Fa che le viste non^sparmi
Ce qui signifle, en réalité : Ne mets pas de bornes à tes espérances, à tes visées.
38. Te voici en présence de celle dont les veux ou les enseignements,
puisque l'un vaut l'autre, t'ont fourni , sous sa forme erotique , les armes dont tu avais besoin pour la réussite de tes desseins (armes de défense autant que d'attaque, ù en croire Ccccod'Ascoli, aflflrmantdans son Aeerba que «< l'émeraude sert de défense au grilfon qui la met toujours dans son nid »). Tu la revois maintenant sous forme dogmatique et elie continuera ainsi ù être ta défense, comme l'émeraude est celle des griffons, dont la double essence se réfléchit dans l'enseignement sectaire ou dans les yeux de Béatrice. Aimerait-on mieux admettre que Béatrice avait les yeux verts? et que l'Amour, trompant la surveillance des Uccelli griffoni chi li materiali smeraldi guatano (Oti.
C), en tira les traits dont il atteignit le cœur de Dante, onde H trasse le sue armi? Mais cela signifie au moins aussi bien, on en conviendra, où il emprunta les armes dont il te munit; littéralement ; d'où il tira pour loi ses armes.
LE PURGATOIHE.
Toujours SUT le griffoD qui restaient arrêtés ".
Ainsi que le soleil dans une glace pure,
S'y reflétait cet ùive à la double nature ,
Tantôt sous un aspect, tantôt sous Tautre , et toi.
Juge de ma stupeur, lecteur, quand de?ant moi
Je voyais cet objet s'ofirant sur le rivage
Le même en tout, changé pourtant dans son image **
Tandis que de surprise et de joie à la fois Mon àme s'inondait, à goûter la pâture Dont on a plus de faim quand plus on s'en sature**.
30. On va comprendre tout à l'heure le motif de cette attention opiniâtre de Béatrice sur un même objet.
40. L'objet réel, actuel, était la réunion des dcu\ pouvoirs temporel et spirituel dans leâ mains du pape, réttrtion monstmeuse aux yeux de Dfinte, qui >a désigne par le mot doppia fiera, Aucnn changement h attendre de ce côté; aussi la Me demeure telle qu'elle est, queia in te ; mais il en est tout autrement dans les yeox on dans les enseignements de Béatrice , cette personnification de in doctrine sectaire ; la double bcic s'y transmue , nel sno idolo si trasmuiava; la double autorité y passe da pape à l'Kmpereur , ce qui fait disparaître tout ce qu'elle offrait de monstrueux sous l'un et l'autre aspect , lorequ'eile s'exertjail or fon uni or con altri regffimenti, Comment ce mot rr^- ^menli, qui stgniAe gouvernement, régime, administration, n'a-t -Il pas mis sur la voie? Si maintenant Dante fixc;des yeux brûlants de désir sur ceux de Béatrice , dans lesquels II voit se réaliser la révohitlon, la norità h laquelle il aspire, H y a bien moins à s'en étonner que s'il avait h y contempler uniquement des changements î^ vue, dans
la manière d'être d'an animât qaelconque , cet animal vint-il de la Perse, comme le manichâsme. [Voy.
Benj. Constant. La religion consid.
dans sa source, ii, 455.) Dante nous donne lui-même la clef de celle fantasmagorie mystique , lorsqu'il dit, dans la Vie nouvelle , en commentant le sonnet : iimore e cor gentil sono una cosa : « Je dto comment le s^ijet regarde la puissance, de même que la forme regarde la matière. >* Béatrice, qui ne fait qu'un avec l'Amour , Dante nous Ta déclaré maintes fols , est ici le sujet sous forme orthodoxe, et lïlte regarde la puissance pontiAcale en tant que matière , sous son double aspect temporel et spirituel qui , ne changeant pas quant 1 présent, sera transformée un jour h venir dans y idole impériale rêvée par le poète, telle qu'il la voit réfléchie dans les t/eux de Béatrice. On conviendra que des idées aussi abstraites, et quintescenciées A ce point, n*étalent pas h la portée de tout le monde, cl que de grands théologiens, y perdant leur latin, aient m'tetix aimé proclamer Dante un docteur de TKglise que de se casser la tète pour le comprendre elle convaincre d'hérésie.
41, Saluriias appetitum pon7,
CHANT XÏXI.
S'avancèreût aussi , révélant loiiles trois Dans leurs actes dlvere leur sublime origine *S Les autres vierges sœurs , dont la ronde divine En cadence formait des pas de grâce empreints.
Dirige, 6 Béatrice, abaisse tes yeux saints Sur ton fidèle, ainsi priait leur doux langage, Qui pour te contempler, fit un si long voyage *\ Sois clémente et fais-nous, de grâce, la faveur De dévoiler pour lui cette bouche si belle , Pour qu'il puisse admirer, dans ce lieu de bonheur, Ta seconde beauté qu'un obstacle lui cèle **.
dit saint Grégoire, homélie 16, en parlant des jouissances spirituelles, et la doctrine du Banquet ne pouvait procurer que celles-là.
42. Dans leurs actes de foi, d'espérance et d'amour, actes bien différents de ceux que l'Ëglise catholique désignait par les mêmes noms.
43. La contemplation de Tlsis sectaire doit être la récompense du fidèle d'Amour, dont tous les elTorts ont tendu à la manifeslaUon et au triomphe de la vérité. Ceux qui voudront se reporter à la Vita nuova, y verront que «« cette dame réduit en acte la puissance d'Amour , selon la très-noble partie de ses yec\, comme aussi selon la très-noble partie de sa BoucHK; » que cette même dame, M par sa vertu ou esprit noble, rirtvosamente, anoblit tout ce qu'elle voit, ce qili équivaut à dire que, par elle, l'Amour devient une puissance là où il n'existait pas, adduceAmore in potenia dore non è, »
44. Les trois vertus théologales ne remplissent-elles pas 16 un rôle bien digne , en réclamant en faveur du poète la vue des beautés numérotées de sa dame? Heureusement le Convito est lA pour rassurer les consciences timorées et nous apprendre que la seconde bo?ulé de
Béatrice , autrement dit sa bouebe , » vient en aide à ses yeux , qui sont ses enseignements, A l'aide de son sourire, par lequel il faut entendre ses persuasions; » or, ajoute Dante « la pcrfi'ction de la raison humaine ne s'acquérant que par la contemplation de ces yeux et de ce sourire, il en résulte que l'iiomme , dont cette contemplation satisfait tous les désirs, est complètement heureux et jouit de la Béatitude. » ( To?/. p. 320 et 32C des Révél.) Moyennant cette explication, Dénfricc devenant un cire de raison, dont le nom même révèle la nature, rien de plus Innocent au point de vue moral que la requête dont le chœur mystique se rend l'organe auprès d'elle; quoiqu'il en soit tout autrement au point de vue religieux. En effet , nous lisons dans la Vie nouvelle que la bouche de Béatrice , sa seconde be^auté, « est toute douceur, ogni do/cfjï;:a, selon deux de ses actes, h savoir : son très-doux parler et son admirable sourire , dont on ne saurait rien dire, attendu que la mémoire ne peut le retenir, non plus que ses opérations, la memoria non puo ritenere lui ne le sue opérazioni, » Or, il en est ainsi, attendu que ses persuasions^ qui constituent
L£ PURGATOIRE
DVlernelle lumière A vivante splendeur, Quel est celui , quand même h l'ombre du Parnasse Son front se serait teint d'une noble pâleur. En buvant de ses eaux , qui, s'il avait l'audace De tenter de te peindre, à l'instant solennel Où, parmi les concerts dont t'entourait le Ciel , A l'air libre soudain tu te fus dévoilée, Ne semblerait avoir la raison ébranlée ** ?
ce sourire, étant des moing orthodoxes. Il pourrait en cuire aux gens qui auraient trop de mémoire et qui s'en exprimeraient trop librement.
45. La Comédie tout entière a été inspirée par cette pensée, qu'il y aurait folie à manifester ouvertement, neW aère ap«r(o, l'essence réelle de Béatrice, et à braver ainsi, rans aucun profit pour la cause de l'opposition, de la foi dissidente, la toulepuissance romaine. Nous avons vu, précédemment, que cette pensée de prudence et de dissimulation était en tout conforme aux prescriptions sectaires. (Koy.p. 75, 18 des RévéL)
La Vie nouvelle et le Banquet ont été composés pour expliquer le déguisement auquel le poêle avait dû recourir et pour le laver des calomnies auxquelles ce travestissement Tavait exposé de la part des puritains du parti. (Foy. l'analyse de ces deux ouvrages si peu connus et encore moins compris, ibid. p. 82 et 358.) Ce qui prouve, s'il est encore nécessaire de prouver, que Béatrice est bien la personnification d'une doctrine religieuse , c'est que Dante lui applique ici les paroles mêmes par lesquelles Salomon désigne la sagesse divine : Splendor lucis œtern(e.
Mes yeux à satisfaire une soif de dix ans S'appliquaient tellement, tout à leur jouissance, Que s*en trouvaient éteints en moi mes autres sens, Et que, dans ce moment, un mur d'insouciance Se dressait autour d'eux, tant l'ancien attrait Du sourire divin à lui les attirait * ; Quand je dus forcement détourner le visage A gauche, où je venais d'ouïr au même instant Dire à ces déités : Regard trop persistant *.
] . H n'y a pas à s'arrêter un seul instant à la chronologie de Dante toute fictive et basée sur des combinaisons pythagoriques. Nous croyons avoir démontré pag. M et suivantes des Révél. que s'il avait jamais existé à Florence une Béatrice aimée du poète , elle serait morte , selon ses propres calculs, le 9 juin 1281; or cette soif de ûi\ ans , dccenne scte, ne nous reporterait qu'à l!29l , etle poème commence en 1300. Tout ce que Ton pourrait induire de cette soif de di\ ans , c'est que Dante aurait mis cet espace de temps à réunirdans Florence les éléments de son église albigeoise, l'Eve infidèle de l'Adam toscan. Quant à sa fui , clic n'a point varié dans cet intervalle.
Quoi que Béatrice ait voulu nous
donner à entendre, il est toujours en extase devant le santo Hso et enlacé dans I'antica rete, qui remonte à la gnosis orientale , par les Paulicicns et les Albigeois.
2. Les vertus théologales dansant à la droite du char de Béatrice , et Dante se tenant en face , il les avait nécessairement à sa gauche. C'est donc à elles qu'il attribue ce rigorisme ass^z étrange de la part de celles qui viennent do supplier la reine de la fête de dévoiler sa seconde beauté. Cet avertissement n'a au surplus d'autre but que de rappeler lu nécessité de he pas trop insister sur les démonstrations erotiques et de se renfermer, autant que possible, dans les conditions de la mise en scène orthodoxe.
LE PIHGATOIRE.
C(»t ébloiiissemenl qui couvre d'un nuage Des yeux que le soleil frappe subitement Fit que je demeurai comme aveugle un moment ; Mais, pour moins de splendeur, quand me revint la vue. Je dis moins, par rapport à Fexcès lumineux Dont j'avais , malgré moi , dû détourner les yeux , Je vis les rangs divins de cette armée élue Vers leur droite venant , dans un ordre pareil , De tourner, qui marchaient faisant face au soleil, Les sept flammes en tête *. Ainsi qu'une phalange , Pour faire sa retraite avant qu'il soit trop tard, Tout entière de front à l'instant qu'elle change , Sous les boucliers tourne avec son étendard ; Du céleste royaume, ainsi celte milice Qui formait l'avant-garde , avec l'ardent pennon , Sous mes yeux défila toute, avant que je visse Du char resplendissant se ployer le timon \
Alors près de l'essieu les dames se remirent , El le fardeau béni , traîné par le griffon, Dont les plumes pourtant nullement ne frémirent,
3. Cette glorieuse armée, glorioso esercitOf élalt venue du côté de TOricnt, comme tout ce qui se rattache h la secte gnosUque et elle marchait vers l'Occident, dans un but de conquête sans doute , lorsqu'elle prend le parti de rebrousser chemin après avoir conquis Dante à sa cause-
-t. 11 y a là un chan^ment de front complet , un demi-tour à gauche ayant pour but de pourvoir au salut de la glorieuse armée , per salvarsi, ce qui Indique un péril imminent. D'un autre côté , ce nom de milice céleste qui rappelle celui de cvmmiUtoncs Christif donné par saint Bernard qu\ chevaliers du Temple, avant«gardo do la lecte,
puis la comparaison empruntée à l'art de la guerre , semblent avoir pour objet de désigner l'Ordre puissant que menaçait une si terrible catastrophe. De là , pour leurs coreligionnaires et pour eux-mêmes , la nécessité de se replier et de battre en retraite. U n'est pas jusqu'à cette avant-garde che tutta irappassone, avant que le timon du char eût à ployer, qui , en traduisant : prrit, trépassa toute entière, sans que fléchit pour cela le haut conseil directeur, le Saint-Siège de la secte, ne vienne à l'appui de notre interprétation. Kncore un moment et tout douta à cet égard dov tendra ImiK»- •Ibk.
Lui-même s'ébranla ^ Cette dame, après soi Qui me fit traverser le fleuve, Slace et moi jNous suivîmes la roue, aussitôt, dont Torbite Donnait moins d'étendue à la courbe décrite *. En cheminant ainsi dans la haute forêt, Déserte maintenant par la faute de celle Qu'abusa du serpent le langage rebelle , Notre pas sur un chant divin se mesurait ^
Nous avions parcouru peut-être la distance Que franchit en trois fois le trait qu'un archer lance \ Quand du char Béatrice à terre descendit. Un murmure aussitôt dans les rangs s'entendit : Chacun nommait Adam. Tous alors entourèrent Ln arbre dépouillé dressant ses rameaux nus Du feuillage et des fleurs qui jadis les parèrent '.
h, La double autorité sectaire dissimulée sous son déginsement orthodoxe , tout matériel , n'éprouve aucune atteinte dans son essence par suite de cette retraite forcée , nuHa penna crollone. Croyez bien, du reste, qu'il s'agit d'un plumage tout viril , maschili penne. Et pas une de ces plumes-là ne cessa de s'employer pour le triomphe de la cause; le péril n'en fit pas trembler une seule, nulla crollone,
€. La vie d'action était tout à fait de saison à l'heure du péril , et ce n'était pas le moment de renoncer au langage dont Toulouse avait enseigné les éléments aux irovatori italiens , enfin c'était le cas d'adopter la route la plus courte ; aussi Dante suit la roue de gauche qui avait à décrire une courbe moins grande que celle de droite , le mouvement s'opérant du côte du bouclier.
7. Pour traduire exactement angsUca nota , on sprait presque tenté de dire i Nous réglloninotromortibe
sur les instructions du grand Orient, notes secrètes , émanées des hauts et excellents anges , comme on s'exprime en loge. — Quant à l'Eve qui pécha si fatalement en se laissant abuser par le serpent, nous n'ignorons pas qu'elle a fait assez mauvais ménage avec Dante-Âdam , et cela à raison des mauvaises connaissances qu'elle avait faites parmi ces dames florentines si décolletées , au point de montrer sans pudeur colle poppe il petto,
8. Les pas et les distances sont presque toujours désigné-s dans le poème par nombres impairs comme dans les rituels maçonniques, et leur signification est probablement la même. Mais peu nous importe.
9. Ce nom est murmuré à voix basse, ce qui indique sa signification mystérieuse. C'est qu'en effet Dante- Adam , ce créateur du langage éroto-dogmatiquc , est destiné à rendre sa splendeur et sa fécondité première à l'arbre de la science sectaire , qui devient l'arbre de Béatrice, cotnpa-
LE l'tRGATOlKE.
Sa chue, qui dans Tatr monte et de plus en plus Va s*ëpanouissant, par sa hauteur extrême , Siu-prendrait dans leurs bois jusqu*aux Indiens même ".
Sois béni , saint griffon , qui n'as point lacéré Sous les coups de ton bec ces rameaux vénérables Dont le fruit est si doux, quand , le sein déchiré, Kn s'éloignant de lui pâtirent les coupables".
C'est ainsi qu'entourant Tarbre au tronc vigoureuv Tous s'écriaient. Soudain , Têlrc double, après eux, Reprit : — Voilà comment doit de toute justice Se conserver sans lin la semence propice ". —
Puis du char, qu'il traîna jusque-là, le griffon Keprenant la conduite, en tourna le timon Et, l'amenant tout près du tronc veuf de feuillage ,
rée déjà deux fol» à un fruit , attendu qu'elle est la doctrine elle-même.
Or, de pareils secrets ne pouvaient se proclamer à haute voix. L'arbre est dévasté , dùtpogliata ptan/a, par suite de la violation des mystères du langage amoureux , par les frères apostats, ou si l'on aime mieux par les donne florentine.
10. Les progrès accomplis par la secte dans les contrées de TOccident sont faits pour étonner les peuples de rOrlent où elle eut son berceau.
1 1 . Le grand Orient , investi du double pouvoir politique et religieux, symbolisé dans le griiïon binato, a conservé la tradition de la doctrine et du langage ; il n'a pas fait comme ceux qui ont làcliement trahi, livré l'une et l'autre, et n'ont pas pour cela échappé au châtiment quiis croyaient ne devoir tomber que sur leurs frères. Ces misérables apostats se sont éloignés de cet arbre dont il est si doux de savourer les fruits; mais mal leur en a pri^, mal si torse il ventre quindi. Je ire
répondrais pas d'ailleurs que ml becco n'eût pas à signifier, ainsi <iu'a fait le bouc : celui loin duquel H faut tenir l'herbe.
12. L'arbre de la seience gnostique est vigoureux , robu^to , parce qu'il brave les foudres de Rome, qui peuvent bien le mutiler , mais non l'abattre. Aussi le griffon le proclame-t-il comme devant vivre éternellement pour conserver la seraence de toute justice , cette pof »tôt impériale dont elle émane, et pour triompher de l'iniquité, lorsque viendra le jour du jugement et de la vengeance h exercer contre les oppresseurs. On voit que les quelques mots mis dans la bouche du GrilTon ont leur éloquence. Quant à répithète binalo , appliquée à l'animal mystique , elle constituerait à elle seule une hérésie si le griffon était la figure du Rédempteur, qui, coéternel avec son Père , n*ctt né qu'une fols et cela comme bomiiie seulement; binaturato seul aurait été orthodoxe , mais c'e:5t pour cda qu'il a été rejeté.
Il l'y laissa lié de son propre branchage ".
Ainsi que , du flambeau des jours quand les rayons Se mêlent, en tombant de la sublime sphère, A ceux qu'on voit briller derrière les Poissons, S'enfle à l'envi le sein des plantes de la terre , Renaissent leurs couleurs , avant que le soleil \it , sous un nouvel astre , à son timon vermeil Attelé ses coursiers **; de même l'arbre antique, Naguère encore veuf de sa riche tunique, Se raviva , couvert de fleurs de toutes parts , Dont la teinte s'offrait moins vive à mes regards Que dans la rose et plus que dans la violette**. Jamais je n'entendis , nulle voix ne répète L'hymne qu'en ce moment chanta ce chœur divin ; Là même je ne sus l'ouïr jusqu'à la fin **.
13. Le Saint-Siège sectaire oa le char qui porte Béatrice dans son rôle de haut justicier, en un mot, le trône impiTial lui-même, est ainsi rattaché parle grifTun, symbole des deux pouvoirs réunis dans la main du monarque universel, à l'arbre de la science ou à la doctrine qui se résume dans ces mots : Empire universel, liberté de conscience. Dante a donc pu exprimer cet ensemble d'idées complexes par ce seul vers, si longtemps inintelligible : Quel di lei a lei lascid legato.
14. A l'équlnoxe de printemps, avant que le soleil passe du signe du Bélier dans celui qui le suit; c'est-à-dire ù l'époque ordinaire de la célébration des mystères ; les Poissons rappelant ici le silence inviolable recommandé aux initiés.
15. L'arbre se renouvelle , parce que rhéréâie, un moment abattue, a repris force et vigueur depuis que le trône Impérial s'est rattaché à elle, en contractant avec ses principaux membres une alliance secrète;
alliance dans laquelle il y a unité de but, le renversement de la monarchie théocratique, et communauté de croyances, c'est-à-dire afllliation à l'Ordre occulte. Ainsi, le troue du monarque , juge universel , dont la secle a été la première à proclamer le rétablissement comme le seul moyen de salut pour le monde, régi par un chef pervers, se trouve désormais uni à elle , lié à une idée qui n'est autre que son existence même, son triomphe sur l'ennemi commun. L'arbre doctrinal a repris force et vigueur, parce que les débds dispersés de l'albigéismc et du teuipiarismc ont pu se concerter, s'entendre et reconstituer une Égiise qui, réduite à se cacher encore comme la vioklle, n'en est pas moins florissante, et permet aux adeptes de concevoir des espérances couleur de rose, bien que la teinte en soit pâle encore.
16. Dante n'avait malheureusement jamais entendu les siens chanter l'hymne de victoire, et même
LK PCRGATOIRK.
Si je sentais ina voiv asf^eje habile et sûre Pour redire comment de Syrinx Taventure Chargea d'un lourd sommeil d'impitoyables yeux , Qui payèrent bien cher le temps qu'ils veillaient mieux , Comme Tartiste, alors qu'il peint d'après nature. Je pourrais retracer comment je m'endormis : Le fasse un plus expert à semblables récits ^\ A mon rëveirainsi je passe et dis en somme Qu'une vive lumière interrompit mon somme En môme temps qu'un cri: —Que fais-tu là ? Viens-t-en ".
Tels que, sur la montagne, et Pierre et Jacqun et Jean, Lorsqu'ils virent les fleurs de ce pommier splendide Dont le fruit, savouré par les Ange^ du Ciel , Se reproduit sans fin au banquet étemel , Tombèrent prosternés et, sur le sable aride , Demeurèrent vaincus dans leur être mortel , Puis furent ranimés à la parole forte De sommeils plus profonds qui brisa le pouvoir. Et, s'étanl relevés, s'étonnèrent de voir Manquer Moïse, lïlie, à la pieuse escorte , Et leur maître apparaître avec d'autres habits ;
t ics rêves d'un triomphe futur, il ne savait par quelles actions de irâcps ct:t hymne pourrait se terminer.
n. Dante» à qui H Importe d'enianÛT d'impitoyables yeux, occhi tpietaii, prend le parti de s'administrer n lui-même un narcoUque.
C'est un moyen dont il a déjà usé bien souvent, sans grand souci de la vraisemblance. T(iujutii.« rst-il i|U*il s'endort près de Tobjet de son adoration, dans un moment où son Intel et et sa curiosité doivent être excités au plus haut point. Il espère aans doute que son sommeil sera iv(»nlagieux,que las cantyeux inquilitiurs de l'Argus romain sa farme'»
ront à leur lour, qu'il pourra leur dérober ainsi le sens mystérieux de sa fiction orthodoxe et leur faire payer cher le temps où leur clairvoyance causa la ruine des Albiceois et des Templiers.
18. Il n'a pas jugé à propos d'expliquer comment et pourquoi H s'rndormil dans un moment »\ peu opportun ; mais ii trouve bon de nous apprendru comment il fut réveillé par un éclat de lumière qui déchira le Toiie, mi squarcio il velo; bien entendu que ce fut pour lui el les siens seulement, les impitoyables yeux devant rester couverts d'oo épais bandeau.
Tel je me réveillai *". Celte dame propice ", Sur le bord du ruisseau qui fut ma conductrice, Était auprès de moi, debout, et je lui dis, L'àme pleine de trouble : — Où donc est Béatrice ?
Vois-la, répondit-elle avec un doux souris, Soqs Tarbre , où reverdit sa parure divine, Qui , le regard serein , siège sur sa racine ". Vois ces deux groupes saints auprès d'elle rangés. Là-haut , le reste avec le griffon s'achemine Où plus doux, plus profonds, ses chants sont dirigés ".
A ce discours peut-être encore ajouta- t-elle ; Je ne sais , car déjà dans mes yeux brillait celle Qui, seule m'absorbant, tient le reste à l'écart ". En silence, là, seule, assise sur la terre,
19. Dante se regardait si bien comme un apôtre de la foi anti-catholique, ce dont nous trouverons des preuves décisives dans le Parad:6, qu'il se compare Ici aux trois grands disciples du Christ se réveillant h sa voi\, après sa Transfiguration, Nous pouvons donc nous attendre à voir Béatrice, la dame du salut, tant de fois comparée au Sauveur, transfigurée à son tour, aussi bien que le char qui la porte. Autrement, comment rattacher cette comparaison si audacieuse à la scène qui nous occupe ?
30. On remarquera que Mathilde est désignée Ici par Tépilhète Pia et que rAnon>rne s'obstine à l'appeler Lia jusqu'à la fin du Purgatoire.
21. La doctrine gnostique manichéenne dérivant de la science, ou gnosis, éclairée par la raison , rien de plus logique que de représenter Béatrice, pprsonniûcaliûn de cette doctrine » comme s'appuyant sur la racine de Tarbre de science, de même que nous l'avons vue assise sur le char dont il avait fourni le
bois. C'est la fol albigeoise ramenée à sa source, la fol albigeoise ravivée, renouvelée après la persécution, ce qu'indique la verdure nouvelle , la fronda nuora. Mais comme Béatrice est descendue du char, celui-ci va changer de nature et ne représentera plus que le Saint-Siège.
22. Ce chant est plus profond, cansonepiù pro fonda, c'est-à-dire d'un sens plus mystérieux; mais Dante n*a garde d'en répéter un mot, parce quMI expliquerait comment les trois vertus cardinales et les quatre vertus théologales restent l'apanage exclusif de la dortrinc sectaire, depuis que la religion de haine a Juré une guerre à mort h la loi d'Amour, et obligé le griffon Impérial à battre en retraite. Quant au pontife romain, n'ayant plus ni vertus d'aucune sorte, ni livres saints^ il est réduit aux décrétâtes.
23. En effet, la doctrine sectaire était la pensée dominante exclusive de son esprit, dont elle fermait l'accès à toute autre, ad altro 'niender Varea chiuso.
LE PURGATOIRE
Elle semblait laissée à la garde du char.
Qu'à l'arbre vénéré je vis lier naguère
Par Fébe au double aspect". D'un radieux rempart
L'entouraient toutes sept les Nymphes immortelles ,
Tenant haut dans leurs mains ces lampes éternelles
Pour qui n'est l'Aquilon ni l'Auster dangereux '•.
Tu n'as pas pour longtemps à rester en ces lieux ", Et tu seras, pour peu que tu suives ma voie , Citoyen avec moi , pour un bonheur sans fin , De cette Rome sainte où le Christ est romain ^^ Fixe donc , au profit d'un monde au mal en proie '•, Tes regards sur le char, et ce que tu verras. Souviens-toi de l'écrire à ton retour là-bas '*.
Ainsi dit Béatrice; et moi, dont la pensée Sur ses commandements se réglait empressée, Je dirigeai soudain, comme il m'était prescrit, Vers l'objet indiqué mes yeux et mon esprit
Jamais, en s'élançant de quelque épais nuage, D'un si rapide essor, au plus fort de l'orage ,
24. Ce char, auquel le griffun geul peut imprimer légitimement sa ilireclion , dans l'intérêt de l'humanité, n'a plus pour le défendre que la doctrine sectaire avec son cortège de vertus religieuses et philosophiques.
26. Ces lumière? que la secte s'efforçait de propager et qui ne redoutaient ni la France au nord, ni le roi de Nnplesau midi.
2G Littéralement : Tu auras peu de tonips à rester sylvain, silvano; c'est-A-dire, tu ne seras pas longtemps Guelfe en apparence, tu ne tarderas pas à quitter cette forêt ténébreuse et sauvage, selra osnira , sclvaggia. Enf., ch. i.