‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 40 sur 155 · Vidi spenta ogni vedula · texte numérisé non relu

Vidi spenta ogni vedula

21. Ce furent les détours de la politique guelfe qui firent perdre à Henri Vil un temps précieux, en allant de Crémone à Brescia, de ceUe ville à Home, puis de la à Florence.

LENFfiR.

Je ne m'en «iperçois pourtant, qu'en éprouvant Au visage, en dessous, l'impression du vent *^

Mais déjà, ve» la droite un bruit terrible, immense, Du torrent s'élevait " ; avec crainte j^avance Ma tête que j'incline , en bas plongeant les yeux , Et du gouffre m'arrive une plus grande transe, Car j'entends des sanglots, je vois briller des feux. Je me blottis tremblant sur l'horrible monture , Puis, invisible avant pour moi, de mieux en mieux M'est révélée enfln sa tortueuse allure , Sa course décroissante, à tant de maux navrants Se rapprochant toujours de côtés différents **.

Sur ses ailes ainsi le faucon qui demeure Longtemps en haut des airs, sans voir oiseau ni leurre, Et fait dire au veneur : «Allons, reviens hélas! » Se décide à descendre enfln , lorsqu'il est las , Et s'en va décrivant, d'une aile encor légère , De grands cercles, avant de se poser à terre, Rebelle , irrité , loin du maître qui l'attend '^ ;

22. On se souvient que le vent bIgnUle la guerre ; or, ce fut en arrivnnt prés de Ronie que Henri Vil ft*aperçul qu'il avait été dupe des détours de Clément V; quand le prince Jean de Naples, levant le masque, voulut lui en disputer l'entrée les armes à la main ; lorsqu'il l'attaqua en face, al viso, bien que beaucoup au-dessous de lui par le rang et la puissance , di sotto,

23. Ce fracas se fait entendre du côté droit, parce qu'il provient des désastres éprouvés par les Gibelins, dont le territoire est mis à feu et A sang parle sèle fanatique des Guelfes rebelles , symbolisés dans le Phiégéton.

24. Tous les mots de cette terzlnc sont ftpeser, et surtoutlertdt poi, rhe

nol vedea daranlt.Ge ne fut que par degrés, aux révoltes qui éciataienide di\erB côtés, aux gran malt qui en résultaient, que Henri VU et les siens finirent par s'apercevoir de la politique tortueuse du pontife à leur égard , de sa défecUon , qui les faisait s'enfoncer dans l'abime ; mais le voile ne tomba des yeux de TEuipereur que sous les murs de Rome.

Voy. Alb, Mustato, hisL aug.\, 40G, elFerret, Yiceni, v, 1091.

25. Cette comparaison, empmntéc h la vénerie , s'ap[)lique certes bien mieux à Clément V, fello e disdegnoso envers l'Empereur, son maître, qu'il tint si longtemps en haleine par ses eento ruote, qu'à Géryon qui, loin de manifester aucon mauvais vouloir» suit à la lettre la consigne donnée par Virgile.

De même Gëryon dans le fond nous descend , £t nous dépose au pied delà roche escarpée, Puis, repart aussitôt; dans les airs qu'elle fend Ainsi la flèche fuit de la corde échappée ".

2C. Noas avons dit que Géryon poursuivait sans merci ce ponlife ,

était ia flgare do la politique pontl- comme le complice de la ruine du

ficale ; or, des diverses allusions que Temple, comme la cause des revers

nous venons de signaler, il semble de Henri VU et, bien plus, comme

résulter que le poète a eu plus par- Tinstigateur d'un attentat sacrilège,

ticulièrement en vue celle de Cié- cause de sa fin prématurée. L'esprit

ment Y, car sa haine vindicative de parti croit volontiers au mal.

CHANT XVHL

Dans FEnfer est un lien qa*oo nomme Malespoches ; Ce cercle tout entier, sol, parois, n*est que roches, Que pierre d*un aspect sombre , ferrugineux *. Au milieu de ce plan maudit et ténébreux S'offre d'un puits profond la béante ouverture; Sa place indiquera son but et sa structure \ L'espace entre ce puits et les rochers est rond. Et du val dix fossés occupent tout le fond, Comme ceux à Tentour des remparts qui s'étendent , Pour défendre, nombreux , l'accès des châteaux forts. Et comme , pour aller des portes au dehors , Des ponts-levis d'un bord à l'autre se suspendent. De même du pourtour, formé partout de rocs, Coupant bords et fossés, partent d'énormes blocs, Allant tous aboutir au puits qui , là , confine '.

1. iralflK>I{7f, mauvais 8808, mauvais bouges, mauvais trous ; de bo^ gia nous avons fait bouge, les Flamands beuge, d'où Maubeuge, les Anglais budgets Peut-être voudrat-on bien admettre que dans ses Malebolge, cercle tout de pierre, dont la couleur tire sur le fer, Dante ait pu avoir en vue le cbàteau Saint- Ange avec ses bastions, ses herses de fer, ses verroux et ses chaînes, ses fossés et ses ponts-levis, d'autant plus qu'il va comparer immédiatement leur structure A celle des châteaux forts.

2. Le chàtrau Saint-Ange communique au Vatican dont il est destiné à défendre les approches. Il fut occupé par les troupes du prince Jean de Napies, qui empêcha Henri VU de se faire couronner à Saint- Pierre.

3. Nous avons dit, p. 71 des Jl^réL, que l'on retrouvait dans la disposition des compositions poétiques de. la Vie nouvelle le dessin des Malebolge, qui reproduit celui de la toile d'araignée.

C'est là de Géryon que la puissante échine Nous avait secoués. A la gauche je vis Que prenait le poëte et, moi, je le suivis. A droite j'observais, non sans nouvelle peine, De nouveaux patients , de nouveaux tourmenteurs , Dont la première fosse à Fentour était pleine *. En deux bandes , au fond , allaient nus les pécheurs. Les uns venaient vers nous sur la route prescrite. Les autres avec nous marchaient, mais bien plus vite ^

Au temps du jubilé, dans Rome , sur le pont, C'est ainsi que l'on voit se diviser la foule , Dans un ordre établi qui sans cesse s'écoule. Au château, d'un côté, marchent tournant le front Ceux qui vont vers saint Pierre , et regardent le mont Ceux, en sens opposé, qui gagnent l'autre rive •.

Du haut des noirs rochers sur la foule captive. Longues verges en main, d'affreux démons cornus Frappaient des deux côtés, les cinglant par derrière ^

4. Notez qne Dante dit *. Je yIs une nouvelle piété ou pitié, vidi nwva pietà ; parce que la piété ou la pitié, à la manière de Rome, est pour lui de la barbarie.

5. Ceux qui venaient vers lui cheminaient en sens contraire; c'étaient donc des Guelfes, marchant lentement dans la voie du progrès ; ceux qui allaient dans le même sens Que lui, d'un pas plus rapide, étaient des Gibelins pressés d'arriver au but; rien de plus facile à comprendre.

6. Notre supposition, au sujet des Malespoches , se trouve pleinement jnsUfiée par cette seconde comparaison qui ramène de nouveau l'esprit vers le château et le pont Saint-Ange. On volt que le poëte a eu en vue de bien fixer le lieu de la scène, et de ne pas laisser oublier

que, venant de traverser la campagne de Rome, il doit, à l'heure qu'il est, arriver à ses faubourgs. On voit, de plus, qu'il tient à bien établir la distinction à faire entre ceux qui se dirigent vers Saint-Pierre et ceux qui lui tournent le dos. C'est-àdire entre les catholiques et les dissidents. Voyez note 20 du ch. i, comment les hérétiques de France ne manquèrent pas, lors du jubilé de 1300 , de visiter leurs frères d'Italie en qualité de Bomieux,

7. Quiconque à visité Rome a pu voir, dans Saint-Pierre, des ecclésiastiques assis, tenant à la main une longue baguette blanche dont lia frappent sur l'épaule les pénitents qui viennent s'agenouiller devant eux } le très-catholique Dante en a fait, à raison de leur coIlTùre sans doute, des démons au front armé de cornes.

L'atteinte était cruelle. Ah ! comme, à la première, Tous ils doublaient le pas sans en attendre plus * !

En cheminant toujours, sur Tun d'eux, dans le nombre. Se porta mon regard. Certes, dis-je, cette ombre M'offre des traits connus; et, pour l'observer mieux, Je m'arrête , vers elle en dirigeant les yeux. Mon guide aussi demeure et se prête sans peine A ce que sur mes pas quelque peu je revienne •. Espérant se cacher, le flagellé honteux Marchait le front baissé ; mais il n'y gagna guère.

Toi qui vas, lui criai-je, ainsi les yeux à terre ", Si ne m'abuse un faux semblant, Venedico, A coup sûr c'est toi-même, oui, Caccianemico. Qui te vaut d'être mis à sauce si piquante ** ? — Et lui : —Bien qu'à répondre à regret je consente, M'y contraint ta t)arole au clair et pur accent , Qui me fait souvenir hélas ! d'un monde absent. Oui , d'un sale méfait quoiqu'on raconte ou croie, C'est moi qui décidai , pour qu'il en eût la joie, A céder au marquis la belle Ghisola ^^

8. Allusion à rinfluence du confessionnal, et au redoublement de zèle qu'elle produisait choi ceui qui se conformaient aux enseignements de l'Église. Les pénUenciers n'appliquent, en effet, qu'un seul coup de leur baguette en signe de rémission.

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