CHANT PREMIER
Pour courir désormais une onde plus paisible, Mon génie a tendu les voiles de sa nef \ Qui laisse derrière elle une mer si terrible , Et ma voix chantera , s'élevant de rechef, Le deuxième royaume, où s'en va l'âme humaine ' Se purger, en quittant le terrestre domaine \ Au Ciel pour devenir plus digne de monter.
Muses saintes, à vous ici de m'assister. De raviver ma sombre et morte poésie.
Tout à vous que je suis, daignez me secourir. Viens, Calliopée, oui, viens, pour les anoblir. Accompagner mes chants, leur donner l'harmonie
1 . La barque du génie sectaire en Tes de la terre, de l'eau, du feu el de opposition à celle de saint Pierre. l'air, commencent par un voyage
2. L'ftme guidée par la raison, non ^J"!"»'"' '^Z ^^^^tZl nag cPllP nui miit l'aiitoritii M «P ru- "*''"'' * ** ?«'"><», autrement dit i
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uonviio, u, 8. ^^^^ éléments. C'est de celte se
a. Dans toutes les initiations, les conde partie do l'initiation que
néophytes, soumis aux quatre épreu- Dante va nous entretenir.
LE PURGATOIRE
Qui d'un tel coup frappa les vierges de Pella , Lorsque le désespoir soudain les accabla *.
Du sapbir d'Orient la couleur douce et pure» Dans l'air, jusqu'au premier cercle , calme et serein, A mes yeux réjouis resplendît, lorsqu'enfln Je pus me trouver hors de l'atmosphère obscure Qui venait d'attrister et mes yeux et mon sein •. De la belle planète aux amants toujours chère L'éclat faisait sourire au loin tout l'Orient *, Et voilait les Poissons, à l'horizon brillant , Qui, reine, l'escortaient dans sa haute carrière '.
4 . Rien de moins édifiant que celle iDYOcatlon païenne, mais elle était dans le goût du temps , et nous ne nous arrêterons pas à rechercher si cette mode he dérivaH pas d*un principe d'opposition h l'I^glise. Ga qu'il importe de remarquer c'est que Calliope, h laquelle le poMe s'adresse spécialement I est la muse da chant allégorique dont ressort si évidemment la Comédie. Or, c'était dans un langage calUopéen que Dante répondait à Cino sur son mystérieux amour, «fmone calîiopeo, en le renvoyant au rétdt d'Ovide au sujet de la mésaventure des filles de Minée , coupables d*avoir tourné en dérision Ici m^tères de Bnccfavs.
(Toy. Comment, de A. Torri, t. Y, p. 20) et il raU précisément allusion ici à une autre miiftamn»rphose, celle des filles de Pierlus, changées en pies, pour leur Indlscrélion vaniteuse, afin de donner à entendre Hu'li va traiter des mystArea contMnporalns, dont H est dangereux de parler ■utrement que par allégorie.
6. A peine sorti des ténèbres catholiques, la lumière de l'Orient, d'où dérive la doctrine gnostlque manithéenne et la mai^nnerie, qui M vante de remonter h l'Ordre du Temple, apptniHaux yeux du poète,
dont VintelUtto, dit l'anonyme, era mosso da queïlo infftro orientcLlf, cioè da Béatrice; mobile auquel nous ajouterons sans crainte de nous tromper, l'étoile d*Orlent, la fleur syrienne, et la rose mystique que nous verrons s'épanouir dans le Paradis, t'est à TOrlent qu'il emprunte sa comparaison , pour rappeler la couleur bleu d'axur qui, dans les hiéroglyphes et dans la peinture symbolique, désigne i'apprenliseage, aussi la fait-ll s'arrêter au premier eercle, ou ciel de la lune, selon IHoiémée, c'est-à-dire au premier des sept grades rituels.
6. On ne saurait supposer que rOrfent revienne ainsi par deux fols sans motif, au début de cei1« den< xième Cantique , et cela à propos de l'étoile de Vénus, lorsqu'on sait que le poème a pour sujet le triomphe de la religion de l'Amour, d'nrigine tout otienlale, sur la religion de la haine.
7. Los poissons, consacrés, à raison de leur mutisme, h la triple Hécate, qui présidait aux mystèrès, sont placéa Ici en opposition aux neuf filles de Pierlus, métamorphosées en pies , et Indiquent de plus en plus la nature du stijet.
Alors vers Tautre p61e, à droite, me tournant, J'y fixai mon regard et j'y vis quatre étoileB, Qu'ici-bas nul ne vit jamais assurément, Sauf les premiers humains*. Le Ciel, partout sans voiles, Semblait se réjouir de leur scintillement : Tu restes triste et veuf, Boréal hémisphère , Depuis que tu t'es vu privé de leur lumière •. Quand les quitta mon œil et se fut détourné Vers l'autre pôle, au point où le Chariot naguère Brillait, sous l'horizon maintenant entraîné *\ Près de moi j'aperçus un vieillard solitaire A l'air si vénérable et d'un si noble aspect , Qu'il inspire et commande un filial respect. Sa longue barbe était de poils blancs mélangée. Sa chevelure aussi, qui jusque sur son sein Des deux côtés du front retombait partagée. Illuminant ses traits , le quaternaire saint Leur versait des clartés qu'au monde rien n'efface , Et me paraissait voir le soleil face à face ^'.
8. Les quatre vertus cardinales, antérieures au christianisme, dont le poète et son école faisaient des vertus philosophiques, en opposition aux vertus théologales, comme nous Je verrons bientôt. Ces vertus-là ne sont le partage que de la prima gente, c'cat-ftHlirc de ceux qui sont AU premier rang dans l'Élise sectaire. VoU, C, les appelle des vertus politiqnet, mais il est bon de savoir qne sur ces quatre vertus , dont il Cait l'apanage de la noblesse , selon la secte , Dante n'en adopte que deux : la Prudence et la justice ; quant à la Force, il lui substitue la Libéralité, Larghezxa^ et à la Tempérance, l'Âfliabililé. (Conv. is, 27.) H s'appuie en cela de l'exemple d'Eaqne, ce ils de Jupiter, « qui restaura son peuple , atteint de
mor^ par suite de la corruption de Vair, » Voy. la note 12 du ch. xxix.
Enfer.
9. Depuis que les trois vertus théologales firenant le dessus ont éclipsé les vertus philosophiques, dans les contrées de l'Occident; depuis que la morale a élé subordonnée au dogme, comme dit M. de Lamennais dans rintroduelion à sa trad. de la Ck>médie.
10. On comprendra cette disparition du Chariot , autrement dit du Saint-Siège, du carrodo pontiflcal, lorsqu'on le verra reparaître dans les derniers chants du Purgatoire, sous le nom de Basterna^ pour y subir une transformation toute sectaire.
11. Ce personnage à la longue barbe, méiangiéede blatu: et de noir,
LE PURGATOIRE
Quelles gens êtes-vous, qui, remontant ainsi Le cours de Tonde sombre, avez fui jusqu'ici L'éternelle prison? dit-il à notre vue, En agitant les flots de sa barbe touffue. Qui dirigea vos pas, ou vint vous éclairer. Pour vous faire sortir dea profondes ténèbres Dont se voile Fenfer et ses cachots funèbres ? De la sorte Fabtme a-t-il pu tolérer Qu'on transgressât ses lois, ou de la Providence Les décrets se sont>ils soudain modifiés , Pour qu'à ma plage ainsi, damnés, vous arriviez " î
Mon guide qui m'impose une humble contenance, M'y poussant de la voix et du geste et des yeux , Lorsqu'à genoux j'incline un front respectueux. Lui répond en ces mots" : —Je ne viens de moi-même : Une dame, vers moi qui descendit du Ciel, M'a prié de servir de guide à ce mortel. Voilà pourquoi j'escorte ici celui qu'elle aime. Maïs sur chacun de nous , puisque c'est ton vouloir D'en apprendre encor plus d'une bouche sincère , Ne peut être mon vœu que de te satisfaire **.
comme le payé mosaïque du temple, symbole de vérité et d'erreur , de lumière et d'obscurité , dont la face vénérable reflète les quatre vertus philosophiques et rayonne comme le soleil de la raison, ressemble singulièrement h celui qu'on voit représenté sur les abraxas des gnostiques, et au baphometus des Templiers ; mais Dante, qui va l'appeler VAioTi, nous expliquera lui-même comment il fut amené à le baptiser ainsi. Remarquons, toutefois, que ce vieillard imposant est comparé au soleil, comme Béatrice ellemême, qui «est Amour tant elle lui ressemble (à l'Amour).» VU, nuov.