‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 106 sur 123 · La plus grande concorde ne quiscs · texte numérisé non relu

La plus grande concorde ne quiscs

pouvait manquer de régner entre 37. L'arbre de la science est fèces trois époques vivantes du lan- condc par l'enseignement qui congage des mystères, pour qui les le- tribue à sa propagation et dérive çons de l'expérience étaient le guide des hautes régions sectaires, bien le plus sûr. supérieures à ce mont de pierre qui

35. Afin de régler sa poétique nou- ferme la route du progrès , en nouvelle , tout orthodoxe quant à la rant l'intelligence.

forme, sur celle du chantre de l'I- 38. 0î queslo cibo arrête caro,

nitiation, et sur celle des trouba- porte le texte, dont le sens est don-

doure albigeois, plus que jamais bie à dessein. «Cette nourriture vous

obligés, depuis la réunion du Lan- sera chère , » est-il dit aux trois

Elle) ajouta : —Marie avait bien plus à cœur Qu'aux époux le festin de noces fit honneur, Que de flatter son goût, elle qui pour vos peines Intercède à cette heure ". Aux antiques Romaines L'eau seule pour boisson suffisait ", et Daniel , En repoussant un mets à ses yeux criminel, En science grandit ". De votre race humaine Le premier âge fut comme l'or pur et beau, La faim alors rendait exquis les fruits du chêne, Et la soif en nectar transformait tout ruisseau ". De saint Jean, au désert, le miel, les sauterelles Furent la nourriture ; aussi voilà pourquoi Il brille environné des splendeurs éternelles, Gomme en son texte saint l'Evangile en fait foi ". •

poètes , aux initiés qui en connais- 4 1 . Pour s'être abstenu de la nour-

sent le prix. « Vous tous en abstlen- riture du mensonge, il grandit dans

drez, » est-il intimé en même temps la connaissance de la vérité. Da-

aux profanes, et absolument dans niel, 1.

les mêmes termes, qui contiennent 42. Au temps d'Astrée où régnait

ainsi l'invitation et la défense. Si le la justice, bannie de la terre, on sait

Créateur eût exprimé sa volonté en par qui, la doctrine, dont l'eau vive

ces termes a nos premiers parents, est le symbole, était le nectar des

il aurait fourni à leur désobéissance fidèles d'Amour.

une excuse des plus acceptables. 43. La primitive Église était pau-

™ Mario npn^lt aux «ut™ et ™ et frugale comme le précuneur,

39. Marie pensait aux autres et dom rcxemple glorieux C6l aujour.

L Eglise est loin de 1 Imiter. lermeg ^ picm5 Da^en ^

40. Et aussi aux premiers chré- le luxe déployé sur la table des tiens. Le poète gibelin aurait volon- prélats et des abbés. Saint Bernard tiers réduit de même l'Église ro~ ne s'en indigne pas moins, aussi tous maine au pain et à l'eau. deux s ont-ils en Paradis.

Tandis que je plongeais à travers les rameaux Mes regards attentifs, comme font d'ordinaire Ceux qui perdent leur temps à chasser aux oiseaux * , — Mon fils, disait celui qui m'était plus qu'un père, Viens; désormais, pour toi, peut mieux être employé Le temps si précieux qui nous est octroyé.

Je détournai les yeux du verdoyant feuillage, Dont au même moment s'éloignèrent mes pas, Pour suivre aussitôt ceux dont le docte langage Faisait que du chemin je ne me lassais pas s. Alors , j'ouïs des pleurs ; le chant mélancolique De Labia mea, Domine, s'y mêlait3; Et si doux vers le Ciel montait le saint cantique Qu'en attendrissant l'âme ensemble il la charmait \

1 . Uuccellin, au singulier comme riaux de toute nature mis en œuvre il est» ne se rapporterait -il pas à la avec une si constante habileté, colombe, symbole de l'Esprit saint, 3. « Purifiez oies lèvres, Seigneur, et ne faudrait-il pas entendre que afin que j'annonce dignement votre l'inquisition perd son temps à donner . parole, » dit l'officiant après l'Évanla chasse aux sectaires professant la gile. Or cette prière n'était exaucée religion de l'Esprit, comparés par que pour les pur*, les parfaits, ces Dante aux oiseaux qui fuient devant ministres du culte évangélique.

les frimas et le froid exhalé de la 4. Parce que les pleurs qui ac-

lunc, astre de l'erreur catholique ? compagnaient le verset cité indiquaient la douleur de voir l'Evan-

2. Attendu qu'il avait toujours h gile annoncé par des lèvres impures, profiler dans l'étude de l'ancien et douleur adoucie chez le poète par du nouveau langage , où il puisait l'espoir de voir passer le sacerdoce nom*, images, figures, riches maté- en de meilleures mains.

Surpris : — Père chéri , me pris-je à dire , écoute : Qu'est-ce que Ton entend ? — Et lui : —Ce sont sans doute Des ombres qui s'en vont de leur dette envers Dieu Dénouant humblement le lien en ce lieu.

Gomme des voyageurs pressés, qui sur la route Joignant des inconnus, de peur d'être attardés, Marchent toujours, après les avoir regardés ; Ainsi derrière nous , venant silencieuse, Mais plus vite , d'Esprits une troupe pieuse Passait, nous regardait tous trois et poursuivait. Tous, l'œil cave et terni, le visage défait, La maigreur à tel point chez eux était énorme Que de leurs os la peau s'appropriait la forfne. Je doute , des tourments de la faim empêché , Qu'Érésichton se fût jusque-là desséché, Lorsqu'il rongea ses chairs dans son angoisse extrême *.

Voilà le peuple ingrat, me disais-je en moi-même, Qui de Jérusalem perdit les saints parvis, Quand Marie aux abois mit les dents sur son fils '. Leurs orbites semblaient comme des anneaux vides Du chaton scintillant; et ceux au front humain Qui disent lire 0 M 0, sans peine auraient soudain Montré l' M au milieu de ces faces livides 7.

5. Le supplice encouru par Ere- VU. nuova, et Bévél.), mais ee hà-

aichton pour avoir porté la bâche talent d'arriver à Toulouse,

dans ia forêt consacrée à Gérés, au- 6. Si Dante croit voir dans ces

trement dit pour avoir révélé les Esprits les Juifs réduits à toutes les

mystères de la déesse, nous met sur horreurs de la famine par THus { Jo-

la vole pour reconnaître dans ces sephe VII , 16), c'est que le péché

Esprits des pécheurs du même genre, d'indiscrétion , péché de la touche ,

quolqu'à un moindre degré. Autre- de la gorge , peccato deUm gola ,

ment lis seraient en Enfer avec commis par eux , les a rois dans le

Giacco. En eflet ce sont des pèlerins cas de perdre la nouvelle Jcrosa-

de Soint-Jacques-de-Composlelle , lem et d'entraîner la ruine du Tem-

qnl, prudents entre tous , ne s'arré- pie.

talent pas en route pour jaser avec 7. En latin komo\, les yeux for*

des inconnus, actif* non nota, (voy. ment les deux 0, le net le V du mi-

Qui croirait que l'odeur d'une source, d'un fruit , En engendrant chez eux des appétits avides» S'il ignorait la cause , à tel point les réduit 8 ?

Ne pouvant deviner ce qui tant les affame , J'observais attentif, l'élonnement dans l'Ame, Car rien ne m'indiquait encore le motif D'une telle maigreur, d'un aspect si chétif ; Quand un Esprit, tournant sa prunelle. bagarde, Que du foad de son crâne il dirige vers moi , Tout à coup, l'air surpris, fixement me regarde En s'écriant : —Quelle est cette grâce et pourquoi?

Mes yeux n'auraient jamais reconnu son visage ° Si sa voix à l'instant ne m'avait révélé Ge que de tous ses traits me cachait le ravage. Mais, à mou souvenu-, à peine eut-il parlé, Qu'une vive lueur fit briller son image; Lui-même Forésé se montrait à mes yeux ".

)leut et le double arc des sourcils, en se prolongeant Jusqu'au bu de la mâchoire , les deui Jambages latéraux. Mais cet omo nous Indique qu'il s'agit Ici d'hommes, et non de brutes , d'initiés .sectaires et non de fauteurs de l'Église orthodoxe ; que, tout pécheurs qu'ils ont été envers leurs frères, leur faute ne leur a pas fait perdre tout droit à leur com- misération.

8. Le fait serait, tt est vrai, des plus étonnants, si le tout n'était symbolique. Mais lorsqu'on sait que la formule du serment maçonnique voue à une faim dévorante et cruelle ceux qui révèlent les secrets, signes ei mystères qui leur ont été dévoilés (Maçonn. Adhonir., Part. 1", p. 80 et 81 ) ; lorsqu'on sait que ceux qui ont manqué à ce serment sont frappés d'excommunication , exclus des réunions et des banquets de leurs frères, où se distribue le pain

des anges (Convil.i,) ; qu'on leur cache soigneusement les nouveaux signes et symboles adoptés) qu'ils ne peuvent, dès lors, se nourrir ni de la dectrme, figurée pur l'arbre de science, ni de renseignement supérieur représenté par la source d'eau vive, l'allégorie se trouve suffisamment expliquée.

9. Pas plus qu'il n'avait reconnu celui de Ciacco; les frères excommuniés étant répudiés, comme tels, par leurs coreligionnaires, avec lesquels ils ne peuvent échanger les signes conventionnels.

10. C'est à la voix que Danlo reconnaît l'ami dans Forese Donati, son allié -, sa femme/ Gemma Donati, appartenant à cette famille. Remarquez qu'il a méconnu en lui le frère, attendu qu'il n'a pas échangé avec lui les signes, comme Virgile avec Stace, et qu'il ne lui donne pas une

Ne songe pas, hélas I à ce teint scabieux, Dit-il, qui décolore ainsi ma peau flétrie, A ces os veufs de chair; mais, dis-moi , je te prie, Ce qu'il en est de toi, quels sont ces deux Esprits Qui semblent protéger ta marche en ces pourpris.

Ta figure que morte, ami, Pâme affligée, Je pleurai tant , repris-je , à la voir si changée Ne me donne pas moins sujet de pleurs ici H. Apprends-moi donc, pour Dieu, ce qui vous mine ainsi N'exige pas encor qu'à ton gré je réponde , Surpris comme je suis ; car lorsqu'en l'âme abonde Un souci qui l'obsède on a peine à parler.

Le conseil éternel , dit-il , fait découler Dans cet arbre, là-bas, comme aussi dans cette onde, Une vertu qui porte en nous Texténuement. Tous ceux qu'ici tu vois chanter si tristement, Pour avoir satisfait leur bouche outre mesure , De la faim, de la soif endurent le tourment, Et leur âme, à ce prix , redevient sainte et pure. Éveille en nous l'odeur de ces fruits , de cette eau Qui sur l'arbre grésille, arrosant sa verdure , De boire et de manger, besoin toujours nouveau; Et notre peine, autour de l'arbre à haute cime Quand nous tournons ainsi , chaque fois se ranime. Notre peine, ai-je dit, ou mieux notre plaisir, Car sans cesse vers lui nous pousse ce désir Qui fit dire au Sauveur : Êli ! lorsque ses veines S'épuisèrent de sang pour nos erreurs humaines ".

seule fols ce nom significatif de pour intempérance de langue. En

frate. effet , ton admission parmi les w-

11 . Traduisez : Après avoir vive- vants m'avait fait mieux espérer

ment regretté, dans un temps, de te pour toi, quand la chair quitta les

voir suivre la bannière guelfe, celle os; ce que rappelle le difetio di

des morte, je ne suis pas moins carne.

peiné aujourd'hui de te voir châtié 12. C'est du conseil supérieur, du

Cinq ans, cher Forésé, répondis-je à mon tour, Ne sont pas écoulés encor depuis le jour Où, de monde changeant, une meilleure vie Eu partage t'échut. Si pourtant du péché La possibilité même t'était ravie, Avant que vint l'instant où ton cœur fut touché Du deuil pieux à Dieu qui nous réconcilie ", Comment donc as-tu pu là sitôt arriver ? J'aurais cru bien plus bas encore te trouver Où le temps par le temps lentement se rachète1*.

Ce fut, répondit-il, ma Nella si parfaite, Qui vers le Ciel levant ses yeux baignés de pleurs, Me valut de la douce absinthe des douleurs De m'abreuver sitôt. Ses dévotes prières , Du bord où l'on attend ses soupirs m'ont tiré, Et des autres plateaux épargné les misères ".

concile ou çonvent suprême, eterno consiglio, concilio, convento, tous ces mots son t synonymes, que dérivent la doctrine et l'enseignement qui la propage , comme aussi l'excommunication contre ceux qui ont violé leurs serments, en donnant trop libre carrière à leur langue ou à leur bouche, per teguitar la gola oltre misura. Le chef suprême de cette haute cour est, comme le Judex féodal, Investi de la puissance plénière, delà potestat, comme disent les vieux textes de droit. Lui seul, par suite, a mission et qualité pour réconcilier ceux qui ont expié leur faute , lorsqu'après avoir longtemps désiré l'absolution, ils s'écrient comme le Sauveur expirant sur la croix : Seigneur, pourquoi m'as-tu abandonné ! Rappelle-nous dans le sein de ton Église.

13. Si tu ne fus touché de repentir que réduit déjà à l'impossi-

bilité de pécher par le mal dont tu fus atteint.

14. Il y aurait lieu de s'étonner, en effet , quand l'expiation de Stace a été de 1,200 ans, que celle de Forésé n'eût été que d'un lustre*. , si ces indications n'avaient une valeur toute conventionnelle.

t&. )1 semble que Foréeé parie ici de sa femme, qu'il appelle Nella, par abréviation ou diminutif, et qu'il est redevable à sa piété, à ses buoni prieghi, dont nous savons la nature, d'un adoucissement à ses peines dans le Purgatoire; mais lorsqu'on sait que tout initié est homme et femme, (voy. p. 94 des Révél.) qu'il se contemple en dehors de lui-même et converse avec sa propre pensée, devenue son verbe, sa raison parlante , comme il en est de Dante avec Béatrice, on peut se rendre compte de cette fantasmagorie. C'est le corps qui a failli, ches Forésé, son âme, isolée de la nU-

A Dieu, par ses vertus, est d'autant plus à gré Ma veuve, qui me fut à juste droit si chère, Que plus seule il la voit empressée à bien faire, Car en Sardaigne ont plus de mœurs, de chasteté, L^ face de pudeur plus aisément rougie, Les femmes, dans ces monts nommés la Barbagie, Que dans la Barbagie où j'ai tant regretté D'avoir à la laisser naguère. Mais, cher frère11, Vcux-tojque je te «parle un langage sincère? Je vois un temps qui n'est pas loin , en vérité, Où du haut de la chaire, aux femmes de Florence, De montrer gorge et sein il sera fait défense. * Sarrazines vit-on ou Barbares jamais Auxquelles il fallut , afin de les contraindre Au moins à se couvrir, de leur donner à craindre La loi spirituelle ou de formels décrets " î

tlèrc, veuve de son corps, est restée pure, et c'est elle qu'il va , eo conséquente, opposer »ux* daines de Florence» autrement dit aux initiés florentins» ayant Coulé volontairement aux pieds leur* engagements envers ta secte, à est apostats dont la lâcheté trahit leur église. C'est là et que nous a annoncé la comparaison de in gente ch* perde Gtrustlemme ; la nouvelle» bien entendu. 16. Forésé, en partie réhabilité, donne à Dante le titre de dofee /rnie; mais Dante s'abstient de le lui rendre. La Barbagie , à laquelle il vient d'être fait allusion , était une contrée montagneuse de la Sardaigne où, kors de la conquête des Gé-»

nois, dit l'Annot. Caet., les femmes allaient presque nues. Il n'est pas besoin de dire que le trait est dirigé contre Rome. Or Jacques de la Lana écrivait \ « Au temps présent cette Barbsgte est disséminée partout, en France» en Piémont » en Allemagne

et autres lieux, puis il termine psr le vers de Martial » h iv. & 41 ; lu medto Tibur Serdtftù» est.

lî. Ces dames florentines sont tout bonnement les déserteurs du Temple, qui, violant tour serment pour échapper à la proscription, révélèrent tout on partie des secrets qu'ils avalent fait serment de tenir cachés; les chevaliers apostats qui firent à Florence la première dénonciation contre leurs frères et que»

par oe motif, Uorenle (Hiet de l'Inquisition) appelle « les témoins de Ilnlbrmation de Florence. » U faut aussi probablement oompiendre sous cette dénomination les Gibelins affiliés qui, au lieu do continuer à user prudemment du langage dut ou couvert, d'ir coter/*, ouvrirent par peur la bouche toute grande et firent connaître ce qu'ils avaient dans le sein, mostrando colle poppe il prtto; s'exposant ainsi à être admonestés du haut de In chaiic

CHANT XXIU.

Si maintenant pouvaient savoir les éhontées Les angoisses au Ciel qui leur sont apprêtées uf Leurs bouches, en s' ouvrant déjà dans leur effroi, Se mettraient à hurler " ; oui, car si ne m'abuse Ce qui dans l'avenir se révèle pour moi , Avaât que n'ait l'enfant que maintenant amuse Le chaat de 9a nourrice assise à son chevet, Senti sur son menton s'épaissir le duvet, Un rude châtiment sur elles viendra fondre ". Ne me cache plus rien , frère , et veuille répondre : Tu vois que ces Esprits et moi portons les yeux Où ton corps fait obstacle au rayon lumineux ".

Pour lui complaire donc, je dis : — S'il t'est possible De te bien rappeler quels nous fûmes tous deux",

rivale «le celte de Home et menacés de la vengeance de l'Ordre secret, dont la discipline s'exerçait rigoureusement sur ses membres , altre discipline. En vérité pouvait- il dire lesquelles? a lire d'ailleurs ne l'indiquait-il pas asseï ? C'était Vil bondo JCanidesF.-.F/.

18. Dans le ciel sectaire ou grand Orient, auquel le poète joint l'épithète de reloee, eu égard a la rapidité du châtiment qu'il annonce.

10. Ce ne serait plus pour parler que ces bouches indiscrètes s'ouvriraient, mais pour pousser des hurlements de douleur. Il faut bien que ces bouches aient été coupables d'un grave délit pour être ainsi prises 4 partie et menacées d'avoir part au châtiment.

20. Quelque rigorisme qu'on veuille admettre chez Dante, on conviendra qu'il l'aurait poussé bien loin à l'égard de ses jolies compa* Irioles, s'il les eût vouées à l'extermination pour avoir exposé aux regards une trop forte dose de leurs charmes, et que, prés de lui, Tartufe

n'eût éié qu'un dévot à l'eau rose»

La toilette des dames de Florence était à coup sûr le moindre de ses souci», et le pcohé de la gorge n'ex* citait son indignation que parce qu'il ne différait pas du péché de la . bouche, ptecato délia gela* doublions pas que c'est celui qui s'expie à l'étage où Dante rencontre Forésé, et, chose singulière, cet ami du poète ne tonne pas contre la gourmandise, comme Hugues -Capet contre l'avarice. Il ne reproche pas aux dames de son pays d'être gourmandes , pas même adonnées à la friandise, mais d'être coquettes; n'y a-t-il pas là une absence de logique à laquelle on n'est pas habitué dans la Comédie?

21. Nous sommes curieux de savoir pourquoi tu étends un voile sur les rayons de cette libre raison qui t'éclaire, il sol veli.

22. En tant que Guelfes , quand nous suivions ensemble la bannière de l'Église romaine \ quand noua avions les mesurs des laïques, ce*- (uni laicali , dit l'Oit, corn.» qui fut

Le souvenir encor doit t'en être pénible :

Celui que devant moi tu vois ici marcher

A mon ancienne vie est venu m'arracher",

L'autre jour, à vos yeux lorsque apparaissait ronde

La sœur de celui-ci (ma main levée alors

Lui montrait le Soleil) ". Sache, en leur nuit profonde,

Qu'il m'a conduit parmi les véritables morts" ;

Le suit, docilement, cette chair véritable".

M'a conduit jusqu'ici ce guide secourable ;

Par lui j'ai pu gravir, en le tournant , ce mont

Qui redresse chez vous ce que tordit le vice ,7.

Il dit que ses conseils ne m'abandonneront

Qu'au moment où je dois rencontrer Béatrice.

avec Dante en relations familières.

L'expression n'rst-elle pas étrange , et n'en pourrait-on pas conclure, sans parler même de ce qui se passera de significatif dans le Paradis, que Dante avait cessé d'être laïque?

Quoique religieux dominicain, selon toute apparence , l'Anonyme était certainement affilié à la secte ; son commentaire, trop peu consulté, en fait foi, par une foule de mots qui supposent l'intellligence du texte.

23. A moitié chemin de notre vie, nel mexxo del cammin di nostra vita, en me dérobant à la fureur avide de cette Louve qui jamais non lascià persona viva.

24. Lorsque la Papauté, la triple Hécate, reine de l'Enfer, semblait avoir atteint le comble de sa puissance, et il montrait le soleil pour bien faire comprendre à son interlocuteur que cette prétendue sœur était en antagonisme complet avec son frère.

26. Ghex les suivants de dame Piété, pour qui % est perdu le bien de l'Intelligence, • à raison de la nuit profonde dans laquelle l'Ignorance

les tient plongés, ce qui fait d'eux de véritables morts, vert morti.

26. Con questa vera carne cKe *i seconda; l'apparence catholiqueque j'ai revêtue, véritable chair, en tant qu'elle participe de la matière et nullement de l'esprit dont je suis animé, le seconde, en ce sens que, sous mon déguisement orthodoxe, le rôle que je joue dans cette comédie tend au triomphe de la raison philosophique et de la monarchie universelle qu'H a chantée.

27. Grâce à lui je suis parvenu, à force de tours et de détours d'une savante habileté , presque au sommet de cette montagne symbolique, d'essence sectaire sous forme orthodoxe, où je vais redressant sous le fouet sanglant de ma satire ce que le monde romain, régi par Satan Aleppe, a perverti profondément.

Mais vous pouves comprendre aussi que la montagne du Purgatoire telle que le poète Ta conçue , redresse , en tant qu'albigeoise , ceux qui gravissent ses degrés, et, en tant qu'orthodoxe , pervertit ceux qui suivent le prince de ce monde.

Maïs devra me quitter là ce guide propice.

Le voici , c'est Virgile , ainsi qui me parla

(En prononçant ces mots , mon doigt le signala) ;

Et cet autre est l'Esprit pour qui partout, naguère ,

Lorsqu'il put, affranchi, s'élancer de la terre,

Ce mont, votre royaume, en sa masse trembla ".

28. Forcse se contente de cette réponse, peu explicite, à la prendre au (ûed de la lettre, attendu qu'au fond elle lui donne satisfaction sur ce qu'il avait réellement intérêt de

savoir ; car 11 comprend que Stac doit être un puissant antagoniste d l'Eglise orthodoxe, pour avoir ains !

ébranlé sa montagne, dont elle es la place forte.

Notre pas, pour parler, n'en (Hait pas plus lent. Et, pour marcher, n'étaient nos langues moins rapides; Mais nous cheminions vite encor tout en parlant, Gomme une ntf poussée en poupe d'un bon vent1. Ces Esprits, qui semblaient, A leurs faces livides, Être morts par deux fois \ laissaient paraître en eux, Aux regards qu'ils jetaient des fosses de leurs yeux , L'extrême étonnement où les plongeait ma vie *. Poursuivant mon discours, je dis : —Celte ombre amie Devrait déjà peut-ôtre avoir pris son essor, Et , par pure bonté pour autrui , le retarde. Mais, de grâce , dis-moi le séjour de Piccarde , Et si je n'ai personne à remarquer encor Dans la foule attentive ici qui me regarde '.

Ma sœur, dont je ne sais ce qu'elle fut le plus , Sur la terre qu'elle a quittée, ou belle ou bonne , Est, dans le haut Olympe ouvert à ses vertus,

1. La parole étant le plus puis- opinions qui riaient sa rie, devait aant agent du progrès. surprendre ceux dont la fermeté.

2. Parean cote rimorte, comme n'avait pas été au niveau de la Guelfes d'abord, puis comme s'é- sienne.

tant rapprochés d'eux par faiblesse, 4. Piccarda, fllle de Simon Donati,

à la suite d'indiscrétions involon- arrachée au monastère de Sainte-

taires, commises sous l'empire de Claire, où elle avait pris le voile,

circonstances difficiles. par son frère aine Corso , chef des

3. La persistance du poêle sec- Noirs, qui la contraignit d'épouser taire dans la croyance et dans les l'un des Tosinghl.

Triomphante et te front joyeux de an couronne '.

Ainsi dit-il d'abord , et puis il ajouta :

On peut nommer Ici chacun , tant le visage

De la diète cruelle y subit le ravage,

Voici (me le montrant du doigt) Buônagiunta»

Buonagiuuta de Lucques ' ; et cette autre figure

Après, plus décharnée! et maigre outre mesure,

Eut en.ses bras la sainte Église \ Aux murs de Tours

Il a porté la mitre , et depuis bien des jours ,

De Bolsenne, en ces lieux, par le jeûne il rachète

Les anguilles, pour lui cuites dans la blanquette B.

Ainsi , l'un après l'autre , il m'en montra beaucoup; Tous à s'ouïr nommer paraissaient avoir goût, Et pas un, en effet, n'en lit plus sombre face. Je vis, de mâle faim , à vide user leurs dents Lbaldin de la Pile et certain Boniface Dont le rochet fournit pâture à maintes gens ; Et le marquis aussi , qui dans Forli , naguère ,

h. Nous l'y retrouverons bientôt (Parad., iv); maie nous nous reprocherions de ne pas faire remarquer que al le troubadour Stace reste dans leur compagnie , e'est dans l'intérêt de la cause impériale et sectaire, per r À.L.T.R.V1 tagione.

0. Bonagiunta Urbioeiant, pofte sectatra de l'école provençale, comme l'attestent les vers qu'il adressait a 0. Gulnlcclll et à G. Gavaicante. {Voy. noie* a la fin du cit. ti de l'Enfer.) Coupable sans doute des mêmes torts que Forese envers In secte, Il y joignait peut être la gourmandise. Il servirait ainsi de lien entre l'intempérance delà langue et celle de la bouche , Danle s'arrangeant adroitement Ici pour qu'on pulaae les confondre, comme 11 a Tait dans l'Enfer, ch. vi.

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