Qui n'est pas la forêt sauvage
Émit et dans ma foi me forcent d'hésiter".
Par sa cause je veux t'expliquer, reprit-elle, D'où provient ce qui met ton esprit en souci , Et tu verras bientôt le nuage éclairci.
Le bien suprême qui , dans sa gloire immortelle, En lui seul se complaît, a créé l'homme bon , Apte à toute bonne œuvre , et ce lieu fut un don Qu'il lui fit, gage heureux d'une paix éternelle. Par sa faute il ne put y demeurer que peu , 11 changea, par sa faute, en pleurs, en peine amère, Les rires innocents , le doux et chaste jeu ". Pour que ne fissent point à l'homme ici la guerre, Ces désordres, là-bas, produits par la vapeur Qui s'exhale du sein des eaux et de la terre, Et que le plus souvent enfante la chaleur, Ce mont dut aussi haut dresser sa cime sainte ; Ce qui l'en affranchit à partir de l'enceinte ". Or comme l'air en masse est sans cesse emporté Par le premier mobile en un cours circulaire, Si nulle part il n'est au passage arrêté,
1 ». Stade lui ayant dit que la montagne du Purgatoire ne connaît ni Tente, ni pluies, ni broolltardg. Ne voilà-Mi pas un point bien Important à éclalrctr et tout à fait en situation ?
20. L'homme créé bon par Dien, qui est le souverain bien et la Tenté suprême, avait été destiné an bien et placé dans des conditions qui lui garantissaient une paix éternelle.
Mais 11 s'est livré h celui que nous avons vn dans l'Enfer, où 11 règne comme auteur de tout le mal, summo maie, de là ses misères actuelles.
21. Ce Paradis, sanctuaire de la doctrine gnostique, est, par son élévation, hors de l'atteinte des In-
fluences malfaisantes exhalées des eaux et de la terre , c'est-à-dire des eaux stagnantes, fangeuses, delà foule populaire, aquœ sunt génies (Apocalypse), et des gouvernements temporels, principes terra, qu'an zèle fanatique entraine, che àietro al calor vanno ; s'il ne faut pas entendre que les vents ou guerres, tempé$s, croisades ou persécutions de toute espèce, se déchaînent contre la douce chaleur, produit du soleil-raison, dietro al sole. Car c'est là ce qnl a fait qu'après avoir beaucoup ri, les pauvres Albigeois ont beaucoup pleuré , et changé in pianto ohesto riso. Voir la Canzone :
Io son venuto al punto délia ruota, p. 378 des Révél.
Ici , cette hauteur s'élevant solitaire
Dans un air vif et pur, du choc qu'il y produit
Sur les bois aux rameaux touffus, provient ce bruit22.
L'arbre sous cet effort doucement se balance,
Et la brise , imprégnée ainsi de son essence ,
S'en va la secouant dans l'espace à l'entour.
Puis, selon que la terre , où l'homme a son séjour,
S'y prête par son ciel, qu'elle est digne et puissante,
Les arbres différents qu'elle conçoit, enfante,
Sont de vertu diverse ". Il ne faut pas là-bas
T'émerveiller dès lors si parfois une plante
Vient à surgir du sol sans semence apparente ".
Cette sainte contrée où tu portes tes pas
De tous les végétaux renferme la semence ;
Souviens-t'en, et tel fruit s'y trouve en abondance
Qui ne croît point ailleurs ". L'onde que tu vois là
Ne sort pas d'une veine en terre alimentée
22. L'atmosphère pure et limpide du Paradis-doctrinaire subit un mouvement de rotation dont le point de départ est le grand Orient, ou premier mobile, qui fait partout circuler les Idées et les enseignements, à moins d'obstacles insurmontables, si non gli è rotto il cerchio d'alcun canto; or c'est cet air vivant, aère vivo, qui fait rendre des sons à la forêt, non moins vivante que l'air; forêt lumineuse en opposition à la selva oscura. Il n'est pas besoin d'ajouter, sans doute, que les sons de cette forêt épaisse, folta, qfèst-àdire où les arbres se pressent nombreux, vi vanta, sont les accents de la prédication, les écrits en vers et en prose , les romans, les Canzones et les Sirventes des fidèles d'Amour.
23. Les idées, les opinions que développe, dans chacun des arbres de la forêt, la propagande du grand Orient, mises en circulation par le
grand courant humanitaire, vont germer çà et là, selon que le sol est plus ou moins disposé à les recevoir et qu'elles y rencontrent moins d'obstacles à vaincre. Les produits qui en résultent sont religieux, politiques ou philosophiques, figlia di diverse virtù diversa legna , eu égard au terroir et au gouvernement, ferra e ciel. Ainsi le Ciel et la terre paient bien plus favorables en Provence, en Languedoc, en Lombardie, qu'en France, en Toscane et sur le territoire napolitain.
24. L'enseignement étant secret, il est tout simple que ses fruits se manifestent à l'improviste, où on les attend le moins, senza semé palese, attendu que ceux qui le semaient avaient grund soin de s'entourer de mystère .
25. La doctrine secrète, ce dolc? porno dont il est si souvent question.
Au moyen de vapeurs que le froid condensa ,
Comme un fleuve où l'eau s'enfle ou décroit arrêtée;
Mais d'une source stable et sûre elle provient ,
Et le vouloir de Dieu constamment entretient
En deux canaux distincts le tribut qu'elle épanche ".
Celui de qui la soif dans ce courant s'étanche ,
Du péché perd soudain souvenir ; le lui rend
L'autre , aussitôt, du bien qu'il fit, petit ou grand.
Tu vois là le Léthé , c'est ainsi qu'on l'appelle ;
L'autre, c'est l'Eunoë; son onde pure et belle
A travers le gazon coule de ce côté.
Elle n'opère point qu'aux deux on n'ait goûté 27 ;
Auprès de sa saveur toute autre semble amère.
Or, bien qu'assurément ton désir curieux
Puisse être satisfait, sans qu'il soit nécessaire
D'ajouter rien de plus à ce sujet, je veux
Te faire la faveur de joindre un corollaire
A ce que je t'ai dit, et crois ne te déplaire
En allant au delà de ce que j'ai promis.
Ceux qui, fils de la lyre, en doctçs vers jadis Chantèrent l'âge d'or, si prompt à disparaître , Ont sur le double mont rêvé ces lieux peut-être. Fut innocente ici la souche des humains;
2C. L'enseignement sectaire ne dé- manière inaltérable. De la, dans le
rive pas de la terre et n'a rien de style mystique de l'époque, le ruls-
commun avec ces doctrines gros- seau d'oubli, ou Léthé, et celui do
sicrcs réduites en corps de doctrine mémoire, de mnémosvne, ouEunoé.
sous l'influence glaciale du catholi- De là dans tous les romans des di-
cisme. Il remonte à la gnosis, à la vers cycles , celte multitude de
tradition, à Dieu même. Cet ensel- sources, de fontaines aux effets
gnement est double, car il consiste, divers et souvent opposés,
en premier, à effacer de l'esprit du 27. Attendu que si l'on buvait de
néophyte les erreurs dont il a été l'eau de mémoire sans avoir répudié
imbu, à y détruire, jusqu'à complet entièrement le passé, le souvenir des
oubliées mauvaises impressions qu'il erreurs enseignées par l'Église ca-
a subies; puisa faire briller à ses tholique viendrait se mêler aux vé-
yeux la vérité en place de l'erreur, à rites manifestées par l'église sec-
la graver dans sa mémoire d'une taire et en obscurcirait l'éclat.
Un printemps éternel y sourit à la ronde,
Les fruits les plus exguis croissent à pleines mains,
Et le nectar vanté n'est autre que cette onde ".
Alors me retournant vers mes sages amis , Je pus voir qu'ils avaient accueilli d'un souris Cette conclusion et, la joie en mon Ame, Je reportai mes yeux sur cette belle dame ".
28. Admettez que celle qui porte la parole soit réellement la très catholique comtesse Mathilde, personnification de la vie active chrétienne, il se trouvera que l'idée de religions comparées, le rapprochement entre l'Eden chrétien et l'âge d'or païen , se produira subrepticement, à l'aide à* un peut-être, par la bouche de ce prototype du dévouement à l'Église.
29. Les deux initiations païenne et albigeoise, représentées par Virgile et Stace, ne pouvaient se méprendre à l'intention de ce malicieux corollaire, réduisant le Paradis terrestre à une pure fiction allégorique, ex œquo avec le régne de Saturne et les rêves des mythologues. Comment les Initiés anciens et modernes n'auraient-ils pas souri Ironiquement à cet étalage d'orthodoxie fre-
latée, en le voyant accepté de con fiance comme la plus haute expression de l'Idée catholique an moyen âge ? Comment tenir son sérieux à cette grande mystification ?
' Mais non, ne croyez rien de tout cela, âmes honnêtes, vous êtes tous l'influence d'un horrible cauchemar.
C'est un parti pris de dénigrement, une affaire de système; ce commentaire en entier n'a été écrit que pour Jouer un mauvais tour à ee digne Florentin, qui ne pouvait manquer, un jour ou l'autre, d'être béatifié avec sa Béatrice, comme l'un des membres les plus zélés de l'Église militante, comme l'un de ses plus grands docteurs. Espérez encore que vous vous réveillerez, agréablement surpris, au milieu des splendeurs Ineffables du Paradis. Je vous le souhaite, mais j'en doute fort.
En cessant de parler, doucement inspirée , Comme une femme au cœur aimant, elle chanta : 0 Beati quorum tecta sunt peccata l !
Et comme dans les bois , seules* ott dans la prée, Les Nymphes s'en allaient, les unes pour jouir Des rayons du soleil, les autres pour les fuir * ; Contre le cours de Tonde, en longeant le rivage, Se dirigea sa marche , et je ne manquai pas De suivre, en cheminant comme elle à petits pas •.
1. Corne dona inamorata, c'està-dire comme un fidèle d'Amour des hauts grades, et non comme madonna Pieta. En effet, la dévote Guelfe, la grande comtesse Matbllde se met à chanter le Psaume xxxi , relatif à l'intelligence, Psaume paraphrasé par Dante qui n'a pas manqué d'en faire un cantique gibelin sectaire. 11 s'y accuse en effet d'avoir eu devant les yeux le voile de l'ignorance, d'avoir craint le froid, d'avoir vieilli et crié avec les sots, mais le voiie est tombé, et ii a confessé son iniquité guelfe, ce qu'il fera de même devant Béatrice \ aussi Dieu lui a-t-11 pardonné, et au Jour du Jugement, dont il n'est pas question dans le Psaume, tous les saints intercéderont pour lui (scène d'intercession qui se produira bientôt).
En attendant le Seigneur lui recom-
mande de ne pas se ravaler au rang du cheval et du mulet, brutes dénuées d'intelligence, etc. Des songes ont annoncé l'intervention de Lucie et de Matbllde, un Psanme nous prépare à la scène du Jugement où Béatrice va jouer le rôle du Seigneur, du Christ impérial , réunissant les deux pouvoirs temporel et spirituel. En effet, c'est elle que nous verrons apparaître Immédiatement.
2. Les ténèbres sauvages, selvatiche ombre, ont beau s'étendre, les nymphes albigeoises savent choisir le moment pour leurs excursions et se glisser lestement à la faveur de l'ombre ou se montrer au grand jour lorsqu'il n'est pas d'yeux indiscrets pour les épier.
3. La fausse Matbllde remonte le fleuve d'oubli où s'ensevelit le passé et se dirige vers l'avenir.
Peut-être en avions-nous fait cent, pas davantage , Quand les bords du ruisseau tous deux se repliant , Je me trouvai marcher la face à l'Orient \ Nous n'avions pas fait même ainsi bien longue route, Quand la dame vers moi se tourne en souriant Et dit : — Regarde, frère ; en môme temps écoute \
\u même instant, voilà que d'un subit éclat Partout de la forêt brilla la voûte ombreuse ; J'aurais pu supposer même qu'il éclairât, Si la vive lueur, loin qu'elle s'éclipsât, N'eût duré, rayonnant toujours plus lumineuse \ Surpris, je me disais : — Que vois-je ? — Et par les airs De lumière imprégnés couraient de doux concerts 7. Eve parut alors bien coupable à mon zèle, Elle qui , simple femme, en ce monde nouvelle, Quand tout obéissait , et la terre et les deux , Fut seule à n'endurer nul voile officieux ! En eût-elle gardé, pleine d'obéissance, J'aurais eu bien plus tôt à jouir dans ces lieux , Et pour bien plus longtemps, de ce bonheur immense \
4. Toujours l'Orient, ce foyer de thilde, où il s'applaudit dfétre dégagé
la lumière qui éclairera l'avenir. du bandeau de l'ignorance , vélo
6. Regarde, afin d'assister aucom- deW ignoranxa , vélo oscuro. En-
mentaireen action du Psaume Beati tendei au surplus que si l'église
quorum tecta sunt peccata. florentine , l'Eve de Dante Adam ,
6. La lumière de la doctrine sec- «»'" veno,t dc forme''t *«* Cataire émanée de l'Orient n'est Das wa,tt» navolt pa8 prêtc 8luPlde- ?i?Li~ «ni n«l «„! i, if.rl.Pa! ment l'oreille à Satan Aleppe et reçu de celles qui n ont que la durée de . ... Am ^-.^«««^««t. *L. ^
l'éclair elle est Dereistante et res- de ,ul des en8e,?nftmeDts en °PP<>-
picndlt de plus en plus. g| d|e ^ pMFmontré c0„, p'0*pe
7. Des mélodies dans le genre des u veUo, en levant les voiles qui la Psaumes de la pénitence paraphrasés couvraient, non sofferse di star sotlo par Dante. 0 comédie ! aiclin vei0 1 \\ jouirait pour long-
8. Il n'y a pas à s'y tromper, ce temps du Paradis sur la terre ; et bon zèle, buon %elot qui lui fait ré- celte Rome, qui s'est prostituée au prouver l'audace d'Eve, n'est qu'hy- tentateur, arborerait triomphante la pocrisle, et la preuve en est dans le bannière impériale au milieu du jar- Psaume qu'il a fait chanter à Ma- din italique.
chant xxix. 557
A ces pensers livré tandis que m'en allant, De l'éternel bonheur je goûtais les prémices, Non sans désirer plus de joie et de délices % L'air, sous les verts rameaux, partout étincelant, Parut comme embrasé des feux d'un incendie, Et d'un chant, vague encor, j'ouïs la mélodie. a
Vierges saintes, pour vous si j'ai jamais souffert L'insomnie et la faim et le froid de l'hiver10, D'en réclamer le prix cet instant me convie. Que me verse Hélicon ses flots inspirateurs , Et que m'aide Uranie, avec ses chastes sœurs , Lorsque je tente en vers de rendre des pensées Avec tant de labeur par l'esprit embrassées ".
Devant nous me semblait , l'éloignement encor Abusant mon regard, voir sept beaux arbres d'or. Quand je fus assez près pour qu'à moindre distance Vînt la réalité remplacer l'apparence, Se dissipa l'erreur, et cette faculté Qui guide la raison , prudente conseillère, Me dit que devant moi s'offraient en vérité Sept candélabres tout ruisselants de lumière n ;
9. Car enfin ce n'était encore qu'un hauts mystères de la foi chrétienne, bonheur en expectative. c'est aux muses païennes, si habiles,
10. Ce froid mortel aux oiseaux, comme nous savons, à revêtir du chantres de l'Amour (t>oy. la Canz. voile de la fiction les vérités dont la Io son venuto al punto délia ruota)% manifestation était dangereuse, forti ce froid qu'il s'accuse d'avoir rc- cose apensare.
douté, dans sa paraphrase du Psau- 12. Nous laisserons croire aux me xxxi : Beati quorum tecta surit gens de foi robuste que ces sept peccata, celui-là même queMathllde chandeliers d'or sont les sept dons vient de chanter en entier, et où il de l'Esprit saint ou les sept sacredit : Io arendo inanxi agli occhi ments ; mais il se pourrait bien que il relo delV ignoranza, ho (allô des incrédules vissent dans les sept corne quei che teme il gelo, bien arbres de science, transformés en que le texte ne porte rien de se m- sept candélabres, les sept enseigneblable. ments, ou sept arts, comme on les H . Ce n'est ni à la Vierge ni aux appelait, à l'aide desquels la lumière Saints que le poète catholique a re- était dispensée progressivement dans cours au moment d'aborder les plus chacun des sept grades sectaires. Du
Et j'ouïs Hosanna .'mille fois répété.
La lueur des flambeaux resplendissait, plus claire
Que la lune A minuit , quand , par un ciel serein,
Son disque glorieux rayonne dans son plein1'.
A ce spectacle , ému d'une surprise extrême,
Je regardai Virgile , et , du regard , lui-même
Me répondit, montrant non moins d'étonnement ".
Se reprirent mes yeux plus attentivement A contempler vers nous la marche solennelle De ces sublimes feux , venant si lentement Que plus vite est le pas d'une épouse nouvelle ".
La dame me cria : — Sur ces vives clartés Pourquoi tenir tes yeux tellement arrêtés Que tu n'aperçois pas ce qui vient à leur suite t
Et je vis s'avancer, comme sous leur conduite , Des gens de blanc vêtus, costume virginal, Pour la pure blancheur sur terre sans égal ".
reste , le chant d'Hoxanna n'est là que pour leur donner le vernis catholique.
13. Il n'est pas douteux que, pour Dante, leslumières sectaires devaient l'emporter en éclat sur toutes les splendeurs qui entouraient ,au milieu de ses ténèbres, la triple Hécate pontificale A son apogée. S'il n'en était pas ainsi» pourquoi comparer précisément à la lune l'éclat de ces flambeaux symboliques, dans un moment où la soleil est sur l'horizon P
14. Rien de plus étonnant , en effet , que de voir les symboles catholiques empruntés à l'Apocalypse figurer, avec une signification sectaire, dans une représentation gnostique.
15. L'instruction sectaire procédait avec lenteur, à raison des obstacles qu'elle rencontrait et des précautions dont 11 était nécessaire de
l'entourer. Nous verrons bientôt la doctrine elle-même saluée du nom d'épouse lorsqu'on lui chantera :
Veni, sponxa de Libano.
16. L'habit des Templiers était blanc, et c'est eux que le poète entend désigner ici. Cette pure blancheur avec laquelle rien ne saurait rivaliser, au dire du poète, est une protestation en faveur de leur innocence, au moins sous le rapport des déportemenls dont ils furent accusés, car c'est dans ce sens qu'il emploie le mot condor. Remarquez que ces mots s Corne a lor dud, qui semblent signifier que ces personnages, vôtus de blanc , sont guidés par les brillants fanaux, peuvent s'entendre tout aussi bien dans ce sens qu'ils sont les chefs, les guides de la procession qui les suit ; et telle était certainement la pensée du poète, voulant signaler ainsi la haute direction Imprimée à la secte par
Les ondes, à ma gauche, étaient étincelantes , Et lorsque j'y jetais les yeux, je pouvais voir Mon flanc s'y refléter comme dans un miroir *7.
Me rapprochant du bord , où des clartés brillantes Le lit seul du ruisseau venait me séparer, Je ralentis mon pas, pour mieux considérer. En avant cheminaient ces lumières sacrées, Comme des étendarls aux brises s'éployant, Et derrière laissaient l'air teint et chatoyant *\ Leur sillon y formait sept bandes séparées Dont il restait empreint, de môme colorées Que Tare dont le soleil nuance le contour, Et qu'arrondit Délie en ceinture à son tour'*.
De ces ardents pennons la lumineuse trace Dépassait de beaucoup ce que la vue embrasse 2*, Et de dix pas , selon qu'en jugèrent me6 yeux , Était l'éloignement qui s'observait entre eux". Sous ce radieux ciel aux ruisselantes flammes
l'Ordre do Temple, éclairé lui-même par les splendeurs de la doctrine occulte. v
17. C'est à sa gauche, du mauvais côté, qu'il voit se refléter son passé guelfe, lamiasintitra costa, destiné a rester englouti dans l'eau d'oubli, du moment où son esprit a été illuminé de clartés surnaturelles ; autrement à quoi bon pareil détail?
18. C'étaient les bannières du progrès; elles ne pouvaient donc aller qu'en avant, et partout sur leur passage tes sept arts du Trivium et du Quadrivlum sectaire laissaient leurs traces lumineuses en ralliant, comme autant de drapeaux , de nombreux adeptes.
19. Partout sur son passage la doctrine secrète laissait des traces durables et continuait à se propager parles initiés des différents grades;
or, on peut voir dans tous les écrits maçonniques qu'une couleur particulière est affectée à chacun de ces grades. Remarquez que Delie-Rorae avait aussi son Trivium et son Quadrivium.
20. Elle s'étendait à perte de vue, et, en effet, l'hérésie avait fait a cette époque d'immenses progrès, « mettant l'Italie en feu et 'la chrétienté en péril, » dit Oninam. (Voir p. 6 et sulv. des RévéL, Raynaid, Ann. eccl. de 1304 à 1312. Wadding, annales, 1297.
21. Les rituels maçonniques indiquent minutieusement le nombre des pas que le récipiendaire doit faire lors de sa réception à chaque nouveau grade. Le maitre, qui avait à cœur la reconstruction du Temple, n'omet aucun détail.
Vingt-quatre beaux vieillards s'avançaient, deux à deux".
Et , couronnés de lis, d'un air grave et pieux,
Tous chantaient : — Sois bénie entre toutes les femmes
De la race d'Adam ; que dans l'éternité
Soient bénis tes attraits et ta pure beauté " !
Sur les gazons fleuris de l'autre rive en face , Lorsque furent passés ces élus de la grâce , Gomme vont se suivant les célestes flambeaux, A leur suite je vis venir quatre animaux, Chacun d'eux couronné d'un verdoyant feuillage, De six ailes muni , dont partout le plumage Était parsemé d'yeux; tels seraient ceux d'Argus, S'il vivait, car jamais ils ne brillèrent plus ".
Je ne veux point ici m'étendre davantage, Lecteur, pour retracer leurs attributs divers, Car j'ai tant de dépense à faire encor de vers
22. Les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse représentant , selon saint Jérôme, les vingt-quatre livres de l'Ancien Testament, explication que Dante n'admettait certainement pas plus que les Bonshommes du Concile de Lombers (roy. ch. xxu, note 20}. Chacun sait que, de tout temps, l'hérésie a professé un profond respect pour ce livre mystique, à la condition de l'interpréter à sa guise, et qu'il* été pour elle un texte inépuisable.
23. Ces bénédictions des vieillards, couronnés de lis blancs et non rouges, bien entendu , s'adressent à l'église sectaire , Résignée sous le nom de Marie, et à sa doctrine, personnifiée dans Béatrice , qui va faire son apparition triomphante au milieu de ce cortège symbolique. Les filles d'Adam sont les dignitaires de la secte si souvent appelés donne par les fidèles d'Amour, ce sont les membres restés fidèles de l'église
florentine, ceux que Dante-Adam avait convertis à la foi sectaire et à l'Amour de Béatrice, dont II était le père spirituel.
24. Ixs quatre Évangélistes, sous la figure symbolique du lion, du bœuf, de l'homme et de l'aigle {Apocalypse, îv, 7 et 8). VOttimo les appelle la seconda cavalleria del cielo.
Qu'on ne s'y trompe pas , au surplus, il s'agit ici des Évangiles tels que les gnostiques - manfehéens les avaient retouchés et interpolés; c'est ce qu'a pour but de donner a entendre l'étrange comparaison empruntée à Argus , afin de reporter la pensée sur l'Egypte et sur la mystérieuse Isis, dont le prochain triomphe est indiqué j>ar les couronnes de vert feuillage. C'est presque toujours à l'aide de rapprochements mythologiques que le poète révèle son intention secrète. Or, lsis-Béatrice n'est pa* loin.
Que, loin d'être prodigue, il me faut me restreindre". Mais , lis Ézéchiel , qui sut nous les dépeindre Comme il les vit jadis, venant de l'Aquilon, Avec nuages, feux et vents en tourbillon. Tels tu les trouveras , en son livre sincère , Qu'ils s'offraient là. Dit bien quatre ailes sa leçon ; Mais j'ai pour moi saint Jean avec lui qui diffère ".
Un beau char de triomphe entre eux quatre venait; Sur une double roue un griffon le traînait. Ses deux ailes dans l'air s'éploy aient toutes grandes, L'une à droite laissant trois des splendides bandes , Et l'autre à gauche trois ; la septième au milieu ; Le saint plumage ainsi, dont libre était le jeu , Sans les endommager se mouvait dans l'espace ; Si haut il s'élevait que l'œil perdait sa trace ".
25. Et puis trop parler nuit , .mieux vaut glisser sur certains sujets et se faire comprendre à demi mot.
26. Cette façon toute voltairiennc d'opposer saint Jean (Apoc, iv, 8) à Ezéchiel ( i , 6) , et de les mettre ainsi en contradiction , en donnant, bien entendu , la préférence à saint Jean, puisque lea Albigeois rejetaient la Bible, a pour but de signaler une différence notable entre les Évangiles, selon ia leçon de l'Église romaine, ou les quatre chérubins d'Ezéchiel et les Évangiles, selon rhérésle, figurés par les quatre animaux de l'Apocalypse. En effet, lea premiers venaient de l'Aquilon, comme les Croisés de Montfort, qui appartenaient au parti du froid, dalla parte fredda , et apportaient avec eux les fléaux dévastateurs, la tempête et le feu dévorant; tandis que nous voyons ceux-ci, d'un caractère tout" pacifique, venir de 1' orient , du côté de la chaleur et de la lumière, au milieu des chants
pieux des plus saints personnages, dans un séjour béni du Ciel.Trouvet-on qu'il y ait là assez d'habileté, et la combinaison des images n'estelle pas palpable?
27. Nous avons là toute une théorie constitutionnelle de la secte. Le char de triomphe est la figure du trône impérial, dont l'hérésie faisait son Sainl-Siégc, son Caroccio. Il roule sur deux roues, la loi divine et la loi humaine. Le griffon qui y est attelé, animal à la double nature , animal binato, tenant de l'aigle et du lion, du ciel et de la terre, symbolise les deux pouvoirs, spirituel et temporel, dont le timon de l'État reçoit la direction et l'impulsion.
Ses deux ailes sont ces deux pouvoirs en action, échappant à la vue par leur sublimité même, et se mouvant dans certaines limites, indiquées par ces traces de lumière que la doctrine, concentrée dans les sept arts et les sept grades, a répandues sur son pasiaee. Ain*i contenu et éclairé tout à la fuis, ce uouble pou-
Ses membres étaient d'or comme oiseau ; se mêlait A la pure blancheur que le reste étalait
voir ne laissait redouter ni empiétements ni maux d'aucune espèce, a nulla, fendendo, focea maie. 11 a fallu touU'avcuglement des commentateurs pouravoir imputé une vérital.le profanation à celui dont ils exaltaient ie catholicisme, en lui prêtant l'intention de symboliser dans l'animal binato les deux natures de Jésus- Christ.
Ceux qui ont lu l'Ariosle peuvent se rappeler, dans son poème, deux chevaliers , frères jumeaux , l'un appelé Aquilant le Blanc, et l'autre Griffon le Noir; eh! bien, c'est la Y animal binato, en deux volumes, sous son double aspect : l'nn, clair ou blanc , dans son essence impériale et céleste, comme Yaquila, pour les adeptes; l'autre, noir ou obscur, pour les profanes, sous son apparence terrestre et pontificale.
Lorsque Astolphe, le chevalier du Léopard, le représentant de l'Angleterre dissidente , a tué Caligorant (de Caligo, voy. le ch. xvu), géant signalé comme prenant dans son (Met invisible , en se moquant d'eux, eon gran risa , hommes , femmes, enfants, dont la chair et le sang font sa pâture, qui trouve-t-il aux prises avec Orrile, l'infâme de Voltaire, dont l'existence ne tient qu'à un cheveu? Précisément Aquilant et Griffon asisstés de deux dames, l'une blanche et l'autre notre, les due donne in cima délia mente mia.
Puis, quelle est la monture à l'aide de laquelle accomplit tant de merveilles le paladin anglais ?L'hyppogriffe, animal binato, enlevé au vieux magicien Atlant, ou mieux, Atlas, l'homme montagne, l'homme pierre de Pétrarque, dans son poème de l'Afrique, dont la partie centrale a été supprimée ; par qui ? Or, ce
vieil enchanteur est armé d'uu bouclier fascinatcur qui sUipéQe ceux dont 11 frappe Its yeux, il relient captifs , après les avoir endormis , princes el guerriers; nouveau Chiron, il a été, comme Innocent 111 pour Frédéric II, le tuteur de Roger, l'Achille normand-sicilien, élu • roi des Bulgares ou des Paul i tiens albigeois. Tout cela est-il donc 6i difficile à comprendre et ne verra-t-on pas que l'hyppogriffe et le griffon sont deux ligures d'une même idée ?
Les biographes de l'Arioste nous disent, non certes sans raison, qu'il avait beaucoup étudié les romans de chevalerie ; ainsi avait fait le Tasse, qui les comprenait non moins bien et chargeait de notes manuscrites la Comédie, qui pour lui n'avait pas d'obscurité. Or, vous pouvez être certains que ceux dans lesquels l'auteur du Roland trouva l'hyppogriffe et les deux frères jumeaux , le noir et le blanc , n'ont pas été composés originairement par les trouvères du Nord, mais bien, comme tous ceux du cycle de Siinl-Graal et tant d'autres, par les troubadours de la langue d'oc, dont les ouvrages, systématiquement détruits, ne sont parvenus jusqu'à nous qu'en très-petite partie, et plus ou moins travestis par leurs imitateurs du Nord. Vous pouvez être certains surtout que Dante et l'Arioste, comme aussi le Tasse, ont été inspirés par la même pensée d'opposition, et que les éléments si disparates qui ont fourni à l'auteur du Roland furieux, celte trame variée a l'infini dont on admire la richesse, ont été puisés, d'une part dans la Comédie, de l'antre dans les romans albigeois , dont le Morgante maggiore n'est que la charge.
Une trace empourprée ". A Rome, Auguste même Ou le grand Scipion ne montèrent jamais Sur un char qui brillât do cet éclat suprême, Et celui du soleil serait chétif auprès ; Ce char qui , fourvoyé, fut frappé du tonnerre , Lorsque , touché des vœux et des maux de là terre , Jupiter ût justice en son penser profond 29. Près du moyeu de droite allaient dansant en rond Trois dames, Tune rouge, à tel point que la vue Dans un ardent brasier l'eût à peine aperçue ; La seconde était verte et tout son corps semblait , Os et chair, d'énieraude au limpide reflet ; Blanche était l'autre autant que neige qui s'épanche : Leur danse était tantôt conduite par la blanche Et tantôt par la rouge , et c'était en chantant Celle-ci qui réglait leur pas , rapide ou lent M.
Quatre autres, vers la gauche, à leur fête assidues, Dansaient également et, de pourpre vêtues, D'une d'elles suivaient le mode harmonieux ; Celle-là, toute seule, en tête avait trois yeux ".
28. Allusion à la couronne et au savoir, la Charité» rouge, l'fispé*sceplrc d'or, symboles de la puis- rance, verte, la Foi, blanche, jouent aance impériale dérivant du droit un rôle important dans les cérédivin, et au costume des Templiers, montes maçonniques, où les mêmes qui portaient la croix rouge surleur couleurs leur sont affectées. C'est habit blanc. la Charité ou l'Amour qui de sa
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29. C était bien le moins que le Ag%m Atkttv ,„f«Ir . ., 4 4 . i ».i des deux autres.
char d Auguste vint rappeler quil «, Ijs. «„»iM „«.•..« .aii^.^
, .. . . ? , , /,£ , l . 31. Les quatre vertus phlloso-
cehu de Phaelon aire espérer A la app%epom„,oe,ei parmi lesquelles,
erre devo e, alto terra devota, que ^ rJ *ro ^ iaU^m ,„'
le Sa.nt-S.ége, fourvoyé comme lui Ubfal|M e, VMUbm m plac0 ^
dans sa voie, n-mndo.sera.tun Jour ,a Fprce et de la Tempérance (ch. i. roudrové à son tour par ce D.eu } en ,ant cirdmaU; ,<.
dont la justice se dérobe au* re- ^ ^omme ,M ,„
garda humain», G.ot* areanamente de ^^ ^ gu(déM m ,, Pr(J.
Him'°- dence, qui observo à la loto le pré-
30. Les trois vertus théologales, à sent, le passé et l'avenir.
LE PUlUiATOIRE.
Après ce groupe saint, où l'allégresse éclate, J'aperçus deux vieillards au différent habit , Mais tous deux à l'air calme, où la foi resplendit. L'un semblait un suivant de ce grand Hippocrate Que donna la Nature à ceux qu'elle chérit ; En l'autre apparaissait un penchant tout contraire , A l'épée en sa main qui brillait nue et claire , Au point qu'à l'autre bord j'en frémis de frayeur". Puis j'en vis venir quatre, humbles avec candeur, Et , de tous le dernier, un vieillard solitaire Marchant seul , endormi , le front pâle et rêveur ". Des mêmes blancs habits de la première bande
32. Saipt Luc, médecin, personnifiant les Actes des Apôtres qu'il écrivit, et saint Pau), homme de guerre, le Livre de ses 'Épi très. Si Dante feint de trembler à la vue de ce dernier, c'est pour reporter la pensée sur le régime de terreur adopté par l'Église qui, loin de s'appliquer, comme le médecin, à guérir les plaies de l'âme et du corps, mostrava contraria cura, et s'armait de l'épée meurtrière, lucida e acuta, contre ceux qu'elle aurait dû, selon lui, s'efforcer de ramener par la mansuétude et par un régime éclairé. Mais j'avoue que je suis en grande défiance de ce sommo Ippocrate che Natura fe ; car j'ai bien le droit de tenir pour suspect tout ce dont se mêle la Nature, qui pourrait bien avoir aidé quelque peu à la lettre dans les écrits de saint Luc.
33. Ces quatre personnages glissés là, à la fin du cortège, n la faveur de leur humble apparence, in umile paruta, no sauraient être, à coup sûr, quoi qu'en disent les commentateurs, ni les quatre grands prophètes, Isaïe, Jérémie, Êzéchiel et Daniel, ni les grands docteurs de
l'Église, saint Grégoire, saint Augustin, saint Ambroise et saint Jérôme, auxquels s'appliquerait assez mal cette extrême humilité, et encore moins les lettres canoniques.
. Nous y reconnaîtrions bien plutôt les évangiles apocryphes, rejetés par l'Église et non moins chers à l'hérésie que l'Apocalypse elle-même, personnifiée ici dans le solitaire de Pathmos. Comment en douter lorsque Dante a pris soin de les placer entre trois Évanirélisles, saint Luc et saint Paul en tête, puis saint Jean qui ferme le cortège? Ainsi saint Jean, le patron des Templiers et des loges maçonniques, celui que l'Arioste nous montre restituant son bon sens égaré dans la lune à Roland, le sénateur romain, devenu fou d*amour pour Angélique, reine du Cathai ou des Cathares, saint Jean, qui nous est déjà apparu sous la figure de Lucie et sous celle de l'Algie , termine ici cette procession symbolique, pour indiquer que l'Amour, dont il est l'apôtre, en est Yalplia et V oméga. On voit , qu'au demeurant, ce saint Jean, à la favcia arguta, est très-peu catholique.
Ces sept allaient vêtus " ; mais sur leur chef sacré
Brillaient, au lieu de lis se courbant en guirlande,
Des roses et des fleurs au calice empourpré.
A les voir de plus loin , certe on aurait juré
Que tous portaient au front une ardente couronne is.
Lorsqu'en face de moi le char fut parvenu , J'ouïs un coup de foudre , et la sainte colonne, Comme si d'avancer il lui fût défendu , Au môme instant fit halte, ainsi que ces bannières Aux flottantes clartés qui marchaient les premières ".
34. Selon la lettre, habillés de blanc comme les Templiers, aux croyances politiques et religieuses desquels toute cette procession de livres animés se trouverait ainsi ramenée, par l'uniformité du costume ; mais, selon l'esprit, étant en relations, en rapports intimes de foi politique et religieuse avec la milice des Templiers, marchant en tête , col primaio stuolo; voila qui est catégorique; en effet, qui jamais a écrit abiluato, pour habillé? MM. de la Crusca, qui citent Dante, l'emploieraient ils dans ce sens?
35. S\mbolc du martyre, par allusion au bûcher des Templiers et aux massacres albigeois.
36. Le coup de tonnerre qui se fait entendre dans celte région où la pluie, le vent et les orages sont
des phénomènes inconnus, signifie évidemment un événement funeste venant arrêter les progrès de la secte. Comme indice d'une intervention suprême il révèle toute l'importance attachée par le poète à cette manifestation apocalyptique qui est le grand nœud de sa Comédie. L'ordre du Ciel même règle les mouvements de ce .cortège symbolique au milieu duquel va se montrer, agir et parler, conformément à son double caractère, politique et religieux , l'héroïne du poème , la pensée- verbe de celui qui, dans la Vie nouvelle, est appelé « le glorieux Sire qui ne se refuse pas à la Mort, » voy. p. 47 de&Révél., mais ne se donne à elle, en apparence, que pour lui porter des coups plus assurés.
Lorsque sur l'autre bord eut cessé de marcher
Ce beau septentrion du suprême empyrée,
Qui, n'ayant jamais eu ni lever ni coucher,
Voit le péché lui seul d'un voile le cacher * ;
Qui de sa tâche, là, dans l'escorte sacrée,
Avertissait chacun', de même qu'ici-bas
Notre septentrion, pour gagner le rivage,
Du pilote au timon guide l'œil et le bras5;
Ceux-là de vérité qui portant témoignage
Entre lui se trouvaient et le griffon moteur *,
Se tournant vers le char, comme vers leur bonheur,
Leur paix*, l'un d'eux, à l'air d'un envoyé céleste,
Chanta trois fois : Sponsade Libano, rem,
D'une voix éclatante, et de ce chœur béni
Reprit le même chant, après lui, tout le reste6.
f.Lcs sept arts ou sciences des pour les fidèles d'Amour de tout
sept grades sectaires dérivés direc- grade , comme les sept étoiles de la
terne ni du ciel, par la tradition gnos- Grande-Ourse pour les navigateurs,
tique, brillent jour et nuit sur l'ho- 4. Les vingt-quatre vieillards ou
rizon, et leur éclat n'est momenta- bons hommes, les Cathares ou les
nément voilé que par les ténèbres parfaits, ces excellents anges com-
dc l'ignorance, dont le foyer est dans posant le grand conseil de l'Ordre,
cette ville de péché tour à tour ap- 5. Vers le trône du juge suprême,
pelée Babylone, Sodome, Pietra- c'est-à-dire vers le Saint-Siège im-
malfl, etc. pénalisé, gage de félicité et de paix
2. La tâche de chacun, suo do- universelle. [Voir de Monarchie.) rer, étant en rapport avec le grade. fi. Celui qui entonne le cantique
3. Les sept arts cabalistiques sont, semble s'acquitter d'une mission
Au ban retentissant7, comme les bienheureux Se lèveront soudain de leurs caveaux poudreux, Chantant Alléluia de leur voix ravivée \ Sur le char triomphal de même s'est levée, Joyeuse, en entendant vocem tanti senis, Une foule d'Esprits, messagers de lumière Et d'éternel bonheur. Là par l'Amour unis, En chœur : Benedictus, disaient-ils, qui venis : Puis en semant des fleurs dans l'air et sur la terre : Manibus lilia date, date plenis 9.
J'ai vu plus d'une fois, lorsque le jour va naître , L'Orient s'empourprer, tandis qu'à mon regard
d'en haut, quasi da ciel messo, et ses paroles sont empruntées à Salomon, iv, 8, pour donner à entendre que celle à laquelle II est fait appel est la Nouvelle-Jérusalem, prédite par l'Apocalypse: « L'épouse qui a l'agneau pour époux, « et non pas le loup, xx\t 2, celle qui doit « descendre du ciel , parée comme une épouse qui s'est parée pour son époux [Ibid., ix, 10), et dont la mission est d'arracher l'Empire à la perverse Babylone, à.Rhéa, en réunissant dans ses mains les deux pouvoirs, spirituel et temporel.