‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 105 sur 123 · Peut-être faudrait-il entendre · texte numérisé non relu

Peut-être faudrait-il entendre

C'est tin vœu de liberté, qui suffît pour affranchir la raison du joug de l'autorité; car pour y réussir, c'est assez de vouloir fortement, et celte volonté témoigne d'une âme ayant l'Impureté en horreur.

19. Elle a bien quelques velléités de répudier l'erreur pour la vérité .

mais l'habitude la retient; clic a beau souffrir, elle se complaît dans les peines dont son aveuglement fut la cause et qui en sont l'expialiou, jusqu'au moment où une résolution

énergique vient l'arracher à son supplice.

20. Bîoi, qui personnifie la penséeverbe du Languedoc et de la Provence, la poésie amoureuse ati style dus et car des troubadours , je suis resté courbé cinq cents ans et plus, autrement dit depuis le temps de Charlemagne qui m'asservit ii Rome , sous son joug douloureux, son tjiaeiuio a qutsia do- (jlia, et je n'ai senti que récemment Ja volonté de changer de courent, de franchir le seuil d'une meilleure église , cli miglior soglia. Puisset-cllc avoir plus de succès que celle dont Montfort et ses Croisés ont eu trop facilement raison !

21. L'édifice catholique s'est ébranlé, parce qu'une des pierres qui le composent s'en détachait ; en même temps , les frères en religion du nouvel élu applaudissaient a son admission au bienheureux concile de la religion de la montagne, et rendaient grâce au vénérable qui les faisait atteindre au sommet, quel signorchesu yiinru.

CHANT xxi. 479 !

La soif, plus, lorsqu'enflu à la source on arrive, On boit avec bonheur, jo ne saurais jamais Dire quel fut le mien à ce que j'entendais22.

Mon guide alors reprit ; — Ta -voix in'a fait comprendre Quel filet en captifs dans ce lieu vous retient, Et comment à rouvrir la volonté parvient23 ; Pourquoi tremble ce mont; pourquoi se font entendre \ihsi des chants joyeux. Veuille à présent m'apprendre, Au monde qui tu fus24, et depuis ton trépas, Ici pourquoi durant des sièclestu restas.

Dans le temps où Titus, que de son assistance Couvrait le roi suprême, eut h tirer vengeance De ce sang que Judas traîtreusement vendit ", \vee le nom qui plus dure et le plus honore 26, Illustre j'existais, répondit cet Esprit, Mais mon Ame à la foi ne s'ouvrait pas encore. Avec des sons si doux ma lyre retentit Que, Toulousain, h soi m'attira bientôt Rome", Du myrte glorieux où mon front se ceignit2'.

22. Non-seulemcnl il en était s'adresse, lui demande-t-il actuelle* heureux, mais il en devenait plus ment qui ii i si?

vaillant à la tâche qu'il avait entre- 25. Par la mine de Jérusalem , prise, mi fecc prode , parce qu'il où Judas avait vendu le sang du comprenait le sens Intime de paroles Christ, comme le font les pontifes a qui, prises à la lettre , ne coinpor- Rome, où ogni d\ si merca. tent pas, certes, tant de ravisse- 2fl. Celui de poète, rates, promeut, phelc, tnitté aux mystères sacrée;

23. Comment, vous êtes retenus c'est d'ailleurs un poète qui parie dans le filet de l'orthodoxie par le a des poètes.

préjugé et la routine, dont une 27. A se mi t rasscRoma, semble

volonté forte, dirigée par ia raison, indiquer la contrainte plus que la

parvient à briser les entrave*. lionne volonté, et se rapporter , en

24. Comment Virgile, qui vient de rappelant le comptllc tnlrare, à dire à Stace que l'àmc du Dante une conversion forcée des troubaleur est sœur à tous deux , ce qui dours du Languedoc et de la Prosemble Indiquer une fraternité m\s- vence.

tique, ou tout du moins poétique, 28. Comme chantre d'Amour,

entre eux trois, et par suite la con- cantor d'Amore, autrement k Iimi-

nai*?ance du personnage auquel II rirr conviendrait bien mieux ;'■ un

C'est Stace sur la terre encore qu'on me nomme" Mon chant célébra Thèbe et le fils de Thétis, Mais avec le fardeau qu'en dernier j'avais pris Je tombai sur la route t0. A la divine flamme, Dont bien d'autres que moi sentirent le pouvoir, S'aviva mon esprit et s'embrasa mon âme. De l'Enéide ainsi, pour moi c'est un devoir, Je te parle ; elle fut ma mère et ma nourrice ; Elle me fit poète et je n'aurais pas su Faire le moindre pas sans ce guide propice M. Lorsque vivait Virgile, ah! pour avoir vécu, Je consentirais bien que de toute une année La fin de mon exil fût encore ajournée.

Virgile, en entendant ces mots, tourna vers moi , Sans parler, un regard qui me disait : « Tais-toi. »

poète épique | mail Dante avait ses raisons pour couronner de myrthe son Toulousain, et il ne pouvait mieux faire pour Indiquer le caractère secret de ce personnage , dont les Sylvœ, pas plus que la Thébaîde et l'Achlllélde, ne sont certes des compositions amoureuses.

29. Statius Papinius naquit à Naplcs , comme lui-même le dit dans ses Sylvœ, et non pas à Toulouse.

Si Placide Lactance l'a confondu avec Statius Surculus, rhéteur toulousain, ce n'est pas un motif pour que Dante, beaucoup plus érudlt, soit tombé dans la même erreur; tout au plus aurait-il voulu en tirer profit pour l'arrangement de sa, fable.

30. En effet, les chantres d'Amour célébrèrent la prise de Thèbes-Brescla, comme Ils avalent porté aux nues leur Achille-Frédéric II ; mais lorsqu'ils eurent perdu successivement leurs deux héros, il leur fallut succomber; à la mort du dernier sur-

tout, à celle d'Henri VU , Us durent tomber à moitié route , ton la seconda son\n , de même que l'auteur de la Thébaîde mourut avant d'avoir mis la dernière main à son Achiilélde.

31. L'Enéide, considérée comme l'œuvre d'un initié aux anciens mystères, et traitant elle-même de l'initiation dans un langage figuré, état devenue comme le bréviaire de ceux qui, ne pouvant se recruter que dans l'ombre , cherchaient à propager lenr doctrine à l'aide d'allégories et de figures symboliques empruntées à l'antiquité. Voilà pourquoi Stace, faiBant allusion aux quatre derniers vers de sa Thébaîde, manifeste pour Virgile un enthousiasme égal à celui de Dante, qui l'appelle son guide , son maître et son père. Voilà pourquoi , dans tout le moyen âge, Virgile fut' considéré par les uns comme un magicien, par les autres comme un prophète et presque un saint. Ce dont on n'a pas su jusqu'ici se rendre raison.

Mais ne peut pas en tout la volonté suffire,

Et si rapidement les pleurs , comme le rire,

Suivent la passion qui les fait éclater,

Que l'homme le plus franc sait le moins les dompter.

Je souris, d'un clin d'œil adhérant au mystère.

L'ombre s'en aperçut , ce qui la fit se taire. Me regardant alors fixement dans les yeux, Où le penser caché se reflète le mieux :

Puisse être heureux, dit-elle, à ton gré ton voyage ! Mais pourquoi, tout à l'heure, ai-je sur ton visage Vu passer d'un souris l'éclair mystérieux ?

Ainsi des deux côtés je me trouvais en prise ; L'un veut que je me taise et l'autre que je dise, J'en soupire, et voyant trop bien mon embarras " :

Réponds, me dit le maître, oui, parle et ne crains pas De l'informer de tout, ainsi qu'il le désire.

Je parlai donc et dis : — Antique et noble Esprit, Tu fus surpris peut-être en me voyant sourire ; Mais je veux à l'instant, puisque Ton y souscrit, T'étonner encor plus. Sache donc que ce guide, Vers les hauteurs du Ciel qui dirige mes yeux, Est celui que de voir tu te montrais avide ; Ce Virgile, qui fut ton maître glorieux A chanter dignement les héros et les dieux. Si tu crus qu'autre chose avait causé mon rire, Répudie un soupçon loin de la vérité;

32. Le poète a voulu représenter, ce que son geste vient de lui recom-

dans celte scène de comédie, son mander de taire. Mais on voudra

embarras au moment de prendre bien encore remarquer l'extrême ha-

un parti décisif entre l'ancien lan- bileté avec laquelle le poète rappelle

gage, aux symboles mythologiques, que le maçon doit pleurer, pour rire

voilant les doctrines du mysticisme ensuite tout à son aise dans sa véra-

gnostique-maniebéen, et le nouveau cité ; attendu qu'il n'est pas toujours

langage, empreint d'orthodoxie, qu'il libre d'agir à son gré et de s'affranchir

voulait lui substituer; il se fait donc de ce joug douloureux dont chacun

inviter par Virgile lui-même à parler cherche à se dégager, passion da che

selon qu'il le désire , et à révéler ciascun si spicca.

De lai ce que ta dis rayait seul excité.

De ce maître éclairé que j'aime et qu'il admire , Il inclinait déjà son front respectueux Pour presser les genoux ; mais lui : — N'en fais rien, frère, Ombre toi-même, une ombre à toi s'offre en ces lieux".

Se relevant alors : — 0 toi que je révère, Vois jusqu'où mon amour pour toi m'a transporté , Puisque j'allais, tous deux n'étant que vanité, Comme un solide corps traiter l'ombré légère l4.

33. Rien de plus vrai à coup sûr; ombres de poètes, représentant deux langages aux formes différentes, mais ayant au fond la même essence.

34. Dans ces deux formes différentes de langage dont se revêt la même pensée, l'une procède ée l'autre, et c'est pour cela que celle

qui a nom Stace , s'incline respectueusement devant celle qui a nom Virgile. Le poète oublie ici qu'il sYst fait embrasser, porter même à plusieurs reprises dans les bras ou sur le dos de ce même Virgile, qu'il lui convient do réduire ici à l'état de ranité , pour rendre son allégorie plus accessible a l'Intelligence des sien».

En ce moment, déjà nous avions dépassé L'Ange qui, sur mon front lorsqu'il eut effacé L'un des signes encor dont il gardait l'empreinte , Nous arait dirigés vers la sixième enceinte. Et ceux qui de justice ont un désir brûlant Avaient dit >Beati, dans un pieux élan, Qui sitiunt; la strophe en était là restée '. Je suivais, franchissant la nouvelle montée, Plus léger que jamais et ne me lassant pas, Les deux nobles Esprits qui marchaient à grands pas 2, Quand Virgile rompit le premier le silence :

^.'amour que la vertu produit, lorsque du cœur Il s'épanche au dehors , donna toujours naissance Au feu d'un autre amour, qu'allume son ardeur. Aussi depuis l'instant où , venant à descendre A son tour Juvénal aux limbes de l'Enfer,

i . Ceoi qui ont soif de justice, de le verset parce qu'il ne parle que de

la justice impériale, attendu que les justice et qu'ils ont non moins soif

pontifes, usurpateurs du pouvoir de vengeance. Voy. saint Matthieu,

temporel, foulant aux pieds le droit V, 6. romain, font régner l'injustice sur la

terre avec leur Rota volubilù, sont 2. Enchanté qu'il est d'avoir re-

les fidèles d'Amour; l'Empereur, cruté dans le Toulousain Stace nn

leur Messie, sera le grand justicier excellent auxiliaire, au moyen du-

qui, prononçant la sentence des quel va s'opérer tout naturellement

bons et des méchants , assurera le la transition de Virgile à Béatrice,

triomphe du droit et de la raison, .de l'ancien langage au nouveau,

Ces fldèies d'Amour n'achèvent pas tout parfomé d'orthodoxie.

J'appris par ses récits combien je t'étais cher, Je me pris envers toi d'affection plus tendre Que nul, sans qu'on l'eût vu, n'en inspira jamais5. Dès lors cette montée, au gré de mes souhaits, S'abrégera par trop. Mais veuille au moins m'apprendre, Dans un ami pardonne à trop de liberté, Et toi-même, en ami , réponds avec bonté , Gomment put l'avarice en ton sein trouver place, Quand, pour ta noble tâche, en toi dut être en masse Et sagesse et savoir *. — Stace d'abord sourit A ces mots quelque peu ; puis bientôt il reprit : D'amour ta question m'est une preuve chère. L'apparence, il est vrai, trop souvent mensongère, De douter nous fournit plus d'une occasion, Des choses quand se cache à nos yeux la raison *. Tu penses, ta demande ainsi le certilie , Que je fus d'avarice atteint dans l'autre vie, Par l'étage où j'étais tu l'auras cru d'abord. De mon cœur l'avarice était par trop bannie, Et fut par des milliers de Lunaires punie Une ardeur opposée '. Oui , sur un autre bord

3. Ju vénal, le flagellateur des avec qui elle s'accouple, ceux de la vices de son temps, ne pouvait être race de Hugues-Càpet, par exemple, oublié par celui qui s'était armé de car il a prodigué les trésors de l'Àson fuuet vengeur. mour, tant il avait en horreur l'ava-

4. Stace se trouve en effet dans ricc romaine, avarisia fù partita le cercle où les avares sont soumis troppo da me. Ce fut là sa perte, à l'expiation. Toulouse , sa patrie , celte capi-

5. Telle est le plus souvent la taie de l'hérésie , dont les troubanature des créations du poêle, che dours étalent les missionnaires , a danno a dubitar fulsa matera, per succombé sous les coups des Crolle vere cagion che ton nascotte. ses de Simon de Mont fort ; voilà ce

6. Stace, qui personnifie ici l'ai- que déplore le poète toulousain, dcbigéisme dans son ensemble , mais venu Romain par force, et ce qu'il plus particulièrement la poésie amou- donne à entendre, en se faisant punir reuse, en style dus, des troubadours par des milliers de Lunaires. ou de de la langue d'oc, Stace a péché par lunatiques, lunari, accourus au l'excès opposé à l'avarice haineuse, pillage et au massacre, à la voix de apanage de la louve et des animaux cette haute puissance ecclésiastique

Sans fin j'irais luttant d'un douloureux effort, N'eût été qu'à ta voix ma raison attentive Te comprit, quand saisi d'indignation vive, Tu t'écriais, sublime en lui donnant l'essor : « Jusqu'où peux-tu pousser, fatale soif de l'or, Les cupides mortels 7 ! » Je m'aperçus ensuite Qu'à dépenser les mains pouvaient aller trop vite , Et je me repentis alors de ce péché Comme des autres maux dont j'étais empêché 8. Cojnbien doivent, le chef tout pelé , l'àme en transe , Ressusciter, qui n'ont songé, par ignorance, Durant leur vie et même à l'instant d'en sortir, Que d'une telle erreur il faut se repentir ' ! Sache que sur ce mont la suprême justice, Du même châtiment que son contraire vice,

dont le pacte florentin fait, sous le nom d'Hécate, la reine de son Enfer; elle qui a pour ministres l'inquisiteur général Minos et Pluton lui-même, dont on saura bientôt le véritable nom. En effet , les Lunaires de Simon deMontfort châtièrent cruellement les Solaires toulousains, ces adorateurs du Soleil raison. Il seraitcurieux de s'assurer, en opérant d'après les termes du problème posé par l'Anonyme, si le nombre des Croises de Montfort ne correspondrait pas, par hasard, avec celui des jours lunaires qu'il in ylte à calculer. Voy . sa note2ô. 7. Sans cet avertissement salutaire au sujet des tyrans qui, à l'exemple de Polymnestor, égorgent des.

innocents pour s'emparer de leurs dépouilles, Slace aurait eu à subir le sort de tant de papes et de cardinaux dont l'avarice guelfe se rue sur les prodigues Gibelins en leur criant : Perché burli ? ( Enf. vu. ) Dante traduisait dans sa pensée, auri sacra (âmes, par soif sacerdo-

tale de l'or. C'est en effet plus particulièrement contre la cupidité du clergé que se déchaînaient dans leurs Sirventes les poètes languedociens.

Alors il s'aperçut que trop parler nuit, et trop écrire encore plus, aprir Vali, même en style dus et car, et il s'en repentit comme de la cause des maux soufferts.

8. Comme Dante lui-même dans sa Canzone : Poichè Amor del tutto mi ha lasciato, Stace eut à regretter d'avoir semé son avoir pour des gens dont le jugement était faux (voy. p. 362 et suiv. des Révél.), car c'est parmi ceux-là que se trouvèrent les faux frères , Foulquet de Marseille par exemple.

9. On se rappelle que les Guelfes avares et les Gibelins coupables d'avoir prodigué imprudemment le trésor du langage erotique, doivent ressusciter, « ceux-ci le poing fermé, ceux-là sans poil au front. » Enfer, vu.

Atteint chaque péché qui doit s'y racheter;

Si donc parmi ceux-là qui pleurent l'avarice,

Pour expier ma faute, il m'a fallu rester,

C'est qu'avec leur penchant elle eut à contraster ".

Mais lorsque tu chantas les fratricides armes Qui de Jocaste à flots firent couler les larmes , Des Bucoliques dit le chantre harmonieux, Les accords que Clio fit tomber de ta lyre , N'indiquent pas cncor que s'ouvrissent tes yeux A la foi, sans laquelle au mortel vertueux Le bien qu'il accomplit tout seul ne peut suffire ". Et, s'il en est ainsi, quelle vive lueur De cierge ou de soleil ,a dissipant ton erreur Vint éclairer ta nuit et pousser ton navire A suivre le sillon de celui du pécheur H?

Il répondit : — C'est toi qui m'inspiras l'audace De me désaltérer aux ondes du Parnasse '*, C'est toi qui m'éclairas et me guidas vers Dieu is. Enfin comme celui qui dans la nuit chemine,

10. 11 ne faut donc pas s'étonner candelo, qui établissent si bien la de voir les Gibelins et les Guelfes, différence entra la lumière procéles orthodoxes et les hérétiques, les dant de l'Église et celle qui dérive partisans de Rome et ses ennemis, de la raison.

confondus dans le Purgatoire com- 13. Les- errements de la primitive me ils le sont dans l'Epfer et le se- Église, dont celle de Rome s'est enroot dans le Paradis, attendu que tièrement écartée, les extrêmes se touchent. 14. Nelle grotte di Pamano,

1 1 . Rien n'indique en effet, dans porte le texte, pour indiquer la na- |a Thébaide, que Stace fut chrétien, ture mystérieuse de la poésje symorthodoxe ou non. Mais la décora- bolique.

tion et la mise en scène avant tout, 16. Ne vollà-t-tl pas un étrange et puis ces guerres fratricides ne . convertisseur ? le poète païen érigé

sont-elles pas rappelées à merveille en missionnaire de l'Évangile I Mais

par les crude armi et par la doppia c'est que les troubadours albigeois

tristiitià, ou la double expédition ont été dirigés par la même doctrine

des Croisés, par la douleur de cette que Dante. Ils ont employé la même

Jocaste humanitaire en voyant des langue symbolique , celto des mys-

frères s'entr'égorger? tères, puisqu'ils ont en , dans Vir-

12. Qu'on veuille bien remarquer gile, le même guide que lui, dotior ces expressions quai sole o quai guida, padre, maestro..

En portant le fanal, dont il profite peu,

Et qui derrière soi les autres illumine,

Lorsque tu dis : « Déjà luit un siècle nouveau ,

La Justice revient, l'Age d'or avec elle

Du haut des cieux descend une race nouvelle ", »

Par toi j'étais poète, à ton brillant flambeau

Je m'éveillai chrétien17. Mais pour que le tableau

Présente à tes regards une image fidèle ,

Sur l'esquisse je vais promener le pinceau ".

Déjà la véritable et parfaite croyance Avait rempli le monde et , bravant tous dangers, Du royaume éternel les humbles messagers Partout l'avaient semée avec persévérance ". Des vers que j'ai cités le sens mystérieux En tout se rapportait au langage pieux Des hommes qui prêchaient la nouvelle doctrine 2#,

16. Ce que les ennemis de Rome traduisaient comme suit : Une révolution est proche, l'Église primitive, la nouvelle Jérusalem va renaître, et le Messie impérial, envoyé par le Ciel, va ramener le règne de la Justice, en sévissant contre les usurpateurs du pouvoir temporel; et la communauté des biens, des richesses qu'ils ont envahis, fera revivre l'âge d'or sur la terre.

17. Chrétien de l'Église primitive, dans laquelle Saphira et Ananias étaient punis de mort, chrétien évangéuquc, selon la distinction de M. de Lamenais, mais non pas catholique romain et vassal de la louve insatiable.

18. Je vais colorier le dessin, dit Dante» colorât çio cft'to disegno.

Redoublons donc d'attention pour ne pas être abusés par la couleur historiqne qu'il va employer.

19. La doctrine gnoslico-manlchéenne des Albigeois avait fait

d'immenses progrès, grâce a la propagande des troubadours , des ménestrels, des miniBlngers, missionnaires de l'hérésie (voy. p. 7 et suiv. des Réxél.), et l'Europe était à la veille d'une Insurrection générale contre l'Église romaine.

20. De ceux qu'on appelait les bonshommes, les pur*, les parfaits, préchant le christianisme évangélique et soutenant que :

Toit de Silrfitr Mi papa,

B tuit ii cardinal, a tuit vasque e H alba, Tuit aquisti enseinp non bau tau de polesla, Qu' ilb poissan perdonar un sol ptecat mort»), Solamcnt Dio perdon', qu'autre non bo po far. ( La nobla LajruHy Bîbl. da Gencrr.

MSS. o« »7.)

Tel était le langage de ceux qui, prêchant d'exemple le jeûne, la continence, la pauvreté et l'Amour, procédaient par l'imposition des mains et par la consolation; pratiques de leur culte renouvelant les formules initiatrices des premiers

A croire leurs scours mon âme était encline Je m'habituai donc à les ouïr souvent21. Puis je les vis si saints en leur zèle fervent 22, Que, quand Domitien, plein de barbare haine, Les fit persécuter, mes yeux sur leurs douleurs Ne furent des derniers à répandre des pleurs 2I. Tant que se prolongea là-bas ma vie humaine Je leur prêtai secours, et leurs vertus, leurs niœqrs, Me firent mépriser comme un foyer d'erreur» Toute autre secte et comme appelant Tanathème ".

chrétiens, qui eux aussi se saluaient, au grand scandale du paganisme, par des baisers mutuels, osculum fraternitatis.

Ces hommes à la parole tfustère déclaraient hautement, en 11 G5, devant le concile de Lombcrs, dont l'inquisition rédigeait le procèsverbal : « Nous n'adoptons ni la loi de Moïse, ni les prophètes, ni les Psaumes, ni l'Ancien Testament, ni les interprètes du Nouveau, et nous ne reconnaissons que l'Évangile (lequel ?), sept épi très, les Actes des Apôtres et l'Apocnlypse. — Nous ne ferons que contraints par la force l'exposition de notre fol. — Pour le salut des enfants par le baptême, nous nous en tenons aux paroles de l'Écriture et des Épi très.— La consécration du corps de Notre-Seigneur petit être faite indifféremment par tout homme de bien, qu'il soit clerc ou laïque. — Une confession à l'article de la mort sufllt, si on la veut faire. — Le bienheureux Jacques n'a dit que ceci : Confessez vos péchés et vous vous sauverez. Pour nous, nous ne voulons pas être meilleurs que l'apôtre. - Mss de la Bibl. imp., collect. Doat. n*21.

.21. Stace fréquentant les successeurs des Apôtres , et les fidèles d'Autour de la langue d'oc, ne man-

quant pas d'assister an prêche, c'est tout un, puisqu'il est leur personni lication.

22. Si différents par l'austérité de leur vie de ces abbés et de ces prélats affichant le luxe et la corruption. {Voy. les historiens de la croisade.) Iî est à remarquer d'ailleurs que les ministres des religions en minorité ont cherché de tout temps à se distinguer par la régularité de leur conduite et par la pureté de leur morale.

23. Lorsque Innocent III, Domitien mitre, proclama la croisade contre les Albigeois , qui tombèrent moissonnés par le glaive de Simon de Montfort. Toutes les harpes des troubadours rendirent alors des sons plaintifs, bientôt suivis de cris de haine et de vengeance, car bon nombre d'entre eux périrent pour leur foi les armes a la main, et l'on ne signale que deux ou trois déserteurs dans leurs rangs.

24. Les ministres albigeois affectaient en effet un grand rigorisme dans leurs mœurs, pour faire ressortir d'autant le relâchement du clergé romain, contre lequel la poésie provençale ne cessa de se déchaîner jusqu'au moment où la langue dle-mcmc fut proscrite, dans le Midi, par la législation civile et

Dans mon poëme , avant d'avoir aux champs Thébains

Conduit les héros grecs, je reçus le baptême35,

Mais de peur d'encourir des supplices certains,

Je fus chrétien de cœur, sans oser le paraître,

Et me montrai païen durant longtemps, sans l'être21.

J'ai, pour cette tiédeur, en des regrets cuisants,

Au quatrième cercle erré quatre cents ans ".

Mais toi qui dissipas le nuage funeste Qui de la pure foi me voilait le rayon, Lorsqu'à gravir encor tant de chemin nous reste , Dis-moi, si tu le sais, où sont Plaute, Varron , Et notre vieux Térence et Cécile, à cette heure; Dis-moi, s'ils sont damnés, que cercle est leur demeure21.

Eux tous et Perse et moi , beaucoup d'autres encor, Dit mon guide, habitons ensemble au même bord 2', Avec ce Grec auquel plus qu'à nul autre au mondé Les Muses ont tendu leur mamelle féconde,

par les bulles pontificales. {Voy.

p. 15 et suiv. des Révél.)' Les pontifes ne se doutaient pas que la langue de si se constituerait l'héritière de la langue d'oc et que le legs de vengeance des Albigeois et des Templiers devait se perpétuer d'Age en âge avec la Divine Comédie. Il est bien entendu que le catholicisme se trouve compris dans toutes les autres sectes que déclare mépriser, dispregiare, le chrétien évangélique de Toulouse.

25. Avant les épopées des divers cycles, écloses en si grand nombre, quoi qu'en disent les antagonistes de Fauriel, sur le sol provençal , tous les chantres d'Amour, les trouveurs languedociens et provençaux, ceints de la couronne de myrthe, étaient enrôlés dans la nouvelle église et avaient reçu le baptême de l'Amour.

Il en était du me me de ceux qui célé-

brèrent les exploits accomplis devant Tbèbes-Brescia.

20. Conformément aux préceptes des Pauliciens et des autres hérétiques, qui défendaient de s'exposer au martvre. (Foy. p. 75 et 78 des Révél.) Telle fut la règle de conduite des Albigeois après la chute de Toulouse, telle fut celle de Dante , chrétien évangélique et Templier, sans oser le paraître et 8 'exprimant en catholique, c'rsl-à-dirc en païen, sans l'être en réalité.

27. Depuis l'époque de Charlemngne jusqu'au moment où l'alblgéisme se crut assez fuit pour lever le masque.

28. 11 est à remarquer que Stace, poète épique, ne s'informe que des poètes comiques et satiriques ayant, comme Dante, déclaré la guerre aux vices de leur temps,

29. Il a déjà fait mention de Ju- \6nal, aillai In liste est complète.

Dans le premier pourtour de l'abîme profond. Nous nous prenons souvent à parler de ce mont Où résident toujours nos nourrices chéries. Nous comptons parmi nous Euripide, Anliphon, Agathon, Simonide, Eschyle, Anacréon, Et de la Grèce encor maints sublimes génies, Qui surent par la lyre éterniser leur nom. Là sont ceux qu'illustra ta noble poésie : Antigone à leur tôte, et Déiphile, Argie, Ismène, triste encor comme elle fut jadis , Celle qui regretta d'avoir montré Langio, Tirésias, sa fille et la belle Thétis, De ses sœurs entourée enfin Déidamie ".

Les poètes alors se turent tous les deux, Et, les degrés franchis, hors des parois de piecre Leur regard attentif se portait autour d'eux ". Déjà quatre restaient sur la route en arrière, Des suivantes qui font cortège" au char du jour, Et la cinquième alors , au timon à son tour, En dirigeait en haut la pointe d'or limpide '*, Quand dit mon maître : —Il faut que du côté du vide, Je crois, en appuyant la droite nous marchions Pour tourner la montagne, et comme nous faisions ".

30. Tous personnages de la Thé- sons du langage symbolique. Mais baîde et de l'Achilléide, reproduits Us n'en devaient pas moins user de sous forme chevaleresque dans les circonspection , de là les regards imitations des romanciers proven- attentifs des deux poêles.

çaux, et mentionnés ici pour i m pri- 32- La cinquième heure; Dante

mer à cette scène la couleur locale. ne manque jamais , on le voit, aux

Dante semble même ne pas se rap- habitudes maçonniques ; Il est

peler qu'il a mis Tirésias et sa fille très-attentif à nous dire l'heure

Hanto dans les Malebolge; mais c'é- qu'il est et le nombre de pas faits,

tait à bon motif et seulement pour car ce sont là autant d'Indications

la montre. rituelles.

31 . Ces murs de pierre cessaient 33. Toujours par la même raison , d'être un obstacle pour ceux qui, Il nous faut laisser à gauche, du parvenus aux plus hauts grades, mauvais côté , cet amas de pierres connaissaient toutes les combinai- qui forme' la montagne catholique,

Ainsi, pour nous guider prenant l'expérience, Nous nous mimes en route avec plus d'assurance , L'ombre illustre elle-même en tout nous approuvant ". Les poètes marchaient tous les deux en avant Et, seul, j'allais derrière, écoutant en silence Leurs sublimes discours, où, disciple fervent, De l'art des vers j'allais puisant l'intelligence**.

Cet entretien, si doux pour moi, trop tôt prit fin , Lorsqu'un arbre à nos yeux au milieu du chemin S'offrit, que décorait une riche couronne De beaux fruits, à l'odeur appétissante et bonne. De rameaux en rameaux de même que le pin , Plus il va s'élevant, en ampleur diminue, La base en celui-ci ,- s'efâlant plus menue, S'élargtt vers la cime, afin que d'y monter, Je le suppose au moins, nul ne puisse tenter*6. Du côté de la route , où le rocher la mure, En cascade tombait de haut une onde pure Sur son épais feuillage et partout l'arrosait 37.

De l'arbre s'approchait l'un et l'autre poëte , Quand des rameaux sortit une voix qui disait : — Que respecte ce mets votre main indiscrète ". —

pour avoir nos coudées franches guedoc à la France; d'affecter les

à droite, du bon côté, et tourner ce dehors du catholicisme,

qui nous est obstacle, comme nous 36. A moins d'avoir subi les

faisons d'ordinaire, corne farsolemo. épreuves et fourni les garanties, re-

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