.

découragé par s(8 revers, désertait Corte^ia pour YiUania.

Abbé de Saint-Zéoon, j'existais k Vérone Sous le grand Barberousse, excellent empereur, Dont on parle à Milan encore avec douleur ^\ Tel , déjà chargé d'ans , vers la tonibe s'avance, Qui, pour ce monastère, aura sujet de pleur, Pour avoir, dans ses mui*s usurpant la puissance, Transmis la dignité due au seul vrai pasteur, A son flis, contrefait de corps, pire de cœur. Et dont la bâtardise entachait la naissance '^

Je ne sais s*il en dit davantage ou se tut. Tant il était déjà devant nous à distance ; Mais j'entendis ceci clairement, et me plut D'en garder à part moi fidèle souvenance ^\

Celui dont , au besoin , je trouvais l'assistance , Me dit : — Tourne les yeux , regarde ces deux-ci Venir, à la paresse insultant sans merci.

Et derrière la foule ils disaient : « Cette race Pour qui s'ouvrit la mer, succomba par milliers Avant que le Jourdain eût vu ses héritiers ^^ ; Celle jusqu'à la fin qui, d'un zèle tenace ,

}i. L'abbé ne pouvait mieux %e monaatére, et s'était va promu en-

rëvélcr comme Gibelin qu'en se suite à Tévéclié de Vérone, li n'y K

rendant l'organe des regrets de la donc point à s'étonner que Dante

capilnlc de la Lombardie pour Fré- justifie par avance son protecteur,

dcric BarberoQsse, qui soutint une en riidoyant l'aïeul et le père du

si longue lutte contre les paprs prélat , à savoir : Albert de la Seala

Adrien IV et Alexandre III. Cet ex-, et l'abbé Joseph , son ftls naturel,

cellent empereur avait mis la Lom- inquinaîus pice diaboH, dit Bcnve-

bardie à feu et à sang, et ordonné la nuto d'Imola , et impleiu meretri"

destruction de Milan , mais il n'en cibus locum illum. était pas moins un Éaque aux yeux 23. Persuadé qu'on ne pourrait

du grand Gibelin, pour avoir tenu que lui en savoir bon gré à la cour

tétc à la pctte , et pour avoir res- de Vérone. Uuré son peuple par sa Justice, sa 24. Des milliera d'Hébreux péri-

liliiTalité et son afTabililé. Conv, IV. rcnt dans le désert en châtiment de

3?. Gan de la Scala, le héros de leur peu de zè'.e à obéir aux compati u% son VeitrOt lit mettre à mort mandements de Dieu, avant que le W nié de cet abbé, qui avait hérité peuple d'Israël pût s'établir dans la de la dignité paternelle dans le même terre promise. Nombres, XIV.

CHANT XYIII.

Avec le fils d'Anchise eut crainte de souffrir, Sans gloire se voua d'elle-même à përir ". )>

Quand ces deux ombres loin furent déjà passées, Tellement que, de là, nous ne pouvions les voir, M'envahirent soudain de nouvelles pensées. En foule elles venaient diverses m'émouvoîr ; L'uue à Fautre longtemps elles se succédèrent, Et, tant ma rêverie ainsi se prolongea Que mes yeux obscurcis au hasard regardèrent : Une vague torpeur d'un voile les chargea Et la réflexion en sommeil se changea ".

25. Les Troyenfl qui, nil magfiœ laudis egenies, demeurèrenl en Sicile avec Aceste et ne prirent point .

part à la glorieuse conqaéte du Latium; de ce Latium, Vager romain, la terre promise pour le parti gibelin, qui aspirait à l'enlever à la doniinalion des pontifes. De ecs exemples il résulte que, faute de zèle et

d'une activité opiniâtre, la secte devait s'attendre à finir hontcuscntent sans avoir terminé sa tâche.

26. Ce qui nous annonce un nouveau ^Bonge dans lequel le poète, conformément à son habitude , exprimera flgurémentdes pensées trnp audacieuses pour être exposées sans voile.

A cette heui*e où le froid, de la lune exhalé.

Ne peut être atUédi par la chaleur diurne.

Que la terre repousse, ou quelquefois Saturne;

Quand les Géomanciens voient au Ciel constellé

Surgir, vers l'Orient, leur suprême fortum;

Avant que naisse Taube, et quand déjà la brane

Devant elle va fuir*, en songe ui'apparut

Ine femme aux pieds tors, bègue, à Tœil louche, avide,

Des deux mains mutilée, au teint pâle et livide.

Surpris h son aspect, mon œil la parcourut;

Puis, comme le soleil ranime et vivifle

Les membres dont la nuit engourdit l'énergie ,

De môme mon regard rendait l'agilité

A sa langue, à son corps une juste harmonie,

Les couleurs de l'Amour à son teint dévasté ^

1. Au moment où l'influence glaciale de cette puissance chc conforta il gelo, Ganzon., puls.«nnce que le poète a personnifiée dans la triple Uécate, l'emporte sur IMnfluencc l)ienfalsante de la raison, reponsséc par la terre aveugle ou par le temps peu propice. Quand les magiciens (ful ont ensorcelé le monde catholique, considèrent comme prochain le triomphe déOnilif de cette autorité suprême , que nous avons vue signalée sous le nom de Fortune dans

le chant vit de l'Enfer, le poètet qui se flatte comme tous les proscrits, révc au contraire rabaissement et la ruine de la prostituée qui corrompt et asservit le monde.

2. Ceci est un avis au lecteur. A lui de reconnaître celle qui paraîtra bientôt À ses yeu\ parée comme le veut l'amour sectaire, corne amor ruol, pour produire Tillusion requise dans le rôle qu'elle aura bientôt à jouer. Il devra se rappeler alors que le poète a le pouvoir de

A chanter, quand sa voix fut libre de sa ebaino, Je l'entendis se metlre S et si bien qu'avec peine l/oreille h s'en distraire aurait pu parvenir. Elle disait : « Je suis une douce syrëne Qui , charmant les marins , sous l*onde les entraîne, Tant leur cœur, à mon cliant, s'enivre de plaisir. Pour mol de son cliemin on vit jadis lîjysse Se laisser détourner, captive par ma voix * ; Me quitte rarement qui me hanle une fois, Tant je sais lo combler de joie et de dëlice *. »

Ses accents i^onnaient encor, quand près de moi Une dame s'offrit, belle et sainte, qui prompte Venait pour la confondre et la couvrir do honte •.

« O Virgile , quelle est celle quici je vol ? » Dit-elle fièrement. Vers cette dame sainte, Sur elle Tœil fixé, le sage vint sans crainte '. Elle étendit sa main sur l*aulre avec vigueur,

transformer d'un regard, ausbi bien que d'un trait de plume, lo même objet ou la même personne, en la faisant apparaître sous des aspects diamétralement opposes. U y a de plus ici une confession de Dante, s'accusant d'avoir pu se faire un Instant illusion au point devoir chez celle qui n'était en réalllé qu'un monstre de laideur et de cornip* Uon , tontes les perfections réunies et une double puissance dans ses deux mains mutilées.

* 3. La dame, embellie des couleurs de ramour, ne manquera pas aussi de chanter comme une femme amoureuse, lorsqu'elle paraîtra en 'sedDo, cantando corne donna inamorata,

4. Dante-Ulysse , ce compagnon de Diomède-Henri {Knf., ch. xxvi), se laissa séduire par la s\rène et se détourna du chemin de l'Amour

pour suivre la bannière gudfe.

5. On est tellement fatoiné par les jeux et par l'oreille, qu'il est rare, une fois sous rinfluence du prestige et l'habitude prise, au«anj:a, de trouver en soi asses de courage viril pour s'y soustraire } d'autant plus qu'on obtient toute satisfaction pour les appétits temporels, tullo Vappago.

0. Béatrice a été créée, en effet, pour la confusion de cette trompeuse syrène. Les deux rivales, mises en présence sous le voile transparent d'un songe , sont assez faciles ù reconnaître.

7. Virgile, ou la raison philoftophique, s'avance sans rien dire vers cette damo honnête, quella onesfa, en tout opposée à la prostituée; ses yeux sont lixés sur elle, con gli ocehi fUli puro, parce qu'elle Cbt son but unique.

LK PURGATOIRE

Déchira par-devant ses habits magnifiques S

Et me montra son ventre et ses flancs impudiques.

Tant il s'en exhala d'infecte puanteur,

Que je me réveillai •. Me dit alors Virgile :

—Je t'appelai trois fois au moins. Sans différer

Lève-toi maintenant et viens d'un pas agile,

Que nous trouvions l'accès par où tu dois entrer. —

Me levant donc, je vis la lumière éclairer Le mont et rayonner sur ses divers étages : Derrière nous brillait le soleil sans nuages ; Me précédait le maître, et je portais mon front Tel qu'un homme qui va , quand son penser s'amasse, Couiï)é , comme à moitié s'offre l'arche d'un pont *•.

Tout à coup j'entendis : «Venez, ici l'on passe, » Prononcé d'un accent suave et plein d'amour. Tel qu'on n'en peut ouïr en ce mortel séjour".

Celui qui nous parlait de cette voix bénigne Entre les deux parois du roc nous accueillit , Et, dans l'air pur ouvrant ses deux ailes de cygne , Qui vinrent d'un vent frais nous effleurer, il dit : « Beaii qui lugent, leurs âmes accablées

8. Une habileté perfide se révèle jDsque danë les moindres détails.

Ainsi, pour dire que la dame honnête déchire les Tètements de la prostituée, notez qu'il s'agit d'une syrènc dont la toilette devait être des plus légères, Dante dit : Fen-^ dendo i drappt. Qucsignifie drappi ?

Ouvrez le dictionnaire d'Albertl, vous y lirez : « Drap ou étoffe de soie, » puis « employé pour palio^ »

passez à ce mot, et vous trouverez :

« Omamento del sommo pontefice, accordé aussi par lui aux métropolitains, en signe de la plénitude de la Juridiction ecclésiastique. » Panni ou vetii n'auraient en rien déparé le vers, mais l'allusion n'aurait pas

été aussi saisissante et le trait n'aurait pas frappé si juste.

9. Et voilà comment Béatriee était prédestinée à manifester à Dante, et à bien d'autres, ce que recelait de poisons Infects le fond, H ventre, de la doctrine, qu'elle avait mission d'anéantir pour réhabiliter la raison et la liberté.

10. Un songe aussi signlflcatif ne pouvait manquer de lui donner à réfléchir; mais il n'a garde d'en demander l'expllcatioa à son guide, et se contente de nous déclarer qo'U était la moitié de son arco sesto, l'Ulysse de son Diomède germain.

1 1 . Où régnaient la méchanceté et la haine.

CUA^T Xl\.

D*un souverain bonheur se verront consolées *^)>

Nous avions dépassé déjà le flls des Gieux, Quand mon guide : — Pourquoi, si pensif, vers la terre Marches-tu, s'enquit-il, ainsi baissant les yeux?

De doutes renaissants ma vision dernière Me poursuit, répondis-je, au point que je ne peux En détourner pour rien mes pensers soucieux.

Tu viens de voir, dit-il, l'antique enchanteresse, Pour qui seule, plus haut, on pleure en sa détresse*'. Tu viens de voir comment on s'en peut détacher **, Qu'il te suiïise, et songe en avant à marcher. Élève tes regards vers le sublime leurre. Que le suprême roi, de sa haute demeure, A son gré fait mouvoir avec ces sphères d'or".

Ainsi que le faucon qui vers ses pieds, d'abord , Jette l'œil, puis se tom^ne, au cri connu du maître, Et, 'désireux du mets dont ii doit se repaître.

12. L'Ange qu! vient d'effacer lo cinquième P inscrit au front du poète, en souvenir de son ancien irasseiage, lui promet le bonheur pour prix^e ses traverses et de ses misères, en lui rappelant les paroles du Sauveur (Saint Matthieu, V, 6) :

Non-seulement les âmes affligées seront consolées , mais elles triompheront de l'ennemi; elles seront reines, dames et maîtresses, anime donne^ car les hauts initiés, nous l'avons dit, étaient hommes femmes.

( Voy, p. 94 des Révél.) 11 faut la fol robuste des commentateurs dqps l'orthodoxie du poète gibelin pour traduire anime donne par riches de coqsolations.

13. Celle qui excite toutes les convoitises et cause ainsi les désordres résultant dos vices qui sont exposés aux étages supérieurs. Or, chacun de ces vices devant être personnlAé dans un poiiiife, il est

aisé de deviner quelle est l'antique sorcière, strega, dont il est ici question , et pour laquelle tant de gens ont à pleurer, che sola si jriagne, parce qi^e rea ou Rhéa, elle a fait il, mondo reo, en l'asservissant au Jupiter qui lance ses foudres au Vatican.

14. En déchirant les voiles dont elle se couvre et en mettant à nu sa difTormité , qui inspirera le dégoât et l'horreur.

15. Les. astres aixièncrniit dans leur cours, auquel Dieu préside, le triomphe de la vérité, ce leurre du sage. On bien : ne pénis pas de vue ton bnt sublime , l'Empereur , roi éternel , donnant l'impitlsjon ù ces grandes roues que nous appelons des cieux et qui sont en réalité les sciences destinées h éclairer le monde et à y détruire le règne des ténèbres. Telle était l'astrologie de Dante. Le faucon dégagé du chaperon, voilà son oniltholugic.

158 LE t>l'RGATOIRE.

S'enlève aussitôt, prêt à prendi^t son essor; Ainsi je m'élançai dans la n>chc cscarp(5e , Où, pour livrer passage, elle s'ouvre coupée , Et j'allai, gravissant toujours, jusqu'au plateau.

\u cinquième pourtour en arrivant, à terre Je vis des malheureux dans une angoisse amèi'o, (Usant la face en bas, les yeux fondant en eau **. Adhœsiê aniina niea pavimenlo, S'écriaient-ils , poussant de tels sanglots ((u'à ])einc Pouvait se faire ouïr leur pai*ole incertaine *'.

0 vous, élus de Dieu, pour qui rendent moins durs Vos tourments, l'espérance ensemble et leur justice, Dites -nous où plus haut il faut que l'on gravisst*.

En venant en ces lieux puisque vous êtes sûrs De ne point y subir gisants notre supplice, Et que vous aspirez au chemin le moms long, Allez toujours la droite à l'opposé du mont^V

Ainsi s'était cnquis auprès d'eux le poète , El la réponse ainsi nous avait été faite, Quelque peu devant nous. Par ce qui se disait Je compris tout d'abord le penser qu'on taisait**. Je tournai donc les } eux vers mou guide et mou mailre, D'un signe, en souriant, qui daigna me permettre Ce que, dans mon regard , le désir implorait".

10. Toutes ces pauvres âmes du hors, c'est-à-dire que votre brss

Purgatoire pleurent h qui mieux droit soit toujours libre dans son

mieux, et c'est i'antiquc enchante- action en dehors des prescriptiona

resse qui les fait ainsi pleurer. orthodoxes et en opposition avec

17. Ce sont les paroles du Psaume l'édifice catholique figuré par le cxviii, Y. 3â. En y ajoutant vivifi- mont du Purgatoire.

ca me secundum verbum tuum; en- lO. A savoir que les deax poètes

tendei que la parole de vérité donne n'étaient pas des avares , des sui-

la vie à ceux qui sont asservis par vants de Thomme riche, puisqu'ils

la moit ponlificalc. avaient hâte d'aller plus loin.

18. Le vostre désire sien simpre 20. Virgile lui accorde gaiennent di furi. Littéralement : que vos cette permission , con Itefo cenno^ mains droites soient toujours en de- c'est-à-dire à l'aide d'un de ces si-

Dès que je pus agir ainsi qu'il me plairait , Je ne diiWrai pas à m'avancer vers Tombro Que j'avais reuiarquée , à sa voix , dans le nombre.

Esprit, dis-je, en pleurant qui fats mûrir en toi La satisfaction à Dieu justement due, Vers lui pour retourner, à la tâche assidue Daigne quelques instants faille trêve pour moi. Apprends-moi qui tu fus dans le monde et pourquoi Vous avez tous les reins en haut, la face en terre; Et puissé-je, à mon tour, dans le séjour mortel, D*où je partis vivant, avoir à te complaire.

Et lui : — Tu vas savoir par quel motif le Ciel Veut que nous lui tom^nions le dos et non la face. Mais scias qiiod fui successorum Pétri ". ' Entre les murs de Siestre et ceux de Ghiaveri Une belle rivière, au flot rapide passe ; Son nom fournit leur titre aux comtes de ma race ^^ J'éprouvai par moi-môme, un mois et quelques jours, Combien le grand manteau, près duquel les plus lourds Des terrestres fardeaux semblent plume légère, Pèse à qui ne veut pas que sa blancheur s'altère ^'. Fut ma conversion tardive, par malheur; Mais de Rome je fus à peine le pasteur, Je reconnus combien la vie est mensongère**.

i;nea riuieto en usage parmi les déric 11 et suscité contre lui la ligue

adeptes du ^at savoir. Puis Virgile lombarde. Voy. ÀnnaL genwMett,

a tout lieu de se réjouir de la sur- IX. Vitœ pontif. Murât., III , 60&.

'''2?'vl"'trQu?'^^^^^^^^^^ 23. Le manteau pontincal est

Virrilc blancetAdrlen IV ne le porta qu'un

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