‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 144 sur 155 · L'enseignement étant secret · texte numérisé non relu

L'enseignement étant secret

il est tout simple que ses fruits se manifestent à l'improvlste, où on les attend le moins, sensa semé palese, attendu que ceux qui le semaient avalent grand soin de s'entourer de mystère.

25. La doctrine secrète, ce dolc* porno dont II est si souvent question.

CHAÎNT XXVIII. 553

Au moyen de vapeurs que le froid condensa ,

Comme un fleuve où l'eau s'enfle ou décroît arrêtée;

Mais d'une source stable et sûre elle provient ,

Et le vouloir de Dieu constamment entrelient

En deux canaux distincts le tribut qu'elle épanche ".

Celui de qui la soif dans ce courant s'étanche ,

Du péché perd soudain souvenir ; le lui rend

L'autre , aussitôt, du bien qu'il fit, petit ou grand.

Tu vois là le Léthé, c'est ainsi qu'on l'appelle;

L'autre, c'est l'Ëunoë; son onde pure et belle

A travers le gazon coule de ce côté.

Elle n'opère point qu'aux deux on n'ait goûté " ;

Auprès de sa saveur toute autre semble amère.

Or, bien qu'assurément ton désir curieux

Puisse être satisfait, sans qu'il soit nécessaire

D'ajouter rien de plus à ce sujet, je veux

Te faire la faveur de joindre un corollaire

A ce que je t'ai dit, et crois ne te déplaire

En allant au delà de ce que j'ai promis.

Ceux qui, fils de la lyre, en doctes vers jadis Chantèrent l'âge d'or, si prompt à disparaître , Ont sur le double mont rêvé ces lieux peut-être. Fut innocente ici la souche des humains;

SG.L'eDseigoement sectaire ne dé- manière inaltérable. De là» dans le rive pas de la terre et n'a rien de style mystique de Tépoque, le miscommun avec ces doctrines gros- seau d'oubli, ou Léthé, et celui de sièrcs réduites en corps de doctrine mémoire, de nmémosyne, ou Eunoé. sons l'influence glaciale du catholi- De là dans tous les romans des dlcisme. 11 remonte à la gnosis, à la vers cycles , cette multitude de tradition, à Dieu même. Cet ensei- sources, de fontaines aux effetB gnement est double, car il consiste, divers et souvent opposés, en premier, à effacer de l'esprit du 27. Attendu que si l'on buvait de néophyte les erreurs dont il a été l'eau de mémoire sans avoir répudié imbu, à y détruire, jusqu'à complet entièrement le passé, le souvenir des oubil,les mauvaises impressions qu'il erreurs enseignées par TÉglise caa subies; puisa Taire briller à ses tholique viendrait se mêler aux véyeux la vérité en placede l'erreur, à rites manifestées par l'église secla graver dans sa mémoire d'une taire et en obscurcirait l'éclat.

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LE PUHGATOIHP;.

Lu printemps éi6i*nel y sourit à la ronde,

Les fruits les plus exquis croissent k pleines mains,

Et le nectar vanté n'est autre que cette onde '\

Alors me retournant vers mes sages amis , Je pus voir qu'ils avaient accueilli d'un souris Cette conclusion et, la joie en mon âme, Je reportai mes yeux sur cette belle dame ".

28. Admettez que celle quî poile la parole soit réellement la très-catholique comtesse Bfathilde, personnification de la vie active chrétienne, il se trouvera que l'idée de religions comparées, le rapprochement entre i'Eden chrétien et l'âge d'or païen , se produira subrepticement, à l'aide d'un peut-être, par la bouche de ce prototype du dévouement à r Église.

29. Les deux initiations païenne et albigeoise, représentées par Virgile et Stace, ne pouvaient se méprendre à l'intention de ce malicieux corollaire, réduisant le Paradis terrestre à une pure Action allégorique, ex œquo avec le règne de Saturne et les rêves des mythologues. Comment les initiés anciens et modernes n'auraient-ils pas souri ironiquement à cet étalage d'orthodoxie fre-

latée, en le voyant accepté de con fiance comme la plus haute eipression de l'idée cathûlique au moyen âge ? Comment tenir son sérieux à cette grande mystification ?

Mais non, ne croyei rien de tout cela, unies honnêtes, vous êtes sous l'influence d'un horrible cauchemar.

C'est un parti pria de dénigrement, une affaire de système; ce commentaire en entier n'a été écrit que pour jouer un mauvais tour à ce digne Florentin, qui ne pouvait manquer, un Jour ou l'autre, d'être béatifié avec sa Béatrice, comme l'on des membres leji plus zélés de r Église militante, comme l'un de ses plus grands docteurs. Espères encore que vous vous réveillerez, agréablement surpris, au milieu des splendeurs inelfabies du Paradis. Je vous le souhaite, mais j'en doute fort

En cessant de parler, doucement inspirée , Gomme une femme au cœur aimant, elle cbanta : 0 Beati quorum tecta suni peccata ^ 1 Et comme dans les bois , seules, ou dans la prée, Les Nymphes s'en allaient, les unes pour jouir Des rayons du soleil, les autres pour les fuir ' ; Contre le cours de Tonde, en longeant le rivage, Se dirigea sa marche , et je ne manquai pas De suivre, en cheminant comme elle à petits pas ^

1. Corne dona inamorataf c'està-dire comme uo Ûdèle d'Amour des hauts grades ^ ^non comme madonna Pieta, En elTet, la dévotQ Guelfe, la grande comtesse Mathilde se met à chanter le Psaume xxxi , relatif à VinteUigence, Psaume pa^ raphrasé par Dante qui n'a pas manqué d'en faire un cantique gibelin sectaire. 11 s'y accuse en effet d'avoir eu devant les yeux le voile de l'ignorance, d'avoif craint le froid, d'avoir vieilli et crié avec les sots, mais le voile est tombé, et il a confessé son iniquité guelfe, ce qu'il fera de même devant Béatrice ; aussi Dieu lui a-t-il pardonné, et au jour du Jugement, dont il n'est pas question dans le Psaume, tous les saints intercéderont pour lui (scène d'intercession qui se produira bientôt).

En attendant le Seigneur lui recom-

mande de ne pas se ravaler au rang du cheval et du mulet, hrutes dénuées d'intelligence, etc. Des songes ont annoncé l'intervention de Lucie et de Mathilde, un Psaume nous prépare à la scène du Jugement où Béatrice va Jouer le rôle du Seigneur, du Christ impérial, réunissant les deux pouvoirs temporel et spirituel. En effet, c'est elle que nous verrons apparaître immédiatement.

2. Les ténèbres sauvages, sehatiche ombre, ont heau s'étendre, les nymphes albigeoises savent choisir le moment pour leurs excnrslons et se glisser lestement à la faveur de l'ombre ou ao montrer au grand jour lorsqu'il n'est pas d'yeux indiscrets pour les épier.

â. La fausse Mathilde remonte le fleuve d'oubli où s'ensevelit le passé et se dirige vers l'avenir.

LE PlRGATOlRE.

Peut-être en avions-nous fait cent, pas davantage , Quand les bords du ruisseau tous deux se repliant , Je me trouvai marclier la face à TOrient *, Nous n'avions pas fait mOuie ainsi bien longue route. Quand la dame vers moi se tourne en souriant Et dit : — Regarde, frère ; en même temps écoute *.

Au même instant , Toilà que d'un subit éclat Partout de la forêt brilla ia voûte ombreuse ; J'aurais pu supposer même qu'il éclairât, Si la vive lueur, loin qu'elle s'éclipsât. N'eût duré , rayonnant toujours plus lumineuse •. Surpris, je me disais : — Que vois-je ? — Et par les airs De lumière imprégnés couraient de doux concerts \ Eve parut alors bien coupable à mon zèle. Elle qui , simple femme , en ce monde nouvelle. Quand tout obéissait , et la terre et les cieux , Fut seule à n'endurer nul voile ofiicieux ! En eût-elle gardé, pleine d'obéissance, J'aurais eu bien plus tôt à jouir dans ces lieux , Et pour bien plus longtemps, de ce bonheur immense '.

t. Toujours rOrienl, ce foyer de la lumière qui éclairera Favenlr.

5. Regarde, afin d'aB8l8ter au commentaire en action du Psaume Beati quorum iecta sunt peccata.

6. La lumière de la doctrine sectaire, émanée de l'Orient n'est pas de celles qui n'ont que la durée de l'éclair, elle est persistante et resplendit de plus en plus.

7. Des mélodies dans le genre des Psaumes de la pénitence paraphrasés par Dante. 0 comédie !

8. 11 n'y a pas à s'y tromper, ce bon zèle, huon jse/o, qui lui fait réprouver l'audace d'Eve, n'est qu'hypocrisie, et la preuve en est dans le Psaume qu'il a fait chanter à Ma-

thiide, où 11 s'applaudit d'être < du bandeau de l'Ignorance , relo deW ignoranaa , relo otcuro. Etktendez au surplus que si l'église florentine , l'Eve de Dante Adam , qu'il venait de former, testé formata, n'avait pas prêté stupidement l'oreille à Satan Aleppe et reçu de lui des enseignements en opposition avec la parole de Dieu ; que si elle n'eût pas montré colle poppe il petto, en levant les voiles qui la couvraient, non sofferse distarsotto alcun vélo , il jouirait pour longtemps du Paradis sur la terre ; et celte Rome, qui s'est prostituée au tentateur, arborerait triomphante la bannière impériale au milieu du jardin italique.

K ces pensers livré tandis que m'en allant. De réternel bonheur je goûtais les prémices, Non sans désirer plus de joie et de délices % L'air, sous les verts rameaux, partout étincelant, Parut comme embrasé des feux d'un incendie, Et d'un chant, vague encor, j'ouïs la mélodie.

Vierges saintes, pour vous si j'ai jamais souffert L'insomnie et la faim et le froid de l'hiver *^ D'en réclamer le prix cet instant me convie. Que me verse Hélicon ses flots inspirateurs , Et que m'aide Uranie, avec ses chastes sœurs , Lorsque je tente en vers de rendre des pensées \vec tant de labeur par l'esprit embrassées ".

Devant nous me semblait, l'éloignement encor Abusant mon regard, voir sept beaux arbres d'or. Quand je fus assez près pour qu'à moindre distance Vînt la réalité remplacer l'apparence, Se dissipa l'erreur, et cette faculté Qui guide la raison , prudente conseillère, Me dit que devant moi s'offraient en vérité Sept candélabres tout ruisselants de lumiiM-e " ;

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