‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 107 sur 123 · Simon de Brlone, né en ftrfe · texte numérisé non relu

Simon de Brlone, né en ftrfe

archevêque de Tours, occupa le siège pontifical de 1281 a 1285, sous le nom de Martin IV, et soutint Charles d'Anjou eonire Piètre d'Arragon, aussi eondamna-t-ll sévèrement Ici auteurs des Wpres - Siciliennes.

Dante se venge ici de lui a sa manière.

8. Il n'y a pas a douter que le poète ait voulu personnifier là gourmandise dans ce pontife, amateur de matelotes, a qui l'on fit1 dans lé temps cette êpttaphe :

Gûtdtmt angmilla fait morimmi hicjaeti Uttt Qui, y uâêi mmrU r«M, •xeotiabal tç$.

Le péché de la bouche sert ainsi de passe-port au péché de la langue ou de In gorge. Dante n'a garde de s'agenouiller cette fols devant le pontife français, Il se rappelle le neque nubent.

Avec bien moins de soif s'abreuvait à plein verre, El l'eut telle, pourtant, qu'il ne désaltéra '.

Mais, comme on fait quand l'œil d'abord partout erra, Puis qu'un objet plutôt qu'un autre nous attire, Ce fut vers le Lucquoiâ que j'allai , croyant lire Entre tous, h son air, qu'il me connaissait mieux ". Il murmurait tout bas des mots mystérieux : J'entendais , où la plaie est vive du martyre . Dont les consume ainsi d'en baut la juste loi, Que d'une ignoble plèbe il disait ne sais quoi11.

0. Dante cite volontiers des noms de gourmands parmi le plus célèbres de son temps ; mais il devient beaucoup moins explicite lorsqu'il s'agit des indiscrets, de peur de tomber lui-même dans leur péché. En compagnie du pape Martin IV, Il désigne le frère du cardinal Octavieri, que nous avons vu en Enfer, un archevêque de Ravenne et un grand buveur de la famille Rigogllosi de Forli, qu'il n'y avait aucun inconvénient à signaler pour des exploits gastronomiques, dont eux-mêmes tiraient gloire de leur vivant ; aussi , aucun d'eux n'en fait-il plus mauvaise mine ; bien loin de là, parean tutti contenti. On serait même tenté, d'après ces expressions, de les croire peu orthodoxes, puisque, loin de les faire pleurer, le poète rend témoignage d'une disposition toute contraire. Nous voyons en effet dans Villani que le cardinal Ubaldino, assiégé, en 1255, parle roi Manfred, dans la ville de Foggia, ayant été forcé de capituler a des conditions préjudiciables aux intérêts pontificaux, fut soupçonné d'être favorable nu parti pibelin. L'histoire dit bien que Boniface des Fteschi, neveu d'Innocent IV, ouvrait ses greniers aux pauvres pendant la famine , et dans ce sens Dante aurait été fondé

à dire pa$tur6 molle genii ; mais elle n'a gardé nulle trace de sa prétendue gourmandise. Quant an marquis, on conçoit que l'abus du- vin devait lui interdire la discrétion.

10. Buonaglunta, son conlemj*»raln, le connaissait en effet comme Taml de Guido Cavalcanti, avec tmi lui-même était en correspondance, et comme son co-rcligionnaire, ce dont leur entretien va nous fournir la preuve. L'Anonyme ne nous ditil pas d'ailleurs : « Mostra l'affrxione ehe avea a Bonagiunta; perocchè si diUlto in una medesima poesia vulgare, » et nous savons combien Dante aimait son Vulgare, qui lui permettait les deux et trois casaques de rechange , guarnacch*.

Les chap. Il, 12 et J 3 du Contilo, traité 1, vous édifieront amplement a cet égard, maintenant que vous êtes asses initiés à ce précieux idiome, dussiez-vous être réduits i les lire dans la traduction de M. S.

Rhéal.

11. On a eu la bonhomie de prendre le mot de genlucca, contraction de gentuccia, qui signifie bas peuple, populace, racaille, pour un nom de jeune fille, et l'on s'est évertué à chercher à quelle famille elle appartenait, et a quelle époque Dante s'éprit d'elle. Sa gentucca est

— 0 toi qui me parais avoir hâte si grande Avec moi de parler, dis-je , fais qu'on l'entende Pour que de te répondre on ait la faculté ! — Il répartit : — Sur terre il existe une femme Du bandeau libre encore, et par qui ma cité , Bien qu'il en soit plus d'un pour lui jeter le blâme , Pourra te plaire un jour. Quand tu m'auras quitté, Celte prédiction doit te suivre : elle est sûre ". Tu Tes peut-être bien mépris à mon murmure ; Les faits t' éclaireront dans leur réalité ". Mais en toi, dis- moi, vois-je, ainsi que je le pense, Le poète qui mit au jour les vers nouveaux Dont le premier quatrain commence par ces mots : Dames, qui de l'Amour avez l'intelligence uî

lotit simplement la population luequoise, déjà si maltraitée dans la personne de ses magistrats ch. xxi de l'Enfer, pour sa fidélité an Saint- Siège, et sa dévotion particulière à la sainle face. Quelques annotateurs oui du reste adopté celte version, notamment l'Anonyme, contemporain et ami de Dante, qui traduit :

Io non so ehe gente bassa ; mais, comme toujours,, le sens le plus absurde la emporté.

12. Femina è nota, e non porta ancor benda, semble vouloir dire qu'une jeune fille est née qui ne porte pas encore la coiffure des femmes mariées, mais signifie en réalité : 11 est né à la Vie nouvelle un futur dignitaire de notre église, qui, lui aussi, ancora% a rejeté le bandeau de Terreur catholique, et qui te fera revenir sur le compte de ces Lucquois contre lesquels s'est déchaîné le fouet de ta satire. Quel esl ce co-religionnaire?Nul autre que Ca*lruccio Castracani , l'habile chef gibelin dont Florence eut à subir cruellement les coups, et qui ne sur-

vécut que sept ans au poète. En tout cas, n'y a*l-il pas inconséquence, absurdité a représenter Dante, d'une part, comme un amant modèle, et, de l'autre, a le montrer s'occupa nt d'intrigues secondaires, s'arrétant complalsamment à les signaler, précisément dans le poêrae qu'il aurait consacré à celle qu'on nous donne comme l'unique objet de son adoration ? La haine tenait trop de place dans son âme pour en laisser beaucoup aux sentiments tendres, L'Anonyme contemporain est tellement persuadé, qu'il s'agit ici d'une allégorie, qu'il voit dans cette femina la faction des Blancs ; niais qui sait s'il n'entendait pas par là diriger la pensée surCaslruccio?

13. L'expérience t'apprendra que tous les Lucquois ne sont pas une ignoble plèbe, gentucca, ce mot murmuré entre les dents, ou plutôt au fond du cœur affamé de justice et de vengeance, ove si xentia la piaga dclla giuxtizia,

14. Fui esc aïfct déchaîné contre les méfaiis de la langue en lançant

LK PIHGAT01RR.

Et je lui répondis : ~~ Je suis un être aimant Qui me borne h tracer ce que l'Amour m'inspire , Et, lorsqu'il parle en moi , me mets docilement A tracer ce qu'il dicte , en ne faisant qu'écrire ".

0 frère , reprit-il, désormais je comprends Quel lien entravait Guitton, moi , le Notaire , Nous empêchant tous trois d'atteindre, en son mystère', Ce doux style nouveau qu'à cette heure j'entends " ! Je vois bien comme vont vos plumes empressées De celui qyi vous dicte exprimant les pensées *7 ; Ce qui certes n'advint des nôtres nullement11. Tel, pour le dépasser, qui va se consumant, Ne sait plus voir d'un style à l'autre la distance.

Lorsqu'il eut dit ces mots , il garda le silence , Non sans manifester certain contentement *'.

rnnothéme contre les prétendues dames de Florence, coupables de ne pis allcf couvertes, ir coptrte, et de ne. pas parler c/us. Ruonaglunta Va vanter les mérites du langage et du style dut; mais, pas plus que Fotcsc, Il ne dira un mot de la gourmandise t qui dans ces deux chants ne figure que pour enseigne.

.La Canronc dont H cite le premier vers est précisément celle par laquelle Dante a annoncé mystérieusement aux fidèles d'Amour , dans SU Vit HqUTelle, l'Intention de modifier le langage sectaire, en faisant subir 4 sa Béatrice, personnification erotique de la pensée rationaliste, qui opposait la libre raison a l'autorité, tino transformation telle, qu'elle lui donnerait toutes les apparences de l'orthodoxie , sans rien Changer h son essence. Vvy. p. 45 et 40 des Hévél.

15. Je ne suis que l'organe docile de ce principe divin que nous appelons Amour, et d'où dérive la doctrine opposée a la religion de haine.

10. Gullton d'Areuo , Jacques de Lentino, dit le Notaire, le chancelier de la commune, et Buonaglunta ne s'étalent pas exclusivement voués, comme Dante, au triomphe de la doctrine sectaire, et II ne leur était pas venu * l'esprit de la propager dans ce doux style Imprégné de tout le miel catholique. Ils ne s'étalent pas surtout donnés corps et âme au dictateur impérial, dittator, au mo- . narque universel.

I ? . 8ou8 la forme orthodoxe, dont on est si généralement la dupe.

18. Auxquels fait défaut cette forme orthodoxe ; car en jetant les yeux stir les trente-cinq sonnets et les quatre Canton! de Gultton en particulier, on y reconnaîtra , au contraire, toutes les formules de la poésie amoureuse des Provençaux et d3 Dante lui-même.

10. Dante, qui vient de faire proclamer la supériorité de son nouveau style, a certes lieu d'être cneorc plus satisfait que son interlocuteur ; puisque les théologiens de profes-

CHAUT XXIV* {M

Ainsi que les oiseaux dont le Nil , sur ses rives, Voit venir hiverner les bandes fugitives, En grand nombre parfois s'assemblent, puis, volant D'un plus rapide essor, dans l'air vont défilant; Ainsi de ces Esprits, alors, la troupe entière, Que rendait son désir et sa maigreur légère , Se séparant de nous , hâta soudain le pas " ; Et, comme un voyageur qui de courir est las Laisse ses compagnons aller et se promène, A son sein haletant pour laisser prendre haleine ; De même Fôrésé par le troupeau sacré Se laissa dépasser, et, marchant sur ma trace *\ 11 me dit : —Quand le Ciel me fera»t*il la grâce, Ami, de te revoir " ? — Le temps que je vivrai M'est inconnu, repris-Je, et sans doute A mon gré Mon retour peut tarder assez pour qu'il m'arrive, Par mes vœux, d'appeler plus d'une fois la rive; Car le lieu dans lequel est mon natal séjour, Bn bien , de plus en plus , s'appauvrit chaque jour, Kl pour lui semble proche un désastre effroyable ".

ftion eux-mêmes feront de vaiiu et- vent la chaleur et la lumière (p. S? 0

forts pour aller au delà, m'n offre, des HMK\ et qui ont horreur dû

bien loin d'apercevoir que le style froid que laluna conforta,

idéologique, si différent quant à *a 21. Foresc suivait Oaote, comme

forme du style erotique, inspira lui-même suivait Viratle, parce qiill

pourtant par la mémo pensée, n'est avait été son disciple , dietro meco

au demeurant qu'une broderie dont sen teniva. Autrement, pourquoi ne

les arabesques sont prodigues de pas le faire marcher à côté da lui?

manière A couvrir entièrement le 23. Les Esprits, tels que Dante

fond. nous les représente en Enfer et en

20. Il y a certes des grues par- Purgatoire, étant privés de la con-

lout ailleurs qu'en Egypte , mais naissance du présent, pour lequel II

Dante se complaît tellement A rap- les compare aux presbytes, mais

peler l'Orient, qu'il va chercher voyant distinctement l'avenir, la

précisément celles des bords du NU question que lui adresse Porese t

pour les comparer aux Ames qui de quoi surprendre, au moment

s'éloignent Ion qu'il n'a plus besoin même où H va lui faire une prédle*

d'elles en scène. Or, ces grues sont lion,

du nombre de ces oiseaux qui firf- - 33. Florence subit de plus en plus

Va, dit-il, de tels maux je vois le plus coupable Qu'une béte après elle entraine au noir vallon Où jamais le péché n'est admis au pardon. Toujours hâte le pas l'animal plus rapide, Et tant il court ainsi que , le brisant de coups, Il laisse enfin son corps tout sanglant et livide ". Les astres n'auront pas tourné longtemps sur nous Que tu reconnaîtras si ce que ma parole Ne peut dévoiler plus n'est qu'un songe frivole ". Mais je dois te quitter, le temps est cher ici ; J'en perds trop à ton pas en cheminant ainsi.

Gomme des rangs parfois un cavalier s'élance Et, seul, au galop, court, avide de combats, Pour faire au premier choc admirer sa vaillance ; De même il nous quitta , pressant bien plus le pas, Et je demeurai seul avec les deux poètes,

llnffuence de'Rhéa, du mal ptr- % verso, et bientôt elle en sera cruellement punie.

24. Dante savait au mieux que Corso DonaU n'avait pas été tué par son cheval, mais bien par des soldats catalans au service du roi de Naples, qui lui percèrent la gorge d'un coup de pertiiisane. (Voy. Dlno Goinpagnl et J. Villanl, 1. 8, cb. 46.) Noos avons traduit ce passage selon, la lettre, mais 11 en est un antre que l'on trouvera facilement et qui ne tend à rien moins qu'à foire de BonifaceVlU le meurtrier de ce chef de parti ; c'est ce pontife qui l'aurait entraîné à sa suite» a coda d'una bestia, dans la carrière du mai, en l'y faisant s'y enfoncer de plus en plus, ad ogni passa «a più ratio, et qui aurait fini par se défaire de hii au moment où il paraissait travailler avec les Spini à faire rentrer Danle dans Florence (OU. C), in fine ch'ella 'l pereuote e lascia l'corpo

cilmente diffato. Nous lisons en effet dans le Commentateur anonyme:

IHce alcuno che Jfetfer Corso dalla bestia che trae % peeeatori, fia irattot délia quale dice S. Gioanm neW Âpocalisse : Io vidi la Bestia la quale a selte teste e sette corone; il eut principio è superbia, il secondo invidia , etc. 11 ne lui était guère possible d'oser s'expliquer davantage ; mais l'indication est on ne peut plus précise.

25. Cette prédiction est très-claire dans un sens, quoi qu'en dise Foresf; niais nous admettons parfaitement avec lui que dans l'autre il lui était bien difficile d'être plus explicite , più dichiarar non polera. Au surplus, Corso Donall fut tué le IC octobre 1308, et Dante mourut en 1321. Ainsi Forese aurait prévu i'événement le plus proche et ignoré le plus éloigné, ce qui est en opposition complète avec la théorie «lu poète.

Dont le monde a reçu des leçons si parfaites21; Puis, lorsqu'il fut si loin "devant nous que mes yeux Avaient peine k le suivre, en faisant de leur mieux, Ainsi que mon esprit naguère son langage17, J'aperçus un autre arbre au vivace feuillage, Tout près de nous, chargé de beaux fruits savoureux ; Car par là je venais de reporter ma vue ".

Sous ses rameaux, tendant les mains, la voix émue, Ils criaient ; je ne sais ce qu'imploraient leurs cris. Tels de jeunes enfants, d'un' vain hochet épris, Vont priant qui fait sourde oreille et s'étudie A stimuler chez eux une plus forte envie, En tenant haut l'objet qui cause leur désir, Sans pourtant le cacher ", Puis je les vis partir, Comme de leur espoir des gens qu'on désabuse, Et nous allâmes droit à l'arbre qui refuse, Par tant de vœux, de pleurs, de se laisser toucher1'.

— Passez outre et d'ici gardez-vous d'approcher " : Un arbre, au fruit duquel autrefois mordit Eve,

26. Che fur det mundo si gran c'est celui auquel mordll l'Eve flomariscalchi . Que Virgile soit l'un des rentine.

grands maréchaux de la poésie, rien 29. Ainsi faisaieut les troubadours ,

de mieux ; mais pour Stace il faut ces missionnaires de l'hérésie albi-

bien reconnaître qu'il ne doit cette geoiae ; ils chantaient l'art d'Amour

promotion, toute de faveur, qu'à sa sur tous les toits ; loin de cacher leur

qualité de Toulousain, ou plutôt de gaie science, ils en faisaient étalage

personnification delà littérature non aux regards désireux dit la foule,

inoins brillante que féconde de la mais ils la tenaient hors de son at-

langue d'oc, littérature encore si peu teinte, pour ne la communiquer qu'à

connue malgré d'eslimablestravaiix. ceux dont ils avaient reconnu, à Pé-

27. Relativement à la mort tragi- preuve, le zèle et la discrétion.

que de Corso Donati et à la bête qui 30. Ceux qui avaient manqué à

devait en être la cause. leur serment de discrétion ne mérl-

28. Le premier arbre que Dante talent pas d'être admis à connaître a rencontré étant la figure de i'an- les modifications apportées dans les tienne doctrine secrète , celui qui signes et le langage conventionnel s'offre à lui a peu de distance, non de la secte qu'ils avaient trahie par molto lontano, symbolise celle dont faiblesse.

Toulouse était le 'foyer peu éloigné; 31. Odi profanum vulgus.

MO

Dont provient celui-ci, plus Itiin là-haut s'élève". —

Dans les rameaux ainsi je' ne sais qui parlait , Mais, jaloux d'obéir, chacun de nous allait Serré contre la roche à pic ,J. — Qu'il vous souvienne f Dit la voix , des maudits par la nue enfantés, A la double poitrine, en plantureuse arène Sous les coups de Thésée abattus et domptés". De ces Hébreux non plus ne perdes pas mémoire, Charmés avec mollesse & la source de boira, Et que pour compagnons Gqdéon repoussa , Lorsque sur Madian des monts il s'élança ".

Ainsi, vers l'un des bords appuyant , nous passâmes, Entendant les péchés par la bouche commis, Jadis de châtiment et de honte suivis ". Lorsque , sur le chemin désert, nous nous trouvâmes Plus au large à marcher, nous allâmes tous trois Environ mille pas, méditant en silence.

32. La science, la gnosis originaire, la tradition de la véritable Église évangélique ae trouve dans le Paradis terrestre, théâtre de l'initiation. C'est «cet arbre qu'avait mordu la malheureuse Église sectaire de Florence, désignée sous le nom d'Eve, pour s'être laissée séduire par Satan Aleppe; Eve dont Dante était l'Adam; on se rappelle que ceux de ses membres qui avaient traîtreusement apostasie ont été maudits sous le titre de dames florentines,

33. C'était en se tenant au plus près de l'orthodoxie qu'ils pouvaient atteindre leur but.

34. Souvenes-vous de ces Centaures qui , participant de l'homme et de la brute, du Gibelin et du Guelfe, avaient une double Toi dans une double poitrine, et dont la lâche indiscrétion lit échouer l'expédition

tentée contre Florence par les Blancs, ayant à leur léte le Thésée toscan, Guido, comte de Ramena. Koy. Enfer ïx, note 16.

3S. Juges vu. L'indiscrétion qui fait lea Contauresà la double poitrine est le résultat des habitudes de mollesse et d'intempérance. C'est pourquoi ceux qui ne savent paa s'imposer quelques privations pour le triomphe de leur cause ne méritent pas d'être les compagnons du juge impérial, envoyé de Dieu, qui viendra écraser les Madianilos ponUfl eaux.

36. 11 aurait été difficile de prolonger beaucoup la liste de ces colpe délia gola , ou péchés de la gorge, en continuant de donner à comprendre aux bons entendeurs qu'il s'agit en réalité dans tout ceci des péchés de la langue.

CHANT XXIV. oit

— Seuls, en songeant ainsi , dit soudain une voix , Où vous dirigez-vous sans plus de diligence !—

Je bondis à ces mots , comme fait dans la nuit L'animal ombrageux qu'effraye un léger bruit, Et , pour voir qui c'était, je relevai la face : Ni verre^ni métaux , dans la fournaise ardents , Ne parurent jamais si rouges, éclatants, Que celui qui , s'oflrant à nous en cette place , Nous dit : — Ici tournez si vous voulez gravir; A la paix c'est par là que l'on peut parvenir ". — *

La vue à son aspect m'ayant été ravie, Je me mis, comme on fait pour marcher au juger, A suivre, l'ouïe au guet, ma docte compagnie38.

Ainsi qu'au mois de mai , de l'aube messager, Se lève, frais et pur, un souffle que parfume L'arôme printanier des plantes et des fleurs, Je sentis, exhalant de suaves senteurs, Un vent frapper mon front et s'agiter la plume D'une aile qui du Ciel épanchait les douceurs ". J'entendis qu'on disait : — Heureux ceux que la grâce Illumine et chez qui d'un goût voluptueux

37. La paix pour Dante et les de la doctrine cl de ne prêter l'oreille siens, la paix entre les différents qu'à Jeurs enseignements.

États, sous le patronage d'un monarque universel, dont l'autorité 39. C'est qu'en effet les efforts du souveraine serait substituée à celle cardinal de Prato, exécuteur zélé des du Pontife romain. De {Monarchia.) intentions conciliatrices de l'excel- Cet ange si rouge pourrait bien en- lent pape Benoit XI, avaient fait core être le cardinal de Prato, ce concevoir à Dante les plus douces porporato si désireux de ramener la espérances. La brise embaumée qui paix entre les Noirs et les Blancs; a vient caresser son front est donc inoins qu'il ne figure ici quelque l'espoir d'un meilleur avenir dont haut dignitaire de l'Ordre occulte son intelligence est frappée. Ces plu* dans son costume de cérémonie. mes qui exhalent l'ambroisie en

38. Le seul moyen d'arriver à s'agitant, sont celles des fidèles d'Acette paix qui doit délivrer le monde mour dont les vers vont partout rede la tyrannie sacerdotale est de crutant des néophytes et encourasuivre aveuglément les dispensateurs geant les affilie*.

Elle éteint les désirs , en ne laissant en eux Que cette juste faim qu'il faut qu'on satisfasse

40. Heureux ceux qui voient la lumière venue de l'Orient, qui ne sont pas dirigé* par les appétits terrestres de la Louve romaine, et qui n'aspirent qu'à faire rendre à («sar ce qui est à César, attendu que, seul, il est légitimement et de droit divin le juge suprême sur cette terre , tandis que le pane a usurpe l'exercice de la justice souveraine :

« }fon lMcius (anagramme de ludees Impcrator est papa, »' le pape n'est nas l'Empereur, juge légitime, Monarch.; il n'est pas investi-* la potestas. Or, ceux qui appellent de leurs vœux la complète restauration tle la suprématie impériale, sont uniquement affamés de ce qui est juste, êsuriendo stmpre quanlo è yiuslo.

Ce n'était pas l'instant, pour gravir de nouveau, De se montrer perdus-, le soleil au Taureau Sur le méridien ayant laissé sa place, La tfuit au Scorpion *. Aussi hâtant le pas, Gomme l'homme en chemin qui ne s'arrête pas , Quelque chose qu'il voie , et rapidement passe, Si du besoin le pousse en avant l'aiguillon; Dans le rocher à pic, où se creuse un sillon, Nous entrâmes tous trois pour prendre la montée , L'un après l'autre allant; tant, à peine écartée, La paroi sur la marche exclut tout compagnon *. Et tel le cigogneau qu'on voit ouvrir son aile, En lui quand de voler le désir se révèle, Puis, n'osant pas quitter son nid, la refermer; Tel je sentais en moi , tour à tour, s'allumer Et mourir le désir de faire une demande;

!. An sens propre II était deux Balance est l'image, avait fait place heures après midi sur on hémisphère, à l'Iniquité et à la perversité astule signe du Taureau ayant remplacé cieuse représentées par le Scorpion, le signe du Bélier; deux heures après 2. Il est tout simple que Virgile minuit sur l'autre , le Scorpion y chemine le premier comme l'ainé , succédant a la Balance. Au figuré, il Stace le second, et Dante, leur disétail temps que la force symbolisée ciple, en dernier. On comprend fort par le Taureau succédât à la patiente bien que les trois langages persondouccur dont l'Agneau est le sym- nifiés ne pussent pas cheminer ccHe bolc, puisque, sous le règne de la A côte, l'un excluant nécessairenuit pontificale , la justice , dont la ment l'autre.

J'en venais presque à dire et n'osais nfexprimer. Gomme celui qui, prêt à parler, appréhende s.

Mon tendre père allait comme nous se hâtant ; Mais il ne laissa pas de me dire pourtant : — Que Tare de ta parole à ton gré se détende , Jusqu'à toucher le fer que je te vois tirant *. — . Sûr que ma question ne serait pas stérile, —Gomment se fait-il donc que Ton puisse maigrir, Dis-je, où pour vivre il n'est besoin de se nourrir * ?

Si tu te rappelais, me répondit Virgile, Gomment, quand le tison fatal (ut enflammé, Méléagre avec lui se sentit consumé , Cette énigme pour toi serait moins difficile. Si tu songeais encore au cristal d'un miroir Gomment tu vois soudain s'agiter ton image, A l'instant où tu viens toi-même à te mouvoir, Serait un jeu pour toi ce qui t'est rude ouvrage •. Mais pour que ta pensée ait à se reposer, Voici Stace, pour toi je réclame son aide, 11 saura sur ta plaie appliquer le remède 7.

Stace alors répartit : — 11 te faut m'excuser Si j'ose, toi présent, pour ne te refuser,

3. Pareille timidité chez Dante in- corps qui l'enveloppe, dans une Mitre dique assez que la question qu'il va vie, se modifie dans son aspect, selon poser a son importance sectaire et ses affections et ses passions, et peut qu'elle est périlleuse à déduire sans des lors subir la maigreur, si l'âme précaution. souffre delà faim, il faudrait d'a-

4. ËMUmderuwt linguam «team Wd expliquer comment rème peut 9wm*rcum. Jérémte, ix.3. éprouver la faim; n'ayant pas,

„*,,,,..,, comme le dit Dante, besoin de ?e

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