‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 49 sur 155 · Procède h ton interrogatoire, "Béatriee, suo lalino · texte numérisé non relu

Procède h ton interrogatoire, "Béatriee, suo lalino

atant qu'il soit livré au bourreau 12. Allusion à la fureur Indlscl-

par Henri VU, prima eh'allri *l dis- plinéc des Noirs, ne cédant h regret

faccia. Tous les mots sont caractc- qu'à l'influence momentanée de

ristiques. quelques-uns de leurs chefs.

11 . La Sardaigne était certes aussi ' 1 3 . Les Pisans , alors possesseurs

180 L*ENFER

Ayec uu don Michel Zanché de Logodor, Qu'il ne quitte jamais, jasant de la Sardaigne, Ils ne tarissent pas '\ J'en dirais plus encor, Mais voyez celui-ci , comme des dents il grince , Je tremble sur mou dos qu'il n'allonge sa pince.

Leur prévôt ** se tournant, dit à Farfarello, Qu'il voit, roulant ses yeux où la haine flamboie , Prêt à lancer son coup. — Arrière, oiseau de proie. Et le damné reprit, rassuré pour sa peau :

Si vous voulez ouïr ou voir gens de Toscane, De Lombardie, ici j'en vais faire venir, Mais que s'écarte un peu la noire caravane; La peur de son courroux les pourrait retenir **, En ce lieu même assis, j'y resterai tranquille Et, pour un que voilà , sept viendront à la file , Dès que j'aurai sifflé , comme on le fait alors Qu'un de nous se hasarde à prendre l'air dehors.

A ces roots, Gagnazzo lève son nez qu'il plisse Et dit, branlant son chef : — Voyez-vous la malice Dont il s'est avisé pour regagner le fond ? —

L'autre qui n'est, en fait de fraude et d'artifice,

de la Sardaigne, avaient divisé cette sonnier des Bolonais, et il époasa sa

He en quatre déparlements appelés veu veAdelasia.il fat tué en trahison

Judicatures. A quelque Ordre rcll- par son gendre , Dranco Doria, qoe

gieux qu'appartint le frère Gomlta , nous verrons encore plus maltraité

que Nino Visconti , ami de Dante, que lui. Zanché est pour Sanches.

après lui avoir occordé tnute fa con- i S- Ce litre de grand prévôt, gran

flancc, pour le suppléer dan» Tadml- proposto, est encore une manièxe

nistration de la province de Gahire, expressive de désigner le gonfaloa-

envoya ensuite à la potence, sans nier de justice, le barba Ricci.

autre forme de procès, sa qualité 16. C'e^t. que les sectaires étaient

de religieux devait constituer le plus plus nombreux en Lombardie et m

grand de ses torts aux yeux du poêle Toscane, nous l'avons déjà dit, que

gibelin. dans les autres contrées d'Italie, et

14. La province de Logodor, autre qu'ils y avaient grand' peur des

JudJcature de la Sardaigne, avait été Noirs, méchants à leur égaiîl comme

administrée par ce Michel Zanché des démons. Le coup de sifflet était

en qualité de sénéchal du roi Enio, encore un signe , donné d'une cer-

fils de Frédéric H , qui mourut pri- laine façon.

CHANT XXIÎ. 181

Pour rester en défaut, ù Tinstanl lui répond :

— Ouï, je suis trop rusé vraiment, quand je procure Par mon astuce aux miens un surcroit de torture. —

Seul contre tous, veut bien s'y fier Alichin :

— Songe que si pour fuir tu crois trouver ta belle , A-t-il dit , ce n'est pas en galopant grand train Qu'à tes trousses je pars , maïs en battant de l'aile. Reste ici, du coteau que le revers nous cèle;

Nous verrons si, tout seul, tu vaux mieux que nous dix.—

Lecteur, ici s'apprête un tour des plus hardis. Quand chacun a les yeux tournés, celui-là même Qui, le premier, cria le plus au stratagème, Le Navarrais saisit le moment aussitôt Et, se dressant debout, pour fuir loin du prévôt. Comme un trait part de l'arc, d'un bond en bas il saute.

Tous restent consternés d'une si lourde faute; Et celui qui ne doit s'en accuser le moins S'élance, en lui criant : — Attends va , je te joins. — Mais bien moins que la peur son aile a de vitesse, Sous la poix le fuyard fait déjà le plongeon , Et la vient effleurer à peine le démon. De relever son vol aussitôt qui se presse. t)e même, alors qu'il voit s'élancer le faucon, Soudain le canard plonge et , dévorant sa honte , Dans l'air Toiseau chasseur avec courroux remonte *^ Calcabrina , du tour qu'on leur joue irrité,

17. Voici de compte fait la qua- vant les Noirs, faisant ainsi trafic de

trlème comparaison empruntée , leors opinions , vendant leur coopc-

dans ce cbant» à la catégorie des ani- ration à des actes que repoussait

maux plongeurs ; pareille insistance leur conscience et devenant , dès

lévèlc bien le caractère que le poète lors, d'ignobles harattieri , exposés

entendait stigmatiser chez ceux de à chaque instant aux avanies du

son ancien parti qui, soit pour ne pas pouvoir dominanl, rédiiils par ^^nite

subir Texil ou la confiscation, soit à de misérables ruse» |>>iir inclire

pour conserver des fonctions lucra- sa police en défaut, tives, avaient fuit le plongeon de-

L ENFER

A pris aussi son vol, au demeurant flatté » Pour en venir aux coups avec son camarade, De voir que leur captif, plus alerte, s'évade. Dès queTun disparaît sous la poix enfoncé, A l'autre il fait sentir sa redoutable serre Et, Tagrippant, le gourme au-dessus du fossé. Mais celui-ci lui rend à son tour bonne guerre. Sa griffe d'épervier non moins ferme le serre , Si bien qu'en plein étang ils tombent tous les deux, Où le bouillant liquide ouvre un espace entre eux. Pour se tirer de là , point d'effort qui suffise, Tant leur aile en la poix est engluée et prise. Barbariccia, qui plaint ses dolents compagnons. Dépêche à leur secours quatre de ses démons. De leurs grappins munis , qui se mettant en route. De çà , de là , bientôt gagnent l'épaisse croûte. Aux englués , déjà cuits dans ces noirs bouillons, Pour les en retirer ils tendaient leurs harpons **. Nous les laissâmes là penauds, coûte que coûte.

18. H semble que Dante nil voulu dans ce long épisode donner la petilc pfêce, comme intermède bouffon, au milieu de la grande, afin de reposer à la fois l'esprit du lecteur et le sien. Mais s'il a égavé la scène, ce n'a pas été, du moins, sans continuer à faire siffler le fouet de la satire et sans l'appesanlir avec un malin plaisir

8nr les épaules de ceux auxquels il imputait les longues misères dont son e^ii ava^t été pour lui l'origine.

Peut-être aussi a-t-il voulu donner à entendre que c'était aux rivalités, aux luttes intestines de ses eiiDemis poUtiqiKà^qu*i( avait dd de pouvoir échapper sain et sauf i leur haioe et aux pièges qu'ils lui tendaient.

En sQence , tous deux , laissaut nos compagnons , Lui deyant, moi derrière, alors nous cheminons €omme frères, mineurs K Cette étrange querelle Me rappelle à Tesprit la fable dans laquelle En scène Ésope met la grenouille et le rat; Elle m'en ofire en tout une image fidèle , Même commencement, même fin du débat \ Or, comme d'un penser naît un autre bien vite, Il m'en survint de même un alors, en mon cœur Qui soudain redoubla ma première frayeur.

En moi je me disais : —Cette engeance maudite Pour nous fut bafouée et rudement pâtit D'un tour dont elle doit ressentir grand dépit Qu'à son mauvais vouloir la colère s'attelle, Elle va sur nos pas s'élancer, plus cruelle Que le chien, lorsqu'il fond sur le lièvre peureux. J'en sentais sur mon front se dresser mes cheveux. En arrière, inquiet , tandis que je regarde,

A nous cacher tous deux, maître, dis-je, ne tarde, Des Malesgriffes j'ai dans Tftme un grand effiroi. Derrière nous, sans doute, ils viennent et je croi

• 1. Noos anivons à la fosse des 2. Cette fable n'est pas du nombre

hypocrites. Les Cordeliers viennent de celles qui sont attribuées h Ésope,

donc tout naturellement à la pensée mais elle passait alors pour être de

du poète. lui.

181 l'enfer.

Sur mon dos les sentir. A ce discours timide :

Fussé-je, r(^parl-il, une glace limpide, Un verre enduit de plomb, jamais je ne pourrais Plus vite réfléchir ton image, tes traits, Que je ne réfléchis-ton ftme *. Or tes pensées S*en venaient à Tinstant, de tout point retracées, Aux miennes se confondre, et de nous deui ainsi Émane un seul avis ^ Pour peu que près dici La c6te, décroissant vers la droite, s'incline Et nous laisse descendre en la fosse voisine , Nous pourrons échapper sans être poursuivis.

A peine il finissait d'exposer cet avis Que , prêts à nous happer de leurs griffes aiguès , Je les vis accourir, les ailes étendues. Mon guide, sans tarder, me prend entre ses bras. Comme la tendre mère , éveillée au fracas , Qui, près d'elle voyant la flamme menaçante. Saisit son jeune enfant qu'elle emporte à grands pas Et fuit, bien moins pour soi que pour lui frémissante, Sans songer, demi-nue, à prendre un yôtement. Tout aussitôt il court au rude escarpement, Et se laisse glisser, le long du précipice. Dans la sixième fosse assignée au supplice.

Jamais l'eau dans le bief n'a couru si soudain. Pour aller mettre en jeu les aubes du moulin , Quand plus rapidement de sa chute elle approche, Que ne glissa le maître au bas de cette roche , N'emportant comme un fils appuyé sur son sein, Non comme un compagnon ^ Ce ne fut pas en vain,

3. I..C langage ne fait que rcpro- tissemenU , et de changements i (luire la pensée. vue.

4. Toujours parce que les deui 5. Voilà encore une de ces cirron?pcr^onnnges n'en font (|n*un, sous tances signalées plus haut, cù le (lf'u\ masques dffTêrcnls. La Cu- langage mystérieux des sectaires, mvdic n'est qu'une suite de traves- personnifié dans ViitsUe> aaove le

Car ces démons hideux, lorsque ses pieds k peine

Al) rond de la vallée avaient touché Tarène ,

En haut apparaissaient, mais ne m'effrayaient plus ,

Au cinquième fossé les décrets absolus

Qui les ont préposés, ministres de vengeance.

D'en dépasser les bords leur refuse licence.

Là, nous trouvons des gens, d'un vernis colorés. Qui pleurent, en marchant à pas lents, mesurés , Et que semble accabler une douleur profonde *. Us passaient devant nous de chapes revêtus Aux larges capuchons^ sur leurs yeux rabattus, Gomme celles qu'on fait porter dans notre monde Aux moines de Cologne ^ Au dehors elles sont D'un or resplendissant , mais eu dessous de plomb , Et si lourdes qu'auprès, bien que de bonne taille , Celles de Frédéric auraient été de paille ". Oh ! pour l'éternité manteau laborieux î

A gauche encor, suivant cette troupe plaintive, Nous tournons, attentifs aux pleurs des malheureux; Mais, du poids écrasant, leur marche est si tardive Que près d'eux chaque pas qu'en avant nous faisons Amène à nos côtés de nouveaux compagnons ^

Ce que voyant, je dis : — Voudrais-tu bien , 6 maître , Dans le nombre en chercher un dont j'aie à connaître

poète, identifié avec lai , du danger chape de plomb, dont la lente fusion

qui le menace leur rendait la mort d'autant plua

6. Les hypocrites pouvaient moins douloureuse.Cette comparaison nous

que tous les autres damnés se dis- annonce qu'il va bientôt être ques-

penser de pleurer, ^**"» * ™*^^ P*"® **" '"®*'"* couverts,

- Al I 1 u* .* ^ * d'un crime de lèae-niajesté commis „u l. *..'. " '^yP<>crites portent ^^ hypocrites dignes du der-

rhabit religieux , et c'est prei-lsc- ^jp^ guppUce. ment celui des moines de la viltc g^ (^^aque pas en avant fait dans

Impériale ; on verra bientôt pour- j^ voie de la science et de la vérité ,

*l"®*' laisse en arrière les fauteurs de

8. Frédéric 11 faisait plonger les l'ignorance et du mensonge. Mais

coupables de lèse -majesté dans on en retrouve toujours à côté de

une vaste chaudière, revêtus d'une sol sur sa route.

LfiMFEE.

Les aetes ou le nom ; tu penx autour de nous Promener en marchant ton regard sur eux tous.

De la Toscane un d'eux entendant le langage **, Cria , derrière nous : Arrêtez-vous un peu , Vous qui courez ainsi sur cette sombre plage ^S Peut-être, je saurai satisfaire à ce vœu.

Mon guide se tournant, me dit : — Il faut l'attendre, Puis, & régler nos pas sur les siens condescendre ".

Je m'arrête et je vois deux des pécheurs m'offirir, Dans leurs yeux, de nous joindre un extrême désir; Mais les ralentissait, sous le faix, leur martyre, £t la foule obstruait le chemin devant eux. Près de moi parvenus, d'un œil louche, tous deux Me regardent muets, puis, je les entends dire :

Celui-ci vit, se meut , sa gorge qui respire ", Quel privilège ainsi leur vaudrait , étant morts, Libres du lourd manteau de parcourir ces bords '^? Puis : — 0 Toscan , qui viens parmi les hypocrites Visiter leur collège en ces lugubres sites *%

10. \\ 8'aglra donc ici de ehoMS relatives à la Toscane, de fails accomplis sur 8on territoire.

11. Sous l'influence de Thypocrisie, de l'ignorance et du fanatisme, tout progrès est si lent que ceux qui marchent seulement semblent courir.

12. Se résigner à faire de l'hypocrisie au besoin, à dissimuler sa pensée sons un langage combiné avec art.

13. Celui-ci est un Gibelin ayant l'usage du langage sectaire, Vatto délia gola est on rapport avec le peccato délia gola, Voy. ch. vi.

14. Ils ne peuvent être des nôtres, puisqu'ils sont alTranchls de la chape de plomb doré qui constitue le costume des hypocrites. Le texte porte délia grave siola; Dante savait très-

bien dlfUBgoer nne chipe d'une étole, un peut donc croire que son Intention est ici de faire allusion à rempolsonBement de Henri de Luxembourg , dans une hostie, par l'un des moines de Montepulciano , revêtu de l'ctole de rofQclanL Quant au crime en lui-même, dénoncé avec indignation par les Gibelins, il fut démeoli par les Gaelfes avec non moins d'énergie.

16. Pensera-t-oo que cette npresston étrange de collège des hypocrites soit placée là aans rmleih tion secrète de diriger la pensés sur la vénérable assemblée que l'on désigne par le nom de Sacré-CoU^?

Nous verrons plus tard le mot de Concile employé avec le même à propos.

CHANT uni.

Fais-toi connaître à nous, si telle est ta bonté.

£t je leur répondis : — Dans la grande cité Que le beau fleuve Amo baigùe, j'ai pris naissance Et j'y fus élevé. Permet la providence Qu'avec le corps que j'eus toujours je sois ici ^*. Mais qui donc êtes -vous pour endurer ainsi Tant d'amère douleur, qui par vos yeux ruisselle, Quel supplice sur vous de la sorte étincelle î '

Et l'un d'eux répartit : —Ces chapes, que tu vois Briller comme de l'or, sont de plomb, et d'un poids Tellement écrasant qu'en craque la balance ^^ Nous fûmes Bolonais et, suivant môme chance, Tous deux frères Gaudents '^ J'eus nom Catalane, Et celui qui m'écoute ici, Loderingo.

Pour la tenir en paix, pleine de confiance. Ta cité nous remit ensemble la puissance , Apanage d'un seuU Mais vers le Gardingo Se laisse encore voir ce que nous sûmes faire ";

|6. La réponse est loin d'être ca- Uiégoriqae, elle laisse d'ailleurs supposer que si Dante est là avec le corps qu*il eut toujours, il n'y fient pas avec la même âme , les mêmes opinions politiques, la même foi religieuse. On voit qu'il suit le conseil de Virgile, seconda il suo pcuso ffrocedi.

i7. Allusion à la somme énorme dont aurait été payé par les Floren-tins Vempoisonnement de l'emperear Henri VII , et à l'énormité du sacrilège commis par ceux qui portaient la chape surchargée d'ornements en or.

18. Dante se serait bien gardé de mettre ici en scène des dominicains, car il aurait ainsi éventé le mystère de sa fiction; il y supplée autant qa'il est en lui à l'aide de ces deux chevaliers de Sainte-Marie. Et il a

pour cela deux motifs : le premier, c'est que cet Ordre, moitié religieux, moitié séculier , était sous la. direc- . tion des dominicains; la seconde, c'est qu'il avait clé organisé notamment pour combattre les doctrines albigeoise et patérine, et qu'il eut sa bonne part dana les dépouilles de l'Ordre du Temple. Cette milice religieuse , instituée à Bologne vers 1 2(j I , par le pape Urbain IV, eut peu de durée. Le surnom de frati gau" denti, ou frères bons vivants, doublé souvent de celui de Capponi di Chrislo, atteste assez le discrédit dans lequel étaient tombés ces moines chevaliers.

19. En 126G, les Florentins, travaillés par les deux factions rivales, avaient investi en commun ces deux Bolonais, le premier Guelfe et le second Gibelin , des fonctions de po-

L ENFER

Déjà je m*écriais: — Frères, voire misère.... Mais je n'achevai pas ^S car se portaient mes yeux Sur un cnicirië que, tenu par trois pieux, Je venais tout à coup d'apercevoir à terre **. A mon aspect, je vois le maudit qui se tord ^\ Il souffle dans sa barbe et va soupirant fort.

Frère Gatalano du doigt me le désigne, Comme je le regarde , et me dit : — C'est l'indigne Que les Pharisiens ouïrent requérir Qu'un homme eut, pour le peuple, en martyr à souffrir ". Nu, comme tu le vois, en travers de la route, Où notre troupe aux pieds le foule , elle doit toute Lui donner à sentir ce que pèse chacun ".

dettat , dans l'espoir qu'Us rétabliraient ia paix dans leurs murs, en tenant la balance égale entre lea deux partis. Mais, gagnés par Tor des Guelfes, les deux chevaliers leur livrèrent leurs adversaires ; lea Gibelins, traqués dans Florence, furent obligés de fuir, leurs propriétés furent pillées et brûlées, notamment celles desUbertI, leurs chefs, situées dans le quartier qu'on appelait le Gardingo. Mais cette mention sommaire des méfaits des doux frères de Sainte -Marie, bien que Jetée là pour déverser l'odieux sur leur Ordre, institué , nous l'avons dit , en haine de rAlblgélsme, a principalement pour but de détourner l'atten- Uon, au moment môme où l'accusation va se formuler plus directement.

30. On peut en toute sûreté termi* ner ainsi cette phrase interrompue :

votre misère est le Juste châtiment de vos forfaits.

21. l/n crociftsxo in terra con Ire paW, porte le tcxlc. 11 ne s'agit donc que de savoir quel est en terre Te représentant du crucifié céleste et quels y sont ses trois plus fortes

"attaches ou ses trois plus solides appuis.

32. Il le reconnaissait donc. Ce Caiphe est donc un contemporain , irrité de se trouver en présence d'un ennemi.

33. Expedit ut unus moriatur homo pro populo, saint Jean, ii» 50.

Ce sont les paroles pronone^ par Caiphe, dans l'assemblée des prêtres et des Pharisiens ; c'est donc Caîphe qui nous est montré Ici ; mais de qui est -il la flgure? Dante lui-même se chargera de nous répondre. N'est -c« pas un pontife qu'il appelle, quatre chants plus loin, lo principe de* nuovi Farvsei? On peut donc être convaincu que c'est Clément V qu'il a entendu crucifier dans la personne de Caîphe ; que pour lui les Pharisiens sont des Guelfes, que les antres membres du concile, remarquez encore l'expression après celle de collège, senties cardinaux et les ambassadeurs des puissances alliées du Saint-Siège, composant le conseil secret dans lequel la mort du Messie Impérial aurait été résolue.

24 . Le mépris des hypocrites eux> mômes doit peser incessamment sur

CHAI<1T XXlll.

De même sont punis , leur crime étant commun , Son beau-père , et tous ceux du concile coupable, De Ja perte des Juifs ce germe déplorable ".

Virgile contempla , surpris , le criminal Qui, si honteusement, dans Texil éternel Glt en croix étendu "; puis s'adressant au frère :

Veuillez, pour peu que rien ne vous force à vous taire.

rhypocrite Clément Y, pour avoir déi^Ut par ses fausses caresses, celui qu'il devait faire immoler Iraitreusement; et ce pontife peut ainsi Juger (lu mérite réel de chacun des hypocriles qui composaient l'étatmajor dn parti guelfe^ de ce qu'ils pesaient prm, c'est-à-dire avant d*étre revêtus de la chape de plomb, qui pour eux a remplacé la chape de soie chamarrée d'or.

25. Ce concile a été la perte des Italiens, c'est-à-dire du peuple élu par la Providence pour exercer Fempire universel (Ko y. Uc monarchia), de là le nom de Giudei, appliqué à ceux que Dante considérait comme les héritiers directs du peuple romain. Quant à ce beau -père mentionné si bizarrement dans cette circonstance, si Ton ne veut pas lui attribuer une signification dont la portée satirique est drs plus sanglantes, il faut se contenter d'y voir une de ces expressions sur lesquelles ii faut glisser et que Dante appelle luhriche {Yoy. Vulg. éloqj ; mais peut-être vaudrait -il mieux scinder suocero et lire avec Rossettî il suo cero, son flambeau, son guide, en entendant par ces mots Phi lippe- Je- Bel, dont Clément V aurait suivi les inspirations.

36. Il semble que Dante éprouve une maligne joie à revenir sur ce f^upplice de la croix, auquel il condamne pour leternitc celui dmil il fait l'inspirateur de la mort de son

Messie ; il nous montre en efl'et le païen Virgile contemplant avec étonnement le supplicié, dont le crime consiste surtout pour lui dans sa fol et dans ses fonctions sacerdotales.

Mais il y aurait moins à s'indigner contre Danle de con acharnement contre Clément V, s'il fut réellement convaincu que ce pontife avait en une part quelconque à la fin prématurée de son héros. Or, 11 est incontestable que le bruit d'un empoisonnement fut alors généralement accrédité dans les rangs gibelins, et que les moines dominicains de Monlepuiciano en furent signalés comme les auteurs. Le chanoine de Saint- Victor, auteur de la Vie de Clément V, dit lui-même : Fisani et Theutonicif amici dicti imperon toris, fratribus multat injurias . irrogaverunt. Au témoignage de Cnspien, les personnes de la suite de l'Empereur afllrmaient qu'un moine, suborné par les Florentins, l'avait empoisonné. Knlre autres vers et épi grammes composés en grand nombre à cette occasion, Frcer en rapporte une où les Florentins sont dénoncés comme ayant soudoyé l'empoisonnement. Knfin, Jean, roi de Ijohéme, fils de Henri, dénonça publiquement le frère Bernard, de Montepulciano, comme ayant administré le poison à son père dans i'hoslie consacrée. Voij, Veccrîus cl la iclaliou de i'cvcquc de Butrintu.

L ENFER

Nous dire, s'il existe, à droite de ces lieux , Quelque issue, à pouvoir sortir d'ici tous deux, Sans recourir encore à ces noirs satellites Que nous avons laissés derrière ces limites.

Le damné répondit : — Vous alleE approcher Plus tôt que tu ne crois , sans doute, d'un rocher Qui part du plus grand cercle et, d'un seul jet, traverse , Sur elles projeté, chaque fosse perverse , Sauf celle-ci pourtant, où s'écroulant jadis, Il ne surplombe plus. Mais vous , sur ses débris, En pente qui du fond s'élèvent vers la crête , Vous pourrez parvenir à monter jusqu'au faite ".

Mon guide, à ces mots, reste un peu le front baissé, Puis il dit : — Celui-là qui, dans l'autre fossé, Harponne les pécheurs nous contait mal l'affaire ".

A Bologne, autrefois, reprit alors le frère, J'entendis enseigner souvent , que le démon ,

27. Le poète revient Ici sur ce fait étrange que Tarche d'un des ponts établissant la communication d'one extrémité à l'autre des Blalespoches, se serait écroulée, précisément à la sixième fosse, habitée par les hypocrites, et cela le jour même de la mort du Sauveur. Hécapitulons les diverses circonstances de cet événement, signalées avec un soin minutieux, et l'on jugera si chacune d'elles ne s'adapte pas avec une précision mathématique à des faits contemporains. La cause Impériale, représentée par les deux poètes, a triomphé successivement de la fraude, de la séduction, de la flatterie, de la simonie, des présages sinistres, de la prévarication. Elle succombe sous les coups de Thypocrisie monacale dans la personne d'Henri de Luxembourg, le VI" empereur de son nom ; c'est k lui qu'il est fait allusion dans ce mtémc pont,

cet arco sesto, dont la ruine laisse ses adhérents dans rembarras le plus cruel, exposés à tomber aux mains des Noirs : ce prince expira le 23 août, au témoignage de Corio, de Struve, de Mussato, et c'est au 23* chant du poème que le chemin se trouve interrompu. Enfin, le Jour et l'heure de sa mort se rapportant exactement avec ce qui eslécrit, dans saint Matthieu, de celle da Sauveur, c'en est assez pour que Henri se confonde dans la pensée de Dante avec le Sauveur lui-même. Quant aux allusions nombreuses qui signalent comme inspirateurs, auteurs et complices de cette mort ceux auxquels il attribuait, faussement sans doute, mais peut-être avec conviction, un forfait sacrilège, elles sont assez frappantes pour que nous n'ayons pas à y revenir.

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