‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 148 sur 155 · Ta h'as pas encore bu de Tcau · texte numérisé non relu

Ta h'as pas encore bu de Tcau

du Léthé, tu dois donc te souvenir et de ton passe guelfe et de ta désertion apparente des rangs sectaires, à l'heure qu'il est.'

4. Tel est le sens littéral ; mais II en est un autre, indiqué par ce tal, qui ne reparait jamais sans une intention secrète. Il signifie ici que Dante prononça bien bas le nom sacré, celui du roi templier, Henri de Luxembourg, de façon qu'il fallait, pour le comprendre , partager tes

LE PURGATOIRE

Couinie d*une arbalète , aloi-s que, trop tendue , Elle vient à partir, corde, arc, bois, tout se rompt. Et le Irait qu'elle chasse au but vole moins prompt; De mOme j'éclatai sous la charge accablante, En laissant déborder mes larmes, mes soupirs, Et ma voix au passage expira sanglotante ^

Elle reprit alors : — Traversant mes désirs, A chérir le seul bien près duquel tout s'abaisse , A n'aspirer qu'à lui qui t'incitaient sans cesse ; Quels fossés , quels remparts as-tu pu rencontrer Pour perdre ainsi courage et pour désespérer D'aller droit en avant ^? Quel abord si facile Ailleurs as-tu trouvé, quel attrait souverain Pour te faire accourir ainsi d'un pas agile ^ ?

Lorsqu'un soupir amer fut sorti de mon sein *, J'eus peine à retrouver une voix pour répondre Au reproche cruel qui venait me confondre. Ma langue avec effort articulant enfin ' :

vues, sue viste. Relisez, de grâce, ces paroles du texte : Confusione e pour a mi pinsero un tal si fuor délia bocca, al quale intender fur mestier le viste ; ce TAL s\ équivaut donc à oui, Sire, et c'est à lui qu'il est fait nUuslon dans ces vers :

L' angaicia , cht nm eaf>* dtntro, apirx Fuor délia hocca %\ eh'ella l* iNTBtDP.

Cf. laCanzone : Àmor, dacchè ronvien pur ch'io mi doglia. Mais l)éatricc, cette personnification du Messie Impérial en dame du salut, avait l'oreille des plus Anes.

5. Nous savons que ses larmes sont des démonstrations orthodoxes, et lul-ménie nous dit, dans la Vie nouvelle, que ses soupirs sont ses compositions poétiques, attendu que ce qu'a no peut dire il léchante.

01 AlDili l'imour do Dante pour

Béatrice n'avait d'autre but que le souverain bien , la vérité suprême, l'absolu , et son tort envers elie coosistc à s'être écarté de la ligne droite, del passare truznzt, afin de tourner des obstacles qu'il jugeait insurmontables en les abordant de front.

7. La question n'est-elle pas au moins inconvenante, si elle n'a pas un 'double sens ? Car elle se réduit à ceci : Kn as-tu rencontré de plus belles et de plus Taciles ?

8. Le Canzoniere est rempli de ces soupirs amers ; voyes ses invectives contre m adonna Pïetra, et contre cette cruelle Mort dont la Pieté n'est qu'inimitié.

9. La didlcuUé était grande en effet, tant pour l'accusation que pour la défense, à se maintenir alnai sur la terrain do ramblgulté, I échanger

(.Hxyi XXXI.

Lorsque nie fut caché votre adoré visage, Vers les objets présents, dis-je en versant des pleurs, Je courus, attiré par leurs charmes hompeurs^".

Quand lu voudrais nier ou taire , trop peu sage , Ce que ta bouche avoue, h coup silr, ton péché N'en demeurerait pas ignoré davantage.

Connu qu'il est d'un juge auquel rien n'est caché J*. Mais devant notre cour quand, sans futile excuse, Le pécheur repentant de lui-même s'accuse , Le glaive est émoussé sur la meule & l'instant *-. Pour que de ton erreur tu ressentes pom'tant Une honte plus vive et que mieux tu parviennes, Plus fort une autre fois , de la voix des Syrènes A savoir te défendre, en des pensers meilleurs *%

des généralités à double sens, en pesant laborieusement, a fatica, la valeur et la portée de chaque mot.

Voy.de YiUgare eloquio.

10. C'est couverte d'un voile que Béatrice adresse la parole à Dante, ainsi son visage est caché. Quels sont maintenant les objets présents ?

Les symboles vénérés de la loi ancienne et de la loi nouvelle, masquant dos symboles sectaires et constituant la représentation allégorique du catholicisme. La réponse de Dante se réduit donc à dire :

Du moment où j'ai jugé utile de vous couvrir du voile orthodoxe, je me suis mis h rendre un culte simulé a ces fausses images dont vous êtes entourée, idoles trompeuses qui ne tiennent rien de ce qu'elles promettent, /ma^tiu' di ben false, che nulla promission rendono intera, et qui m'ont attiré par l'espoir de mettre à prolit rillusion qu'elles produiraient, col falso lor piacer rolser mici passi. Remarqucis enfui que Dante est arrivé au bord du fleuve avant le cortège sacré, qu'il est venu, en se pi'ouieoBnt, au-devant de Iui,cequo

Béatrice ne manque pas de signaler en disant : PerciU dovessi lor passeggiare ami. Les amoureux, d'ordinaire, courent après leurs belles.

11. Ce juge n'est autre que Béatrice elle-même, la pensée intime de Dante, sa conscience religieuse et politique identiflée avec le judeo; impérial.

12. Béatrice est si bien le juge de Dante, qu'elle dit notre cour, notre tribunal, nostra corte. Remarquez que l'on peut traduire tout aussi bien : Dans notre cour, les membres de la Bote s'élèvent contre l'usage Impitoyable que Home fait du glaive, in nostra corte la Ruoia rivolge se contra H taglio. Tout cela est bien étrange, sans doute, mais ne ressort pas moins du texte.

13. On se rappelle quelle est celte prostituée louclie et bègue qui a dit au commencement du cbant xix :

« Je suis une douce syrène. » Rien ne pouvait donner mieux la clef de rallégorie que ce rapprochement, qui semble fortuit, lorsqu'il cet au contraire lavatnmcDt calculé.

LE la'RGATOlKE.

Écoule, et qu'en leur source aient à tarir tes pleui*s*\

Apprends comment eût dû, dans un sentier contraire,

Moi morte, te guider ma souvenance chère *\

Ne t'offrit jamais rien la nature ni Tart

Qui sut charmer autant ton cœur et ton regard

Que ces membres si beaux , naguère ma demeure.

En débris dispersés sur la terre à cette heure *'.

Si ma mort te ravit le suprômc plaisir*',

Devait-il être au monde une chose mortelle

Pour t'attirer, pour faire en toi naître un désir "?

14. LiUéralemcnt : mets à bas la semence de ton pleurer, pon giù 7 terne del piangere ; la locution est M£urre, à coup biU, pour dire cesser de pleurer, mais elle est Irès-clairc pour signifier : Jette bas celle qui t'oblige à feindre le papisme.

i5. Béatrice, morte sous sa forme erotique , carne sepolta , comme aussi h raison de sa nouvelle forme orthodoxe, devait continuer de guider celui qui avait fait d'elle sa dame mystique, et demeurer sa providence sous ce déiçuisemcnt , bien dilTérent de l'autre, in contraria parte, c'està-dire, dans le parti opposé, dont elle empruntait les couleurs et les insignes.

10. Rien n'est plus vrai, en ce sens que ni le droit romain, ni l'art d'amour, ou la gaie science, n'ont jamais rien produit de si merveilleusement combiné que c< ttc portique création de Béatrice. Mais admettons qu'il nous faille prendre ici la nature et Tart pour ce qu'ils paraissent être, une jeune femme qui rappellerait à son ancien amant le plaisir que lui auraient procuré ses beaux membres, passerait avec raison pour une effrontée. Voulezvous qu'il n'y ait rien que de trèschaste drns les paroles de Béatrice?

Bien de plus facile , dites-vous •*

celle qui personnifie le princi(>c dirigeant de l'église dissidente était on ne peut mieux autorisée à déclarer qu'elle habitait chex chacun de ses membres, m cWio rinchiusa fui ; que ces membres étaient beaux [on lesappclail, en effet, cathares, c'està-dire, parfaits et purs par excellence). On conçoit alors Je p!atsir que Dante pouvait éprouver de ses fréquents rapports avoc ces membres qui lui étalent chers, et de l'active propagande qui les faisait se répandre dans toutes les contrées Imbitées ; tandis qu*on ne comprend pas comment les membres d'une jeune femme inhumée à Florence, auraient été dispersés en terre, in ferra son sparte.

17. Ce sommo picLcer était , ne l'oublions pas, le salut qu'il obtenait de Béatrice, car lui-même nous le dit dans la Vie nouvelle : Lo fine del mio amore fu il saluto di qucsia donna.

J8. L'exigence outre-lomhe ne saurait certes aller plus loin, de la part d'une jeune femme qui, mariée à un autre, n'a jamais acconté que le salut à son timide adorateur.

Mais vous comprenez que les choses mortelles dont son amant devait faire fi étaient celles qui relevaient de la puissance appelée la Mort.

CHANT XXXÎ.

An premier trait lancé contre ton cœur fidrio Par des objets trompeurs , tu ne devais faillir A me suivre Ifi-haut, moi qui n*étais plus telle *'. Ni fillette aux doux yeux, malgré tous ses appas, Ni d'autres vanités , ne devaient certes pas , Aux coups pour t'exposer, te faire abaisser l'aile ". Un jeune oiseau, peut-être, en attendra deux, trois; Mais celui dont la. plume est poussée une fois Devant la flèche fuit, du fdet se dégage^*.

Ainsi que les enfants, rouges , baissant les yeux. Écoutent, sans mot dire, un sévère langage Et, s'avouant leurs torts, se repentent honteux, J'étais resté muet. — Relève en haut la barbe, Dit-elle, si ma voix te rend ainsi confus. En m'osant regarder tu le seras bien plus ".

19. Béatrice ne veut pas dire assurëment, comme le croieDl tant dé bonnes ànies, que Dante devait renoncer à la vie pour se réunir à elle, qui n'avait plus rien de mortel , et rougir d'avoir préféré des beautés vivantes à une jolie femme morte. Elle lui reproche de n'avoir pas eu recours h quelque autre fiction pour lui rendre le même culte allégoriqae, et d'avoir subi l'influence catholique, celle des choses fallacieuses, délie cose fallaci, en faisant acte de vasselage envers dame Piété, alors qu'elle , dame de Salut , toute vérité, n'avait rien de fallacieux.

20. Cette pargolctta n'est autre que Béatrice elle-mcmo, mais sous sa forme dogmatique, comme on peut s'en convaincre en lisant le sonnet: Chiguarderà giammaisen- %a paura neyli occhi d'esta hella pargoletta? sonnet où Dante déclare qu'il s'est sacrifié pour tirer les autres de péril «< en attirant h lui le contraire de la vie , in trarse a

me *l contrario dellu rita, » c'està-dire, en se livrant ostensiblement à l'Eglise romaine, qu'il appelle la Mort. Comme il le dit lui-mcmc ici, cette fillette est une fiction ajoutée ù tant d'autres, altravanità,

21. Il appert de là que Dante n'était plus un jouvenceau lorsqu'il se serait rendu coupable d'infidélité envers Béatrice, mais qu'il pouvait être rangé parmi les gens d'un Age mûr, pennuti. Or, si Béatrice avait, comme Dante lui-môme, de dixsept à dix -huit ans lorsqu'elle mourut , il faudrait admettre qu'il lui garda tout son amour à un âge où les passions sont le plus ardentes, et qu'il succomba précisément à la tentation lorsqu'il avait déjà atteint la quarantaine, c'est-à-dire au mo ment où il entreprit sa Comédie, Mais qu'on se rassure, les filets auxquels il est fait allusion ici sont ceux que l'Arioste a mis dans les mains de son Caligorant.

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