‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 7 sur 155 · La religion de TAmour conduis la position indiquée · texte numérisé non relu

La religion de TAmour conduis la position indiquée

sait à la vérité par la science, qui, 34. Humble, humiliée sous le Joug

résultat de la raison, produisait la clérical. Dante emploie firéquem-

vertu. ment celte éptthète pour rappeler

33. A la vie nouvelle de rinttié ; les l'humilité catholique, plus préchéa,

cérémonies de l'initiation se faisant selon lui, que pratiquée,

dans un Heu clos tendu de drape^ 3è. L'ambition usurpatrice, la }a-

ries, fetêri, feutres ou draps. Voy., lousle du pouvoir temporel,

dans le Pecorone de Jean de Flo- 36. A la mort du corps après celle

renée, comment le khan des Tar- de rinteiUgeoce.

8 l'enf£r.

Puis , tu verras plus loin ceux-là qui de leur sort Sont contents dans lefeu*% parce qu'à Tempyrée D*arriver quelque jour parmi les bienheureux Chacun d'eux a l'espoir". Si jusque-là tu veux Monter, doit t'y conduire une autre àme plus digne *\ Et je te laisserai près d'elle au premier signe. Le mattre tout-puissant qui dans le Ciel est roi, Parce que j'ai vécu rebelle envers sa loi, Dans sa sainte cité, quand de l'ouvrir il daigne, N'entend pas qu'on pénètre étant conduit par moi. Son empire est partout, ce^n'est que là qu'il règne; C'est là qu'est sa cité,, son trône , son palais , Heureux sont les élus qu'appellent ses décrets. Je répondis soudain : — Poète, je t'en prie. Par ce Dieu tout-puissant que tu ne connus pas, Pour que loin de ce mal *•, ou pis encor, je fuie. En ces lieux que tu dis veuille guider mes pas ; Fais que je puisse voir la porte de Saint-Pierre"

37. \\ n'est fait mention ici que de elle est l'àme, U vie, la lumière, le l'épreuve du feu , suivie , dans le VcrlMS, mais surtout le salut, grâce Purgatoire , de celles de l'eau et de à son déguisement catholique, l'air. GeUe simple indication suffit 40. Le mal italien, autrement dit pour faire comprendre qu'il s'agit la puissance pontiûcale, corresponde ces fidèles d'Amour qui, par un dant au mal français. Voy. Purg., dédoublement mystique de leur per- ch. vu : Padre e suocero son del mal sonne, en tant qu'âme et corps, in- di Franeia,

telligence et volonté, sont à leur gré 4 1 .Virgile vient de dire à Dante : hommes ou femmes, comme les « Je te Urerai d'ici 'par le lieu éter- Anges de Milton , et brûlent des nel où tu entendras des cris désesflammes de l'Amour sectaire, pour pérés. » 11 ne s'agit donc ni du Purun prétendu péché hermaphrodite, gatolre ni du Paradis, où l'on n'en- Ch. XXVI du Purg. tend rien de pareil ; or, Dante lui

38. Dans la nouvelle Jérusalem, répond : • ConduJs-moi où tu viens cet Eldorado des Sectaires, qu'ils dédire (en Enfer nécessairement); espéraient subsUtuer i l'impure fais que je puisse voir la porte de Babylone , nom sous lequel ils dé- Saint-Pierre. » La porte de Saintsignaient la ville des Pontifes. Pierre, au Vatican, est donc dans sa

39. Béatrice, la fui sectaire person- pensée la porte de TEnfer. Mais ce nlAée , réunissant les attribuU de la n'est ici qu'un premier Jalon sur la raison, de la vérité et de la liberté ; route que nous avons à parcourir ; à ce titre, adorée de Dante, dont ce n'est qu'une Indication préllmi-

Et ceux que tu me peins si malheureux là-bas. Il s'achemine alors et moi je vais derrière.

naire, dont la portée deviendra de plus en plus claire. Ce n'est pas tout : Dante comptait sur sa Comédie pour lui rouvrir un jour l'entrée de sa patrie, et comme il y avait à Fioreoce une porte de Saint-Pierre surmontée des deux clefs sculptées , porte près de laquelle étalent situées ses propriétés {voy, Villani ,

m . 3, IX, 134, et Léonard d'Arezzo, Vita di Dante), son désir de voir la porte de Saint-Pierre a évidenmient une double signification, l'une signalant le but, Florence , l'autre indiquant la route à suivre pour y arriver , Rome ou l'enfer à braver et k vaincre.

Le jour disparaissait et Tatmosphère obscare Aux hommes fatigués ainsi qu'aux animaux , Sur la terre, annonçait le moment du repos; Moi seul je m'apprêtais à cette lutte dure Du chemin et d'un cœur de pitié contristé * ; Lutte dont mon esprit, à la fidélité Qui ne faillira pas, entreprend la peinture'. 0 Muses, ô génie, à vous de m'assister. Esprit qui te souviens, à toi de raconter Ce que virent mes yeux, de montrer ta noblesse *.

Poëte , dis-je , dont me guide la sagesse , Sur mon courage vois s'il convient de compter Avant de m'engager en si grave entreprise. Tu dis que , périssable encor, le fils d'Anchise Dans un monde immortel a, de la chair vassal ,

1. Dante ne cesse de jouer sur ce mot de Pietà, qu'il emploie par antiphrase, dans le sens de pitié ou de piété, Rome étant pour lui et les siens, ou toute impitoyable, ou toute Impiété. Voy. son Canxoniere et sa Vie nouvelle, où Rome est constamment désignée sous le nom de dame Piété, son ennemie. 11 veut dire ici qu'au moment où la nuit pontifical'' remplaçait (a lumière impériale, et lorsque ses compagnons, découragés , se retiraient de la vie active, il s'apprêtait, dans les méditations de le vie contemplative, à une guerre bien plus terrible que

celle des champs de bataille, puisqu'il avait pour adversaire dame Pieté clie-mcme, sua nemtca, V. N.

2. La mente che non erra n'est pas la mémoire, qui souvent est en défaut chez le poète , comme il le déclare plus d'une fois; c'est son esprit sectaire, qui restera fidèle à sa foi , malgré les apparences contraires , et ne tombera pas dans Terreur catholique.

3. Cette noblesse qui résulte de rinitiation sectaire, dont II est traité dans le iv* livre du Banquet, Voy.

RévéL,p. 328 et suiv.

Fait son voyage. Mais l'ennemi de tout mal,

Peut-être , loi daigna eoncéder cette gr Ace ,

L'admet notre raison, dans quelque but final,

En songeant aux effets, au héros, à sa race.

L'homme qui réfléchit n'en peut être étonné.

Dans le del empy rée il fut prédestiné

A faire naître un jour et Rome et son empire,

Cité, pouvoir suprême établis, à vrai dire,

Pour consacrer le lieu, marqué par le Seigneur,

Où du grand Pierre siège en roi le successeur *.

Maintes choses qu'apprit Énée, en ce voyage

Dont ta muse inspirée a tracé le tableau.

Furent, tmit à la fois, la cause et le présage

De son futur triomphe et du papal manteau ^

Vase d'élection, Paul au sombre rivage

Alla pour y chercher réconfort à la foi ,

Ge gage du aalut; mais, moi chétif , pourquoi

Et de l'aveu de qui tenter pareil voyage ?

Je ne suis ipoinx Énée ou Paul et ne me croi

Digne en rien de leur sort, tel ne me croit personne.

Je crains, si j'entreprends ce trajet qui m'étonne ,

D'agir en insensé. Sage, pour moi conclus;

Certes , tu me comprends mieux que je ne raisonne *.

4. Od peut lOQt aussi bien enten- 6. Cette idée est évidemment em-

dre vMçgiof Pietro, dans ce sens pnintée à saint Augustin , dans sa

aue l'bumbJe ap6tre saint Pierre Ctt^deDieu. Dans quelle intenUon?

était plus grand dans sa pauvreté EUe va bientôt se manifester,

que ses successeurs dans tout l'éclat 6. L'intention sarcastique du

de leur puissance. Au surplus, le but poète se révèle dans le vers à double

du voilage dantesque est ici sensqui termine la tirade: «e'satno» ( clairement Indiqué : le poète e intetidi me , ch* io non ragiono ; n*asp!ralt à rien moins qu'à relever vers qui, selon qu'on met ou non Tempire romain , fondé par Énée, une apostrophe après me, peut se et à fbire passer la puissance sou- traduire comme nous ie faisons ici, veraine du successeur de saint ou : Tu me comprends quand je dé- Pierre au successeur de César. Voilà raisonne, c'est-à-dire quand )'■! fNWPVioi U éMcend aux Enfers , Fait d'adopter le langage de saint GO0VII0 tué»} pourquoi U est làvo- Augustin, liais saint Augustin n'a risé d'une vision, comme saint l^ul. pas dti que le Ueu des Ghrétiens ait

L ENFER

Comme un homme qui veut, puis soudain ne veut plus, A quelque avis nouveau si son esprit se range , Et, prêt à commencer, de plan tout à coup change, Sur cette côte sombre ainsi, tout indécis, Par la réflexion j'écartais la pensée Qu'au premier mot j'avais ardemment embrassée.

Et l'ombre illustre alors : — Si je t'ai bien compris, Une lâche frayeur subjugue tes esprits , Celle qui d'une tâche où l'on acquiert l'estime Détourae trop souvent l'homme pusillanime , Comme un coursier qu'une ombre, un son fait se cabrer. Sache, afin que ton cœur ait â se rassurer, Pourquoi je vins, à moi qui s'était fait entendre, Et ce qui, tout d'abord, sut me pousser à prendre Ta détresse en pitié '. J'étais où sont reclus Ceux que laisse en suspens le maître des élus '. Alors que , par mon nom , une dame m'appelle. Une saÛ3te , à l'aspect glorieux et si belle Que de me commander je la priai soudain •. Plus qu'étoiles ses yeux brillent*®; elle s'explique A basse et douce voix 'S d'un accent angélique.

présidé au voyage d*Énée aux Enfers. Au surplus» aflnde déraisonner ^ son aise sur ce sujet, le poète a eu soin , au commencement du chant, de faire s'éclipser le soleil de la raison.

7. Dante retrace ici les hésitations et les craintes dont il fut assailli avant de se décider à entreprendre son poème, et à arborer le drapeau du catholicisme pour faire la guerre à l'autorité catholique» alla pietade,

8. Les Maçons suspendent les travaux lorsqu'ils sont en péril ou gênés par l'œil des profanes. On comprend dès lors comment les travaux philosophiques, politiques et poétiques , symbolisés par Platon

et Âristote , César et Cicéron , Homère, Horace et Virgile, étaient suspendus sous l'influence stupéfiante de l'autorité sacerdotale.

9. Béatrice , dont nous avons expliqué l'essence ^r* ^s nos Révélor lions, d'nprès Dau> lui-même.

Voy. p. 199 et suiv.

10. Les yeux de Béatrice sont ses enseignements , gli occhi di questa donna sono le sue dimostrasioni,le quali driite neyli occhi dello inUl- Uuo inamorano V anima. Traité H du Banquet, ch. xvi. Voy. les RéréL, p. 310.

U. La raison sectaire ne pouvait parler haut sous le règne de l'autorité.

Et dît en son langage " : — 0 Mantouan dîvîn , Ame courtoise ", dont toujours la renommée Vit durable et vivra sur la terre charmée, Autant que n'aura pas le monde à prendre fin ; Mon ami, qui n'est pas celui de la> Fortune **, Se trouve en grand péril sur la déserte dune Et, de frayeur, il est pour rebrousser chemin. Je crains que déjà même égaré, l'âme en transe, Je ne vienne trop tard lui chercher assistance. D'après ce que je viens d'apprendre dans le Ciel. Va donc, sans différer, que ta docte parole " Et tout ce que réclame un danger si cruel. Pour le sauver soit mis en œuvre et me console. Mon nom est Béatrice ••. Ici, pour t'appeler. D'un lieu que de revoir j'ai soif je suis venue ; L'Amour *^ m'en fit descendre et me fait te parler.

12. Dans celui de la secle, dont les expressions sont combinées de telle sorte qu'on puisse les interpréter dans des sens opposés^ pour déjouer la surveillance de Tlnqulsitlon. Autrement à quoi bon dire qu'une dame florentine s'est exprimée en toscan? Plus tard, Dante appellera ce langage son latin, celui des siens, en opposition à. celui de l'Église, sa langue officielle et rituelle.

I3i De COUT, épithèle équivalant à Impérialiste, gibelin, sectaire, et dont le poète indique la valeur dans le Yuly, Elog, {voy, p. 400, 402, des Révélât.) et dans le Convito, n , 12,en ces termes : Si toise questo vocabolo dalle corti ; e /u tanto a dire cortesia, quanto uso di carte, sous-entendu Impériale.

14. C'est-à-dire du représentant de la puissance pontificale, désigné par les noms de Plutus, de l'avare, de l'homme riche, etc. Voy,, ch. vn, en quels termes Virgile définit la Fortune, et s'il est possible de

se méprendre sur l'intention réelle du poète.

15. Ta parole ornée, ornata; le langage car, précieux, ries Provençaux, faisant illusion à l'aide des ornements fournis par la gaie Science , qui enseignait h faire à propos emploi de la Irggiadria, selon l'expression de Dante. Voy. la canzone : Poscia ch* Àmor del tutto m' ha lasciato et p. 302 des Révél,

16. De beare, celle qui rend heureux ; la lumière Vérité, qui éclaire la raison et lui vaut la liberté, en l'affranchissant du joug de Rome.

Tous les moyens doivent être mis en œuvre pour le salut et le triomphe de ses apôtres.

17. L'Amour était le point de dé part de la foi albigeoise, et tout ce déluge de productions amoureuses et chevaleresques, au milieu d'une civilisation où le sensualisme et le libertinage se livraient à tous les excès n'a pas eu d'autre origine.

VoyAeiJiévél,

14 l'enfeii.

A moD SeigneuTi souvent, si je ne suis déçue.

Près de lui de retour, je me louerai de toi.

• Alors elle se tut , et je répondis , moi :

— 0 dame de vertu, par qui l'humaine engeance

Arrive à dépasser tout -ce qui prend naissance

Sous* le Ciel dont le cercle est le plus resserré ^\

Eussé-je exécuté toi\ ordre , qui m'honore ,

Je croirais obéir trop lentement encore.

.Ton désir m'est connu , je m'y conformerai;

De plus il n'est besoin. Mais consens à m'apprendre

Gomment tu n'as pas craint aussi bas de descendre

En ce centre profond ", de ce vaste séjour

Où tu brûles bientôt de te voir de retour.

Peu de mots suffiront, reprit-elle, à t'instraire, Puisqu'à tant pénétrer ton esprit est induit, Comment je viens sans peur affronter cette nuit** : On doit uniquement craindre ce qui peut nuire, Le reste, non, qui n'est en rien à redouter. Telle me créa Dieu , sa grâce en soit bénie , Que ne peuvent sur moi vos misères porter, Ni m'attemdre les feux de ce sombre incendie ". Une Dame, puissante et noble, est dans les eieux, Au cœur compatissant", qui plaint le malheureux

18. Sur la terre, où les initiés aux tolique est un gouffre où Teaprit se mystères de la secte deviennent de rétrécit , en comparaison de ces très-excellents anges. Voy, les ri- vastes domaines de la pensée, où il tuela maçonniques et les œuvres de s'élève et se dilate librement. Swedenborg. Béatrice vient d'être 20. Sur le territoire ennemi, obligée de décliner son nom à Vir- 21. Les tortures ni les bûchers gile , et le voilà tout à coup la sa- allumés par la religion de haiD« m luant comme la reine des vertus et peuvent rien contre la doctrine de la dispensatrice de tout le savoir yérité, de Uberté et d'amour ; Béa* humain ; car il est devenu si bon trice est une idée dont le poète a théologien en enfer qu'il reconnaît, fait son idole et la violence est rien qu'au nom de baptême, que impuissante contre les idées.

celle qui lui parle est lu perBonniQ- 22. L'église sectaire, personnifiée

cation apparente de la théologie ca- sous le nom de Marie, mère de l'oint

tholiquc romaine. du Seigneur, du Christ Impérial,

19. Le centre de l'autorité apos- attendu comme un Messie pour dé-

Vers lequel je t'envoie en sa mésaventure. Elle a cassé là-haut une sentence dure ", 'Puis, appelant Lucie", elle a dit : — Vois au loin , Ton ami , ton fidèle a de toi grand besoin , Je te le recommande. — Au même instant Lucie , De tout cruel toujours et partout ennemie '% A la hâte se lève et vient où, dans le Ciel, J'étais assise auprès de l'antique Rachel", Et me dit : — Quoi, de Dieu, toi, louange accomplie ^% Ne secourras-tu pas celui qui t'aima tant. Et de la foule sut sortir en te chantant ^^ 7 N'entends-tu pas sa plainte éplorée et profonde! Ne vois-tu pas la Mort et lui se débattant ^*

lîTrer les fldèlefl d'Amoar de Te»clayage de Babylone. « 11 y a, dit M. de Lamennais» dans le traité de Dante sur la Monarchie, comme un reflet des idées orientales qui font du souverain un Dieu. Cette conséquence est st naturelle que, dans les discussions qui eurent lieu à Bologne entre quatre professeurs de l'Université au sujet de savoir si l'Empereur était le Seigneur de toute la terre, au même sens que le Roi des Rois et le Seigneur des Seigneurs de l'Apocalypse , deux d'entre eux, principalement Martin Gorla, soutinrent l'affirmative avec tant de chaleur qu'ils faisaient, dit Ciampi, Disc, prem, aile Rime di Jf. Cino, un Vieu de l'Empereur, sentiment qui eut, ajoute-ii, grand nombre de sectateurs, môme dans les siècles suivants. »

23. Celle de Gante Gabrieii, podestat de Florence, qui avait condamné Dante , comme concussionnaire , à rexil, puis à la peine de mort.

24. Lucie, de lux, lumière, personnification de la Révélation ou de r.^pocalypsc de saint Jean , apôtre de la loi d'Amour.

25. Et par suite, des tortures, des bûchers, des jugements iniques, de tous les moyens violents employés contre les fidèles qui, comme Dante, préfèrent la lumière aux ténèbres.

2G. Figure de la vie contemplative qui a produit l'Apocalypse de saint Jean et la divine Comédie.

21. Loda vera. La doctrine arcane étant la vraie religion, elle est la seule qui loue vraiment le Seigneur, car elle est toute vertu, toute perfection, comme la Béatrice de la Vie nouvelle.

2S. Odi profanum vulgus. Ce fut en célébrant Béatrice ou la doctrine albigeoise, ne faisant qu'une avec son àme, que Dante sortit de la fonle des profanes asservis dans les liens de l'Ëglise.

29. Nous avons déjà expliqué comment la Morl était devenue pour les sectaires la ligure de la papauté, qui , selon eux , privait les hommes de l'usage de la raison , usage qui seul constituer la vie liumalne. On volt que la Mort et la Louve sont tout un, puisque cette dernière seule a fait mine de combattre le poète,

16 l'enfer.

Sur ce fleuve à la mer dont ne roule pas Tonde *• ?

Personne assurément , au monde, n'a jamais Fui devant le péril, poursuivi le succès D'un si rapide essor que jusqu'ici je vole, Quittant mon heureux siège au céleste pourpris, Pour m'ettre mon espoir en ta docte parole ", Qui t'honore à la fois et ceux qui t'ont compris".

Après m'avoir ainsi parlé, la noble dame Détourna ses beaux yeux, que d'une humide flamme Faisaient briller les pleurs " et, hâtant mon départ, Comme elle le voulait, j'accourus sans retard Et te ûs échapper à la béte sauvage , Qui vers ce mont riant te fermait le passage **. Qu'est-ce donc? Désormais pourquoi demeures-tu? Pourquoi ton lâche cœur est-il si combattu? Gomment ne sens-tu pas confiance et courage Quand trois dames sur toi, trois saintes, dans les cieux. Veillent d'un tendre soin '% lorsque de mon langage Tu ne peux qu'espérer un secours précieux *• ?

Gomme au froid de la nuit et s'incline et se ferme La délicate fleur, pour se rouvrir soudain , Se dressant sur sa tige, aux rayons du matin *\

30. I«a doctrine catholique ne dé- 34. A la Louve ou à la Mort, forlivant pas de la vraie Gnosls, mer mes dllTérentes de la même Idée, de toute science , et n'y rclourniint Dante saura bien en trouver d'aupas, conrnie au réservoir commun, très encore.

31 . Le parler honnête, onetto, est 35. A savoir : Marie, l'Église secle langage savant à l'aide duquel on taire ; Lucie , la lumière révélée , et donnait un aspect humble et hon- Béatrice, la fol, la doctrine de Oantc, néte & l'orgueilleux rationalisme. sa libre raison, son ftme.

32. Les initiés ayant seuls l'Intel- 36. Grftce aux ressources que ce llgence du langage conventionneL langage /ionn^/<; et om^ lui fournira S'il n'en était ainsi, Virgile est-il dans son obscurité artiflcleuse pour donc si difllclle à entendre dans le cacher, sous les dehors de la relisens littéral ? Beaucoup moins que gion dominante, les doctrines mys- Dante , assurément. térieuses de l'initiation sectaire.

33. Indication de la fiction catho- 37. Voy, laCanzone : losontenuto llque qui allait présider à son dégui- al punto délia rwta, p. 378 des sèment, puisque pleurer est syno- Hétël., pour comprendre cette cornnyme de papiser. paraison de la Fleur que le froid ex

De même je sentis se relever, plus ferme, Mon courage abattu. Confiant, le front haut:

Ah f combien elle fut, dis-je , compatissante •• celle qui m'apporta secours dans la tourmente; Et toi, courtois et bon?', d'accourir aussitôt, Empressé d'obéir à sa voix inspirée *\ Ta parole si bien de moi s'est emparée Qu'à son premier désir mon cœur revient plus chaud. Va donc, à mon vouloir c'est le tien qui préside , Sois mon seigneur ensemble et mon maître et mon guide.

A ces mots il s'est mis en marche et, non moins prompt, Je le suis au chemin ténébreux et profond ^^

halé de la lone pontificale fait slncUner, et qai se ravUe aii soleil de la raison (*).

38. Dante dit pietosa, pour indiquer le dégnisement de Béatrice en dame Piété.

39. Cortese, mA par la courtoisie gibeline, dame Courtoisie étant l'antagoniste de dame Piété, et courtoisie signifiant usage de la Cour impériale. Voy, le Convito et le Vulg,

40. AlU vere parok,k ses paroles de vérité, qui ne sont qu'artifice sectaire.

4 1. Ici, la transition est complèle.

Après avoir parlé en Guelfe , Dante redevient Gibelin, et Virgile, qu'il appelait poète, sera désormais son maître et son seigneur, comme chantre de l'initiation et de la monarchie, dont le chef réunissait la double souveraineté politique et religieuse.

(*) Cens qni wnt cnrieiix de ««voir qnels «ont cm Jloretli Buxqnch Dnutv. »» compare ici, et la fleur dunt il« dérirent, n'nut qu'à lire les rors que Krédèrii- Il adre*s«it à le Rota di mnsrgio, eolarifa rt fmca , qu'il eiipelait RugafrontuiOt Jior d^ogni fiore ; ceux de Saladino de l'avie. pour qui elle était, cumme pour bien d'entrés, Valtn Fiore, la Stblla D'OmiaifTB, U fiore auUnie {d'Aula) ; eiiriu, ce sonnet de Bonagtunta de Lacques, pnëte qui ioiiera son rôle dans le Purgaluirr, et dont, à ce titre, les vers méritent d*âtre médités :

Tutto lo monde •( mantf«a ptr FIom :

Se Fior non foaic, frutl'i non icria :

Per lo Fiore ci mmniitnt i*Amar* , ^

GMr e «MafTStse cb* é gran ttgmriû.

B MU Fior sen fef (e Mr*ifer«,

SI di hmn r livra che più non poria :

In Fiore ho mPMo tiitto 11 mio vêler».

Se il Fiore mi CéIIîm» , Am aoBiiià.

Eo son ^ffa, e vado più fiitnné0.

In Fiore bo poito tutto il mio diporto,

Per Fiorr Sfigio la tita r«rleJK«ef«.

C*m*puk fiorUfo più la for m'mUada ;

Se Flor mi falls, bru séria aniiTO ,

Yostra mcrcê, Madotina, Fbr» aultttt*.

Pnnte était nn fiontlo de l.i même CAtnille que HonagiunlA, un rcjetun ilo la mémo fleur mérr, Ueur du cuur, étoile d'Orient.

Par moi Ton va, maudit, dans la cité maudite *, Par moi Ton va, perdu, dans rdterncl malheur, Par moi l'on va, proscrit, chez la race proscrite *. La justice inspira son œuvre à mon auteur * : Me firent à la fois la divine puissance, La suprême sagesse et le premier amour *. Avant moi n'existait rien qu'éternelle essence, Et je dure ici-bas éternelle à mon tour. Vous qui passez le seuil, laissez toute espérance *.

1. Dans la Cité Infernale, la JudcccA , région de crime et de trahison , que nous verrons, à des indications précises, n'être autre que la résidence des Pontifes.

2. Perduta gente, les Guelfes catholiques et les Gibelins orthodoxes étant perdus aux yeux des Gibelins sectaires.

3. La vengeance et la haine, bien plutôt que la Justice, Inspirèrent Tauteur, dont le génie conçut cette immense construction de TEnfer.

4. Les attributs de la divine Trinité se résumant dans le chef de TEmpire , oint du Seigneur et son Christ. C'était en effet à deux empereurs, Constantin etCharlemagne, que les Pontifes faisaient remonter leur pouvoir temporel.

5. Dante nous apprend lui-même ce qu'il entend par la vie éternelle, k la fin de son Épitre dédicatoire à Can le grand de la Scala. Selon lui, elle consiste à connaître le principe de vérité, et 11 elle à Tappui les pa-

roles de saint Jean : Hibc est mta atema ; ut cognosetuii te soium Deum verum et qiiem misisti , Je- 9um Christum (xvii , 3). Aiosi, pour le poète et pour son école, le prie* cipe de vérité , ou la vie étemelle , consistait à reconnaître Dieu comme le type de la monarchie universelle, et TEmpereur comme son Christ.

Dieu ayant donc constitué ou créé l'Empire romain [voy, le Traité de Monarchia\ Il s'ensuit que, au moment où Constantin aurait constitué le pouvoir temporel des Papes , et créé ainsi Tenfer, il n'aurait existé que des choses éternelles, autrement dites impériales ; aussi Dante devait-il voir avec un extrême déplaisir cet enfer s'éterniser à son tour, en opposition à l'organisation politique et religieuse où il mettait toutes ses espérances. On peut dire que la^ clef de toute la symbolique du poêle, sous son apparence orthodoxe, est dans l'Évangile de saint Jean et dans l'Apocalypse, in-

CHANT m»

Je vis ces mots tracés d'une sombre couleur • Au-dessus d'une porte ", et dis : — Quel sens terrible , Maître,ilmefaitfrémir!— Malslui, commeunsage impassible:

Il faut se dégager ici de toute peur, Que toute lâcheté soit morte au fond du cœur •. En ces lieux nous voici , que je t'ai dit d'avance , Où tu verras les gens en proie à la douleur, Pour lesquels fut un bien perdu l'intelligence •.

Puis, me prenant la main, la joie en tous ses traits , Ce qui ravive en moi l'espoir, la confiance. Il na'introduit au sein des ténébreux secrets " Et, me laissant guider, je chemine en silence.

Là, soupirs et sanglots , cris d'angoisse et d'effroi Retentissaient dans Fair sans étoiles **, et moi , Je me mis à pleurer d'abord ". Divers langages.

tcrprétés danfl !o sens sectaire. II n'y a pas h douter que , pour lui , les fils de Dieu, les Ângcs, ne fussent les Gibelins hétérodoxes, ayant pour adversairpg les fils du diable, ou les Guelfes orthodoxes ; que TÉglise ne fut Tcnfer, en opposition à TEmpirc, ce paradis désigné par le nom de nouvelle Jérusalem ; enfin que le Pape ne fût l'Antéchrist, autrement dit renncmi du Christ impérial. On en trouverait au besoin la preuve dans la sentence fulminée par Henri VU contre les Florentins, où ce prince déclare que sa mission est celle du Christ, dont il est le représentant : Exemple ChrisH eujus vicem ipsa regalis dignitas circa temporalia noscitur obtinere, etc.

Voij, aussi le liv. n, deMonarchia, et Lamennais, Introd. à sa trad., p. 22.

6. Di colore oscuro, pour indiquer le double sens de rinscripllon rédigée dans le style obscur ou dus,

7. Voilà celte porte de Saint- Pierre qui nous a été annoncée si singulièrement au chant i*'; elle ouvre Taccès des domaines infcr-

naux, et le poôte meUra successivement sous nos yeux toutes les circonstances propres à nous faire bien comprendre que les domaines de Satan aont en réalité cepx da saint Pierre.

8. Pour peu qu'on se rappelle la signification de mort, on reconnaîtra que Virgile entend faire de la lâcheté Vapanago exclusif de ceux qui suivent la loi pontlQcale. « Qui n'aime paâ ses frères, dit saint Jean, reste dans la mort, et la vie éternelle n'est pas en lui .... ; ceux-là sont fils du diable qui n'aiment pas; ils ne connaissent pas Dieu, car Dieu est Amour, *

9. Le don de la raison qu'Us ont abdiquée pour la soumettre à l'autorité d'un homme.

10. Dans les mystères ténébreux de la Rome pontificale , aile secrète eose,

11. Les astres de la doctrine sectaire se voilant sur les terres da domaine de saint Pierre.

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