‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 52 sur 155 · On remarquera que ces ser · texte numérisé non relu

On remarquera que ces ser

pents, très-amis de la dlserétton, sans doute, s'attaquent toujours chez ce Vanni à l'organe de la voix; Vun l'a percé déjà à l'endroit où le cou s'unit aux épaules, celui-ci s'entorliiie autour dn sa gorge ; ausst Dante les airac-t-ll autant qu'oa peut aimer des Forponts.

3. E rilegollo, il le lia de nouveau, dit Dante, croyant ne pouvoir trop insister sur ce lien, afin d'indiquer la double chaine spirituelle et temporelle qui pesait sur les hommes liges de l'Église.

4. Le feu est spécialement affecté par Dante au châtiment des Guelfes ; aussi pour ne pas s'écarter de cette r^gle a-t-il inventé ces serpents dont la morsure embrase et réduit en cendres.

L ENFER

Puisqu'en toi chaque jour pullulent les forfaits? Je ne vis point encor contre Dieu tant d*audace, En parcourant TEnfer et ses cercles obscurs, Même en cet orgueilleux respirant la menace , Que Thèbes vit tomber et périr sous ses murs *. Il s'enfuit, mais muet, et je perdis sa trace.

J'aperçus un Centaiœe alors, qui, furieux, Accourait s'écriant : — Où cet audacieux* ? Les Maremmes, je crois, en serpents si fertiles'. N'ont recelé jamais d'aussi nombreux reptiles Que sa croupe en portait jusqu'à son buste humain* En arrière, posté sur ses épaules nues, Apparaît un dragon, les ailes étendues.

Qui va soufflant le feu partout sur son chemin \

C'est Gacus, à l'instant me dit mon sage guide, Celui que, maintes fois, au pied de l'Aventin, On vit , versant le sang, en faire un lac fétide. De ses frères , s'il a tout différent destin ,

5. On remarqaera que ce vers, Non quel che cadde a Thebe giù de* murif est construit de telle sorte qu'il n'est pas dit que Gapanée-Bris- •ato tomba du haut des murs, mais sous les murs de Thèbes-Brescia, giù de' muri, au bas des murailles.

0. U semble que ce ministre d« vengeance arrive en toute hâte pour faire justice du blasphémateur. Nullement; c'est pour s'associer à sa haine contre le Dieu gibelin. Ou peut-être même est-ce ce Dieu luimême qu'il traite ô*acerbo; car Albert Mussato dit de lui : ■ Johannes Ccuarem assiduis contumeliis vexo' bat.,.,adscopulumAventint Mentis, Cette épithète d'acerbo pourrait bien avoir quelque lien secret avec le titre bixarro donné par Cecco d'Ascoli À son livre de VAeerbik, qui

lui valut de périr sur le bûcher, à raison de certahies acerbitatfs, comme disait l'Inquisiteur. Nous saurons bientôt, du reste, le véritable nom de ce Centaure, appelé ici Cacus, dans Tintention d'en Taire un voleur. Cacus était pourtant, seloo Virgile, un géant moitié boniine, moitié satyre , et non pas un centaure. Toujours est-il qu'il réunissait la nature de la brute à celle de l'homme, et telle est pour le poète l'idée capitale qu'il veut mettre en relief.

7. Les marais de U Toscane, où les reptiles abondent au propre et au flguré.

8. Peut-être ce dragon flgoriit-il sur le cimier du chevalier dent le poète s'est plu à faire ici un centaure.

MS

C'est pour avoir commis le frauduleux larcin Du grand troupeau venu passer au voisinage. Hercule l'en punit, et d'un tel brigandage Il eut sous sa massue à recevoir le prix ; Mais de cent coups peut-être il n'en sentit pas dix *. Tandis qu'il me parlait, que passait le Centaure, Juste au-dessous de nous s'en vinrent trois maudits. Ni le maître, ni moi, ne les voyions encore, Lorsqu'ils dirent : — Qui donc étes-vous î — Aussitôt Faisant pause, muets, nous regardons d'en haut : Ils m'étaient inconnus ^^ Hais, ainsi qu'il arrive.

9. Pour qaleonque sattou veut savoir, par les historiens contemporains, que Henri de Luxembourg ne put franchir le pont Saint-Ange pour aller se faire couronner à Saint-Pierre; que les troupes napolitaines, secondéM par les Guelfes, et notamment par les Orsini, qui portaient des serpents dans leurs année, lui firent éprouver plusieurs échecs au pied du mont Aventin, et lui enlevèrent notamment, dans une embuscade, un assez grand nombre de chevaux, perte désastreuse dans un pays étranger; pour quiconque sait que la résistance qu'il rencontra de ce côté fut une déception cruelle pour TEmpereur, abusé jusque-là par de belles paroles, il est bien difficile de ne pas reconnaître dans Cacus le prince Jean, frère de Ro> bert 11, roi de Naples ; dans les serpents qu'il porte en croupe , les Guelfes de Rome, et notamment les Orsiai »; adversaires constants des Colonna. Cacus n'est pas dans le même cercle infernal que ies Centaures ses frères, parce que ceuxci ne furent que vioients, tandis que le prince Jean usa longtemps de ruse avec l'Empereur et n'eut recours envers lui k la force ouverte qu'au

dernier moment. Le dragon qu'il porte derrière lui et qui souffle par-i tout le feu sur sa route, est le grand dragon de TApocalypee, c'est Satan aleppe ; c'est le pape Clément V, que nous retrouvons sans cesse, comme l'ennemi capital du poète, celui de son héros, celui de ses frères les Templiers , et pour qu'il n'y ait pas de doute à cet égard, il a soin, selon son habitude, de redoubler la rime en pa.| Enfin l'Hercule vainqueur du Cacus napolitain est, au témoignage deSpeciali, le comte Neri de Pisc , qui , après la bataille de Monte CatinI , fut fait chevalier sur le cadavre du prince Jean, super qutm sedens, dit le chroniqueur.

Voy. Ferreto de Vicence, Platina, Vie de Clément V, Mussato, mii, 7, Villani ix, 62, Spéciail, vm, 2.

iO. D'où l'on pourrait conclure que Dante ne connaissait pas personnellement Ange Brunellescbi , parent de Betto , l'un des syndics Noirs dont il a été fait mention au sujet des Malcsgrifi'es, non plus que Buoso Abbali et Puccio Galigaî; mais il veut dire que, Blancs jadia, ils s'étaient signalés dans les rangs contraires , ce qui les rendait méconnaissables à see yeux.

a04 l'enfer.

Chacun d'eux, en parlant, nomma l'autre. Déjà Us demandaient : — Où donc est demeuré Giania ^^ ? — Et moi, pour que le maître eût Toreille attentive, Sur mes lèvres mon doigt proraptement s'allongea.

Si maintenant, lecteur, tu ne crois qu'avec peine Ce que je te dirai, j'en serai peu surpris; A peine je m'en crois moi-même, et je le vis.

Gomme sur tous les trois mon regard se promène, Vu serpent à six pieds s'élance sur l'un d'eux " : De ses pieds du milieu tandis qu'il se cramponne A son ventre , de ceux du devant il harponne Ses deux bras, où s'enfonce un ongle venimeux; Ses dents en chaque joue avec rage se plongent ; Sur les cuisses ses pieds de derrière s'allongent. Et sa queue , entre deux se courbant pour passer, Va le long de ses reins, hideuse, se dresser *\ Jamais lierre d'un aii)re avec autant de force. En s'enlaçant à lui, n'emprisonna l'écorce, Que n'en mit à presser de ses plis repoussants Le monstre plein d'horreur ces membres frémissants. Puis, comme s'ils étaient de la cire fondante. Leur forme, leur couleur, se mêlent sous nos yeux, Et de ce qu'ils étaient rien n'apparaît en eux. Ainsi dans le foyer, devant sa flamme ardente , Le papier se revêt d'une sombre couleur. Et, sans être encor noir, a perdu sa blancheur**.

1 1 . Glanfa Donati, alUé de Dante, marquer que Gianfa attaque d'abord qui avait épousé une Donati. Brunelleschi par le ventre, par U

12. Clanfa Donati , qui d'après cela , bonne chère, et qu'il lui lie les deni aurait déterminé l'apostasie de Bru- bras, le braccia prêté , Idée sur lanelleschi. Les six pieds font peut- quelle le poète ne se lasse \iM «le être allusion à des frères ou à des revenir ; quant au surplus de l'aiié' proches de ce Florentin, car on ne gorie, il suffira de dire que la satire volt guère de serpent de cette es- ne saurait pousser plus loin l'oupèce. trage et robseénité.

13. Noua nous bornerons à re- 14. Est-ce que le sens de Y^X^'

Los antres, l'œil flx^ sur ces effets étrangos, SVcriaient tous les trois : — Agnel, comme tu changes *^ ! Tu n'es pas deux; pourtant, tu n'es déjà plus un ". —

Les deux têtes, bientôt, n'ont plus qu'un front commun", Et s'offrent devant nous deux formes , confondues En une seule , où sont deux natures perdues ". De quatre membres joints deux bras se trouvent faits ; Jambes, cuisses et ventre et la poitrine entière Sont devenus un corps tel qu'on n'en vit jamais , Ne conservant plus rien de sa forme première. Cette image inouïe , affreuse , qui semblait Deux et n'était personne , à pas lents s'en allait*'.

Tel, quand la canicule embrase l'atmosphère , En changeant de buisson , si l'agile lézard Veut franchir le sentier, comme l'éclair il part ; Vers les deux autres, tel, embrasé de colère. Petit, noir comme un grain de poivre, s'élança Un serpent , qui, fondant sur l'un d'eux , lui perça L'organe par lequel , au sein de notre mère, \ous prenons l'aliment Devant lui, cela fait, 11 retomba soudain et s'étendit à terre. L'œil fixe , le blessé muet le considère ; Mais en restant debout, immobile, il bâillait. Gomme si le sommeil , la fièvre l'assaillait. S'échangeait le regard entre eux, ardent, farouche ; Tous deux, l'un par sa plaie et l'autre par sa bouche,

goiie ne saute pas aux yeux ? Etait- qu'un avec Gianfa et tu no t*appar-

H possible d'expliquer plus claire- tiens plus , car tu t'es livré corps et

ment la miHamorphose subie par ftme an parti opposé.

run sous l'influence de l'autre et l'cf- n . Où la pensée est la ni^me dans

Tel instantané de cette conversion, y^ siège commun.

f| ni des Blancs le faisait passer aux .^ \^ >. . . ,

j^'^^j^j^o 18- Où étaient d^HX pen/u* , dit

1 5. Ei.c'élait ce changement qu'il *« P»^'^^» ^^-' ^'^'' ^«*^ P""^""g'aaifsnil de flétrir en le signalant. * 19. Due e vessun. Uc sarcasme

16. Tu ne fais pour ainsi dire ne peut certes êirc plus sanglant.

206 l'bnfbr.

Fumaient étrangement , et la fumée allait

Des deux parts se confondre, épaississant sa couche '^

Que désormais Lucain ne nous attriste plus Du sort de Sabellus et de Nasidius, Et qu'il suive, attentif, ici ce qui s'opère '^ ; De Cadmus , d' Aréthuse , Ovide peut se taire ; Qu'en source il change Tune, en ses chants merveilleux, L'autre en dragon, pour moi, je n'en suis envieux; Ensemble il n'a jamais transmué deux natures Face à face, troquant éléments et figures.

Le prodige, à tel point, correspondit entre eux, Que du serpent je vis s'ouvrir la queue en deux A l'instant du blessé^ que les pieds se soudèrent : Jambes, cuisses, si bien en même temps adhèrent Que même rien du joint n'est perceptible aux yeux. Ainsi revétissait le reptile , à mesure , Les membres et l'aspect que l'autre délaissait; Et, tandis que la peau de l'un devenait dure, Sur l'aut/'e, au moment même, elle s'amollissait''. Aux aisselles, les bras ramenés s'y plongèrent, Et d'autant les pieds courts du serpent s'allongèrent". Ceux qui rampaient derrière, ensemble se tordant,

20. C'est Gucrcio GavalcantI de la bien faïre compTendre (pill s'agît de

famille guelfe de ce nom, qui , sous traits décochés contre des enneinis.

t!^Zl nTi^^SH TnT «• L'»n prenant .ind U fonne

eue «ar Buoso des Abbati On no- ^ ou «éclaire, i meaure qw

tera qu'il l'attaque à l'omb.Hc et 1 y ^^ ^ ^^^ ^

bleaje. comme C.anfa a pna Brunel- , ' ,^t„,„entdit<lu

^ .niri liL d.t 11„r G"«»te orthodoxe. Car. cette flcUoa

manlfe^en cU C...^^ qui ^P^«°. Ser^rGu?-

•près une lutte flëvreuse. cedwit ik J* ^^^ ^ ^^^.^^ ^„^.^, j

l'innuencc menaçante du Noir. 6- ^ f^, ^^^J^^ ^,„. , ,.g„^

change avec lui des discoure de mus la bannière «uelfe ténèbres dans lesquels leurs opinions

politiques finissent par se confondre 33. Cela ne Tondralt-tl pas dire

et s'identifier. ' que Gaercio Cavalcanti eut ensuite

31. A qwl ch' or tt teœea, pour le hra* plu$ (on; qD'aoparaTiat?

Sont devenus ce membre aux regards que Ton cèle; Chez l'autre, il se transforme, en deux en se fendant.

Tous les deux à la fois d'une couleur nouvelle Les revêt la fumée ^S et sur l'un fait pousser Le poil, sur l'autre corps rapide à s'effacer ^^ L'un se lève debout, l'autre à terre s'affaisse"; Mais du même regard impie, ardent, sans cesse S'épiant, sous ses feux leurs traits sont échangés. Ceux du serpent , qui s'est dressé, trop allongés. Remontent vers la tempe; et de la chair ténue Restant de chaque joue, une oreille est excrue ; Ce qui n'est pas allé derrière s'arrondir Pour former lèvres , nez, en avant vient saillh*. Du gisant " le museau s'aiguise ; ses oreilles Dans la tête rentrant, se retirent, pareilles Aux cornes qu'à son gré renfonce un limaçon ". Sa langue, jusque-là pour parler conformée. Se fend, devient fourchue, et le double aiguillon Chez l'autre se rejoint; puis cesse la fumée ".

24. Leurs discours n'étaient que fomée et ne produisaient pas )a véritable lumière, puisqu'au résultat ils déterminaient l'apostasie de l'un et seulement la demi-eouTersion de raiitre, sons le rapport religieux.

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