Car enfin ce n'était encore qu'on brmheur en expectative
10. Ce froid mortel aux oiseaux, chantres de l'Amour {voy, la Canz.
lo ton venuto al punto dellaruota\ ce froid qu'il s'accuse d'avoir redouté, dans sa paraphrase du Psaume XXXI : Beati quorum tecta sunt peccata, celui-là même que Mathllde vient de chanter en entier, et où il dit : lo arendo inansi agit occhi il relo deW ignoransa, ho fatto corne quel che texe il gelo, bien que le texte ne porte rien de semblable.
1 1 . Ce n'est ni à la Vierge ni aux Saints que le poète catholique a rerourft au moment d'aborder les plus
hauts mystères de la fol chrétienne, c'est aux muses païennes, si habiles, comme nous savons, h revêtir du voile de la fiction les vérités dont la manifestation était dangereuse, forti cose a pensare.
12. Nous laisserons croire aux gens de foi robuste que ces sept chandeliers d'or sont les sept dons de l'Esprit saint ou les sept sacrements ; mais il se pourrait bien que des incrédules vissent dans les sept arbres de science, transformés en sept candélabres, les sept enseignements, ou sept arts, comme on les appelait, à l'aide desquels la lumière était dispensée progressivement dans chacun des sept grades sectaires. Du
LE PURGATOIRE
Et j'ouïs Hoêmiîw ! mille Mh l'^pété.
La lueur des flambeaux resplendissait, plus claire
Que la lune à minuit , quand , par un ciel serein ,
Son disque glorieux rayonne dans son plein ".
A ce spectacle» dmu d'une surprise cxti'ôrae.
Je regardai Virgile , et , du regard , lui-même
Me répondit, montrant non moins d'ëtonnement**.
Se reprirent mes yeux plus attentivement A contempler vers nous la marche solennelle De ces sublimes feux , venant si lentement Que plus vite est le pas d'une épouse nouvelle ".
La dame me cria : — Sur ces vives clartés Pourquoi tenir tes yeux tellement arrêtés Que tu n'aperçois pas ce qui vient à leur suite ?
Fit je vis s'avancer, comme sous leur conduite , Des gens de blanc vêtus, costume virginal, Pour la pure blancheur sur terre sans égal ".
reste , le chant d'Ifoianna n'est là que pour leur donner le vernis catholique.
13. Il nVst pas douteux que, pour Dantejes lumières sectaires dévoient l'emporter en éclat sur toutes les splendeurs qui entournieni,au milieu de ses ténèbres, la triple Hécate ponliflcalc è son apogée. S'il n'en était pas ainsi, pourquoi comparer précisément à la lune l'éciat de ces flambeaux symboliques, dans un moment où le soleil est sur l'hortïon?
14. Rien de plus étonnant , en effet , que de voir les symboles catholiques empruntés à l'Apocalypse figurer, avec une signiflcalion sectaire, dans une représenta lion gnostlque.
15. L'instruction sectaire procédait avec lenteur, à raison des obstacles qu'elle rencontrait et des précautions dont il était nécessaire de
l'entourer. Nous verrons bientôt la doctrine elle-même saluée do nom d'épouse lorsqu'on fui ' chantera :
Vent, spon%a de Libano,
16. L'habit des Templiers était blanc, et c'est eux que le poêle entend désigner ici. Cette pure blancheur avec laquelle rien ne saurait rivaliser, au dire du poète , est une protestation en faveur de leur innocence, au moins sous le rapport des déportements dont ils Kirent accuses, car c'est dans ce sens qu'il emploie le mot eandor. Remarquez que ces mots : Corne a lor duci, qui scmljlent signifier, que ces personnages, vêtus de blanc , sont guidés par les brillants fanaux, peuvent s'entendre tout aussi bien dans ce sens qu'ils sont les chefs, les guides de la procession qui les suit; et telle était certainement la pensée du poète, voulant signaler ainsi la haute direi-lion imprimée à la secte par
CtlANT IXIX.
Les ondes, à ma gauche, étaient étincélantes , Et lorsque j'y jetais les yeux , je pouvais Voir Mon flanc s'y refléter comme dans un miroir *^
xMe rapprochant du bord , où des clartés brillantes Le lit seul du ruisseau venait me séparer^ Je ralentis mon pas^ pour mieux considérer. En avant cheminaient ces lumières sacrées, Comme des étendarls aux brises s^éployant, Et derrière laissaient Tair teint et chatoyant ••. Leur sillon y formait sept bandes séparéeâ Dont il restait empreint, de même colorées Que Tare dont le soleil nuance le contour, Et qu'arrondit Délie en ceinture à son tour *'.
De ces ardents pennons la lumineuse trace Dépassait de beaucoup ce que la vue embrasse •% Et de dix pas , selon qu'en jugèrent mes yeux , Était l'éloignement qui s'observait entre eux". Sous ce radieux ciel aux ruisselantes flammes
l*Ordre du Temple, éclairé lui-même par les splendeurs de la doctrine occuKe.
17. C'est à sa gauche, du mauvais côté, quil v<yit se refléter son passé gaelfe, ktmiasinistra cosla, destiné à rester englouti dans l'eau d'oubli, dn moment où son esprit a été illuminé de clartés surnaturelles ; autrement à quoi bon pareil détail?
18. C'étaient les bannières du progrès; elles ne pouvaient donc aller qu'en avant, et partout sur leur passage les sept artâ du Trivium et du Quadrivtum sectaire laissaient leurs traces lumineuses en ralliant , comme autant de drapeaux , de nombreux adeptes.
19. Partout sur son pnssagc la doctrine secrète laissait des traces durables et continuait h se propager par les initiés des dillérenls grades ;
or, on peut voir dans tous les écrits maçonniques qn'une couleur partlcnlière est affectée à chacun de ces grades. Remarquer que Delie-Ronle avait aussi son Trivium et son (Niodrivium.
20. Elle s'étendait à perte de vue, et, en effet, l'hérésie avait fait à cette époque d'immenses progrès, « mettant l'Italie en feu et la chrétienté en péril, » dit Ozanam. {Voir p. Cet suiv. des RévéL^ Raynald, Ann, eccl de 1294 h 1312. Wadding, annales, 1297. ■
31 . Les rituels maçonniques indiquent minutieusement le nombre des pas que le récipiendaire doit faire lors de sa réception A chaque nouveau grade. Le maitre, qui avait à cœur la reconstruction du Temple, n'omet aucun détail.
LK PURGATOIRE
Mnjçt-quatre beaux vieillards s'avançaient, deux à deux'^
Et, couronnés de lis, d'un air grave et pieut.
Tous chantaient : — Sois bénie entre toutes les femmes
De la race d'Adam ; que dans l'éternité
Soient bénis tes attraits et ta pure beauté " !
Sur les gazons fleuris de l'autre rive en face , Lorsque furent passés ces élus de la grâce , Comme vont se suivant les célestes flambeaux, A leur suite je vis venir quatre animaux, Chacun d'eux couronné d'un verdoyant feuillage, De six ailes muni , dont partout le plumage Était parsemé d'yeux; tels seraient ceux d'Ai'gus, S'il vivait, car jamais ils ne brillèrent plus ".
Je ne veux point ici m'étendre davantage , Lecteur, pour retracer leurs attributs divers, Car j'ai tant de dépense à faire encor de vers
22. l^ vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse représentant , selon saint Jérùme. les vingt-quatre livres de l'Ancien Testament, explication que Dante n'admettait certainement pas plus que les Bonshommes du Concile de Loml>er8 (roy. ch. x\ii, note 20). Chacun sait que, de tout temps, Thérésic a professé un profond respect pour ce livre mystique, à la condition de l'Interpréter à sa guise, et qu'il a été pour elle un texte inépuisable.
23. Ces bénédictions des vieillards, couronnés de lis blancs et non rouges f bien entendu , s'adressent à l'église sectaire , désignée sous le nom de Marie, et è sa doctrine, personnifiée dans Béatrice , qui va faire son apparition triomphante au milieu de ce cortège symbolique. Les ftlles d'Adam sont les dignitaires de la secte si souvent appelés donne par les fidèles d'Amour, ce sont les membres restés fidèles de l'église
florentine, ceux que Dante-Adam avait ('x>nvertis h la fol sectaire et à l'Amour de Béatrice, dont il était \f père spirituel.
2i. Les quatre Évangélisies, sous la figure symbolique du lion, du iMKuf, de l'homme et de l'aigle [Apncalypse^ iv, 7 et 8). L'Offtmo les appelle la seconda cavalleria del H eh.
Qu'on ne s'y trompe pas , au surplus, il s'agit Ici des Évangiles tels que les gnostiqoes - manichéens les avaient retouchés et interpoles; c'est ce qu'a pour but de donner à entendre l'étrange comparaison empruntée à Argus , afin de reporter la pensée sur rÉgypte et sur la mystérieuse Isis, dont le prochain triomphe est indiqué par les couronnes de vert feuillage. C'est presque toujours à l'aide de rapprochements mythologiques que le po^e révèle son intention secrète. Or, I sis-Béatrice n'est pas loin.
Que, loin d'être prodigue, il ine faut me restreindre". Mais , lis Ézéchiel , qui sut nous les dépeindre Comme il les vit jadis, venant de l'Aquilon, Avec nuages, feux et vents en tourbillon. Tels tu les trouveras , en son livre sincère , Qu'ils s'offraient là. Dit bien quatre ailes sa leçon ; Mais j'ai pour moi saint Jean avec lui qui diffère ".
Un beau char de triomphe entre eux quatre venait; Sur une double roue un griffon le traînait. Ses deux ailes dans l'air s'éployaient toutes grandes. L'une à droite laissant trois des splendides bandes , Etl'autre à gauche trois ; la septième au milieu ; Le saint plumage ainsi , dont libre était le jeu , Sans les endommager se mouvait dans l'espace ; Si haut il s'élevait que l'œil perdait sa trace ".
:25. Et puis trop parler nuit , mieux vaut glisser sur certains sujets et se faire comprendre à demi mol.
26. Cette façon toute voltairicnne d'opposer saint Jean {Apoc.f i\, 8) à Ezéchiel ( i , 6) , et de les mettre ainsi en contradiction , en donnant, bien entendu , la préférence à saint Jean, puisque les Albigeois rejetaient la Bible, a pour but de signaler une différence notable entre les Évangiles, selon la leçon de l'Église romaine, ou les quatre chérubins d'Ezéchiel et les Évangiles, selon l'hérésie, ligures par les quatre animaux de V Apocalypse. En effet, les premiers venaient de l'Aquilon, comme les Croisés de Montfort, qui appartenaient au parti du froid, dalla parte fredda , et apportaient avec eux les fléaux dévastateurs, la tempête et le feu dévorant; tandis que nous voyons ceux-ci, d'un caractère tout pacifique , venir de roRiEST , du côté de la chaleur et de la lumière, au milieu des chants
pieux des plus saints personnages, dans un séjour béni du Ciel. Trouvet-on qu'il y ait là assez d'habilclc, et la combinaison des images n'estelle pas palpable?
27. Nous avons là toute une théorie constitutionnelle de la secte. Le char de triomphe est la ligure du trône Impérial, dont l'hérésie faisait son Saint-Siège , son Carocclo. U roule sur deux roues, la loi divine et la loi humaine. Le griffon qui y est attelé, animal à la double nature , animal binato, tenant de l'aigle et du lion, du ciel et de la terre, sym boilse les deux pouvoirs, spirituel et temporel, dont le timon de' l'État reçoit la direction ^t l'impulsion.
Ses deux ailes sont ces deux pouvoirs en action, échappant à la vue par leur sublimité même, et se mouvant dans certaines limites, indiquées par ces traces de lumière que la doctrine, concentrée dans les sept arts et les sept grades, a répandues sur son passage. Ain!>i contenu et éclairé tout à la fois, ce double pou-
LE PURGATOIRE
Ses lueiiibres étaient d'or comme oiseau ; se iiiélail A la pure blancheur que le reste étalait
voir ne lai^Boit redouter ni niipiêieiiients ni inau>^ d'aucune espèce, a nul la, fendendo, f'^cea maie. 11 a fallu touti'aveuglementdes commentaleurspouravoirimputé une véritable profanation à celui dont ils exaltaient le catliolicisnie, en lui prêtant l'intention <ie symboliser dans l'animai binato les deux natures de Jésus-Christ.
Ceux qui ont lu l'Arloi^le peuvent se rappeler, dans son poème, deux chevaliers , frères Jumeaux , l'un appelé Aquilant le Blanc, et l'autre GrifTon le Noir; eh ! bien, G*eBt là l'anima/ binnto, en deux volumes, sous son double aspect : l'nn, clal r ou blanc, dans son essence Impériale et céleste, comme rci(/i«7a, pourles adeptes; l'autre, noir ou obscur, pour les profanes, sous son apparence terrestre et ponUf\cale.
Lorsque Astqiphe, le chevalier du Léopard, le représentant de l'Angleterre dissidente , a tué Caligorant (de Caligo, voy. le ch. xvn). géant signalé comme prenant dans son filet invisible , en se moquant d'eux, ton gran rita , hommes . femmes, enfants, dont la chair et le sang font sa pâture, qui trouve-t-ll aux prises avec Orrile, Vinfàme de Voltaire, dont l'existence ne tient qu'à un cheveu ? Précisément Aquilant et Griffon asisstés de deux dames, l'une blanche et l'autre noire , les due donne in cima délia menle mia.
Puis, quelle est la monture à Tuide de laquelle accomplit tant de merveilles le paladin anglais? L'hyppogrilTe, animal binaio , enlevé au vieux magicien Allant, ou mieux, Atlas, l'homme montagne, l'homme pierre de Pétrarque, dans son poème de l'Afrique, dont la partie centrale a été supprimée ; par qui ? Or, ce
\ieii enchanteur est aruic d'un boucher fascinnteur qui stupéOe ceux dont il frappe les yeux, il retient captifs , après les avoir endormis , princes et guerriers; nouveau Chiron, l) a été, comme lanoceot 111 pour Frédéric II, le tuteur de Roger, l'Achille normand-sicilien , élu roi des Bulgares ou des Paulicleos albigeois. Tout cela eat-il donc si difilcile à comprendre el ne verrnt-on pas que rhyppogrlCte el le griffon sont deux figures d'une même idée ?
Les biographes de l'Arloste nous disent, non certes tana ralsoD, qu'il avait beaucoup étudié les romans de chevalerie ; ainsi avait fait le Tasse, qui les comprenait non moins bien et chargeait de notes manuscrites la ComMie, qui pour lui n'avait pas d'obscurité. Or, vous pouvez être certains que ceux dans lesquels l'auteur du Roland trouva rhyppogrilTe et les deux frères jumeaux , le noir et le blanc , n'ont pas été composés originairement par les trouvères du Nord, mais bien, comme tous ceux du cycle de Saint -Graal et tant d'autres, par les troubadours de la langue d'oc, dont les ouvrages, systématiquement détruits, ne sont parvenus jusqu'à nous qu'en très-petite partie, et plus ou moins travestis par leurs imitateurs du Nord. Vous pouvei être certains surtout que Dante et l'Arioste, comme aussi le Tasse, ont été Inspirés par la même pensée d'opposition, et que les éléments si disparates qui ont fourni à l'auteur du Roland furieux, cette trame variée à i'inûni dont on admire la richesse, ont été puisés, d'une part dans In Comédie, de l'autre dans les romans albigeois , dont le Morgante maggiore n'est que la charge.
Uoe trace empourprée ^\ A. Rome, Auguste même Ou le grand Scipion ne montèrent jamais Sur un char qui brillAt de cet éclat suprême, Et celui du soleil serait chétif auprès ; Ce char qui , fourvoyé, fut frappé du tonnerre , Lorsque , touché des vœux et des maux de la terre , Jupiter fit justice en son penser profond ". Près du moyeu de droite allaient dansant en rond Trois dames, Tune rouge, à tel point que la vue Dans un ardent brasier l'eût à peine aperçue ; La seconde était verte et tout son corps semblait , Os et chair, d'éiiieraude au limpide reflet ; Blanche était l'autre autant que neige qui s'épanche : Leur danse était tantôt conduite par la blanche Et tantôt par la rouge , et c'était en chantant Celle-ci qui réglait leur pas ,' rapide ou lent *•,
Quatre autres, vers la gauche, à leur fête assidues, Dansaient également et, de pourpre vôtues, D*uue d'elles suivaient le mode harmonieux ; Celle-là, toute seule, en tête avait trois yeux".
28. Allusion à la couronne ci au sceptre d'or, symboles de la puissance impériale dérivant du droit diyin. cl au costume des Templiers, qui portaient la croix rouge surleur habit blanc. ,
29. C'était bien le moins que ip * cbar d'Auguste vint rappeler qu'il
s'agit ici du char de l'Empire, et celui de Phaéton faire espérer à la terre dévote, alla terra devota, que le Saint-Siège, fourvoyé comme lui dnns sa voie, sviande, serait un Jour foudroyé à son tour par ce Dieu dont la justice se dérobe aux regards humains, Giove areanamentc yiusto.