‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 89 sur 155 · Pratomagne, ou Grand-Pré · texte numérisé non relu

Pratomagne, ou Grand-Pré

sépare Je val d'Arno de la contrée montagneuse da Casentln, qui s'étend Jusqu'aux sommets de TApennia.

32. Ici se termine cette description poétique des funérailles naturelles du Jeune comte de Montefettro qui, sectaire au fond de.ràme, ne JlTra que son corps à celui qui représentait Ici-bas l'ange du mal, et qui, étant mort repentant de la faiblesse dont il flt preuve , en subissant la contrainte de l'autorité dominante, jouira en esprit du bonheur des élus, son corps seul, la

came sola, devant rester le partage du démon, qui Joint Fintelligence à quel mal voler, che pur mal chiede.

On remarquera que Dante emploie à profusion dans ce tableau, la nuit, les ténèbres, la vapeur, le vent, l'eau et le froid , dont on trouvera la signification dans le chansonnier, p. 379 et 380 des Révél. Ce qui nous porte à penser que notre supposition , au sujet d'un refus de sépulture, accompagné de tumulte et de violence, résultant tant de l'intolérance sacerdotale , que de l'indi gnalion sectaire, pourrait n'être pas tout à fait dénuée de fondement.

LE PL'RGATOIKE.

8*éteigQirent mes jours et s'ouvrit mon tombeau, il sait comment pour moi souna Theure suprême , Celui qui, comme époux, me donna son anneau'*.

33. Lorsqu'on ec rappelle Falius que le poète fait du mot Pt>f datant dans la Comédie que dans lo Vie nouvelle Gt le Convito, on a peine à se défendre de voir dans cette Pia une allnsion à TÉglise, celte épouse du Clirial, et à l'anncàu , symbole de leur union mystique, que porte au doigt Ut pontife romain. Dante aurait ftinsi pris texte d'un fait connu, sur lequel 11 se hâte de glisser en quatre vers, pour accuser la Papauté d'avoir détruit dans son corps, disfatto , la primitive Eglise, dont Tcsprit gémirait exilé de la terre, en attendant qu'elle pût se relever triomphante. N'y aurait- Il donc qu'un effet du hasard dans crttc singulière coïncidence qui ferait pré-

cisément rie Nello des Pannochicsclii, mari de la Pla , le seigneur de Pietra? En tous cas, nous ne saurions voir dans cet épisode à peine ébauché, que la répétition du procédé habituel , h l'aide duquel le poète cherche à faire lilusirm au lecteur en confondant la réalité avec la fiction. La Pia ayant péri de mort violente, au su de tout le monde, lui a servi à faire passer inaperçue l'orthodoxie forcée de Jacques de Cassero, du Jeune Montefeltro et des autres, tous morti per for:ui.

C'est le même expédient qu'il a déjà mis et qu'il mettra encore en œuvre, pour la sodomie et pour les péchés de la gorge.

Au jeu de la zara*, quand finit la partie, Le perdant, dépité d'avoir eu le dessous , Se met avec tristesse à répéter les coups. S'attache à son vainqueur toute la compagnie : L'un le précède ; un autre au pan de son habit , Derrière lui, s'attache, et de flanc l'assourdit Un troisième , priant qu'au moins il ne l'oublie. Lui, poursuit son chemin, à l'un, à l'autre entend ; Celui pour qui sa main libérale s'étend , Cesse de le presser et soudain lui fait place. De la foule voilà comme il se débarrasse *.

Dans cette épaisse troupe, ainsi je cheminais Et, vers chacun , à droite, à gauche me tournais : En promettant à tous , j'éclaircissais leur masse.

Là , j'en reconnus deux, que vit naître Arezzo : L'un, qui périt frappé par Ghino de Tacco * ; L'autre, à ses ennemis lorsqu'il donnait la chasse, Dans les flots submergé *. Frédéric Novello

1. Jeu de hasard qui se jouait qui avait Tait exécutera Sienne, en avec trois dés. qualité de vicaire du podestat , le

2. De cette foule d'Ames, il faut frère et le neveu de Ghino. Lemcurconclure qu'aux yeux du poète il y trier le tua à Rome sur son siège avait, de son temps, une miillllude et emporta sa tète.

de pons dont- le catholicisme élait 4. Hugues, par abréviation, Guccio

le rrsultat de la violence et de Top- ou Clone, des Tarlati, que son cbe-

pression. val emporta dans l'Arno, lors d'une

3. L'auditeur de Rote, Ben incasa, excursion qu'il faisait h Liiilerlna

LE PURGATOIRE

Au Ciel levait ses mains, la voix humble et soumise *.

Me suppliait aussi le jeune homme de Pise

Qui fit se montrer fort le noble Marzucco •.

Dans le nombre , je via aussi le comte Orso \

Et cette âme qui fut, par la haine et Tenvie,

Arrachée à son corps, et non pour félonie,

Ainsi qu'elle disait. Je parle en ce moment

De Pierre de la Brosse et, sur ce, que pourvoie,

Puisqu'elle a vie encor, la dame de Brabant,

A ce qu'en bercail pire un jour Dieu ne l'envoie '.

Quand je fus délivré de ces ombres enfin , Qui toutes m'imploraient pour avoir des prières. Afin que pût briller pour elles plus prochain Leur jour de sainteté , poursuivant mon chemio, Je dis au sage maître ; — 0 source de lumières ! Tu méconnais, ce semble, en un texte formel. Qu'on fléchisse en priant la volonté du Ciel'.

contre les Bostoli , autre famHle puissante d^Arezzo, qui avait appelé à son aide les Fiorenlins.

5. Fils du comte Guido de Battlfolte, tué en eonnbattant avee le précédent contre les Bostoli , aidés des Florentins.

6. De la famille Scorigfanl oa Scornazzani. Le jeune Farinata ayant été tué par le comte UgoIIn, dit TAnnot. Caet., Manucco, aon père, qui avait pris l'habit de frère mineur, eut assez de force d'Ame pour aller baiser les mains du meurtrier, afln d'en obtenir la permission d'inhumer le cadavre de son fils.

7. De la famille Albertl de Florence, selon les uns , et, selon d'autres, fllsdoeomte Napoléon de Cerbaia, tué par son oncle, le comte Albert de Mangona.

8. Pierre de la Brosse, ministre et faYorl de PhUippe-le-Hard(| avant acetia4 Marie de Brabant, iccoiHle

femme de ce prince , d'avoir cmpolsoimé rainé des ln>ls fila du roi , nés d'Isabelle d'Aragon, fot luimême déclaré calomniateur, sur le témoignage d'une MgalDedeNIvelle, considérée comme une sainte, et pondu comme coupable de pécnlat.

Dante trouve ainsi moyen toat à la fois de revendiquer Pierre de la Brosse comme un des siens, de proclamer la culpabilité d'unie ntoe de France , belle-mère de Pbilippe-le- Bel, et de la damner par avance comme calomniatrice et empoisonneuse. La guerre des Albigeois, la ruine des Templiers, l'appui constant donné par la France an Salnt- Siége , telle est , A n'en pas douter, la cause de cette haine qui ne laisse échapper attcune occasion de se déchaîner contre tout ce qni, de pr^ ou de loin, se rattache aux descendants de saint Louis.

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