‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 151 sur 155 · Dme Cristo è papa, dit l'Anonyme; pour lui comme pour · texte numérisé non relu

Dme Cristo è papa, dit l'Anonyme; pour lui comme pour

Dante, Jésus-Christ n'était donc pas citoyen de la Rome des papes. Si Ton se rappelle d'ailleurs que Toulouse avait son Capitole, on s'étonnera moins que Béatrice, ou la dortrine albigeoise, ait à s'ccrtcr au^si : Rome n*ett plus dans Home, eilr est toute où je suis, dans la cité régie par la véritable loi du Christ, toute de paix, de justice et d'amour.

28. Le monde qui vit mal, ehe mal nVe, est celui qui reste soumis à l'autorité du pontife romain, ce chef p?rvers qui le détourne de la voie du bien et de la vérité, t7 cnpo reo che U mondo torca.

29. Une pareille recommandation témoigne de la haute importance attachée par le poète à la scène qui en est l'objet.

Ne descendit le feu des hauts confins de Tair, Que je ne vis soudain l'oiseau de Jupiter Fondre sur l'arbre saint, Tallaquer avec force , Dévaster fleurs, feuillage et jusqu'à son écorce ; Puis, en frappant le char de toute sa vigueui-, Il le fit s'incliner, de même que se penche Un navire en péril sur l'une et l'autre hanche , Quand des flots contre lui s'acharne la fureur »•.

Alors, au fond du char, et jusque sur le siège, J'aperçus se glisser un renard sacrilège, Afl'amé, qui semblait sevré de tous bons mets ; Mais, en lui reprochant maints odieux méfaits, Ma dame le fit battre en retraite, aussi vite Que ses os décharnés purent servir sa fuite ".

Je vis, du môme point d'où naguère elle vint, Dans la conque du char l'aigle alors descendue. Qui partout y laissait sa plume répandue ;

30. L'aigle de Jupiter, symbole de la BouyeraiDeté exercée par les empereurs païens, s'acharnant contre r^irbre de science et contre le char, siège de la double autorité qui en dérive , flgure , ù ne pas s'y méprendre » les persécutions dirigées par les empereurs romains contre la religion du Ciirist. Rien ne manifeste mieux le soin prudent que Dante apportait à épaissir pour les profanes les voiles dont il entourait ses fictions, que la précaution qn'il a prise ici de transposer les -époques, en signalant d abord la ruine des Albigeois et la destruction de rOrdre du Temple, pour en venir maintenant aux persécutions des premiers siècles et au règne de Constantin. Cet aigle aux grandes niles qui motiie les hautes branches est emprunté à Ézéchiei (ch. xvn), et flgure, d'après le prophète lui^

même, le roi de Babylone sévissant contre les princes de Jérusalem.

31. A peine les persécutions eurent-elles cessé que l'hypocrisie et Instuce 80 glissèrent dans le sanctuaire. On vit alors l'esprit ergoteur des Grecs se donner carrière et subtiliser sur le dogme, en s'ccartant de plus en plus du christianisme primitif, de la véritable gnosis. Alors les ambitieux, les intrigants, ne reculant devant aucune mauvaise action» laide colpCt se firent de la religion du Christ un instrument pour parvenir aux dignités et à la fortune, dont lis se montraient afTamcs; seule, défendant les droits de la juslice et de la vérité contre riniquité et l'artifice, la doctrine évangélique, ou Béatrice escortée des sept vertus, suffisait pour démasquer et mettre en fuite In rolpe sacriiépe.

LE PURGATOIHE.

Puis du Ciel une voix , comme d'un cœurétrcint

Par la douleur, sortit criant , tout affligée :

« 0 ma barque, combien te voilà mal chargée " î »

Bientôt il me sembla que la terre s'ouvrait

Juste entre chaque roue : un dragon en sortait ,

Dont s'enfonça la queue en la sainte voiture ,

Et , de la plaie ainsi qu'en lançant sa piqûre

La guêpe agilement retire l'aiguijlon,

Kn ramenant de même à lui sa queue impure,

li s'en fut entraînant tout une part du fond '*.

Le reste se couvrit, tel qu'un terrain fécond

Tout à coup envahi par mille graminées,

De ces plumes par l'aigle en masse abandonnées,

Dans un but qui , peut-être , était honnête et bon.

Je vis s'en recouvrir de même le timon

Et l'une et l'autre roue, en moins de temps peut-être

Que d'un sein oppressé n'est le soupir à naître •*.

32. L'aigle Impériale t répudié le paganisme ; elle est devenue chrétienne; nussl n'est-elle plus appelée l'oiseau de Jupiter. Après s'être déchaînée contre la religion du Christ, sans distinction de sectes, elle prodigue ses libéralités à l'Église, dont le pouvoir souverain espère se servir utilement dans rintérét de sa politique ; aussi saint Pierre gémit- Il dans le Ciel de voir sa pauvre barque encombrée de trésors, dans un but si contraire aux leçons du divin Maître; on peut donc être certain que le prince des Apôtres n'eût pas canonisé Constantin pour avoir fait donation au Saint-Siège de la ville de Rome et du domaine en dépendant. Telle est la conclusion à laquelle Dante veut évidemment nous amener.

33. Le dragon de V Apocalypse ou Satan lui-même, ce pape de l'enfer.

Pape Satan aleppe, ee grsnd reptile, gran verme, ne trouve pat que ce soit encore asaex de tant de ricil esses et de domaine : avide et plein de convoitise qnll est , rago rago, 11 défonce le char, afin que, semblable au tonneau des Daoakles, 11 devienne Impossible de le nmpilr, autrement dit d'assouvir l'avarice Insatiable des ponttfes. Le dragon à la queue venimeuse est en réalité le plus grand peraécateer qu'ait eu l'Église , il maggiore pergecutore, au dire de l'Anonyme, car per la «tw maligniîate «i trafOMto tutto il dificw delta chiesa.

34. La mimiflcence des empereurs et celle des rois chréUens a fait pleuvoir sur le Salnt-Sléfe «de aflluencc de biens, que le poète oooipare aux mauvaises herbes envahissant un champ dans lequel une bonne euKure eût fUt se dépiover

CHA?iT XXXn.

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Or, le saint édifice , ainsi transfiguré, De têtes se chargea, subitement eicrues, Dont trois sur le timon , comme des bœufo cornues ^^ Et quatre, une à chaque angle, y formant le carré, Qui d'une seule corne au front étaient pourvues'*. Jamais un pareil monstre aux }eux ne s'est montré *\

Une Prostituée alors frappa ma vue ; Elle siégeait sur lui , la hardiesse au front, Ferme comme mie tour sur la cime d'un mont. Et ses regards erraient partout sans retenue **.

de splcndides moissoDs, et ceUe inuniflcence mal entendue l'a ainsi complètement transformé, troêformaU>$en croyant bien faire, forte eon intention casta e benigna, empereurs et rois ont perverti le Salnt- Slége et son gouvernement, e H iemo.

Zh. L'ambition orguellleuso , la colère et l'avariée, présidant an gouvernement de l'Ëgllse, sont représentées avec deux cornes, en tout, six, parce qu'elles nuisent tout à la fois au prochain et au pécheur luimême en violant six commandements do Dieu. (OU. C.)

36. La gourmandise, la paresse, Tenvle et la luxure, plus particulièrement nuisibles au prochain et violant quatre commandements.

(/Wd.)

37. Au commencement du dernier chant de l'Enfer, Dante, en apercevant de loin Lucifer agitant ses ailes, l'a comparé à un moulin à vent et, par une allusion sacrilège à l'Église romaine, il a dit : tedet' mi parre un tal difieio. Nous retrouvons ici la même idée sous une autre forme, et die nous est signalée dans les mêmes termes ; car ce n'est pas sans motif que le poète reproduit Ici cette expression de dificio sanU>, en l'appliquant au char, c'est-

à-dire au siège transformé en monstre. Il en fait sortir sept tètes , dont trois ont chacune deux comee, parce que , nous dit le P. Daniel , sept cardinaux seulement prenaient part dans les premiers temps à Tèleetion du pape et portaient seuls ia mitre à deux pointes. Nous venons de voir que l'Anonyme, qui , peutêtre, avait ses raisons pour ne pas être aussi explicite, reconnaissait dans ces sept têtes les sept péchés capitaux; mais dans sa pensée eeUe interprétation ne s'éloignait peutêtre pas autant qu'il le parait de celle de Daniel, car les tiin Uidroni pouvaient bien représenter les se|>t péchés capitaux.

38. Les commentateurs ne sauraient méconnaître Ici une intention agressive contre l'Église romaine, mais ils prétendent réduire cette satire sanglante aux proportions d'une personnalité. Selon eux, Il ne s'agirait ici de flétrir que Boniface Vill et Clément V, coupables, aux yeux de Dante, d'avoir prostitué ia dignité pontiQcale dans leurs rapport») avec les souverains temporels. On jugera, d'après tout ce qui précède et ce qui suit, si rhostillté du poète n'est pas beaucoup plus générale et ^ ne s'attaque pas à l'Église romalae ' elle-même, atix chefii qui l'ont di-

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