La comédie ne saurait certes aller plus loin
30. La reconnaissance du disciple envers son maître se révèle dans le langage qu'il lui prête et dans le poste qu'il lui assigne dans son Enfer; bien que la sodomie dont il le montre subissant la peine ne soit
lai
l'enfer.
Croyez.qtt'en ma mémoire aussi j'ai soin d'inscrire Ce que tous m'annoncez de mon sort à yenir, Pour qu'avec autre chose ait à m'en éclaircir Une dame, là-haut ^ qui saura bien le faire , Si j'arrive jamais jusqu'à si sainte sphère '^ Je suis prêt, au surplus , demeurez-en certain, Pourvu que sans remords je vive, Tome flère, A subir la Fortune avec un front serein , Ne m'est nouveau pareil augure; mais enfin Qu'à son gré la Fortune ait à tourner sa roue Et l'homme de la glèbe à manœuvrer sa houe ".
Mon maître vers la droite à ces mots se tournant Me regarde : — A compris, dit-il, qui se rappelle ".—
Nous n'ep marchions pas moins en nous entretenant. Du triste Brunetto sur l'arène cruelle Je viens de m'informer quels sont ses compagnons, Ceux dont sont plus connus , plus illustres les noms.
Pour quelques-uns , dit-il, je puis te satisfaire ;
pas celle dont on s'est étonné avec raison, et que ne jusliOait pas sufflsamment , n'en déplaise à MonU , la paternité du Pataffio. Que d'ironie dans ces mots : Tant que je serai vivant, c'est-à-dire Gibelin , 11 faut qu'on reconnaisse à mon langage , nella lingua mta, à quel point je vous sais gré de votre enseignement guelfe, qui conduisait à la mort de la raison et de l'intelligence!
31. Jusqu'à Béatrice, qui sera à même de lui expliquer aussi la prédiction menaçante de Farina ta, dont Virgile lui a recommandé de garder le souvenir. Cli. x.
32. Que la justice pontificale émanée de la cour de Rote ait à s'exercer capricieusement, à mesure que le pouvoir suprême passe de pape en pape, et que les serfs dociles du Saint-Siège aient à bêcher stupidement la glèbe au proiU du despo-
tisme sacerdotal.
33. Il y avait donc un mystère à comprendre dans cette définition de la Fortune donnée par Virgile à son disciple, puisque, tourné vers la droite, c'est-à-dire dans le sens gibelin , Il applaudit à son Intelligence et à sa mémoire, pour avoir placé si à propos et à deux reprises différentes le nom de ceUc Fortune symbolique. Beaucoup persisteront à voir là une allusion à ce vers de TÉ nélde : Superanda omnis fortuna ferendo est. Ubre à eux; mais en cela consiste la profonde habileté du poète. Il a toujours une réponse prête, sachant, comme il le dit, habiller et déshabiller à son gré sa pensée. Mais, en conscience, Dante aurait-il fait preuve d'une intelU* gence bien déliée en comprenant une pensée aussi clairement exprimée?
Quant au surplus^ crois-moi, le mieux est de m'en taire ^\
La tâche serait longue et les moments sont chers.
Sache en somme que tous, tant quils sont, furent clercs,
Gens lettrés, érudits, en renom dans le monde
Dont un même péché souilla la yie immonde '^
Dans la foule qui suit en pleurant ce ruisseau,
S'en Yont et Priscien et François d'Accorso ".
Tu pourrais même Toir, pour peu que t'aiguillonne
Pareil désir, celui qui, bien contre son vœu,
Fut, par le serviteur des serviteurs de Dieu,
Transféré de l'Arno sur le Bacchîglione,
Où de ses nerfs, à mal distendus en tout lieu,
U déposa le faix '^ J'en dirais davantage ,
34. Attendu que certains noms aoralent révélé la véritable signiflcation de cette prétendue sodomie.
C'est une tactique invariable.
35. B'où U résulte que la violeuce faite à la Nature, ou à la providence Impériale, n'est le tort que d'une certaine classe de la société , classe lettrée , sachant se servir de la plume et de la parole. Elle ne se rencontre donc pas , comme les péchés ordinaires , dans tous les rangs de l'espèce humaine. En est-Il bien ainsi du péché dont on voudrait qu'il fût Ici question?
36. On cherche en vain ce qui a pu valoir pareille mention à Priscien , grammairien du vi* siècle.
Peut-être ce nom esl-il cBtropié ou cache*t-ii celui d'un contemporain.
Quant au fils du célèbre jurisconsulte Accurse, il est évident qu'il est stigmatisé Ici pour avoir déserté les doctrines paternelles , celles de cette fameuse université de Bologne, qui ne Jurait que par le droit romain et proclamait hautement la souveraineté temporelle dos empereurs , en faveur de qui elle se déclara dans la querelle des investi-
turea. Devenu Guelfe, le fils du 'glorieux Gibelin n'était plus qu'un enfant de Sodome. Fu del eontado di Firenge il padre e figliulo , dit VOttim C. , en constatant que U ehioge sopra % libri di Corpo di raffione sont l'œuvre du père , auquel succéda, dans sa chaire de Bologne, celui que Dante flétrit Ici.
37. Dante reproduit ici le même artifice dont II a usé pour faire confusion entre la gourmandise et l'indiscrétion ; il se sert à dessein de mots à double entente pour que le lecteur songe à tout autre chose qu'à ce prurit guelfe qu'il désigne par l'expression peu épique de (igna. A cet efTet, il donne à entendre qu'un prélat scandaleux, André des Mozzi, fut transféré par Nicolas lil de l'évéché de Florence à celui de Yicence» pour des désordres dont on pourrait douter également, si les faits monstrueux mis par le bon Varchi à la charge du cardinal Farnèse, fils du pape Paul III, n'obligeaient à en admettre la possibilité.
(Voy. Stor. flor. de B" Varchi, g dernier, t. II du Thés, anllq. et Hist.
Ital. ) Les mal protesi nervi du
Iâ4
L ENFER
Mais (lu sablo. je vois de nouveau qu'un nuage. S*élève , et je ne puis suivre plus loin tes pas. Cette troupe qui vient vers nous, je ne dois pas L'attendre et m'y mêler sur l'arène maudite *'. Va, je te recommande en partant mon Trésor, Rien de plus, car là-haut par lui je vis encor ".
Retournant sur ses pas, à ces mots il me quitte. Près de Vérone ainsi, courant au drapeau vert, S'élancent les rivaux à travers la campagne *• ; Mais, tant il va rapide, au vainqueur qui le gagne Il ressemble et non pas à celui qui le perd ".
prélat florentin , qui fut chapelain des papes Alexandre IV et Grégoire X, font peut-être tout bonnement allusion à la violence qu'il déploya pour faire triompher les Guelfes, le mauvais parti, auquel appartenait sa famille.
38. Parce que celle-ci est composée des Guelfes affiliés à i'Albigcismc, et que le poète a soin de grouper ses damnés par famille ^ comme il dit; adoccUiaio da cotai familia. Ces Guelfes républicains aspiraient à une réforme religieuse , mais ne voulaient pas entendre parler d'une monarchie impériale. De là une séparation, que rien ne motiverait sans cria, entre pécheurs souillés du même vice et subissanti au même lieu, le même châtiment.
39. Titre d'un ouvrage deBrnnetto Latin i écrit en français , langue , se-
lon lui , « délittable entre toutes. »
11 composa aussi un Tesoretto et un Traité de la bonne parleure,
40. On ix>urait alors partout le pallium. Pourquoi donc mentionner seulement les courses de Vérone?
Parce que c'était une ville toute gibeline, que la conversion de Bmnetto est complète, si rivoUe, et que, animé du zèle des nouveaux convertis, il va plus vite et plus loin que les autres.
4i. H ne manquait h ce témoignage éclatant de la gratitude du poète envers Brunetto Latlni que d'igouter le ridicule à l'horreur du supplice, et de montrer courant à toutes jambes le vieux maître quii s'était plu à entacher, du moins en apparence, d'un vice immonde, au risque de faire rejaillir sur lui-même une impresslQU assez peu favorable.
CHANT XVl.
Du point où nous étions déjà s'entendait Fonde Qui, d'un cercle dans l'autre en tombant, au loin gronde, Comme autour d'une ruche un essaim bourdonnant * ; Quand d'une foule, qui passait sous ce martyre De l'averse de feu, trois ombres s'éloignant, S'élancèrent vers nous; et chacune de dire :
— Arrête, à cet habit dont tes reins sont couverts, 11 semble que tu sois né dans nos murs pervers. —
Ah ! combien sur leur corps d'anciennes cicatrices , De récentes , s'ouvrant vives sous les supplices ! Le souvenir m'en est encore douloureux.
Le poêle, à lem's cris, vers moi tournant les yeux :
— Sois courtois pour ceux-là, dit-il, qu'il faut attendre % Et, sans le feu vengeur qu'en flèches fait descendre
La nature du sol, je dirais que bien mieux Toi-môme il te siérait de l'empresser vers eux '. —
1. CcUc comparaison empruntée .1. Est-ce que cet emprefisemcnt au bourdonnemcDt des abeilles, ar- n'eût pas été bien plus convenable nie, mot qui rappelle TArno, peut de la part du disciple à Fégard de bien avoir pour but de signaler i'ap- son maître? D'où provient donc le parition prochaine de personnages sentiment de haute estime que VI rflorentins. gile , indiirérent pour Brunetto , ma-
2. H ne l'a donc pas été pour son nifeste pour ces trois damnés? On vieux maître; autrement pourquoi le devine aisément, ils ont Joué un pareille recommandation , lorsque grand rôle dans les rangs de la secte nanlcn'ajusqu'ici rudoyé personne? albigeoise. Aussi Dante s'est-il em- (Vcst qu'eux aussi parlent et t'iilcn- pressé au début de s'Inrormer d'eux, dent le langage de la cour impériale. Damnés comme Gucifis , ils ont
L ENFER
Nous étant arrêtés, tous les trois prononcèrent Des mots non oubliés *. Puis plus près s'avancèrent Et, tous trois par la main en cercle retenus. Se mirent à tourner *. Tels, frottés d'huile et nus, Des athlètes, de l'œil, cherchent leur avantage, Avant que le combat dans la lice s'engage; De môme, en tournoyant, leur regard me cherchait. Je les voyais vers moi diriger leur visage , Et leurs pieds, quand leur cou dans un sens se penchait, A l'inverse toujours poursuivaient leur voyage *.
droit au respect comme dignitaires hérétiques, et il faut leur parler dans la langue sectaire , dans celle de la cour d'Amour, cortese^ aulica, attendu que si cette cour est disse* minée en Italie par loges ou temples, elle n'en existe pas moins dans les cités, les châteaux, les couvents même, avec ses rites et ses mystères. Vulg, éloq. ( Voy, page 402 des Révéi.) Nous les trouvons là parmi des GueKes orthodoxes frà Vanime ptû nere; mais ils y font bande à part , parce que leur faute est différente , colpa diversa, (Voy, ch. VI, note 20.) Cela ne les empêche pas d'être des héros aux yeux du poète ; aussi va-t-ii les comparer à des athlètes prêts à engager la lutte contre l'ennemie commune, ce dont font foi leurs regards fixés sur lui , ciascuno il visaggio drix- %ava a me,
4. LlUéralement : lis recommencèrent le vers antique; ce qui ne peut se rapporter à la remarque qu'ils viennent de faire sur le costume de Dante, rien n'étant moins ancien ; encore moins à des gémissements de leur part ; mais s'applique parfaitement aux mots du grade en usage dans toutes les sociétés secrètes, et à l'aide desquels les inittés se font reconnaître de leurs
frères et amis. On comprend ainsi :
Ricominciar l'antico verso.
5. Littéralement : Ils formèrent une ronde à eux trois. Mais il aurait été plus exact de dire : ils se formèrent en loge , attendu que tous les rituels ma<;onnlques nous apprennent que trois membres suffisent pour constituer une loge parfaite.
Aussi en reconnaissons-nous une dans le sonnet : Guido, vorrei che tu e Lapo ed io , etc. Leur mouvement circulaire , que nous verrons se reproduire constamment dans les rondes sans fin du Paradis , symbolise la concorde et l'harmonie.
6. Que signifie cette ronde bizarre? L'explication en est on ne peut plus simple, et s'il faut s'éton-* ner de quelque chose, c'est que nous soyons le premier à nous en aviser. Dante a voulu exprimer que ces trois grands citoyens de Florence, Guelfes par l'opinion, hérétiques par la foi , faisant la guerre aux Gibelins dans un intérêt républicain, et s'associant à eux dans leurs idées de réforme religieuse, avalent agi constamment en opposition avec leur manière de penser en matière de foij qu'ils avaient marché dans un sens Inverse de celui dans lequel se dirigeait leur vue. 11 est évident pour nous que,
Sur ce sable mouvant si nos pas douloureux , Dit l*un, si notre aspect noir \ sillonne , hideux , T'inspirent le mépris pour nous, pour nos prières , Que notre renommée en des temps plus prospères, T'engage à révéler qui tu peux être , toi , D'un pied vivant et sûr qui foules sans effroi Ce sol d'enfer. Celui de qui je suis la trace Quoique le chef pelé, nu, l'horreur sur la face , Fut d'un grade plus haut certes que tu ne croi •. Petit-fils de Gualdrade, il eut nom Guido Guerre. Avec répée il sut faire beaucoup sur terre , Non moins par le conseil •. Celui dont, après moi,
Dante a entendu mettre ici en relief ce quMl y ayatt de peu logique dans la conduite de ces trolg vaillants champions, parlant la même langue que lui, celle des cours d'Amour, aspirant comme lui à une reconstitution quelconque de l'Église catholique, soit sous le rapport du dogme, soit sous celui de la discipline , et pourtant agissant en sens contraire, par leur persistance à repousser la forme monarchique. Ces deux tendances en antagonisme complet sont parfaitement Indiquées dans les vers du vi* chant, où Dante, s'Informant à Giacco du sort de ces trois grands Florentins, lui demande tt il âel gli addokia , o l'inferno gli attosca; car il les signale ainsi comme dignes du Ciel par leur croyance et méritant l'enfer par leur politique. Lorsque nous avons vu maints conservateurs voltairiens, maints lé^timistes protestants et nombre de libéraux, de révolutionnaires même très -bons catholiques , comment ne pas admettre que, dans Plormce, travaillée par des factions rivales, Vopinion politique laissât dans le for Intérieur pleine liberté à la conscience en matière de foi, et
que ceux qui s'entretu aient sur le champ de bataille pussent s'embrasser dans réglise ou dans le temple, indépendamment du drapeau qu'ils suivaient?
7. Aspect qui nous signale comme appartenant nu parti guelfe, celui des Noirs, tinto aspetto e brollo, sur le sol mouvant des passions, loco soUo,
8. Fu di grado maggior. Il ne s'agit Ici ni du rang social , ni da lignage, mais du grade sectaire, bien autrement important pour Dante. Ce mot A double entente lui permet ainsi de signaler un Guelfe illustre comme un des hauts dignitaires du templarisme. On s'étonnera peut-être que j'aie fait des Gibelins de ces trois Florentins, page 133 des Révélations. J'en dirai le motif à ceux qui s'en enquerront; mais si l'on veut se reporter à la page 135, note 5, de ma première traduction, on verra qu'ils y sont bien et dûment signalés comme appartenant au parti guelfe.
9. 11 contribua puissamment, en effet, à la victoire que Charles d'Anjou remporta, près de Bénévent, sur Manfred, Ais de Frédéric H , et fut un des opposants à l'expédition de
L ENrBR.
Les pieds battent aussi cette ardente poussière, Aux siens eût dû laisser une mémoire chère; Car c'est Te^biaîo , ce noble Aldobrandi '•. Et moi des mêmes maux dont soufire la pauvre âme , Jacques Resticucci fut mon nom ; me perdit Certes par-dessus tout mon intraitable femme ^K Si j'avais su comment m'abriter de la flamme , Je me serais jeté du bord au milieu d'eux Et, je crois, l'eût permis mon guide généreux; Mais de ces feux cuisants j'aurais été la proie Et la peur triompha de ce désir pieux, Qui de les embrasser m'aurait valu la joie ".
MontapertI. H avait été exilé de Florence avec le père de Dante , et le paiti guelfe, dont il était devenu le chef, lui dut sa rentrée en 1207.
Il exerçait en 1251 les fonctions de podestat à Arezzo. Son aïeul, le comte Guido Guerra H, avait épousé Gualdrade des Ravignani , 111 le de Bellincione Bertl.
10. rx)mine Guido Guerra, auquel il succéda dans l'offîce de podestat d'ArezyA(ViIluni,vit 62, Lco'** Aretino, ii), il s'était opposé à l'expédition dirigée contre les Siennols par les Guelfes florentins, expédition qui amena le désastre de MontapertI et la victoire de Farinata.
n . 11 appaiienait à la famille des Cavalcanti. Sa fiera moglie est tout simplement la faction guelfe, qu'il avait épousée t à laquelle appartenaient son corps, sa volonté, par suite de ses liens de famille , quand son intelligence lui avait fait adopter la foi sectaire. Or sou opiniâtreté à repousser l'Empire par attachement pour la forme républicaine, à laquelle il s'était voué de corps et d'àme, en dépit d'une croyance religieuse qui devait le rapprocher des Gibelins, fut ce qui le perdit à leurs
yeux, et surtout à ceux de Dante.
Cette explication n'a rien de forcé, à coup sûr. Mais non : on aimera mieux croire qa'un citoyen honore, appartenant à une famille amie, pour qui le poète lui-même professe la plus haute estime, s'est souillé de désordres honteux, et cela par suite du caractère acariâtre d'une madame Honcsta. Ainsi solt-ii. Sismondi sentait bien tout ce qu'une pareille imputation envers des hommes d'État, des capitaines en renom avait de choquant; mais il croyait y retrouver ces idées de fatalisme sur lesquelles les Grecs fondèrent leurs tragédies , ce qui ne Tempéche pas d'igouter : « Il est étrange qu'un vice aussi honteux se fût généralement répandu dans une république qui, sous tous les autres rapports, nous parait austère et vertueuse. • [Rëp,%(al„\u p. 324.) Mais l'histoire est écrite comme cela , et il est plus commode de la laisser telle quelle
12. Est-ce que cet élan chaleureux du sectaire qui retrouve des frères n'est pas assez éloquent, comme aussi sa crainte de se compromettre avec eux, lui Gibelin, en allant rmbrasscr des Guelfes, ces (Us de So-
Je répondis bientôt : — Ah ! ce n'est pas mépris , C'est douleur et pitié que Totro sort m'inspire ". Croyez que de longtemps celle qui me déchire Ne s'affaiblira point; et soudain j'en fus pris, Dès que je pus penser, au discours de mon mattre, Que des gens tels que vous étaient pour m'apparaître Parmi ceux que vers nous je voyais s'en venir '*. Je me vante avec vous de la même patrie ; Vos noms seront toujours grands dans mon souvenir , Où votre œuvre survit , honorée et chérie ", Je vais, laissant le fiel, en quête des doux fruits Que vint mon sage maître à mes lèvres promettre " ; Mais , avant que mes pas jusque-là soient conduits , Au plus bas de l'abîme il faut que je pénètre.
Par ton âme que soit longtemps guidé ton corps *' , Fut prompte à répartir cette même ombre alors. Et puisse ton renom briller après ta vie ! En notre cité, dis, valeur et courtoisie, Ainsi qu'au temps jadis, ont-elles leur séjour.
dôme, dans leur atmosphère de feu ? Oni, certes Virgile n'anrait pu qu'applandir k rentrainement de son disciple, à cette fusion désirée, qui aurait jeté Gibelins et Guelfes afllliés à leurs doctrines dans les bras les uns des autres; car alors c'en eût été fait de la puissance du Saint-Siège et peut-être même du catholicisme lui-même.
13. Il aurait méprisé des hommes vicieux, il plaignait, tout en admirant leur noble caractère , des hommes qui , partageant sa fol , dilTélaient d'opinion politique avec lui.
U. Lorsque Virgile lui recommanda de leur faire un accueil courtois.
th. Leur participation & cette ovra mystérieuse qui devait changer en or d'Orient le plomb vil de la terre
d'Occident, voll<^ ce qui leur valent la sympathie et Tadmiration de Dante, et non pas peut-être leurs exploits contre la cause gibeline.
16. Les doux fruits de l'arbre de la doctrine secrète de l'Amour, arbre au pied duquel il nous montrera Béatrice assise dans le Purgatoire, lorsque se sera enfuie celle qui distille le fiel orthodoxe do la haine.
17. Ne fais pas comme moi, ne laisse pas les liens corporels, les attachements de famille et de parti l'emporter sur les liens spirituels; que ton intelligence, ta raison domine toujours ta volonté , celte épouse intraitable de l'esprit; car c'est ainsi que ta mémoire deviendra glorieuee.
LENFER.
Ou leur a-t-il fallu s'exiler sans retour *' ? Car Guillaume Borsier, sur notre ardente arène Nouveau venu, qui suit là ce troupeau serré, Par ses tristes récits nous indigne et nous peine **.
Des parvenus, des gains subits, ont engendré L'orgueil , la convoitise au suprême degré, 0 Florence ! et déjà tu t'en désoles toute, M'écriai-je , les yeux élevés vers la voûte. Et tous trois, à ces mots, m'ayantfort bien compris, Se regardent entre eux, comme, en chassant un doute. Des gens que Tévidence a tout à coup surpris ".
Que ne doive jamais te coûter davantage De satisfaire autrui sans péril, toi qui peux A ton gré t'exprimer dans un pareil langage ",
18. Nous connaissons la signification du mot courtoisie; celle de talor a une portée mystico-politique » car elle exprime la réunion de tous les attributs composant Tessence divine dans le sens sectaire , attributs dont les Gibelins ne manquaient pas de faire le partage de l'Empereur, seul représentant de Dieu sur la terre.
1 9.Ce Borsiere, autre gentilhomme florenUn, de la môme nuance politique et sectaire, avait visité dans ses voyages, au dire de Boccace, plusieurs cours étrangères ( voy.
Decam. J.i. Nouv. 8); mais peutêtre bien entend-il par là les cours d'Amour de la Provence et des autres pays. Au reste, la question de Resticucci se réduit à ces termes :
y a-t-il encore à Florence beaucoup d'impérialistes et d'adeptes de la secte d'Amour ?
20. On est très-habile au langage des signes dans les associatluns secrètes, et ces trois Florentins nous en donnent la preuve, en saisissant à l'instant la pensée de Dante, dont
les yeux levés en haut leur désignent dans Dite, située au-dessus d'eux, Florence livrée , sous Tinfluence sacerdotale de Méduse, aux trois Furies , cause des maux dont elle est désolée. Ce qui prouve que la faccia levata était un signe, c'est que Dante a soin d'ajouter : Cio tV taer per risposta,
21. C'est parce qu'il avait souvent bien autrement de peine à exprimer sa pensée, sans la rendre trop saisissable, que Dante se fait adresser irt>nlquement ce compliment par ses coreligionnaires sur sa manière de parler a sxia posta. Du reste, U avait conscience de son habileté en ce genre , l'Otrlmo nous en est garant : lo scrittore, dit-il, Enf., note 79 du ch. X, udii dire a Dante, che mai rima nol trasse a dire altro, che quello ch' avea in suo proponimento. Il ajoute, et certes le témoignage est assez éloquent: « mais qu'il lui arrivait fréquemment, «pe^fe roU^t de faire dire aux mots toute autre chose que ce qu'ils exprimaient d'ordinaire dans les vers des autres,
Reprirent-ils tous trois, et sois toujours heureux. S'il t'est donné de fuir ce séjour ténébreux Et de revoir bientôt ces étoiles si belles " , Quand tu te complairas à retracer ces lieux, Parle aux vivants de nous , de nos peines cruelles ^K
Rompant le cercle alors , je les ai vus partir Et leurs jambes, qui vont courant, semblent des ailes ". Plus vite que ne met un amen à sortir Ils étaient disparus. Le maître s'achemine, Je le suis. Nous n'avions pu loin encore aller, Qaand la rumeur de l'eau retentit, si voisine Que nous aurions eu peine à nous ouïr parler.
Comme ce fleuve au mont Véso qui prend sa source, Sur le versant qu'à gauche incline l'Apennin , En se frayant lui-même au levant son chemin; Acquacheta nommé, jusqu'à ce qu'en sa course Il gagne la vallée, où rencontrant bientôt Forli, de nom il change et là, se précipite Des rocs, en mugissant, sur San Benedetto , Chute où gens, à milliers, devraient avoir leur gîte ^* ; De la rive escarpée en bas, ainsi grondant,
facea H voeaholi dire nelle sue rime Ce n'est pas dans le monastère de
altro ehe quello^ ch* erano appo gli Saint-Benoit que des milliers de gens
altri dicitori usati di sprinter e. » devraient trouver leur gîte, aver ri'
Mais on n*a pas voulu comprendre cetto , c'est dans le gouffre creusé
la portée de ceUe déclaration. par les eaux du Montone , A leur
tî. Celtes dont est décorée la voûte ^^^*® même, seesa dove dovria per
des temples ou des loges d'initiés. "»»'^ «««^ ricetto. SI donc il s'agit
9« i>«»..«ii<. ^«.,* -.. »«„«„«!- j« *cl des Bénédictins, comme l'affir-
n«?Jrpfvtl!rH^irvf.?/p^^^^^ menttouslescommentateurs,Hfaut
nos frères vivant de la vie de la rai- . . ^ .«««««„si«^ «..« n«««« ^^«<«>
son, et peins-leur nos regrets d'avoir bien reconnaître que Dante regrette
«liJi i« Ko««iA« A^r^titZ charitablement de ne pas voir tous
suit! la bannière des Guelfes. ^^ ««ii„i«..» «««i«..#j. ^— «.im^..
^. , , ces religieux engloutis par milliers
24. n en a été de même pour dans les eaux. Qu'on se rappelle leur Brunetto Latim. Tous ces hommes ^^^y^ intervenUon dans la croisade graves sont devenus des coureurs albigeoise, et l'on sera moins étonné de première force. ^^^ U^m^ lç„y ^^^^ rancune. 11
25. Qu'on veuille bien faire atten- est bon de se rappeler aussi que le tion à la construction de la phrase. Montone coule dans rËtat pontifical.
LENFER.
S'élançait tout h coap le flot rougeâlre, ardent, Avec un bruit pénible à l'oreille offensée.
J'étais ceint d'une corde et fus pour m'en servir Lorsque je me flattais, plus haut, de parvenir A prendre la panthère à la peau nuancée " ; Quand je l'eus de mes reins détachée en entier. D'après l'ordre du maître , et que, de la plier Prenant soin, je l'eus mise en sa main, ramassée, Je le vis , se tournant à droite ", la jeter Loin du bord, dans le gouffre; et je dis en moi-même A ce signal qu'ainsi son œil craint de quitter, Quelque nouveauté doit certes se présenter".
Combien l'homme est tenu d'une prudence extrême Avec qui ne voit pas les actes seulement, Mais sonde la pensée intime à tout moment"!
Le maître alors me dit : Ce que ton esprit songe, Ce que j'attends, bientôt ici se montrera Et, dans quelques instants, à tes yeux s'offrira ".
2C. Cinctorium fidei , dit Isaîe.
Allusion à la bonne foi avec laquelle Il se flattait d'apaiser, durant son prlorat, les querelles Intestines de Florence , de réconcilier Blancs et Noirs, ce qui l'aTait fait s'ailler au parti sauvage. Or, on se rappelle que la panthère à la peau mouchetée de blanc et de noir est la flgure de Florence. Quant h rafflliation du poète gibelin à l'ordre de Salnt-Fran- 4.M)ls, on peut l'admettre comme celle de Voltaire aux capucins de Gex ; mats alors,d'après ce qu'il dit ici luimême, ce n'aurait été qu'un moyen pour arriver à apprivoiser la panthère. Ses actes conciliants, sa bonne fui dans le parti des Blancs, devaient oiïrlr une garantie et Inspirer con- HaDcc, bienveillance même, au personnage attendu.