‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 90 sur 155 · Desine fata deûm flecU «pcrert · texte numérisé non relu

Desine fata deûm flecU «pcrert

Leur» espérances donc ici seraient fiivoie»^ Ou je m'explique mal le sens de les paroles. —

Et lui : — Ma phrase est Traie, encor que leur espoir, Pour tout jugement sain, n'ait h les décevoir; Car ne fléchit en rien la justice éternelle , Lorsque Tardent amour, dans Télan de son zèle, Acquitte , en uil moment, ceux qui sont en ces lieui Pour longtemps confinés, et satisfait pour eux. Où j'émis ce principe abstrait , par la prière On ne rachetait pas ses fautes sur la terre, Parce que s'éloignait la prière de Dieu ". A ce doute, au- surplus, tu dois t'arrêter peu. Avant d'avoir vu celle à ton intelligence "s Qui doit venir en aide et , sublime clarté,! Faire d'un pur éclat briller la vérité. ^ De Béatrice , ahisi tu comprends bien , je pense, Que je veux te parler. Au sommet de ce mont Tu la verras riante et le bonheur au front **.

Mon bon maître , faisons plus grande diligence, Réparlîs-je aussitôt , je n'ai plus désormais La fatigue à monter que plus bas j'éprouvais. Regarde , maintenant , l'ombre de la montagne Au loin s'est projetée et de plus en plus gagne.

Durant ce jour entier, en avant nous irons, Reprit-il à son tour, tant que nous le pourrons ;

precando , Encido vi. N'espérez pas tis, quœstxnt, nrt. 2, 0, Lxxxiii , art.

fléchir en priant, la volonté divine. 1-6.) Nous rcmarquerotts seulement

que nante devait avoir une fol titcn

10. Il y aurait beaucoup à dire chancelante an sujet de l'efficacité

sur cette réponse al&mbiquée de de la prière, poor se préoccnpcr

Virgile, et surtout sur ces prières du d'un vers de Virgile, dans le Purga-

paganisme qui étaient disjointes de toirc même, et pour le mettre en

nieu, da Dio dùgiunte. Mais cette balance avec les enseignements de

question touche de trop près au l'Église.

dogme pour que nous veuillons nous fl. En renvoyant ainsi son 41s-

y engager. (ror/.Sl.Thomas-d'Aquiu, clple à Béatrice, Virgile trotnre

Summ. TheoL Siippl, TerticB par^ moyen de tourner la difQcuUë.

LE PURGATOIRE

Mais la tâche est bien autre ici qu^en ta pensée ". Avant d'être lù-haut parvenu , tu verras Revenir Tastre dont la face est éclipsée \ Déjà par ce sommet, ce qui fait que n*a pas | \ se briser sur toi sa lumière émoussée **. ]. Mais dirigé tes yeux vers cette ombre là-basT Qui se tient à Técart et de loin nous regarde , D'elle nous apprendrons, pour abréger nos pas, Le chemin le plus court , puisque tant il te tarde ".

Nous nous dirigeons donc vers elle : Ame lombarde , Gomme tu te tenais Tair fier et dédaigneux ! Que de dignité grave et d'honneur dans tes yeux*' î

Nous laissant avancer, sans rien dire, impassible. Elle nous regardait seulement tous les deux , Gomme un puissant lion qui repose paisible *^

J2. Le refile du Jour ne sufOra pas pour attPiniirc au sommet, et il 8e présentera des obstacles auxquels tu ne t'attends pas. C'est précisément parce que l'ombre catholique de la montagne de pieire gagne rt s'étend que tu ne pourras de si tôt t'ëlever au sommet.

13. I^s âmes du Purgatoire n'auront plus dès lord à s't'lonner de l'ombre projetée par le corps du poêle, autrement dit par l'enveloppe calbolique dont 11 s'est revêtu.

14. Personne ne pouvait mieux guider le poète dans la voie do Tinitialion que l'un des plus illustres adeptes de la secte albigeoise. Celui-là ne croyait guère h l'cfticacité des prières en faveur des âmes du Purgatoire, car 11 n'a eu garde de se joindre aux autres pour veuir en demander.

15. Est-ce bien là l'air et l'attitude d'un pécheur désireux d'expier les fautes qui le retiennent dans un

lieu d'exil? Non, sans doute, mats aussi 11 s'agit d'une âme lombarde, r'est-à-dire d'un membre de cette éalise cathare, si fortement organisée en Lombardle (p. 10 et 13 des lléréL, et Enfer, ch. i, noie 20), en communauté de doctrines et de tendances avec les Albigeois de la Provence et du Languedoc. Rien de plus convenable dès lors que de le représenter aussi flrr et dédaigneux dans le Purgatoire que Farlnata dans l'Enfer.

1 G. Tant de majesté, de puissance et de grandeur dans un simple troubadour ne seraient-ils pas en droit d'étonner, s'il ne fallait les rapporter qu'à son mérite poétique.' Oanle, toujours sobre de louanges, avait donc un motif particulier pour tenir en haute osllnie celui qu'il nous peint sous des traits si imposants.

S'il le représente inactif et silencieux, c'est pour mieux mettre en relief son activité, son énergie et son éloquence passées.

Virgile s'approcha , rf^clamant la faveur D'être instruit, pour monter, du chemin le meilleur. Il n'obtint pourtant pas réponse à sa prière ; Mais, de notre pays, de nous l'ombre s'enqpit; De ce cpie nous étions *'. Et quand le maître eut dit : Mantoue.,.. , en se levant soudain , cette ombre altière S'écria , l'œil brillant de joie : —0 Mantouan " ! Moi je suis Sordello , fils de la même terre ; Et tous d'eux s'embrassaient, du Ciel en se louant^' .

Misérable Italie, en proie à l'esclavage. Asile de douleur, navire abandonné, Et sans pilote errant sous les coups de l'orage, Non plus comme jadis , reine au front couronné Mais lupanar infect , à tout vice adonné ".

t7. Délia vita, de notre vie, ou plutôt de ce qui la constitue aux yeux de Dante, la croyance.

J8. C'est-à-dire, ft Lombard, ô frère qui partages ma haine contre l'Église romaine , notre ennemie commune, et mon amour pour la vergine cruda, cette flile austère du TIréalas louloiisaln !

19. Sordello élait-il un poêle à comparer à Virgile ? Non, certes, et Dante lui-mémo ne le pensait pas.

Pourquoi donc cet élan de Joie qui les réunit dans un tendre embrassement, avant même de connaître réciproquement leur nom? C'est qu'ils symbolisent Torlglnc commune de la langue des mystères dont nous allons voir se succéder les organes les plus éloquents, tant Italiens que provençaux, dans ce .

purgatoire anti-catholique, vestibule de la nouvelle Jérusalem sectaire. Né dans un château du Mantouan, lorsque la poésie italienne n'existait pas encore, Sordel chanta Famour,c'est-fk-direla folantlcatho- Jlqne des Albigeois, dans la langue des troobadours, parmi lesquels il

se rendit célèbre. L'obscurité de ses poésies en Indique le caractère, en expliquant pourquoi Dante le tenait en si haute estime. Grand coureur d'aventures galantes , mais Taisant servir la galanterie à la politique, il avait enlevé la femme du comte de Sr.int- Boni face , sccur d'Ezzelin de Romano, nommée Conizza, que nous retrouverons en Paradis pour SCS mérites, c'est-à-dire pour sa dévotion à la religion de l'Amour.

C'est aussi à ce titre que Sordello figure dans le Purgatoire, au nombre des premiers Initiateurs du poêle gibelin, qui n'a garde de parler des Albigeois, mais qui exalte tout ce qui se rattache à eux. «Après do longs et inutiles efforts pour assurer l'indépendance de l'Italie, dit M. Ph.

Chastes [Études sur Dante) , après une vie active remplie d'inutiles sacrifices, Sordillo mourut navré de.

désespoir.» Voyes sur ce personnage Roiandino, Cronica, Muratnii, Vlll, p. 173. Platina, ibid., XX, p. G'.'O, et Creseimbeni.

20. Pourquoi l'Italie esl-elie esclave, «crco? Parce qu'elle subit la

LE PUBGàTOIRE.

Cette Ame génërease ainsi soudain Ait prèle,

Rien qu'à ce nom bî doux de son pays natal,

A son concitoyen à foire accacil et fête ;

Et les enfants ** entre eux , dans un transport fatal ,

Ne sauraient vivre un jour sans haines et sans guerre.

Ceux qu'un même fossé, qu'un même mur enserre.

Vont se rongeant l'un l'autre et se mettant à mal".

Regarde, malheureuse, autour de tes rivages;

Regarde dans ton sein , et dis en quels parages

Tes flis vivent en paix '*. En quoi t'a profité

Que par Justinien ton frein fût rajusté ,

Quand depuis si longtemps la selle reste vide ^* ?

Ah ! ta honte s'accrott de son œuvre splendide '^

dominaUon pontificale. Pourquoi les maui qui Taccablent? Parea qu'Ole ett mal gouvernée par le chaC de l'Ëgllae, ci que Ttopereur, aoD pilote légitime, n'est paa au U* mon. Pourquoi enfin est-elle un Heu de prusUtution? C'est qu'elle est soumise à la louve, A Séralrami8,à Bli^, à Tbaïs, en un mot A la prostituée qui a usurpé sa couronne et ses provinces. U n'est pas un lialien qui ne sache ees vers par cœur, pourquoi fout-il que si peu en eomprennent U véritable portée?

St. nanle dit, tes fivants, liriri luot, c'eat-à-dlre ceux-là même qnl sont les ennemis de )a Mort, En effet, les divisions Intestines du parti de l'opposition Msaient , comme toujours, sa faiblesse, et c'est ce que le poète gibelin déplorait par-dessus tout.

22. Voyez THistoire des républiques italiennes de Sismondi ; bien qu'il y ait tant d'erreurs à y relever sous le rapport de la critique.

23. Il y avait lutte non-seulement entre les Guelfes et les Gibelins, les premiers généralement démocrates.

et les seconds monarcbistes , ou du moins aristocrates, mais eneore entre les Guelfes sectaires ou do moins réformistes , et les Guelfes orthodoies ; comme aussi entre les Gibelins orthodoxes et les Gibelins hérétiques. Toutes nuances «pie l'histoire ne s'est pas occupée jusqu'ici de mettre en relief. A tontes ces causes de division , il faut ajou ter les rivalités d'intérêt et d'ambition. Or, dans l'opinion de Uante, la monarchie impériale ponmil seule donner au monde , et snitsnl à l'Italie, la paix et la liberté.

24. Tu as dans le droit 'romain vu admirable monument de la sagesse impériale et tu te laisses bonlensptment régir par le droit canon. Ta n'as un empereur que de nom, ci aon trône reste vide dans Rome, oè il devrait siéger, pour réduire le pape à la condition de vassal et prodamcr le règne de la loi fondé sur la raison et la justii-e.

25. Ton asservissement est d'à»* tant plus honteux que tu as soss les yeux, dans le eorput juris, une lé* gislation bien supérieure à celle qui te régit.

tfikWT T1.

Vous, gens qui devriez au Ciel loi seul songer ", Sans empêcher César au trône de siéger, Si vous entendies bien la parole divine , Voyez comme s*est faite ombrageuse et mutine La bête que n*a pas corrigé l'éperon , Depuis que le domaine a changé de patron *'. 0 toi, germain Albert, qui l'as abandonnée, La laissant devenir indomptable^ obstinée,

26. Vous chefs de rÉgliMinttituée par celui qui proclama que son règne n'est pas de ce monde.

27. 11 n'est posslblA de traduire que par un équivalent, pot che ponesti mano alla predella. Benvenuto , ButI , Landino, Vellutello, ont beau nous dire que predella signiûe bridon, frein, et Tûssonl, rexlrémité tupërleure du mon, pas un ne sau rait appuyer son inlerprétalion d'un exemple écrit antérieurement à la Comédie; puis s'il u'y a personne en selle , comment faire usage du bridon ou du mors? Ne vient-il pas d'ailleurs d'être dit que les lots sont le frein de cette cavale indomptée ? et Marco dira : Le leggi son, ma chipon mano ad esse. Or, vouloir après cela que predella signifie bride ou frein, n'est-ce pas prétendre faire dire à Dante : Vols comme cette cavale est 4eTenue vicieuse , faute de quelqu'un pour lui tenir ia bride, depuis que vous avez mis la main à la bride, poiehe ponesti mano alla predella? Dante est plus logicien et meilleur grammairien que cela. Il a dérivé predella de prœdium , domaine, comme le dit fort bien VOttimo. (Mais quoi il n'est pas en philologie de la force de M. L. Delatre), et aussi de preda , proie , butin , en les modifiant ironiquement par un diminutif. Mali predella (toy. le Dict. d'Âlberti], signifiant aussi une chaise percée , ce que personne ne

s'est encore avisé de remarquer, il en résulte qu'il s'est arrangé pour donner à sa pensée un douI>le sens également satirique; d'après l'un, les pontifes ont mis la main sur le chëtif butin qui se compose du domaine de saint Pierre; d'après l'autre, ils ont usurpé le trône, qui pour eux n'est qu'une chaise percée. On sait en effet qu'après son élection le pape était placé sur un siège de ce genre, en marbre blanc, sous le portique de Saint -Jean-de-Latran, et que le dernier cardinal-diacre , au moment où 11 venait de mettre la main à la predella s'écriait à haute voix: Mas nohis dominus est, (Foy.

PiaUna, Vie de Jean VI If; Stella, an. 8&2; Philippe de Bergame, suppl. lib. IX, an 858 ; Chalcondvie, De rehus Turc, lib. VI, etc.) Cette cérémonie était encore en usage dans le xiv*, le xv* et lexvr siècle, pui^u'elle fut observée lors de l'intronisation des papes Urbain VI et Alexandre VI. {Voy. Luc d'AchcrI, t. IV; Misceil., Ep., p. 306, elGorio, Hùt. de Milan, fol. R. IV ; la relation de l'Intronisation de Léon X, par Paris Cassio , maître des cérémonies de ce pontlte, et le Cerimoniale romano , rédigé par ordre du pape Grégo!re X ; Cologne, 1667.) Le poète a donc voulu évidemment, dans celte antithèse satirique, opposer la selle impériale au fauteuil rituel des pontifes romains.

LE PURGATOIRE

Alors que tu devais l'élancer sur l'arçon. Puisse atteindre ton sang la colère céleste D'une juste vengeance , à tous si manifeste Qu'elle fasse tretpbler d'effroi ton successeur *' ! * Car et ton père et toi , tous les deux vous permîtes. Par soif cupide ailleurs d'étendre vos limites , De l'Empire que fût le jardin dévasté.

Viens voir, homme qui n'eus ni cœur ni volonté, Monleccbi , Gapulets , déplorant leur ruine , Filippescbi déchus , et Monaldi que mine Incessamment la peur "• Viens voir, prince cmel , Ta noblesse opprimée et réparer ses pertes , Rassurer Santafior aux campagnes désertes '*. Viens voir ta Rome, Albert, veuve et les yeux en pleurs, Qui nuit et jour t'appelle, en proie à ses douleurs, S'écriant : « Mon César, dans ma détresse amère , «Pourquoi me délaisser " ?» Viens voir, de frère k frèi-e.

28. Lorsque le héros de Dante, Henri VII, successeur d'Albert d'Autriche, passa en Italie pour la cérémonie de sou couronnement , il y avait soixante ans qu'un empereur n'était venu y faire rcconnailre son autorité ; Albert et son père, Rodolphe de Habsbourg , ayant été tous deux trop préoccupés de leurs intérêts en Allemagne pour songer à passer les monts.

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