‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 18 sur 155 · Ceux-là ont aussi péché par · texte numérisé non relu

Ceux-là ont aussi péché par

la gorge et ils sont punis par la gorge. De plus, pour rendre l'allusion plus salslssabie , ils coassent un hymne, Questo inno si gorgoglian ; ce qui dirige l'attention sur ceux qui chantent les louanges du Seigneur.

39. On voit que la métaphore se continue , et qu'il faut entendre par cette vase liquide les enseignements donnés du haut de la chaire.

(*) La filintioD de ridée mise en ocurrepar notre poëte dans sa déiînilion syin1>olique de la Fortone remonte i ces Pauliciens, qui, se raltacliant au gnosticisme, forent si non les pères» au moins les frères spirituels des Albigeois. Partant de ces p»rolee d'Isale : Qui paravefunt mensam Fortunœ et Dcemonii pneulum imple^ perunt, ete,, la communion était peureux le sacrifice des Dénions» habitants du temple; Sanc/am eorporiê et taugiiinU Domini communionem Dœmonum qui in ttinplo habitant taerifieium appellanl. Inutile sans doute d'explitiuer quels étaient dans la pensée decea liérétiqnes les démons dont la coupe se remplissait dans le temple et cette Fortune dont la table y était dressée. Le témoignage du moine de Zigrfbéno qui noxxt donne ces renseignements dans sa Panoplie dogmatique de la fei orthodoxe est d'autaut plus précieux qu'il était contemporain de IMiérésie paulicienne et des poursuites dont elle fut l'objet i Constantinople ; qu'il a vu, entendu «t lu C0 qu'il raconte avec la bonne foi d'un fervent religieux; que son livre a été traduit du grrc en latin à Venise, en 4fi53. par un chrétien orthodoxe, non moins zélé que lui, P. F. Zino de Vérone, avec Tinlention de l'upposer aux progrès de la Téfoination, eontra hœrtitt, ainsi ijue l'attestent le titre et In dêilic-HC du Iradnc^ leur i Lnigi IJpomann, archevêque de Vérone. Et malgré tout cela, Dante n'aurait en rien de commun ni avec les Pauliciens, ni avec les Albigeois I

Au pied de celte tour lorsque nous arrivAmes, Je dis, en poursuivant, que déjà nous avions Vu de loin, au sommet, briller deux jets de flammes. {]u autre à ce signal répondit. Ses rayons Frappaient nos yeux à peine à très-grande distance ^

A Virgile aussitôt, cette mer de science, J'eus recours : —Apprends-moi, dis-je, ce qu'en ce lieu Exprime ce signal. Que répond l'autre feu? Qui les a fait briller? — Et lui : — Si ne fcmpéche Le brouillard du marais, dit-il, d'apercevoir Ce qui s'en vient là-bas sur le flot trouble et noir. C'est là ce qu'on attend. — Non, jamais une flèche Par la corde chassée, aussi rapidement Ne courut, traversant les airs, qu'en ce moment (rlissait sur le flot sombre une étroite nacelle, D'un seul nocher montée*. Il crie en arrivant: — Te voilà donc venue enfin , àme rebelle • !

1 . Après aYoir expliqué comment dit Landino, dans son commentaire,

la Fortune n'est autre chose , pour 2. Un sol galeotto , dit Dante, qui

lul,que ia puissance ponUflcale, il ^^^,^ ^^^.^^^ ^^

va nous faire connaître ses œuvres. ^^^^ ^^ ,^^ ^^i qull désigne

et, a cet effet, il nous transporte sur ^^,„ . ^^^ . „. ,. ."* p„ ^„^,

ia «A.^!»^:... n^»«.«*i« p« î.nv»» «.. SOUS le nom de Pnlégias. LneiTet,

16 territoire florentin. En eliet, au ,. ^^^ -»^««^*#- ««i..i «„»«.!

bord de l'Arno «'ii|pvi.lt 1p oh^tPaii ^"'^^''' ^^^ * aspetta , celui qu on

H^ rAnJ.» /l' t^fiifli .V attend est le même dont Ciacco a

de 1 Ancisa (roy. \iiani , ix,4Sj, ... . m t . ^ .

qui correspondait awc Floreiice au *'• •="• " = ^'"' ''" ««" ^^'^^

moyen de signaux enflammes : Di 3. Anima fella, oui , félonne en>

dl col fumo e di notte col fuoco , vers VÉgiise, rebelle à sa loi.

CHANT nu. 59

— Phlégias, Phlégias^ ce sont des mots au yent ,

Lui dit mon protecteur, crois-moi, de penser change,

Nous ne serons à toi, tout juste, que l'instant

Qu'il faut, dans ton esquif, pour passer cette fange *.—

Gomme d'un grand mécompte un homme qu'on surprend Renferme son chagrin, qui l'en mord davantage, Tel Phlégias se tait et dévore sa rage. Dans la barque aussitôt mon maître qui .descend M'y fait entrer ensuite, et moi seul, par ma charge. J'ai paru la lester. Soudain prenant le large, L'antique nef fend Tonde et va tirant plus d'eau Qu'avec tout autre encore avec ce poids nouveau.

Pendant que nous courions l'onde stagnante et morte, Devant moi se soulève un fantôme fangeux.

— Qui donc es-tu, dit-il, pour venir de la sorte Avant l'heure marquée® ?— Etmoi : — Si dans ces lieux Je viens, je n'y dois pas rester «. Qu'il ne t'importe. Toi-même, quel es-tu, qui t'offres si hideux ?

— Tu le vois, reprit-il, un malheureux qui pleure ^ — A quoi je répartis : — Esprit maudit, demeure A pleurer dans la boue • : encore que tes traits Soient ainsi tout souillés , va, je te reconnais •. —

4. Phlégias, qui avait brûlé le 7. Autrement dit : un catholique, temple du dieu de la lumière, sym- un fidèle de la religion de haine ; boliêe fet le xèic fanatique des Noirs ceux-là pleurent constamment, florentins, ennemis de cette lumière 8. Nous avons dit ce qu'il fallait venue de l'Orient, dont ils auraient entendre par cette eau trouble, cette brûlé volontiers tous les apôtres. fange , celte boue noire , en oppo- Nul doute qu'il ne faille voir dans ce sltlon aux ondes limpides de la docdémon Charles de Valois, qui , appelé trine sectaire.

à Florence comme pacincateur, y 9. 11 le reconnaît si bien qu'il va

mit tout en feu. Voy. IMno Gompa- rappeler le bizarre esprit florentin ;

gnietl. ViHani. attendu que ce Philippe Argent! ,

5. Exilé de Florence sons peine l'homme d'argent , est la personnlde mort , comment te permets-tu de fication de l'esprit mercantile des rompre ton ban ? Guelfes de Florence , l'esprit bour-

6. Tant que les Noirs y domine- geois hicarné, plein d'emportement ront: e'étaK là son tourment. et de fureur, contre tout ce qui

L ENFER

Lui , s'attache à Tesqulf de ses mains qu'il allonge *•; L'en repousse le maître et s'écrie irrité :

Avec les autres chiens" va-t'en et vite plonge. — Puis les deux bras au cou , soudain , il m'a jeté, Et me baise au visage, en disant : — Ame fiëre, Soit bénie à jamais celle qui fut ta mère *^, Au monde celui-ci fut d'orgueil dévoré, Sans même une vertu pour parer sa mémoire , Aussi souffre-t-il là de fureur ulcéré.

Que de grands rois, là-haut, tout gonflés de leur gloire ", Se vautreront, chargés de honte et de remords, Dans ce cloaque infect, comme d'immondes porcs **.

Je repris : — J'aurais, maître, à coup sûr grande envie De le voir submergé dans la mare croupie Avant que nous soyons déposés sur ses bords *•. — Et lui : — Tu n'auras pas à ce bateau qui glisse Dit adieu, qu'il faudra que ton vœu s'accomplisse. —

Je vis bientôt après, en effet , quel parti Fut fait à l'orgueilleux, par la tourbe endurcie Des compagnons fangeux dont il fut investi. J'en loue encor le Ciel, et je l'en remercie. c( Sus, sus, criaient-ils tous, à Philippe Argenti". »

blessait ses croyances et ses intérêts.

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