‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 126 sur 155 · Conime cliaiiire d'Amcwr · texte numérisé non relu

Conime cliaiiire d'Amcwr

cantor d'il more, autrement le lau* rier conviendrait bien nneux à un

LE PURGATOIRE

C'est Stace sur lar terre encore qu'on ine nomme'* Mon chant célébra Thèbe et le fils de Thétis, Mais avec le fardeau qu'en dernier j'avais pris Je tombai sur la roule'*, k la divine flamme, Dont bien d'autres que moi sentirent le pouvoir, S'aviva mon esprit et s'embrasa mon àme. De l'Enéide ainsi, pour moi c'est un devoir, Je te parle ; elle fut ma mère et ma nourrice ; Elle me fit poète et je n'aurais pas su Faire le moindre pas sans ce guide propice ". Lorsque vivait Virgile, ahl pour avoir vécu, Je consentirais bien que de toute une année La fin de mon exil fût encore ajournée.

Virgile, en entendant ces mots, tourna vers moi , Sans parler, un regard qui me disait : « Tais-toi. »

poêle épiques mats Dtnte avait ses raisons pour couronner de myrUie son Toulousain, et il ne pouvait mieux faire pour indiquer le caractère secret de ce personnage , dont les Sylvœ, pas plus que la ThéiMïde et l*Acbllléide, ne sont certes des compositions amoureuses.

20. Statius Papinius naquit à Napies , conime lui-même le dit dans ses Sylvœ, et non pas à Toulouse.

SI Placide Laclancc Ta confondu avec Statius Surculus, rhéteur toulousain, ce n'est pas un motif pour que Dante, beaucoup plus érudit, soit tombé dans la même erreur; tout au plus aurait-il voulu en tirer proût pour l'arrangement de sa fable.

30. En effet, les chantres d'Amour célébrèrent la prise de Thèbes-Brescla, comme ils avaient porté aux nues leur Achille-Frédéric II ; mais lorsqu'ils eurent perdu successivement leurs deux héros. Il leur fallut succomber; h la mort du dernier, sur-

tout, A celle d'Henri Vil, ils durent tomber à moitié route , eon la se^ conda soma , de même que l'auteur delà Thêbaide mourut avant d'avoir mis la dernière main à son Acbilléide.

31. L'Enéide, considérée comme l'œuvre d'un initié aux anciens m>stères, et traitant elle-même de rint- Uatlon dans un langage figuré, était devenue bomme le bréviaire de ceux qui, ne pouvant se recruter qim dans l'ombre , cherchaient à propager leur doctrine à l'aide d'idiêgories et de figures symboliques empruntées h l'antiquité. Voilà pourquoi Stace, faisant allusion aux quatre derniers vers de sa Thébaidc, manifeste pour Virgile un enthousiasme égal à celui de Dante, qui l'appelle son guide , son maître et son père. Voilà pourquoi , dans tout' le moyen- ège, Virgile fut considéré par les uns comme un magicien, par les autres comme un prophète et presque un saint. Ce dont on n'a pas su jusqu'ici se rendre raison.

xMais ne peut pas en tout la volonté suffire,

Et si rapidement les pleurs, comme le rire,

Suivent la passion qui les fait éclater.

Que rhomme le plus franc sait le moins les dompter.

Je souris, d'un clin d'œil adhérant au mystère.

L'ombre s'en aperçut, ce qui la fit se taire. Me regardant alors fixement dans les yeux. Où le penser caché se reflète le mieux :

Puisse être heureux, dit-elle, à ton gré ton voyage ! Mais pourquoi, tout à Theure, ai-je sur ton visage Vu passer d'un souris Véclair mystérieux ?

Ainsi des deux côtés je me trouvais en prise ; L'un veut que je me taise et l'autre que je dise. J'en soupire, et voyant trop bien mon embarras " :

Réponds, me dit le maître, oui, parle et ne crains pas De l'informer de tout, ainsi qu'il le désire.

Je parlai donc et dis : — Antique et noble Esprit, Tu fus surpris peut-être en me voyant sourire ; Mais je veux à l'instant, puisque l'on y souscrit, T'étonner encor plus. Sache donc que ce guide. Vers les hauteurs du Ciel qui dirige mes yeux, Est celui que de voir tu te montrais avide ; Ce Vii^ile, qui fut ton maître glorieux A chanter dignement les héros et les dieux. Si tu crus qu'autre chose avait causé mon rire, Répudie un soupçon loin de la vérité;

32. Le poète a touIu représenter, ce que son geste vient de lui recom-

dans celte scène de comédie, son mander de taire. Mais on voudra

embarras au moment de prendre bien encore remarquer l'extrême ha-

un parti décisif entre l'ancien lan- bilclé avec laquelle le poète rappelle

gage, aux symboles mythologiques, que le maçon doit pleurer, pour rire

•Toilant les doctrines du mysticisme ensuite tout à son aise dans sa véra-

gnoslique-manichéen, et le nouveau cité ; attendu qu'il n'est pas toujou rs

langage, empreint d'orthodoxie, qu'il llbred'aglr à son gré et de s'affranchir

voulait lui substituer ; il se fait donc de ce joug douloureux dont chacun

Inviter par Vi rgile lui-même à parler cherche à se dégager, passion da che

selon qu'il le désire , et à révéler ciascun si spieca,

De lui ce qut ta dis Tavait seul excite.

De ce mattrc éclairé que j'aime et qu'il admire , Il inclinait déjà son flront respectueux Pour presser les genoux ; mais lui : — N'en fais rien, frère, Ombre toUméme, une ombre & toi s'offre en ces lieux".

Se relevant alors : — 0 toi que je révère, Vois jusqu'où mon amour pour toi m'a transporté, Puisque j'allais, tous deiu n'étant que vanité. Gomme un solide corps traiter l'ombre légère ^^

33. Rien (le plus vrai à coup sûr; ombres de portes» repré^ntant deux langages aux formes différentes, mais ayunt au fond la même essence.

34. Dans ces deux formes différent es de langage dont se revct la m<^nus pfn»^4), l'une procède 4e l'autre, et c'est pour cela que celle

qui a nom 3tace , s'inclino respectueusement dfvnnt celle qui a nom Virgile. Le poète ouUUe Ici qu'il sN st fait cmb rosser, porter même à plusieurs reprises dans les bras ou sur le dot de ce méme-VlrgUe« qu'il lut convient do réduire ici à l'élit de 'ranité, pour rendre son allégorie plus «ccessible h llatslligence des slçns.

CHANT XXH-

En ce moment, déjà nous avions dépassé L*Ange qui, sur mon front lorsqu'il eut offacë L'un des signes encor dont il gardaU l'empreinte , Nous avait dirigés vers la sixième enceinte. Et ceux qui de justice ont un désir brûlant Avaient dit : Beati, dans un pieux élan, Qui sitiunt; la strophe en était lu restée*. Je suivais, franchissant la nouvelle montée. Plus léger que jamais et ne me lassant pas , Les deux nobles Esprits qui marchaient k grands pas ^ Quand Virgile rompit le premier le silence :

L'amour que la vertu produit, lorsque du cœur 11 s'épanche au dehors, donna toujours naissance Au feu d'un autre amour, qu'allume son ardeur. Aussi depuis l'instant où ; venant à descendre A son tour Juvénal aux limbes de l'Enfer,

I . Ceui qui ont «oif de juaiice, de la justice impériale, aUendu que lc8 pontife», usurpateurs du pouvoir tfimporel, foulant aux pieds le droit romain, font régner Tinjustice sur la terre av(*c leur Rota volubilis, sont les fidèles d'Àinour; l'Empereur, leur Messie, sera le grand justicier qui, prononçant in 'srntenee des lions el des mccliânts , assurera le trionipiie du droit et de la raison.

Ces fidèles d'Amour n'achèvent pas

le verset parce qu'il ne parle que de Justice et qu'ils ont non moins soif de vengeance. Voy. saint MatUiieu, V, 6.

3. Enchanté qu'il est d'avoir recruté dans le Toulousain Stacs un excelient auxiliaire, au moyen duquel va s'opérer tout naturellement la transition de Virgile h Béatrice, de l'ancien langage au nouveau, tout parfumé d'orthodoxie.

LE PURGATOIRK.

J'appris par ses récits combien je t'étais cher, Je me pris envers toi d'affection plus tendre Que nul, sans qu'on l'eût vu, n'en inspira jan[iais\ Dès lors cette montée, au gré de mes souhaits^ S'abrégera par trop. Mais veuille au moins m'apprendre, Dans an ami pardonne à trop de liberté , Et toi-même, en ami , réponds avec bonté , Gomment put l'avarice en ton sein trouver place , Quand , pour ta noble tâche* en toi dut être en niasse Et sagesse et savoir *. — Stace d'abord sourit A ces mots quelque peu ; puis bientôt il reprit : D'amour ta question m'est une preuve chère. L'apparence, il est vrai, trop souvent mensongère, De douter nous fournit plus d'une occasion , Des choses quand se cache à nos yeux la raison *. Tu penses, ta demande ainsi l&certilie , Que je fus d'avarice atteint dans l'autre vie. Par l'étage où j'étais tu l'auras cru d'abord. De mon cœur l'avarice était par trop bannie , Et fut par des milliers de Lunaires punie Une ardeur opposée •. Oui , sur un autre bord

3. Jnvéaal, le flagellateur des vIceB (le son temps, ne pouvait être oublié par celui qui s'était armé de son fuuet vengeur.

4. Stace se trouye en effet dans le cercle où les avares, sont soumis h l'expiation.

5. Telle est le plus souvent la nature des créations du poète, che danno a dubitar fulsa matera, per le vere cagion che son nascoste.

G. Stace, qui personnlûe Ici l'albigéisme dans son ensemble /mais plus particulièrement la poésie amoureuse» en style dus, des troubadours de la langue d'oc, Slacc a péché par l'excès opposé à l'avarice haineuse, apanage de la louve et des animaux

avec qui elle s'accouple, ceux de la race de Hu^ues-Capet, par exemple, car 11 a prodigué les trésors de r Amour, tant 11 avait en horreur l'avarice romaine, atarisia fù partita iroppo da me. Ce fut là sa perle.

Toulouse , sa patrie , cette capitale de rhérésie , dont Tes troubadours étalent les missionnaires, a succombé sous les coups des Croisés de Simon de Monlfort ; voilà ce que déplore le poète toulousain, devenu Romain par force , et ce qu'il donne à entendre, en se faisant punir par des milliers de Lunaires ou de lunatiques, lunari , accourus au pillage et au massacre, à la voix de celle haute puissance ecclésiastique

Sans fin j'irais luttant d'un douloureux effort, N'eût été qu'a ta voix ma raison attentive Te comprit, quand saisi d'indignation vive, Tu t'écriais, sublime en lui donnant l'essor : « Jusqu'où peux-tu pousser, fatale soif de l'or, Les cupides mortels ' ! » Je m'aperçus ensuite Qu'à dépenser les mains pouvaient aller trop vite , Et je me repentis alors de ce péché Gomme des autres maux dont j'étais empêché K Combien doivent, le chef tout pelé , l'âme en transe , Ressusciter, qui n'ont songé, par ignorance, Durant leur vie et même à l'instant d'en sortir. Que d'une telle erreur il faut se repentir ' ! Sache que sur ce mont la suprême justice. Du même châtiment que son contraire vice,

dont le poète florentin fait, sous le nom d'Hécate, la reine de son Enfer; elle qui a pour ministres l'inquisiteur général Mlnos et Pluton lui-même, dont on saura bientôt le véritable nom. En efifet , les Lunaires de Simon de Montfort châtièrent cruellement les Solaires toulousains, ces adorateurs du Soleil raison.llseraitcurieux de s'assurer, en opérant d'après les termes du problème posé par l'Anonyme, si le nombre des Croisés de Montfort ne correspondrait pas, par hasard, avec celui des jours lunaires qu'il inviteà calculer. Voy . sa note25. 7. Sans cet avertissement salutaire au sujet des tyrans qui, à l'exemple de Polymnestor, égorgent des innocents pour s'emparer de leurs dépouilles, Stace aurait eu à subir le sort de tant de papes et de cardinaux dont l'avarice guelfe se rue sur les prodigues Gibelins en leur criant : Perché hurîi ? ( Enf. vu. ) Dante traduisait dans sa pensée, auri sacra famés, par soif sacerdo-

tale de l'or. C'est en effet plus particulièrement contre la cupidité du clergé que se déchaînaient da ns leurs Sirventcs les poètes languedociens.

Alors il s'aperçut que trop parler nuit, et trop écrire encore plus, aprir Vali, même en style dus et car, et il s'en repentit comme de la cause des maux soufferts.

8. Comme Dante lui-même dans sa Ganzone : P(nchè Amor del tutto mi ha lasciato, Stace eut & regretter d'avoir semé son avoir pour des gens dont le jugement était faux (voy. p. 362 et suiv. des RévéL), car c'est parmi ceux-là que se trouvèrent les faux frères , Foulquet de Marseille par exemple.

9. On se rappelle que les Guelfes avares et les Gibelins coupables d'avoir prodigué imprudemment le trésor du langage erotique, doivent ressusciter, • ceux-ci le poing fermé, ceux-là sans poil au front. » Enfer, VM.

LE PURGATOIRE

Alleint chaque péché qui doit s'y racheter;

Si donc parmi ceux-là qui pleurent l'avarice,

Pour expier ma faute, il m'a fallu rester,

C'est qu'avec leur penchant elle eut à contraster *•.

Mais lorsque tu chantas les fratricides armes Qui de Jocaste à flots firent couler les larmes , Des Bucoliques dit le chantre harmonieux, Los accords que Clio fit tomber de ta lyre , N'indiquent pas encor que s'duvrisscnt tes yeux A la foi, sans laquelle au mortel vertueux Le bien qu'il accomplit tout seul ne peut suffire '*. Et, s'il en est ainsi, quelle vive lueur De cierge ou de soleil" dissipant ton erreur Vint éclah^r ta nuit et pousser ton navire A suivre le sillon de celui du pécheur "?

Il répondit : — C'est toi qui m'inspiras l'audace De me désaltérer aux ondes du Parnasse **, C'est toi qui m'éclairas et me guidas vers Dieu ". Enfin comme celui qui dans la nuit chemine,

10. H ne faut donc pas s'étonner de voir les Gibelins et les Gucircs, les orthodoxes et les hérétiques, les partisans de Rome et ses ennemis, confondus dans le Purgatoire comme Us le sont dans TËnfer et le seront dans le Paradis « attendu que les extrêmes se touchent.

1 1 . Rien n'indique en cfTet, dans la Thébaïde, que Stace fût chrétien, orthodoxe ou non. Mais la décura- Uon et la mise en scène avant tout, et puis ces guerres fratricides ne sont-elles pas rappelées à merveille par les chcde aami et par la doppia triitixxia, ou la double expédition des Croisés, par la douleur de cette Jocaste humanitaire en voyant des frèrcé s'entr'égorger?

12. Qu'on veuille bien remarquer ces expressions quai sole o quai

candelo, qui établissent si bien la dliïérenco entre la lumière procédant de rÉgllse et cdie qui dérive de la raison.

19. Les errements de la primitirc Église, dont celle de Rome s'est entièrement écartée.

14. NelU grotte di Pamasso, porte le texte, pour Indiquer la nfrture mystérieuse de la poésie symbolique.

15. Ne voUà-t-tl pas un étrange conirertisseur ? le poète païen érigé en missionnaire de TÉvangUe ! Mais c'est que les troubadours albigeois ont été dirigées par la même doctrine que Dante. Ils ont employé la même langue symbolique , celle des mystères, puisqu'ils ont eu , dans Virgile, le même guide que lui, dottor guida, padre, maeeiro.

Ml

En portant le faiial, dont il profite peu ,

Et qui derrière soi les autres illumine,

Lorsque tu dis : « Dé]h luit un siècle nouveau ,

La Justice revient, Tâge d'or avec die

Du haut des cieux descend une race nouvelle *% »

Par toi j'étais poète, à ton brillant flambeau

Je ni'éveiUai chrétien *\ Mais pour que le tableau

Présente ft tes regards une image fidèle,

Sur l'esquisse je vais promener le pinceau *\

Déjà la véritable et parfaite croyance Avait rempli le monde et , bravant tous dangers, Du royaume éternel les humbles messagers Partout l'avaient selîdée avec persévérance *•. Des vers que j'ai cités le sens mystérieux En tout se rapportait au langage pieux Des hommes qui prêchaient la nouvelle doctrine ".

10. Ce que lâs ennemii de Rome tradaisaient comme anit i Une révoloilon est proche, VÉgllte primitive, la nouvelle Jérusalem va renaître, et le Messie impérial « envoyé par le Ciel, va ramener le règne de la iastloii, en sévissant contrôles usurpateurs du pouvoir temporel ; et la communauté des biens, des richesses quMIs ont envahis, fera revivre rage d'or sur la terre*

17. Chrétien de VÉglIse primitive, dans laquelle Saphira et Ananias étaient punis do mort, chrétien évangéllquc, selon la distinction de M. de Lamenals» mais non pas catholique romain et vassal de la louve insatiable.

IS. Je vais colorier le dessin, dit Danta, wiorar tio eh'io dûegno.

Redoublons done d'attention pour ne pas être abusés par la couleur historique qu'il va employer.

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