Surgite, morltii, venite ad judicium
8. « J'entendis comme la voix d'nne nombreuse troupe dans le ciel, et qui disait : AHeluia /salut, gloire et puissance à notre Dieu; parce que ses jugements sont v('Titables et justes, qu'il a condamné la grande FresHtuëe, qui a corrompu la terre par sa prostitution, cl qu'il a vengé le sang de ses servileurij qu'elle répandit de ses mains. Ei \\s dirent encore Alléluia (Apoc, xrx, 1, 2, 3). Aussi est-ce l'auteur de r.4pora1yp8e\n\-méme,e."Qsi saint Jean ,
qui s'écrie : Vent, sponsa. C'est le grande vecchio, il quale era Vultimo -dieATo al triunfante carro (OlL C).
Oclul-là , du moins , au milieu de toiit son verbiage pédantesque, donne parfi^is à eotendre qu'il comprenait le poète qu'il commentait et dont il ■av2Mt rc(;u oralement plus d'une eonfldence.
9. Lorsqu'à pparaitra le juge su> prème, l'Empereur universel, et qu'il aura proclamé son ban souverain , noviJisimo hando , tout l'étatmajor sectaire , ses anges, ses misn dominictf se lèvera daus la joii*, comme les élus au signal de la trompette céleste, et se manifestera dans tont l'éclat de la vie nouvelle. i:t . pour que l'on comprenne bien que ce juge suprême réunit les deux caractères pontifical et impérial, celle qui le personnlAc, sous figure féminine, est saluée, en qualité de sauveur (t de rédempteur, par les mêmes paroles que saint Mallbicu met dans la bouche des Juifs pour célébrer l'entrée de Jésus-Christ dans Jcnisaiem (iv, 8) ; puis, en qualité d'Empereur, par les vers de Virgile en l'honneur de l'héritier présomptif d'Auguste.
LE PURGATOIRE
L'azur d'un ciel serein s'étendait d'autre part, Puis, sous un voile, enfui, le soleil apparaître , Moiloinent tempéré de légères vapeurs, Qui permettaient à l'œil d'affronter ses splendeurs**. De même, alors, parmi le nuage de fleurs Dans Fair qui s'élevait de ces mains angéliques. Et retombait en pluie au milieu des cantiques, lue dame, le front d'un voile blanc couvert, D'olivier couronnée et, sous un manteau vert. D'une robe couleur de flamme revêtue.
Imposante, s'offrit tout à coup à ma vue *'.
10. O, nVlalt qu'on la voilant plus ou moins, à l'aide de Fallëgorie et des fleurs de rhétorique qu'il lui étjiit possible d'oiïrir aux regarda sa déesse Raison, ce soleil éblouissant qui lui faisait tout voir en rose du côté de rOrient. Cette nuvola est destinée à rappeler la n%ivoleUa de la V* N.. et le Deh nuvoletta de la ballade. Voy. TOtt. C, note 22, oùSl est dit artiflcieuscuicnl c/i* elli sia velato.
11. Dans VApocalypse, lejiigo, semblable au Fils de rHominc , au Christ, est vêtu d'une longue robe , vestitus podere (I, 12}. Dante, qui a d'ailleurs suivi saint Jean à la lettre dans la description de son cortège, est parti de là pour en faire une femme, afln de déguiser d'autant le rôle tout masculin qu'il entendait lui assigner, certain d'ailleurs de se faire comprendre dans une secte où les hommes se transformaient en femmes aussi facilement qu'on y mourait pour y renaître à une vie nouvelle. Le costume tricolore , blanc , vert et rouge, qu'il a alTecté de donner à sa dumc-Christ, comparable à la Trinité : •< Attendu qu'elle est un neuf, autrement dit un miracle, » (tôt/, la Vie nouvelle, et p. 56 des RéréL , et Enfer, XI,
note 27] reproduit celai des trois vertus théologales , et les trois couleurs sous lesquelles 11 nous montrera la Trinité à la fin du Paradis; celles-là même que la jeune Italir arbore sur son drapeau. Dante eft parvenu à réaliser dans cette fasîasmagorle le programme tracé assez obscurément dans le traité de la Monarchie, 9Xi sujet des deux Béatitudes ; l'une en cette vie, per terrestriim Paradisum figurata, qae l'on acquiert par l'enseignement philosophique, sous la direction de l'Empereur; l'autre, en la vie étemelle, dans le Paradis céleste, en suivant la direction pontificale ; et II est arrîvti ici à expliquer comment il entendait ces mots, consignés A la fin du livre : Patet quod Papa et Ihperator, ih quantum homines, habent reocci ai»
UNCM. Nous voyons en effet Béatrice réunissant ici tous les attributs de la double puissance, tant spirituelle que tem[K>relle. Elle devient son maitreei son guide, dans le Paradis terrestre d'abord, puis dans le Paradis céleste, en la double quaUté de PonUfe et d'Empereur ne formant plus qu'un, et cela en opposition à Clément et à Philippe. Ce qui nous fait comprendre que son Idéal de souveraîneti' devait être un et réunir les deux
Mou esprit, qui déjà, depuis de bien lo^^gs jours. N'avait plu» tressailli de crainte en sa présence, Sans même que mes yeux lui prétassent secours, De l'ancien Amour reconnut W puissance, L'invincible ascendant, à ce charme secret Toujours émané d'elle et qui me pénétrait". Sitôt qu'à son aspect j'éprouvai l'influence Dont naguère je fus tout entier dominé. Lorsque j'étais à peine au sortir de Tenfance**, Vers ma gauche, soudain, craintif, j^ me tournai. Gomme le jeune enfant recourant à sa mère. Si quelque effroi lui vient ou quelque peine amère. J'allais dire à Virgile : — Il ne me reste, ami. Une goutte de sang en moi qui n'ait frémi, De mon antique feu je reconnais les signes **.
pouvoirs desliRéfl à procuver aux lioiTimes le bonheur dans cette vie et dans l'autre. C'est Tidéal réalisé d'abord en Asie , à savoir chez les Turcs et chez les Russes; puis, en Europe , dans la constitution de rFigtise anglicane.
12. C'est l'esprit de Dante qui s'émeut, non son cœur, à l'apparition de Béatrice, et, en effet, il l'appelle constamment , dans ses poésies lyriques, la dame de son esprit, donna délia mente. Aussi n'a-t-il pas besoin du secours de ses yeui pour reconnaître cette création toute spirituelle , dont il proclame la vertu occulte» occulta mrtû, comme dérivant de l'ancien amour, de l'ancienne tradition gnostique manichéenne, d*antico amor,
13. Lorsque j'avais à peine neur ans, l'Age parfait du Maçon. Yoy»
dans la Vie nouvelle à quel point ce nombre neuf était ami de Béatrice, âgée eiie-mcme de neuf ans , lorsqu'il s'éprit d'elle ; qu'il ne revit que
neuf ans après , quoiqu'ils habitassent la même ville, et qui mourut le neuvième jour du neuvième mois de l'année dans laquelle le nombre neuf s'accomplit pour la neuvième fois dans ce siècle. P. 33 , 54 et 55 des RML Voy. aussi la note dernière du chant xi de l'Enfer. *
14. Voy. dans la Vie nouvelle les caractères mystiques de c^t amour dont la plus haute ambition se borne à rotr ri»bjet de son culte, à en obtenir le salut; le tout avec accompagnement de frissons, de terreurs, devisions et de songes plus ou moins significatifs. Dans l'apparence extérieure de Béatrice et dans tout son cortège, Dante ne pouvait méconnaître les signes de cette religion orthodoxe qu'il avait aimée anciennement et pour laquelle il avait combattu BOUS le drapeau des Guelfes.
Aussi le premier sentiment qu'il éprouve est-il relui de la crainte, à raison des signes extérieurs de Vantica fiamma.
LE PURGATOIRE
Mais Virgile d^jÀ m'avait abandonné,
Go père affectueux, aux paroles si dignes,
\ qui, pour mon salut, je m'étais tout donné *^
Tout ce que perdit Eve en ces lieux plans de charmes
N'empêcha pas mes yeux de se remplir de larmes".
Si Virgile est parti, Dante, il n'est pas encor Temps pour toi de pleurer, aux larmes fais donc trêve, Tes pleurs doivent couler pour un tout autre glaive *^
Ainsi qu'an amiral, de bâbord à tribord , Pour donner aux marins un nouveau «èle à l'œuvre, Des autres bâtiments surveille la manœuvre; Telle , â gauche du char, en me tournant d'abord A mon nom, qu'il m*est bien ici force d'inscrire , Je vis la noble dame à l'invincible empire , Qui m'appanvt parmi les fleurs, les chants des eieux.
15. L'initié pafea, {e monarchique VirgVte , dont te langage symbolique a Aé jn»qiie-ift sa sauvegank», doH (Hflparaltre de ia scène en pivsence de Béatrice, dont les disconrs, inspirés en apparence par la pins pure orthodoxie, éloigneront de ini toirt péril, (kttc ipiMl appelle la dame da Salul, donna délia safufe , succède donc h celui qu'il appelait son saw reur, k qui H s'était livré ponr son sahit, lal*môme nous )c déclai*e, a ati permia taîute dicmi. Quant h sa frayeur, ce n'est pas Béatrice qui la cause, mais Uen ceux dont le regard Investigateur ponri-aft la reconnaître sous son costume d'cmprui^J, au milieu de la pompe catholique dont il la montre environnée.
te. Et s'il fallait entendre par Vantica madré non pas ftve, conmic il nous a fallu traduire ces mois, mais bien la vieille Église orlhodoxe, ft -entendre, quoique j'eusse perdu , mis à l'écart, Tamique fol romaine, je ne m'en mis pas mohis h pleurer,
c'est A-dtre A piqiiier de phn Mie?
Or, telle a élé évidemment llntontlon du poète. Il sait bien dire lËve, lorsqu'il le vent, et diatingiier entre Rome <a Florence.
17. Tu n'as pas à redevenir, en réalité. Guelfe et papiste ««mme tu !*as été autrefois, ntm piangere emcora ; et ces mots sont répétés deux fois pour qu'on ait bien à saisir le sens de Vaneorn, Il te fant à cette heure verser fictirement de« lannes, frindrc roilhodoxie , dans l'inlfr^ d'une caiiseblen dlffércnleilecetlede Homo, c'esl-fc-dlTc dans Vinrérél de î'Kmplre. C'est à «ne atrtretîao» que tu dr>is ton dévouement et tes sooffrances ; 1^ ceMc de Osnr, afin qoe te glaive de César aR k rcniporter«9rie glaive de saint Pierre, piangw ti contien per altra spada. Il y a vraiment h rester confus d'en être rédidt h expliquer avec Insistance des cil oses si paipatfles, h cinq cents ans de dWance.
Vers moi, de Taulii» bwd , abaissant sa paupière ,
Bien que la dérobAt en partie à mes yeux
Le voile qui , tombant de son front gracieux ,
Était ceint de la feuille à Minerve si chère ".
Elle continua, Tair fier, majestueux,
En reine", comme alors que la parole austère
Garde en dernier le ti'aif qu'on sait plus douloureux.
Regarde, c'est bien moi, je suis bien Bc^atrice", Comment as-ttt daigne gravir enfin ce mont ? lgnorats*tn qu'ici tout est joie et délice ^* ?
Tant de honte, à ces mots, vint peser sur mon front , Que mon regard baissé chercha J'onde propice; Je m'y vis et sur l'herbe à tomber il fut prompt.
Un fils parfois aussi trouve sa tendre mère , Comme elle me parut, avec excès sévère , Car TAmour qui chAtie est d'amère saveur".
IS. Après nous avoir dtt, dans le chant VI , que Htalie sans l'Empereur pour In diriger est « un navire sans noclier au milieu de la tempéle, »
Image qu'on retrouve au iv traité du rowrtfo, le poêic nous montre Iri sa mystérieuse Isis , dans ses foncltons de juge suprême, dirigeant le char symbolique de TEmpire universel, et, pour que sa pensée apparaisse suilisamcnent, Il compare ' Béatrice à un amiral surveillant la nwmflpuvre, quoiqu'il ne s'agisse Ici que d'une procession , dont le personnelsembleexclnretoutesurvcillance.
Elle est couronnée du feuillage de Volhicr, arbre de la paix, que l'Empire doit assurer à l'univers, et comme l'antique IsIs, elle se montre d'abord voilée , pour se manifester plus tard , après raccomplissemcnt de tons les rites. Elle est sur l'autre bord , par rapport à lui, parce qu'il est encore censé orthodoxe, n'ayant pas subi les dernières épreuves de rinitialion.
19. Royalement, fCflFaimeuf/», porte le texte , ce qui caractérise de plus en phis le rôle assigné à ce personnage complexe.
50. Oui, malgré le cortège orthodoxe qui m'entoure, je suis bien la personnification de rotopie héréiiqne ot révolutionnaire, l'Idéal du templarisme albigeois, celle qui doit rendre heureux, béatifier l'univers romain.
31. Comment t'cs-tu décidé à i-ompre avec le parti guelfe et à ttî soumettre h nnltiation dont le twt est le bonheur du genre humain, en faisant de la terre un Paradis , lorsqu -elle est aujourd'hui un Enfer, dont Satan est le pape, fait roi ?
22. N'y a-t-ll pas «n autre sens caché soos ces paroles : d*amnro sente il sapor délia pietalc acerbû ?
M. Piorcnltno traduit : « le sentis l'amertume de son acerbe pitiés >»
ce qui me parnit un bel et bon contre-sens ; peut-être s'il se fût rappel** la canïone Iforfe di pietà nimica, Mort dont la piété est ennemie, se
LE PURGATOIRE
Elle ne partait plus , et des anges en chœur J'entendais, reprenant sa céleste harmonie, La voix chanter : In te speravi Domine; Mais le Psaume à pedes nieos fut terminé **.
Gomme parmi les bois, aux reins de Titalie, Sous rhaleine des yents qui soufflent les frimas, La neige se durcit en solides *amas , Puis fond, comme la cire au feu se liquéfie , Pai*tout en s*affaissant sur soi-même , aussitôt Que moins d*ombre à la terre apporte un air plus chaud '* ; Ainsi j'étais sans pleurs ni soupirs et de glace Avant d'entendre ceux dont les accords puissants Se règlent sur ces corps qui roulent dans l'espace; Mais lorsque j'eus compris, à leurs tendres accents.
Nratt-ll plus rapproché de la véritable pensée du poète en disant :
^ On sent l'amertume ches la cruelle piété; » chei cette dame Piété» son ennemie, dans les bras de laquelle U a été réduit à se jeter pour qu'elle devint sa sauvegarde (toy. la V. N.
et p. 372 des RévéL), dame Piété dont Béatrice a revêtu le costume et les attributs, ^laisréplthèted'curerba, déjà plusieurs fols signalée, nous parait proche parente de cruda, et nous serions très-porté à entendre que, à la différence de la piété guelfe, celle des partisans de l'Empereur , de Va^erbo » menacé par Cacos, est toute mansuétude, malgré ce qu'elle peut offrir de rigoureux au premier abord.
23. Les paroles du Psaume xx.\ nous révèlent la mission de Béatrice, de la dame du salut, qui ne sera pas moins secourable à Dante sous son travestissement catholique, qu'elle l'a été sous son aspect erotique : elle continuera d'être sa prateeîriee,u h le tauver de touldanger, A le tirer des pièges cachés , elle ne
le livrera pas entre les vnains de Vennemi , attendu qu'elle hait ceux qui observent des choses vaines et sans fruit, » Les anges s'arrêtent a pedes meos, parce qu'il ne convenait pas à la Qerté du poète de s'appliquer les paroles qui suivent:
• Je suis tout troublé par la tristesse... Toute ma force s'est affaiblie par la pauvreté où je suis réduit...
Je suis devenu un su jet d'opprobre...
J'ai entendu les discours injurieux de ceux qui m'entouraient... Etc., etc.
24. Traduisez : Ainsi que dans les forêts vivantes, travejcite (poutres vives), que porte le sol italien, l'influence catholique, nere, se consolide, si congela, soufflée et appuyée par les princes et goerriers qui lui sont asservis, soffiata e stretta dalli venti scbiavi , puis s'évanouit, s'affaisse, pour peu que cesse l'ombre pontiflcale et que la terre puisse respirer , pur che la terra , rhe perde ombra , spiri.
Le mot à mot s'entend-il assez de lulHfnéme?
Qu'ils me compatissaient, plus que si leur voix douce Elit dit : Contre lui , dame , ainsi qui te courrouce ? La glace amoncelée à Tentour de mon cœur, En soupirs se fondant et s'écoulant en pleur, Par la bouche et les yeux , dégagea ma poitrine **.
Elle , debout restée , à la gauche du char. Sans se montrer émue, à la foule divine S'adressant de la voix ensemble et du regard :
Votre œil veille durant la journée éternelle Et ne peut nuit, sommeil, vous dérober, dit-elle, Un seul pas par le siècle en sa voie accompli ". J'en mettrai plus de soin à répondre, sur Theure, Pour que m'entende bien celui qui là-bas pleure , Et que soit à ses torts son regret assorti ". Celui que vous voyez , non par l'œuvre isolée De ces sphères, qui vont en leur marche réglée Dirigeant chaque germe et lui traçaifl sa &n , Selon qu'il a Je ciel menaçant ou serein ;
35. Cet arcès de sensibilité chez Dante se réduit donc à une figure de rhétorique, comme l'indique assez la comparaison, dans laquelle le soleil printanler vient dissiper l'ombre, qui a fait s'amonceler et se durcir la neige sur rilaiie, durant le grand assaut de l'hiver pontifical, del verno il grande assalto. ( Voir p. 378 des Révél.) Or, Dante nous déclare ici qu'il s'est abstenu de composer des vers, sospiri [voir la Vie nouvelle) et de toute démonstration catholique, îacrime, tant qu'il n'y a pas été autorisé par les dignitaires de Féglisc sectaire , par CCS anges « dont les notes suivent celles des sphères célestes. » Mais qu'une fois assuré de leur agrément, il a donné carrière à sa verve poétique et, dans l'espoir de taire triompher le glaive impérial, il s'est mis à
pleurer de son mieux , autrement dit à arborer les insignes de l'ennemi, pour le combattre avec plus d'avantage. Voilà comment il devait pleurer pour un autre glaive, per altra spada.
26. Ces anges -là exerçaient la surveillance la plus active sur tous les actes de l'autorié régnante, désignée ici par le mot siècle , parce qu'elle dominait sur la terre, mortal secolo. Kof/.la Vie nouvelle,
27. Béatrice déclare elle-même que sa réponse sera étudiée avec soin, eon piû cura. Ceux pour qui elle parle sauront bien comprendre que les torts dont elle va charger Dante sont de la même nature que l'affliction dont il fait montre, c'està-dire également fictifs et que , dèslors , sono colpa e duol d*una misura.
LE IH'RGATOIRE.
Mais par grâce divine ù Tabondantc piuîe.
Dont la source est si baut que notre vue eu vain
La veut sonder, cet homme , en sa nouvelle vie ,
Fut virtuellement tel qu'en lui les plus beaui^ fruits
Par de nobles penchants auraient été produits ".
Mais plus en la terre est de féconde énergie,
Plus, faute de culture et par le mauvais grain ,
De sauvages moissons se hérisse son sein.
Je le soutins un temps par mon riant visage,
En faisant rayonner sur lui mes jeunes yeux,
Et dans le droit chemin il marchait vertueux ".
A peine une autre vie , au seuil du second âge ,
M'eut-elle transformée, il me reprit son cœur,
Et bientôt sur une autre il porta son ardeur ^^
Quand, nVélevant , j'avais accompli le passage
De la chair à l'esprit , que j'avais en vertus
Grandi, coinuie en beautés , moins pourtant je lui jiius
Et lui devins moins chère ^S En une fausse voie
28. Les influences sidérales , qui jouent naturellement leur rôle dans la symbolique sectaire , puisque la route du Temple représente un ciel étoile Ci oy. la cité du soleil de Campanelle, p. 468 des Réréi) , ont concouru , avec les grâces divines de ce pouvoir occulte qui se dérobe aux regards et qu'on appelle le grand Orient , à la régénération de Dante , à sa pallngénésie ou à sa vie nouvelle, comme on voudra l'a ppeier; il y avait donc iieu d'attendre de lui des merveilles dans l'Intérêt du parti révolutionnaire.
29. En tant que Béatrice erotique, ou philosophie sectaire sous aspect d'amour platonique, roir la Vie iiQurellc et le Banquet, où il est expliqué, que les yeux de dame Philosophie, Béatrice, sont ses enseignements, dimostraxioni, ièon sourire,
ses persuasions , d'où résulte * cette béatitude qui est en paradis le bien suprême. » Traité m , ch. 16.
30. A la seconde période de Ilnitiation , quand l'enseignement , qui jusqu'alors a été philosophique, s'engage dans les profondeurs du mysticisme, Dante, voyant la symbolique amoureuse éventée par l'ennemi , dut feindre , pour plus de sûreté , de se jeter « dans les bras de dame Piété, son ennemie, pour qu'elle le défendit , » cl it parut reporter sur elle tout son amour, diessi altrui, Béatrice erotique étant censée passée de vie à trépas. ( Foy.
V. Il et pag. 41, 42 des Re'vél.), mais sans cesser, comme on le voit, d'être tout à sa foi et à son roi tjempller, A.L.T.R.IV.
31 . Ostensiblement; c'est alors que nous le voyons en eflfet. dans la Vie
Il s'engagea, suivant des fantômes de bien
Qui, tout mensonge, en vain promettent paix et joie ^-.
Pour le désabuser ne me servit de rien
A son esprit, en songe ou d'une autre manière ,
Des inspirations d'obtenir la lumière ".
il en prit peu souci, plus bas tomba toujours **,
Pour son salut, dès lors, je n'avais de recours,
Quand tout demeurait vain , que d'offrir à sa vue
Le séjour et les maux de la race perdue *%
Et, dans ce but , des morts je visitai le seuil.
Suppliante, les yeux en pleurs et Tùme en deuil,
J'allai trouver celui qui fut ici son guide '*.
Mais l'immuable arrêt de Dieu serait enfreint
S'il passait le Léthé, goûtait son eau limpide
nouvelle, échanger des regards avec une dame païenne , donna g&ntile , autrement dit dame Piélé, ce dont il s'accuse comme d'un « très -vil ou très-làche penser. » Voir les Révél., p. 63,0t.
32. Os fausses imagesde bien, qui ne tiennent rien de ce qu'elles promettent, sont les espérances que rÉglise romaine fait briller aux yeux des fidèles et au moyen desquelles elle les entraine dans une fausse voie, via non vera ; peut-être aussi fontelles allusion au culte des images dans lequel les chréliens évangéllques \oyalent et voient encore une idolâtrie.
33. On peut voir dans la Vie nouvelle à quel point Dante fait abus des visions et des songes , tous inspirés en effet par ia pensée de Béatrice. 11 su (Tira de se reporter aux pag. 34 , 38 , 39, 48, 49 , 65, 69 des RévéL pour reconnaître ce que peut avoir de sérieux un pareil moyen de salut
34. En affectant de plus en plus le langage et les dehors orthodoxes ;
tous les autres moyens de salut étant épuisés et devenant impuissants pour conjurer le péril, che tuHi argomenti alla salute sua eran già corti.
35. Le meilleur moyen de le mettre, et les siens bien plus que lui- ' même, en garde contre le monde catholique, était de lui en montrer la capitale comme la résidence de Satan , le réceptacle de tous les vices et la cause de tous les maux de la terre.
3^. Et le personnage dont je fis choix à cet elTet était précisément un poète paicn, initié aux mystères d'Eieusis , imitation de ceux d'isis que je représente ici; personnage qui, sous son masque romain, n'était autre que le Bolonais de Virgilio, son ami jusqu'à la mort, et son initiateur aux mystères du Temple, ainsi qu'à la foi albigeoise. Voir les églogues latines qu'il lui adressait de Ra venue, pour Tinformer, en style paétorai, des clTets de sa prédication sectaire.
o76 LE VLRGATOIRE.
Sans l'avoir acheté par ce repentir saint
Qui de pleurs rédemplcurs rend la paupière humide
37. lUera fait rcmlM h Dante de par le soccès qu'il y a pn>Gt pour la
se» torts llcllfe et son juge féminin secte à attaquer TÉgii^c a\ec ee«
lui pardonnera sa Comédie de caiho- propres armea. Et puis, n'est-il iias
liclsme , à la condilinn qu'il en fera Indispensable de pleurer à la [urte
amende honorable , par quelques du Temple, pour rire lorsqu'on est
larmes papistes, c'est-à-dire en re-' parvenu enfin à y rentrer en A.iin-
doubianl d'hypocrisie et en prouvant i |ueur ?
Toi qui in*entends, là-bas, près du lleuve sacré, Poursuivit Béatrice avec un froid courage, ¥.n dirigeant sur moi de pointe son langage Qui, de taille, m*avait paru bien acéré *. Dis, n'est-ce pas vrai ? dis, à défaut d'autre excuse, Que ton aveu se joigne à la voix qui t'accuse.
Tant de trouble , à ces mots , confondit mon esprit. Que l'organe à ma voix refusa toute issue , Et pour former un son ma bouche en vain s'ouvrit -. Ma réponse parut bientôt trop attendue.
A quoi penses-tu donc? dit-elle, réponds-moi; Cette eau n'a pas encor lavé la trace en toi Des tristes souvenirs dont ton âme est mordue *.
De mes lèvres la honte et la crainte à la fois Arrachèrent un oui tel qu'il fallut, je crois, Pour qu'il fût entendu, le secours de la vue *.
1. En m'aposlroplianl directement après avoir parlé de moi à la troisième personne.
2. L'amant de Béatrice erotique ne sait que répondre aux reproclies de catliolicisme qu'elle lui adresse, entourée elte-méme de tout l'appareil catholique, et la stupéfaction lui coupe la voix, en voyant les deux doctrines rivales confondues dans un même symbole.