‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 142 sur 155 · Fleurs de Rh torique, assurément · texte numérisé non relu

Fleurs de Rh torique, assurément

LE PCRGATOIItE.

Mes mains vont k Fonlour, promplc^s à sf mon voir. De ces fleurs, pour me faire une fraîche couronne , Et je me pare ainsi poar me plaire au miroir. Rachei , ma jeune sœur, jamais ne I*abandonnp Et reste devant lui siégeant malin et soir. . Elle est, ft contempler ses beaux yeux assidue, Comme à me parer, moi , je mets tout mon savoir : A l'œuvre est mon bonheur, le sien est dans la vue".

Déjà pointaient au ciel ces premières splendeurs Dont est d'autant plus doux l'éclat aux voyageurs Qu'ils se voient, au retour, plus près de leur demeure*"; De tous côtés fuj aient les ombres à cette heure, Avec elles mon somme. Alors, ouvrant les yeux, Jo viï déjà levés et l'un et l'autre maître.

27. Tous les commcnUitcurs vous dtront que Lia flgure ici la \ie active et Rachci In vie conteniplalive.

Port bien ; mais auquel propos en eil-ll qucftUon Ici? ('.'csl qu'après répreuve du feu , In vic ncllve ces- Mit pour Tinilif^, qui eiUrall dons la vie contemplalive ; mais ce n'est pas là tout. Dans la vie active la vérité mixte suffisait, c'est-à-dire celle qui se produit plus ou moins ornée et plus ou moins voilée aous les ornements de la llction et de rallégorle; tandis qu'il Tant la vérité pure et sans voile aucun à la vie contemplative. Or, au moment d'arriver à l'épisode capital du poëmei h la grande scène centrale do aa comédie catholique, Dante a jugé nécessaire de prévenir ses lecteurs du caractère réel de ses personnages et de leur faire comprendre qu'ils iHalent voir apparaître, sous le nom et les traita de Béatrice, substituée h Rachel, la vérité pure, celle de la doctrine-sectaire, parée et déguisée sous Taccoutrement orthodoxe, à l'aide des fleurs fournie^ par la vé-

rité mixte, autrement dit par la fiction, qui fera de Mathilde, substituée à Lia , la marraine du néophyte Dante. U suffit , pour se convaincre que telle a bien été llntention du l^oêle, de se reporter h la canzone :

Pot ch* amor del tutto mi ha /a~ sciato, et au sonnet : Due donne in cima delta mente mia (p. 3C3-5GÎ des nML). Lla-MathlMepst lu beauté extérieure, la forme, le déguisement , ïeggiûdfia, la prosUtuée du songe précédent couvrant la Vérité, la Beaut'^ Interne, rtrhl, ta donna onesfa. Comme les deuxOlles de Lahan on h*oMîcnl In vérité mixte d'abord, pnis la vérité pure qu'à û>rce de labeur et de pcrsé\érancc; enfin II faut, pour cela, passer par sept grades, correspondant aux sept années d'épreuves Imposées h Jnrob, dont TEchelIc est précisément la flgurc des grades.

28. Nous retrouvons là les espérances si souvent déçues de l'exilé, se croyant toujours à la veille do triomphe de son parti. et au momont du retour dans ses fnvers.

CHANT XXVII. JS4i

Aujourd'hui, du doux fruit que d'urt soin désireux Vont cherchant leîi mortels sur des rameaux nombreux, Tu pourras dans la joie à ton gi*é te repattre ".

Virgile m'adressait la parole en ces mots , Et jamais , à coup Sûr, en moi ne firent naître Un plaisir aussi vif les présents les plus beaux. Plus haut à m'ëlever, plein de forces nouvelles Me poussait tant d'ardeur, un si puissant désir, Qu'à chacun de mes pas il me semblait sentir, Pour hâter mon essor, qu'il me croissait des ailes *•.

Alors qu'ayant gravi la montée.en entier. Tous les degrés franchis , nous foulions le dernier, Virgile dirigea sur moi son teil de père Et dit : — Mon ûls, après Téternel feu d'Enfer, Le feu qui doit finir à les yeux s'est offert" ; Te voilà parvenu dans une autre atmosphère, Où rien n'apparaît plus distinct à mon regard. Ici je t'amenai par la science et Fart ; A ton gré, maintenant, prends ton plaisir pour gtiide : Plus d'étroits défilés, plus de côte rapide. Vois là^bas le soleil , qui sur ton front reluit; Vois le gazon , les fleurs , les arbres magnifiques Que la terre à l'entour d'elle-même produit»'.

20. Tu vas iwuvoir contempler grodc te plus éle^-é ^ in hn *l grn&o

Bëairicc, cette doctiine^vérjté que sup^no»

iee hoiiimcp poursuivent vainement 31. Lorsque rédiflee cnlhoHdans le dédale de la »eience aux que a'étroulera » pçur être Ifvré mille rameaux. Aussi Dant(^a-t-il eu nu feu éternel, le feo aymboUqu'c soin de se comparer» quelques vers des mystères, allumé temporaireplus bout, A un enfant dont triom- nient pour les épreuves de TinlUaplie un i»cau fruit, fa^ciul n'ftfo al tion, n'aura plus de raison d*étre, ^ome. totia 1rs hommea dêtnnt ét)« appe*-

30. Pour atteindre au sommet de les A voir la lumière, comme ci-

l'échelle des grades, al som délia toycns de la nouvelle Jérusalem.

scalitiâ, comme a dit Arnaud Da- C/est pourquoi Uante distingue le feu

nie). En effet, le poêle nous déclare temporaire, temporale^ du feu éler-

qu'en mettant le pied dans le Pa- nel.

radis terrestre ,' il est parvenu au 32. Ces adieux de Virgile à ?ori

Lit PUHGATOIRE.

Jusqu'à ce qu'aient paru, joyeux, ces yeux pudiques Qui, tout en pleurs, vers toi me firent se hâter". Tu peux te promener à ton choix ou l'ester. N^attends donc plus de moi ni parole ni signe , Et suis ton propre arbitre; il est droit, libre et sain ; Me pas faire h son gré serait erreur insigne; Je te couronne et mitre ainsi ton souverain **.

disciple 8onl évidemnicnl syiiiboliqu(M. Au' moment de le quitter. Il lui déclare modesteroent que cette habileté sectaire, celte Pcienrc païenne qu'il a déployée pour Tauicner Jusque-là , nu saurait plus suffire au point o\\ Ils sont parvenus, et où II n'a plus que des notions confuses des objets A traiter.

Kn effet, Il serait peu convenable de revêtir le chantre d'Ênée de la robe de docteur en théologie ; Il Tin vite à prendre son plaisir pour gnldc .

c'est-à-dire ce qui lui plait uniquement, cette doctrine dont 11 attend le bonheur, sa Béatrice, en l'assurant qu'avec elle, et grâce à son langage, de plus en plus orthodoxe, tous les obstacles vont s'aplanir devant lui ; puis, pour renioiiragcr, il lui montre le soleil de la raison , aux rayons duquel vont naître d'elles-mêmes, comme le gazon et les fleurs brillant à ses yeux, les Images et les expressions les plus propres à faire illusion h dame Piété.

33. CfiA yeux ou ces enseignements, qui sont tour à tour /t>ft* dans leur essence, pour propager le gai savoir, et laerimoti dans la forme, pour le dissimuler sous une orthodoxie frauduleuse; <;es yeux

qui n'auront garde de ne pas se conformer à la formule maçonnique : J*ai pleuré H j'ai ri; comme a fait Arnaud Daniel.

34. Non-seulement Virgile, «i qualité de premier hiérophante, se démet de toute autorité sur son disciple, qui peut s'iirréter ou avancer à son gré, non revenir sur ses pas-, mais encore il le fait, par Pimposi- •lion des mains, roi et pontife, ne relevant, pour sa conduite et sa croyance politique et religieuse, qne de sa propre raison, de son libre arbitre, qu'il décJare droit et sain. Il l'aiTranchit ainsi du joug de l'autorité, ou les mots restent sans valeur. « GcUe Idée, dit Mattcr, que les vrais initiés du christianisme sont faits rois et prêtres, cf t à la fois judaïque , persanne , chrétienne et gnostique. » On la retrouve dans la Franc-maçonnerie comme dans les écrits des mystiques et dans l'Apocalypse. Saint Martin, le philosophe inconnu, nous affirme que k l'homme régénéré est le commitsairt de Dieu sur la terre, et rintérmédiaire naturel entre le Ciel et la terre ; - .i l'en croire, '« Il sera roi, grandpr^rre, grand-Ju!;e et souverain législateur. » Voy, p. 97 et I9Gdes RéréL

De la forêt divine , immense et verte tente, Qui tempère à mes yeux l'éclat du nouveau jour, Désireux de chercher au dedans , à Tentour, Je quittai la lisière et , sans plus longue attente , Je cheminai pensif, en marchant d'un pas lent Au milieu des parfums de partout s'exhalant Un air doux, que jamais nul changement n'altère, Venait battre mon front comme brise légère ; Le feuillage tremblait par son souffle agité Et, sous le mol effort, s'inclinait du côté Où va du mont sacré tomber l'ombre première *. Ne ployaient pourtant pas tellement les rameaux Que dût s'en déranger tout un peuple d'oiseaux ; Ils n'en Interrompaient même pas leur ramage , Mais accueillaient, joyeux, par leurs concerts touchants, La douce première heure, abrités sous l'ombrage, Dont le grave murmure accompagnait leurs chants ^

1. On comprend la signification allégorique de celte forêt du paradis terrestre de la doctrine sectaire , peuplée d'arbres de science dont le feuillage est caressé par le pur souffle de l'esprit, que rien ne saurait altérer et qui rafraîchit le front du poète, siège de sa pensée. Ce feuillage verdoyant ne laisse pourtant pas d'éprouver un léger frémisse-

ment sous la brise, qui vient de l'Orient, bien entendu, et de se pencher avec quelque inquiétude du côté de rOccIdent, où se projette l'ombre catholique du Mont sacré.

2. 11 en eût été tout autrement si la brise eût souille du couchant; ces oiseaux, chantres de TAmour, que berce mollement le zéphyr oriental, et qui mettent en œuvre tout leur

LK PrRGATOIRR.

De rameaux en rameaux, tel celui qui s'élève Dans les pins de Cliiassi, (juand l'arbitre des vents Laisse souffler Shiroc sur la déserte grève *. Dans l'antique forêt je m'étais , pas à pas , Enfoncé tellement, que je ae pouvais pas Voir par où je renais d'y pénétrer naguère *. Soudain m'intercepta la route une rivière , A gauche qui fuyait, de ses flots caressant, Sur ses rives, les fleurs et le gazon naissant. Les ondes ici-bas qui coulent les plus pui*es , \ peine seoibleraient exemptes de souillures Auprès de celle-là, qui, sous son pur cristal , A l'œil ne voile rien au fond de son canal. La teinte en est pourtant foncée et comme brune Sous l'ombrage étemel, où du soleil jamais Ne brillent les rayons, jamais ceux de la lune '.

art, ogni lor arie, pour célébrer la première heure, 8l chère aux Maçon», auraient bien vite fait Iréve à leurs rimes, rtm«, n'oublions pas qu'il s'agit d'oiseaux , pour s'enfuir à tire d'ailes sous les rafTaies de la tempête. Voy., au sujet des oiseaux qui craignent la froidure, la Cauïonc : /o son anivato al.punio delta ruota, p. 878 des RML

3. La forêt de Chiassi, dans le voisinage de Ravennc, étant sur terre pontincaie, la basse, bordone, dont le feuillage avait la complaisance d'accompagner le chant des oiseaux de cet Eden gnostique, |>ourrait bien avoir quelque rapport avec le feux-bourdon du pln!n -chant dans les ofllces de rËglise.

4. La forél de la science est Immense, et son antiquité remonte, au dire de certains docteurs, bien au delà de l'époque consignée dans les saintes Ëcrilures; celui qui s'y rnfence pas h pas serait en peine, une

fois qu'il y est entré asaei ayant, de

se rappeler comment sont arrivées ^ son esprit les premières notions qui lut ont permis d'y pénétrer aussi profondément.

5. Ce ruisseau limpide est le Létiié ou l'eau d'oubli, qu'on retrouve dans toutes les initiations, où elle figure le renoncement du néophyte h tout son passé , en dépouillant le vieil homme, pour commencer une vie nouvelle. Bnina, hrutta, cette eau recouvre, cache le passé, réduit à rien, à néant, nulln fiasconde, ou voile tout à fait nicsislre Rien ou Néant; et l'ombre sectaire s'étend sur elle de telle sorte, que les rayons du soleilraison, qu'elle a ses motifs pour tenir cachés, ne s'y laissent pas entrevoir, encore moins ceux de la lune ou de l'erreur, qu'elle repousse.

rnggiar non lasda sole ne tnno.

Ainsi s'expliquent le plus naturellement du monde toutes ces images et ces expressions si biiarres.

S'arrêtèrent mes pieds devant Tobstacle; mais Passèrent mes regards charmés sm* l'autre rive Où, frais et variés ,dans leur splendeur native , Des arbres printaniers se déployaient partout •. Alors, comme un objet qui, fr£U)pant tout è coup, Dans la surprise absorbe aussitôt la pensée , iM'apparut une dame, allant seule, empressée, Qui diantait, en cueillant les fleurs dont à Tentour Sa route se montrait sur ses pas nuancée '.

Belle dame, lui dis-je, aux rayons de T Amour Qui vas te réchauffant, si de ton doux visage J'en crois les traits, du cœur qui portent témoignage *, Au bord de ce ruisseau qu'il te plaise venir, Pour que je puisse mieux , une fois plus voisine , Entendre tes accents au gré de mon désir. Du charme qui parait la jeune Proserpine , A» sa mère, au printemps lorsqu'on vint la ravii% Des lieux qu'elle habitait tu me fais souvenir'.

ik Les liantes perspecUvee de Tavenlr, freschi maù

T. Absolument comme lia-legfiodria, dont elle est la contreépreuve.

8. La Tfe active, an point de vue itectaire, s'échanife aux rayons de TAmour, et se fait reconnaître à certains signes extérieurs déguisés sous des semblants cattioliqaes, s*io vo credere a temb^anti ; afln d'atteindre plus sûrement son but, Dante lai donne le nom d'une princesse célèbre pour son attachement dèvoné au Satnt-Slége, et cela d'aprèfl la même inspiration qui , dans ia Vita fittora, lui fait revêtir l'Amour d'ignobles haillons, vUi drappi, pour porter son cœur à la dame qui devait être son salut, sa défense, sua diftntione. La Lia du songe est Ma* tbilde, comme le remarque l'Ottimo,

qui alTecte de les confondre en nommant l'une pour l'autre ; de même Béatrice et Rachel, pri^s de qui elle siège au Ciel, sont la même figure ou la vie contemplative, à laquelle conduit la vie active. Celleci, d'essence sectaire naturellement, nous appantît donc ici revêtue des vils haillons de l'orthodoxie, sons le nom et le costume de l'orthodoxe Hathilde.

9. Nous laissons à d'autres le soin de rechercher où se trouvait la dame comparée à. Proserpine , lorsque sa mère la perdit et à quelle ^oque commença son été, qui pour nous est l'âge de trente ans.

Celte belle personne, de l'aveu de tous les commentateurs, est la grande comtesse Mathildc, née en lOiô, l'amie de Grégoire VII, qu'elle aida de tout son pouvoir dans sa

LK PURGATOIBK.

Comme, des pieds à peine en effleurant ]a terre, A la danse se meut jeune Aile légère, \ pas menus, serrés , glissant parmi ses sœurs; De même alors vers moi , sur le tapis de fleurs , h' la vis s'avancer, baissant ses yeux modestes.

lutte contre l'Empereur Henri IV, et qu'elle reçut dans sa forteresse de Canossaen 1077. Mariée deux fois, à Godefroy-ie-Barbu d'abord, puis h Guelfe V, duc de Bavière, dont elle ' resta veuve à trente ans, elle se sépara de l'un et de l'autre, parce qu'elle ne les trouva pas assez dévoués au Saint-Siège, à qui elle fit donation de tous ses Ëlats, comprenant la Toscane et une partie de ta Lombardie. 11 est facile de trouver dans ce peu de roots l'explication de rétrange madrigal où Dante compare l'amie du grand Hildebrand à la compagne de Pluton.

11 nous faut bien le dire , la tendre affection qui unissait une jeune veuve exaltée et un pape sexagénaire» donna lieu de leur temps à maintes conjectures et fit écrire de nombreux ouvrages pour la flétrir ou pour la défendre. (Voir contra :

Chronic.Angelh.il. Script.*Brunsw.

p. 1080, 1090. Fro;Domnizon, chapelain de Canossa, Lambert d'Aschaffenboarg, et Baronlus, qui les suit.) Nous citerons seulement ce court passage de Lambert : « A>c evadere potuit incetti amoris stispicionem, passim jaclantibus régis fautoribuset prœcipue clerids, quibus illicita et contra scita canonum contracta conjugia proh ibant, quod die ac nocte impudenter papa in ejus volutaretur amplexibus et illa furtivis papœ amoribtu prœoccu^ pata, i> Mathilde fut en outre accu- Hée d'avoir poussé à la révolte et au porricide Conrad, fils de l'empereur Henri IV. [ïmp. Henri IV rita. Veterum Script, qui, etc., p. 188.) De

son côté, Grégoire était en butte à des accusations analogues ; nous lisons en elTet qu'en 1080, le jour de la Pentecôte, une assemblée de la noblesse et du clergé, réunie à Mayencc par les partisans de Cadolaus et de Guibert de Ravenne. déclarait : Gregorium Magnum e^$e et impostorenif hcBreticum, homicidam, F0RN1CAR113M, et pronon<:ait sa déposition. (Hug. Favin., Chron., p. 335. Ubb. X, p. 389.) Dante ne manquait donc pas de sources où puiser l'allusion sanglante que nous signalons Ici et dont on a vu qpe la première idée lui fut vralsemblabiement fournie par Pierre Damien. Si donc Mathilde est comp«irée par le poète à la compagne inf< malc de Pluton, c'est avec l'intention de nons signaler dans le démon qui a proclamé Satan aleppe ou le pape roi, celui qui , le premier, proclama et fonda la double suprématie pontificale, à savoir le grand pape Grégoire VII. C'est une surprise qu'il a voulu ménager jusqu'ici, et nous avons dû faire comme lui. Aussi bien eussions-nous déclaré plus tôt le nom de ce terrible démon , qu'on se serait refusé à nous croire. 11 faut donc reconnaître, à cette heure, dans la fiera crudele , dans le maledeito lupo, à Venfiata làbbia, qui parait un signalement, comme la gran bocea et la barbe touffue d'innocent III ; dans celui dont il est dit : Quelque redoutable que soit sa puissance , che poder ch* eglx abbia , le grand pontife Hildebrand, que l'I^glise révère sous le nom de Grégoire Vil.

Elle s*en vint si près pour exaucer mes vœux , Que rien ne m'échappait de ses accents célestes Qui , paroles et chant, m'arrivaient gracieux *•. Non je ne puis penser qu'une telle lumière Ait jamais de Vénus inondant la paupière Jailli de son regard, quand d'un trait acéré, En jouant , la blessa son fils , contre son gré ".

Elle me souriait, debout sur l'autre rive, En mariant les fleurs qui, sans qu'on les cultive Ou qu'on les sème, en foule ornent ces hauts sommets ". Trois pas, en ce moment, nous séparaient à peine; Mais l'Hellespont, aux lieux où le passa Xerxès, Dont reste en frein l'exemple à la superbe humaine , Dans Léandre ne put exciter plus de haine , D'Abydos lorsqu'en hâte il nageait vers Sestos, Que cette onde en mon sein , pour n'ouvrir pas ses flots ".

Dans ce séjour élu , commença-t-elle à dire ,

10. Et de plus intention secrèUi cachée dans ces paroles, que prudemment il ne reproduit pas : Il doke suono veniva a me co* suoi intendimenti. M. Fiorenllno, qui est musicien, traduit « avec tous ses détails. >

11. C'est que le feu de TÂmour sectaire, aux rayons duquel se chauffe Mathilde, brûle dans son cceur et éclate dans ses regards, malgré son travestissement en Proserpine pontificale. Vénus Pandemos laisse échapper des rayons qui trahissent Vénus Uranie, et c'est celles ci qui foule aux pieds les fleurs de lis rouges de Florence et les fleurs de lis d'or de la France, vermigli c gialli fiaretti. Il n'est pas besoin d'expliquer comment VAmour, dérivé de Vénus Uranie ou de Marie, se garderait bien de percer le sein de sa mère , ce qui serait fuor di tutto suo coshime.

12. Avec la meilleure volonté d'être Adèle traducteur, nous ne saurions rendre traendo color con le sue mani, par : cueillant des couleurs avec ses mains ; c'est pourtant là ce que dit Dante. Nous notons seulement l'expression , afin qu'on soit en garde contre les couleurs de Mathilde.

13. Il n'est pas besoin de dire que ce qui attirait si puissamment Dante vers celte belle personne, toute Uggiadria, ce n'était pas son costume de Mathilde ou de Proserpine, mais bien ce feu de l'Amour qui brillait dans ses yeux comme le fanal sur la tour de Sestos. C'est le plus souvent par trois pas ^ue procèdent les Maçons, mais il n'y avait pas même cette distance de Mathilde à Dante; elle n'était que de Tépaisseur de son co&tuine de théâtre.

MO

LE PURGATOIRB.

OÙ la nature humaine eut son berceau jadis 'S Tous trois nouveaux venus , peut-être mon sourire Vous trouve défiants à la fois et surpris **, Mais le psaume qui dit Dekclnsti, peut faire Que l'ombre se dissipe et vous édifier, A votre intelligence en donnant la lumière ^'^.

Toi qui te tiens devant et viens de me prier De m'approcher du bord , dis s'il est quelque chose Que tu veuilles savoir, interroge, propose; Je vins à toi, sur tout prête à te contenter.

Cette eau, dis-je *% et ce bruit que la forêt dégage **, Viennent contrarier ce qu'une bouche sage

14. Et non pas la nature brute, à la dilTêrence de l'Ëden de la Bible.

15. Ce qu'U y a d'étonnant, c'est que Mathilde admette la possibilité qu'on s'étonne et qu'on éprouve même un sentiment de défiance en voyant une femme sourire, dans un lieu de délices comme le Paradis terrestre. Mais Mathilde a conscience do sa nature mixte, de l'ombrage que doit porter son accoutrement orthodoxe , et du rôle singulier qu'elle est appelée à Jouer sur cette ■cène, >dont la décoration est toute catholique. Elle comprend donc ce qui peut se passer dans l'esprit des nouveaux venus en la voyant si joyeuse, et elle se hàle de les rassurer.

16. Reportons-nous donc à ce Psaume xci t Delectasti me, Domine, in factura tua. Nous y lisons que l'homme grossier, vir hruttu (celui qui n'obéit pas à la raison), ne comprend pas les œuvres du Seigneur, et que l'Insensé n'en a point l'intelligence; d'où nous. devons conclure que Mathilde n'est ni brute ni folle, et qu'elle a la raison pour guide, malgré ses égards apparents pour

l'autorité. Ce n'est pas tout, ]e verset 8 nous dit : « Quand les pervers ' pullulent comme l'herbe et que prospèrent ceux qui trempent ^ans nhiquité, viendra le moment où ils seront perdus pour réternité, » et au vereet 10 : « Voici, Seigneur, que tes ennemis vont périr, voici que seront dissipés les complices de 11niquité. » 12 : « Le juste fleurira comme le palmier et il se multipliera comme le cèdre du Liban, «là:

■ Pour annoncer que le Seigneur (Empereur), notre Dieu, est plein d'équité, et qu'il n'y a point dlnjustice en 1 lit. » Nous comprenons alors fort bien le rire de Mathilde, et nous reconnaissons que l'étrange citation du Psaume Delectasti dut édifier complètement Dante, qui, très-versé dans les saintes Écritures, était à même de le commenter pour Virgile et Stace. Mais , dans l'acception orthodoxe, en quoi ce Psaume pou* vait-il les éclairer, render luce?,

17. La doctrine, qui n'eat pas eu rapport avec le costume et le nom de la dame.

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