‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 66 sur 155 · SS · texte numérisé non relu

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L ENrER.

Mon guide , avec mépris, loi dit : — Ame imbéoOe, Que ne prends--tu ton cor, pcmr exhaler ta bile 'M De haine et de remords si fermente ton sein , Cherche à ton cou, tu vas y trouver la courroie Qui le soutient ; regarde, Ame au vertige en proie, Sur ta large poitrine est Finstruraent d*airain.

LiA-même il se dénonce , alors , me dit le sage ; G*est Nembrod , TiDsensé dont Torgoeilleux dessein A fait que, dans le monde, U est plus d*un langage *\ LaissoQs-le désormais , sans lui parier en vain ; De même qu'il n'entend aucun discours humain , Aux siens Ton ne peut rieo comprendre davantage *\

Touraant doue vers la gaudb^e, à distance d'un trait.

sai vante : Quam ttulte incedit [tumina Orci puer mundi mei. Tandis qu'il faudrait entendre, selon le Bat- Tant orientaliste Fiûgel : Mon éclat s'est engouffré, voici maintenant mon monde. Entre ces messieurs le débat.

13. Le cor qui a sonné la rébellion contre Henri VII , celui que Dante vient d'entendre retentir comme un signal de désastre, et en même temps celui au son duquel fut proclamée la sentence de condanmation rontre le coupable.

14. H se dénonce comme le Nembrod lombard , comme Guido délia Torrc, le premier à donner le signal des rébellions qui éciatèrt'nt successivement contre Henri de Luxembourg; comme la cause première des défections qui s'ensuivirent , et du résultat funeste de cette expédition entreprise pour qu'il n'y ail plus qu'un langage, une foi et une loi.

C'est-à-dire pour qu'on cessât de prier Dieu en iaUn, et de se soumettre à l'autorité souveraine du pape, tant au spirituel qu'au temporel.

Voyei dans le traité sur l'Éloquence

vulgaire , le curieux récit que fait Dante de la manière dont s'accon.pilt la confusion des langues ; événementauquel UsembleavoIrMilsIé et qu'il déplore profondément.

Ut. 1, ch. vu, et p. 337 €t 888 des Révél.

15. Tout se réunit pour réféler dans ce Nembrod , semblable à «me TOUR, ayant, de la celntnre au eoii, trente palmes, mesure milanaise, un membre d'une des pi us puissantes familles de Milan, c'est-à-^llre Guido de la Torre, ou de la Tour, le premier à se révolter contre Henri VU.

Celui qui, à partir de ce nHMnent.

ne cessa de hil susciter des ennemis, de semer, parmi les siens, la défiance et la discorde, ce que Danle appelait la confusion des langues ; qui, enfin , réfugié à Florence, cette Babel révoltée , tub pertuasione CigafUis (De Vulg. eloq.) , fat signalé coomie criminel de lèse-majesté par sentence impériale du 28 septembre 1311 , publiée à son de trompe , a suon di como, dans toute l'Italie.Voy. DeUM. degU Erud.

Toiûonit etCorio, p. 175, «o verso.

CHàKT XXXI.

Un géant plus terrible et fort nous apparaît*'.

Je ne puis dire qui Tenchaîna de la sorte " ,

Mais son bras droit derrière, et le gauche devant,

Par une chaîne étaient liés qui, longue et forte,

Attachée à son cou, allait, en descendant,

Cinq fois le garrotter". — A l'essai , pour connaître

Si le grand Jupiter pouiTait lui résister.

Cet orçueîUeux l'osa combattre , dit le maître ** :

Tel est le châtiment qu'il a su mériter *•.

Ephialte il est nommé , l'un des fils de la Terre ,

Aux dieux, dans leur orgueil , qui portèrent la gueiTe.

Ses bras, qu'il démenait jadis si furieux,

Sont liés à jamais sous leur chatne serrée^*.

16. Comme roi, ce géant doit être plu» grand et plus redoutable, fiero e maggio, que le chef d'un municîpe.

17. Le maître assez habile pour enchaîner ce géant plus redoutable que le précédent, et que le poète ne peut désigner par son nom, non so io dire il maestro, désigne celui à qui fut accordée la faculté de lier et de délier. Quant au nom du géant lui-même, il est assez clairement indiqué dans les deux rimes suivantes : no PERTO, qui ne se trouvent pas là fortuitement.

18. La chaîne fait cinq tours, parce que le pontife dont Robert II, de Naples , était Tallié , s'appelait Clément V. (Vesl par le même motif que Nembrod a, de la ceinture au cou, trente palmes, équivalant à cinq aunes ou alUj et que, moins la télé, Antée dépasse agssi la margelle du puits infernal de cinque aile. On avait remarqué que Clément V avait été élu en iâ()5, le cinquième jour du cinquième mois de l'année, qui commençait alors en mars. Corio, Hist, miL, p. 170, au verso.

19. Ne croyez pas que Virgile retombe ici dans le paganisme, il sait

en son âme et conseience qu*Éphialte croyait faire acte d'excellent chréiien en combattant contre Jupiter et son aigle.

20. Tel est le châtiment que le poète a jugé à propos d'infliger au roi Kobertr d'Anjou , pour avoir osé entrer en lutte avec le Jupiter imperlai; il est devenu l'homme-lige, le vassal de Clément V, qui dispose secrètement de son bras droit , attaché par derrière, tandis que le gauche, retenu par-devant, est ostensiblement au service de la France. Ce n'éiait pas assez , à ce qu'il paraît, de l'avoir représenté déjà sous les traits de Itfahomet.

21. On conviendra que , pris à la lettre, le suppliée de ces géants n'est rien en comparaison de ceux que nous onVe l'Enfer pour des crimes bien moins grands , car 11 se réduit à avoir les mains liées et à faire sentinelle autour du puits infernal, où Ils plongent jusqu'à la ceinture.

Mais le poète a voulu les signaler ainsi comme ayant tremi)é à la fois dans la fraude à l'égard des Gibelins , qui se défiaient d'eux, et dans la trahison à l'égard de l'Empereur,

Maître, s'il so pouvait, je serais curieux, Dis-je, de contempler l'immense Briarée.

Tu pourras, reprit-il , voir Anthée ici près, Qui , lui, parle et n'est point lié pour ses méfaits "; Il doit nous introduire au centre de tout crime ". Celui que tu veux voir est loin de cet abîme ; Du reste , il est Hé , comme Ép|iialte en ce lieu ". Pour le corps et les traits, il en diffère peu", Sauf qu'il est plus farouche en son air qui repousse'

De tremblement de terre une telle secousse N'ébranla jamais tour comme , dans cet instant, Éphialte, sous ses fers, de rage s'agitant".

qui se confiait dans leur loyauté.

C'est pourquoi , placés sur la limite des deux derniers cercles , ils semblent appartenir autant h l'un qu'à l'autre.

2*2. La n*ponse est au moins étrange; mais patience, qu'il suffise de savoir que Briarée est la figure de Phillppe-lc-Bel, qui ne doit pas encore entrer en scène. Dante , ne pouvant expliquer ici le rôle muet qu'il entend lui faire jouer plus tard , met dans la bouche de Virglie cette défaite , dont il a Tair de se payer.

23. Dans l'impure Babylone, résidence de Lucifer. C'est parce que Dante trouva assistance près de celui qui est désigné i<*i sous le nom d'Antée, qu'il lui fut possible de retracer son voyage infernal.

24. Nous verrons, en effet, Phllippe-le-M, dont la capitale est assez éloignée de Uomc, jouer le rôle d'un géant sur le sommet de la montagne du Purgatoire. Lié comme Bobert d'Anjou par des conventions secrètes avec dément V, il devait en porter la peine , et une allégorie des plus Injurieuses flétrira les liens qui l'unirent au pontife.

25. Les deux rois étant proclAs parents devaient, en effet, se ressembler jusqu'à un certain point.

26. Le roi de Naples ne passait pas pour vaillant, et 11 avait l'air si peu terrible, féroce, qu'on l'appelait la reine Bertbe ; c'est à quoi Dante fait allusion dans son .traité del'Eloq. vulg., lorsqu'il dit: Petrus amat muUum dominam Bertham.

Traduisez : Le pape aime l>eaucoup le roi Bobert. Liv. ii , 6.

27. Le poète nous donne ici un nouvel échantillon du langage que les Italiens appellent totiodaffieo , et trouve ainsi moyen de faire connaître , à Taide d'une légère modification, le véritable nom du géant Ephiulte. De même que dans cette espèce d'argot , on disait parlasia pour paralysie , tegolo pour théologien, dottor in Tolosia pour docteur en théologie, ou docteur èsarts et sciences de Toulouse , en estropiant les mots pour leur attribuer un sens sectaire, Dante dénature ici le mot robusto , dont il fait rubesto et l'ajuste, tant bien que mal, comme adjectif à un tremblement de terre, de manière à

J'en craignis plus la mort, tant je la crus prochaine ", Et, près de défaillir, j'en sentais les frissons ; Mais je repris courage en lui voyant sa chaîne.

Nous rapprochant d'Antée alors , nous avançons : De cinq aunes au moins, sans mesurer la tête. Il dépassait le puits ". Mon guide , qui s'arrête, Dit au géant : — 0 toi qui , dans ces régions Où Scipion conquit une immortelle gloire Et vit fuir Annibal avec ses bataillons, As jadis abattu plus de mille lions ^« ; Toi dont le bras puissant semble donner à croire , Pour tes frères s'il eût contre le Ciel lutté , Que les fils de la Terre auraient eu la victoire " , Descends-nous tous les deux , de bonne volonté , Où l'onde du Cocyte est par le froid durcie ; Ne nous fais réclamer ni Typhon ni Titye : Cet homme peut donner ce qu'avec âpreté On désire en ces lieux ". Sans prendre un air farouche.

diriger la pensée sur Ropertxu ou Nembrod milanais. Cette république Rubertus, comme on écrivait alors guelfe avait alors à sa tète Rambert ce mot en latin. Si Ephlalte Robert Orgoglio&i, qui, Gibelin affllié en scfi'agite en fureur, c'est qu'il s'in- cret, dissimulait politiquement ses digne de voir qu'on des siens va opinions. [Voy, Paul Bonoli , hisl. Ycnlr en aide au poète et contribuer de Forli. Liv. vi. ) Il connaissait ûi-s ainsi à le soustraire au châtiment lors le langage sectaire, c'est pourréservé aux hérétiques, quoi il dit q\ïÂntée parle, quoi-

28. La colère de RuI^rt lui faitre- qu'il ne prononce pas un seul mot.

douter davantage la puissance pon- Enfin , le chef étant Gibelin , et le

llûcale, la Mort des sectaires , dont corps Guelfe, cette divergence d'opi-

l'Amour était la vie. On a vu par les nion est exprimée par les cinq aile,

vers de Gnido Cavalcantl que, dans sunes bolonaises, que mesurait le

leur langage , se donner à la Mort busie, marqué au V, ciiiffre de Clé-

par amour , c'était alTecter les ap- ment, la léte ou le chef non compris.

INirences guelfes dans un inlérél 30. Il fallait bien donner quelque

gibelin, peu la teinte africaine au géant bo-

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