‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 91 sur 155 · Familles gibelines de Vérone, de Crémone et d'OrvIelo · texte numérisé non relu

Familles gibelines de Vérone, de Crémone et d'OrvIelo

30. Les comtes de Santa-Fiore, dans le voisinage de Sienne, tenaient pour l'Empire, et, après la défaite de Coniadln, en 1270, ils donnèrent asile aux exilés sicnnois dans leur château de Roccastradu. Il on résulta que les Florentins faisaient de fréquentes incursions sur leurs terres» volrc même les Guelfes de

Sienne, qui s'emparèrent de plusieurs de leurs châteaux, en 1209, et portèrent le ravage sur leurs domaines. Voy. Cron, Sanese , Muratori, XV, 36.

31. Pourquoi ne pas venir m'arracher à la domination du pontife, cause de tous mes maux; A cette monarchie sacerdotale du Vieux de la montagne , d'où dérivent toutes les misères de la terre ? Roma tedova, sola, nous reporte à la lettre commençant par ces mots : C^uomodo sedet sola civitas? facta eit quasi vidua domina gentium (Vit. N. n) ; lettre adressée par Dante aux cardinaux Italiens, s'intitulanl principes terrœ, et qu'on a prise pour un billet de faire part annonçant la mort de daine Béatrice, munie des sacrements de l'église, aux gros bourgeois do Florence, i>rtNctpes iencr.

CHANT Vi. $45

Combien Ton montre ici Tun pour Fautre d'onrour". Que, si tu n'as pitié de nous , te couvre un jour De honte ton renom sur ce sol de misère ! Eh quoi ? faut-il le dire , ô Seigneur des "Seigneurs ! Toi qui mourus pour nous crucifié sur terre , Tes yeux justes et bons sont-ils tournés ailleurs? Ou serait-ce plutôt que, dans ta Providence, Dont nul regard ne peut sonder Tabîme immense , Tu prépares pour nous quelque bonheur futur A notre cécité qui reste encor obscur " ? Car de tyrans partout est pleine Tltalie, Et le dernier manant à qui prend fantaisie D'être chef de parti , se pose en Marcellus ". Cette digression ne saurait que te plaire, Ma Florence ; elle t'est de tout point étrangère , Grâce à ton digne peuple, habile on ne peut phis A discourir longtemps lorsqu'il faut qu'il agisse. Beaucoup, sans doute , ailleurs , au cœur ont la justice ; Mais, à lancer ses traits, plus d'un se montre lent, Dans la peur de jouer de l'arc en imprudent : Au bord des lèvres, lui, l'a ton peuple et s'en pique". Plus d'un, ailleurs, refuse une charge publique; Ton peuple, au premier mot, sans se faire prier. Répond : « Je subirai le fardeau tout entier".»

32. 'Sous la loi de celui qui a dit : L'influence qu'il avait exercée parmi

Aimez-Yous les uns les autres, et les siens, en opposilion à cjille de

dont le vicaire ici-bas ne se com- Pante, lui vaut d'être traité de ma-

plait qu'à alllscr des haines fratri- nanl se donnant des airs d'opposi-

eides. lion républicaine à l'Empire, comme

a3. Prépares-ta en secret le triom- ce B. Claudius Marcellus, qui se dé-

phe de notre église pour l'indemnl- clara contre 'César et que Cicéron

ser des mau\ qu'elle a souiïerls ? couvrit de son patronage.

34. Allusion à Vierl des Cerclii, 35. Toute celte mclaphore roule

chef de la faction des Blancs, appe- sur la ressemblance existant entre

lée aiissi le parti sauvage , parce la forme de la bouche et celle d'un

que k>s Cerchi étaient originaires arc

(l'Acou, pays montagneux et boisé. 3C. Allusion h l'avidité avec la-

LE FURGATOIRE.

Avec raison tu peux , cerle , être heureuse et flère ,

Riche , en p&ix , déployant un jugement parfait.

Me trorapé-je? L'on peut eh juger h Teffet

Lacëdémone, Athène, ob fleurirent naguère

Les civiques vertus , et dont les justes lois,

Pour le bonheur commun , de tous réglaient les droits.

N'étaient qu'aux éléments près de toi , qui sais faire

Tes décrets d'un si fin tissu, que ne vont pas

A la moitié de juin ceux qu'en mai tu filas.

Que (le fois changeas-tu, sans qu'en arrière j'aie

A remonter bien loin , charges , lois, us, monnaie.

Mis-tu dans tes conseils de nouveaux citoyens ?

Si tu n'es pas aveugle et si tu te souviens ,

Tu te reconnaîtras au malade semblable.

Qui ne peut sur son lit , pour goûter le repos.

D'un ni d'autre côté trouver place tenable,

Et, s'y tournant sans un , cherche à tromper ses maux *\

quelle chacun se Jetait sur les fonctions publiques, non moins courues à Florence que chei nous, sous tous les régimes, par les mêmes dévouements, avec les mêmes serments et la même fldéiité, quel que fût le parti vainqueur.

37. Cette sortie Ironique contre Florence, où les prolétaires et la bourgeoisie, sans cosse en lutte,- •menaient des révolutions continuelles, qu'on appelait eose nuwe ou norità, suivies de remaniements sans fin de la constitution municipale, n'a pas besoin de commentaire pour quiconque a quelque idée de ce qui se passait âans les républiques italiennes du moyen Age.

Ceux pour qui c'est de l'histoire trop ancienne n'ont qu'à se rappeler ce qui se passe chez nous depuis soixante ans. Il y avait seulement, dans ce temps-là, un peu plus de

croyances religieuses et les convictions politiques étaient généralement plus tenaces.

Voici un aperçu chronologique des révolutionsde Ploreneedans lecouri; d'un siècle, c'rtt-à-dire A'partbr de cette année I2i3, qui vit naître les deux partis Guelfe et Gibelin :

1248. Expulsion des Guelfes sous Frédmc II.

1350. Retour des Guelfes: l^abliftscmenl de la première organisation municipale, dite Popolo rffchiOf composée de 12 anciens, à raison de deux par chacune des sections de la ville , dites sesîiertt d'un capitaine du peuple et d'un podestat.

12&8. Expulsion des Gibelins.

12G0. Retour des Gibelins et banlsscment des Guelfes, après la déroute de Montaperti.

I2<>C. Institution des douie arts

et mélicrs, arti , h l'instigotlon de Guido Xovello.

13G7. Retour dos Guelfes, cxpulston des Gibelins.

1!2G8. Nouvelle constitution établissant trois conseils, un de 12 membres, dltsBuonuomtnt, un de 80, dit Credenxa, et une assemblée gépérde, dans laquelle trente bourgeois de chacun des sestiers se réunissaient aux membres des deux conseils.

1280. Retour des Gibelins, H bonshommes, dont 8 Guelfes et G GI« belins.

12S2. Troisième constitution. Établissement de la Seigneurie, eom* posée de 3, G et ensuite 8 prieurs.

1 201 . Organisation de Glano de la Relia, dite Ordinamenti délia Giusthia. Création du Gonfalonnier de justice.

1203. Chute et bannissement de Ginno de la Relia.

1300. Factions blanche et notre.

1301 . Expulsion des Noirs, Charles de Valois les fait rentrer dans Florence.

1302. Rannlssement des Blancs, 1304. Gonfalonniers des compa*

gnles du peuple, Gonfalonnier de Justice et capitaine do peuple avec un exécuteur.

1307. Ranntesemcnt et mort de Corso DoD4tl.

D'un élan tout joyeux, quand leur accueil courtois Se fut réitéré par trois et quatre fois \ Sordello quelque peu se retire en arrière : — Qui , dit-il , étes-Yous ? Exaucez ma prière. —

De ces hauts lieux avant que fissent le trajet Les Âmes y de monter dignes vers un Dieu juste , Purent ensevelis mes restes par Auguste *. Je suis Viif ile, et n*ai pour nul grave méfait Perdu le Ciel , sinon, faute de la connaître, Que je n'eus pas la foi \ — N'en dit pas plus mon maître.

Tel celui qui, voyant apparaître à ses yeux, Lorsque moins il y pense, un objet merveilleux, Doute et croit, incertain , disant : a Ge ne peut être ; » Puis «la chose est pourtant;» tel, d'abord étonné,

I. « Sept fois, dit rAnonyme, nombre d*un grand effet. > C'est pourquoi sans doute le poêle , qui « orne ton tiyle à Vaide de Variihmétique, » ajoute-t-ii, a soin de le signaler au début du chant septième. Le C4>minentateur, qui avait vécu dans l'intimité du poêle, ne fait pas connaître en quoi consistait la grande vertu du nombre sept. A défaut de Pythagoriciens pour nous en instruire, nous ne voyons que les francs-maçons qui puissent nous éclairer à cet égard; car les deux épltbètea oneste et liete Indiquent

assez que la gaie science n'est pas étrangère à l'élan sympathique drs deux Lombards.

3. Je naquis et mourus avant la venue du Christ, et par suite bien avant que l' Église eût adopté la doctrine du Purgatoire.

3. Nous verrons plus tard Dante protester & sa manière, dans le Paradis, contre la damnation à laquelle TÉglIse voue les païens qui, morts avant la venue du Réderopto.ur, ji'ont pu être éclairés des lumières de la foi.

CHANT Vil.

Se montra Sordello, puis, le front incliné,

II revint humblement, comme, en signe d'hommage,

Le fait Tinférieur, pour étreindre le sage *.

0 gloire des Latins, dit-îl, qui leur appris Ce qu'avait de puissance en lui notre langage ', Toi, l'orgueil éternel des lieux où je naquis, Qui me vaut de te voir cette faveur insigne ? Apprends-moi, de t'ouïr pour peu que je sois digne, Si tu viens de l'Enfer ou d'un autre séjour.

Et Virgile reprit : — Du douloureux domaine Ici je suis venu , parcourant tour à tour Tous ses cercles divers. De la céleste cour Une Vertu me vint évoquer et me mène.

Non pas pour avoir fait, mais comme j'aurais dû Faute d'avoir agi, pour jamais j'ai perdu Ce soleil vers lequel tout ton désir t'entraîne •, Et qui tardivement , hélas ! me fut connu.

A, Genou en Icrrc. Il a d*nbord embrassé Virgile comme compa- Iriote çt comme frère en inilialion; il lui rend maintenant lioniraagc comme à la plus haute expression du langage allëgoriquo des anciens mystères.

ô. Les œuvres de Virgile sont en latin, cclies de Sordello en provençal; ce dernier, comme tous les chantres d'amour, n'aurait eu garde de composer dans la langue des doctes, tandis qu'il y avait lout avantage pour lui à cmi>]oyer la langue vulgaire, dont les universités et l'inquisition ne prenaient guère souci, témoin tant de compositions anti-religieuses que nous a léguées le moyen .^gc. Puis il avait , pour ne pas écrire en intin, les mêmes motifoquc Dantea longuemcnl exposés dans son Convilo. ( roy. les huit dernii rs chap du II* tratlc, ou hur

analyse dans les Révël) Sordello n'avalt-il pas les mêmes raisons que lui pour avoir à sa disposition deux ou trois casaques de rechange, due o treguarnaccheindosso? Le langage commun aux deux poètes, celui que Sordello appelle lingiM nostra, est donc ce langage des initiés que les trouiiadoursappelaicnldu^etcarjes Ita liens coperfo, orna (o,one5(o, voire même latino, et dont la symbolique était la ntéiiie, en Italie, en France, en Espagne, en Angleterre et aux bords du Rhin ; langage puissant en effet dans des mains habiles.

0. Pour n'avoir pas cru au Messie à venir, je suis privé de voir celui qui a fondé le christianisme, cette religion d'Amour et de liberté dont il est le soleil resplendissant, astre de régénération que tu brûles de con* templcr dans tout l'éclat do son • triomphe.

il est un lieu, là-bas, qui n'a point de aupplices» Mais qui d'une ombre terne est seulement voilé. Où, sans pleurs ni sanglots^ le r^et exhalé Ne fait que soupirer, loin des saintes délices. Là je réside avec des êtres innocents , Qu'avant d'avoir purgé la faute originelle , A de ses dents de fer mordu la mort cruelle \ J'y suis avec ceux-là qui, de vices exempts,. Des trois saintes vertus sont restés ignorants, Quoiqu'aux autres voués et ^acliant avec zèlo Toutes les pratiquer, dans leur route mortelle *. Mais toi , si tu le sais et le peux , apprends-nous Du Purgatoire au juste où se trouve l'entrée % Pour que plus promptement à sa porte sacrée Nous soyons arrivés, — Ceux qui sont ici tous, Répliqua-t-il, n'ont point de demeure prescrite. A l'entour, au-dessus, ne m'est point interdite La faculté d'aller : si donc il t'est à gré, Autant qu'il est en moi je t'accompagnerai. Mais vois comme déjà le jour qui fuit décline. De nuit nul dans ces lieux en avant ne chemine '^ De vous choisir un gîte il faut donc prendre soin *^ Des ftmes sur la droite, à l'écart, sont peu loin. Vers elles, s'il te plaît, nous irons et, peut-être,

7. Nous avons vu ce que sont ces pour être voilée, n'en apparaît pas limbes, dans lesquclies la cruauté moins sous les précautions dont elle de l'Église catholique relègue les s'entoure.

enfants, innocents que n'a pas puri- 9. Ils n'ont fait jusqu'ici qae par-

fiés l'eau du baptême, et qui, en courir les abords du Purgatoire,

conséquence, sont dai denti delta 10. Il fuut renoncer à tout pro-

Morte morsi, grès tant que régnent les ténèbres

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