‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 146 sur 155 · Les trois vertus théologales, à · texte numérisé non relu

Les trois vertus théologales, à

savoir, la Charité, rouge, Ti'^pérance, verte, la Foi, blanche, jouent un rôle important dans les cérémonies maçonniques, où les mêmes couleurs leur sont affectées. C'est la Charité ou l'Amour qui de sa douce voix règle^ les mouvements des deux autres.

3J. Les quatre vertus philosophiques ou cardinales, que l'Ottimo appelle politiques et parmi lesquelles, nous l'avons vu , Dante introduit la Libéralité et l'Affabilité en place de la Force et de la Tempérance (ch. i, note 0), en tant que cardinales, vêtues de pourpre comme les princes de l'Église, et guidées par la Prudence, qui observe n la fois le présent, le passé et l'avenir.

LK l'UlUiATOlUK.

Après ce groupe saint, où rallégressc éclale, inaperçus deux vieillc^rds au différent habit, Mais tous deux à Tair calme, où la foi resplendit. L'un semblait un suivant de ce grand Ilippocratc Que donna la Nature à ceux qu'elle chérit ; En l'autre apparaissait un penchant tout contraire , A l'ëpée en sa main qui brillait nue et claire , Au point qu'à l'autre bord j'en frémis de frayeur". Puis j'en vis venir quatre, humbles avec candeur. Et , de tous le dernier, un vieillard solitaire Marchant seul , endormi, le front pâle et rêveur ", Des mêmes blancs habits de la première bande

32. Saint Luc, médecin, personnifiant les Actes des Apôtres qu'il écrivit, et saint Paul, homme de guerre, le livre de ses Épitres. Si Dante feint de trembler à la vue de ce dernier, c*est pour reporter la pensée sur le régime de terreur adopté par TÉglisequi, loin de s'appliquer, comme le médecin, à guérir les plaies de Tàmc et du corps, mostrava contraria cura, et s'armait de l'épée meurtrière, lucida e acuia, contre ceux qu'elle aurait dû, selon lui, s'efforcer de ramener par la mansuétude et par un régime éclairé. Mais J'avoue que Je suis en grande déflance de ce sommo Ippocrale che Natura fe ; car J'ai bien le droit de tenir pour suspect tout ce dont se mêle la Nature, qui pourrait bien avoir aidé quelque peu à la lettre dans les écrits de saint Luc.

3*3. Ces quatre personnages glissés là, à la (lu du cortège, à la faveur de leur humble apparcoce, m umile paruta, no sauraient être, à coup sûr. quoi qu'en disent les commentateurs, ni les quatre grands prophètes, Isaïe, Jérémie, Ëzéchlel et Daniel, ni les grands docteurs de

l'Église, saint Grégoire, aaini Augustin, saint Ambroise et saint Jérôme, auxquels s'appliquerait assec mal cette extrême humilité, et encore moins les lettres canoniques.

Nous y reconnaîtrions bien plutôt les évangiles apocryphes, rejetés par l'Église et non moins chers i Thérésie que l'Apocalypse elle-même, personnifiée ici dans le sollisire de Pathmos. Comment en douter lorsque Dante a pris soin de les placer entre trois Évani;iUiâtes, saint Luc et saint Paul en tête, puis saint Jean qui ferme le cortège? Ainsi saint Jean, le patron des Templiers et des loges maçonniques, celui que l'Ariosto nous montre restituant son bon sens égaré dans la lune à Roland, le sénateur romain, devenu fou d*amour pour Angélique, reine du Cathai ou des Cathares, saint Jean, qui nous est déjà apparu sous la figure de Lucie et sous celie de r Aigle , termine ici cette procession symbolique, pour indiquer que l'Amour, dont ii est l'apôtre , en est Yalpha et Voméga. On voit , qu'au demeurant, ce saint Jean, à ia faccia arguta, est très-peu catholique.

Ces sept allaient vêtus ** ; mais sur leur chef sacré

brillaient, au lieu de lis se courbant en guirlande,

Des roses et des fleurs au calice empourpre.

A les voir de plus loin , cérte on aurait juré

Que tous portaient au front une ardente couronne**.

Lorsqu'en face de moi le char fut pai-venu , J*ouïs un coup de foudre , et la sainte colonne, Comme si d'avancer il lui fût défendu , Au même instant fit halte, ainsi que ces bannières Aux flottantes clartés qui marchaient les premières ".

34. Selon la leUre, habillés de 'blanc comme les Templiers, aux

croyances politiques et religieuses desquels toute cette procession rie livres animés se trouverait ainsi ramenée, par Funiformité du costume ; mais, selon Tesprit, étant en relations, en rapports intimes de foi politique et religieuse avec la miU^ des Templiers , marchant en tête , col primaio stuolo; Yoilà qui est catégociquc; en elTet, qui jamais a écrit abituato, pour hal)illé? MiM. de la Crusca, qui citent Dante, l'emploieraient-ils dans ce sens?

35. Symbole du martyre, par allusion au bûcher des Templiers et aux massacres albigeois.

3G. Le coup de tonnerre qui se fait entendre dans celte région où la pluie, le vent et les orages sont

des phénomènes inconnus, signiQe évidemment un événement funeste venant arrêter les progrès de la secte. Gomme indice d'une intervention suprême il révèle toute importance attachée par le poète ù cette manifestation apocalyptique qui est le grand nœud de sa Comédie. L'ordre du Ciel même règle les mouvements de ce cortège symbolique au milieu duquel va se montrer, agir et parier, conformément h son double caractère, politique et religieux, r héroïne du poème, la pensée- verbe de celui qui, dans la Vie nouvelle, est appelé « le glorieux Sire qui ne se refuse pas h la Mort, » t'oy. p. 47 àeêHévéi, mais ne se donne à elle, en apparence, que pour lui porter des coups plus assurés.

Lorsque sur l'autre bord eut cesse de marcher

Ce beau septentrion du suprC*me einpyrée,

Qui, n'ayant jamais eu ni lever ni coucher,

Volt le péché lui seul d'un voile le cacher * ;

Qui de sa tâche, là, dans Fescorle sacrée.

Avertissait chacun *, de même qu'ici-bas

Notre septentrion, pour gagner le rivage.

Du pilote au timon guide l'œil et le bras*;

Ceux-là de vérité qui portant témoignage

Entre lui se trouvaient et le griffon moteur *,

se tournant vers le char, comme vers leur bonlieur,

Leur paix*, l'un d'eux, à l'air d'un envoyé céleste,

Chanta trois fois : Sponsa de Libarw, vem\

D'une voix éclatante , et de oe cliœur béai

Reprit le même chant, après lui, tout le reste».

1 . Les scpl arts ou sciences des sept grades sectaires dérivés direc* tement du ciel, par la tradition gnostique, brillent jour et nuit sur l'horizon, et leur éclat n'est momentanément voilé que par les ténèbres de l'ignorance» dont le foyer est dans cette ville de péché tour à tour appelée Babylone, Sodome, Pjetramala, etc.

2. La tâche de chacun, suo do* rer, étant en rapport avec le grade,

a. Les sept arts cabalistiques sont,

pour les fldèlos d*Amour de tout grade , comme les sept étoiles de la Grande-Ourse pour les navigateurs.

4. Les vingt-quatre vieillards ou bons hommes, les Cathares on les parfaits, ces excellents anges C4>mposant le grand conseil de KOrdre.

5. Vers* le trùne du juge suprême, c'est-à-dire vers le Sainl-Siége inipérialisé, gagé de félicité, et de paix universelle. [Voir de Monarchia,]

(], Celui qui entonne le cantique semble s'acquitter d'une mission

€HANT XXX.

An ban reientissant % comme les bienheureux Se lèveront soudain de leurs caveaux poudreux, Chantant Alléluia de leur voix ravivée *, Sur le char triomphal de même s'est levée, Joyeuse, en enteadant vooem tanti senis. Une foule d'Esprits, messagers de lumière Et d'étemel bonheur. Là par l'Amour unis, En chœur : Benedictus, disaient-ils, qui venis : Puis en semant des fleurs dans l'air et sur la terre : Manibus lilia date, date plenis *.

J'ai vu plus d'une fois, lorsque le jour va naître, L'Orient s'empourprer, tandis qu'à mon regard

d'«n haut, quagi da ciel wesso, et ses paroles sont empruntées à Salomon, IV, 8, poor doooer à entendre que ceUe à laquelle il rst fait appel est la Nouvelle-Jérusalem , prédite par l'Apocalypse : « L'épouse qni a Tagneau pour époux, « et nm pas le loup, nxi, 3, celle qui doH « descendre du ciel , parée comme une épouse qui s'est parée pour son époux {Ibid., i\, 10), et dont la mission est d'arracher i'Kmpirc. à la perverse Babylone, à Rhéa, en réunissant dans ses mains ics deut pouvoir^!, spirituel et temporel.

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