Saturitas appétit u m parit
S'avancèrent aussi , révélant toutes trois Dans leurs actes divers leur sublime origine u, Les autres vierges sœurs , dont la ronde divine En cadence formait des pas de grâce empreints.
Dirige , 6 Béatrice, abaisse tes yeux saints Sur ton. fidèle, ainsi priait leur doux langage, Qui pour te contempler, fit un si long voyage *\ Sois clémente et fais-nous, de grâce, la faveur De dévoiler pour lui cette bouche si belle , Pour qu'il puisse admirer, dans ce lieu de bonheur, Ta seconde beauté qu'un obstacle lui cèle ".
dit saint Grégoire, homélie 16, en parlant des jouissances spirituelles, et la doctrine du Banquet ne pouvait procurer que celles-là.
42» Dans leurs actes de foi, d'espérance et d'amour, actes bien différents de ceux que l'Église catholique désignait par les mêmes .noms.
43. La contemplation de l'isis sectaire doit être la récompense du ûdèk d'Anuur, dont tous les efforts ont tendue la manifestation et au triomphe de la vérité. Ceux qui voudront se reporter à la Yita nuova, y verront que « cette dame réduit en acte la puissance d'Amour , selon la t rès-noble partie de ses yeux , comme aussi selon la très-noble partie de sa bouche; » que cette même dame, « par A vertu ou esprit noble, virtuosamente, anoblit tout ce qu'elle voit, ce qui équivaut à dire que, par elle, l'Amour devient une puissance la où il s'existait pas, adduce Amorc in polema dote non è, »
44. Les trois vertus théologales ne remplissent-elles pas là un rôle bien digne , en réclamant en faveur du poète la vue des beautés numérotées de sa dame? Heureusement le Convito est là pour rassurer les consciences timorées et bous apprendre que la seconde beauté de
Béatrice, autrement dit sa bouehe, « vient en aide à ses yeux, qui sont ses enseignements, à l'aide de son sourire, par lequel il faut entendre ses persuasions; » or, ajoute Dante • la perfection de la raison humaine ne s'acquérant que par la contemplation de ces yeux et de ce sourire, il en resuite que l'homme, dont cette contemplation satisfait tous les désirs, est complètement heureux. et jouit de la Béatitude. » ( Voy. p. 320 et 32C des Rérël.) Moyennant cette explication, Béatrice devenant un être de raison , dont le nom même révèle la nature, rien de plus innocent au point de vue moral que la requête dont le chœur mystique se rend l'organe auprès d'elle; quoiqu'il en soit tout autrement au point dtfYue religieux. En effet , nous lisons dans la Vie nouvelle que la bouche de Béatrice , sa seconde beauté, « est toute douceur, ogni do/ewsa, selon deux de ses actes, à savoir : son très-doux parler et son admirable sourire, dont on ne saurait rien dire, attendu que la mémoire ne peut le retenir, non plus que ses opérations, la memoria non puo ritenere lui ne le sue operazioni. » Or, il en est ainsi, attendu que ses persuasions, qui constituent
D'éternelle lumière ô vivante splendeur, Quel est fcelui , quand même à l'ombre du Parnasse Son front se serait teint d'une noble pâleur, En buvant de ses eaux, qui, s'il avait l'audace De tenter de te peindre, à l'instant solennel Où, parmi les concerts dont t'entourait le Ciel, A l'air libre soudain tu te fus dévoilée, Ne semblerait avoir la raison ébranlée " ?
ce sourire, étant des moins orthodoxes, il pourrait en cuire aux gens qui auraient trop de mémoire et qui s'en exprimeraient trop librement.
45. La Comédie tout entière a été inspirée par cette pensée, qu'il y aurait folie a manifester ouvertement, neW aère aperto, l'essence réelle de Béatrice, et à braver ainsi, sans aucun profit pour la cause de l'opposition, de la foi dissidente, la toutepuissance romaine. Nous avons vu, précédemment, que cette pensée de prudence et de dissimulation était en tout conforme aux prescriptions sectaires. (Foy. p. 75, 78 des Révél.)
La Vie nouvelle et le Banquet ont été composés pour expliquer le déguisement auquel le poêle avait dû recourir et pour le laver des calomnies auxquelles ce travestissement l'avait exposé de la part des puritains du parti. (Foy. l'analyse de ces deux ouvrages si peu connus et encore moins compris, tout. p. 82 et 358.) Ce qui prouve, s'il est encore nécessaire de prouver, que Béatrice est bien la personnification d'une doctrine religieuse , c'est que Dante lui applique ici les paroles mêmes par lesquelles Salomon désigne la sagesse divi%: Splendor lucit œternœ.
Mes yeux à satisfaire une soif de dix aus S'appliquaient tellement, tout à leur jouissance, Que s'en trouvaient éteints en moi mes autres sens, Et que, dans ce moment, un mur d'insouciance Se dressait autour d'eux, tant l'ancien attrait Du sourire divin à lui les attirait * ; Quand je dus forcément détourner le visage A gauche, où je venais d'ouïr au même instant Dire à ces déités : Regard trop persistant *.
1 . H n'y a pas à s'arrêter un seul instant à la chronologie de Dante toute fictive et basée sur des combinaisons pythagoriques. Nous croyons avoir démontré pag. 53 et suivantes des Rérél que s'il avait jamais existé à Florence une Béatrice aimée du poêle , elle serait morte , selon ses propres calculs, le 9 juin 1281; or cette soif de dix ans , decenne sete, ne nous reporterait qu'à 1 29 1 , et le poëme commence en 1300. Tout ce que l'on pourrait induire de cette soif de dix ans , c'est que Dante au* rait mis cet espace de temps à réunir dans Florence les éléments de son église albigeoise , l'Eve infidèle de l'Adam toscan. Quant à sa foi , elle n'a point varié dans cet intcrwille.
Quoi que Béatrice ait voulu nous
donner à entendre, il est toujours en extase devant le santo riso et enlacé dans I'antica rele, qui remonte à la gnosis orientale , par tes Paulicicns et les Albigeois.
2. Les vertus théologales dansant a la droite du char de Béatrice , et fiante se tenant en face , il les avait nécessairement à sa gauche. C'est donc à elles qu'il attribue ce rigorisme assez étrange de la part de celles qui viennent do supplier la reine de la fête de dévoiler sa seconde beauté. Cet avertissement n'a au surplus d'autre but que de rappeler la nécessité de ne pas trop insister sur les démonstrations erotiques et de se renfermer, autant que possible, dans les conditions de la mise en scène orthodoxe.
Cet éblouissement qui couvre d'un nuage Des yeux que le soleil frappe subitement Fit que je demeurai comme aveugle uu moment; Mais, pour moins de splendeur, quand me revint la vue. Je dis moins, par rapport à l'excès lumineux Dont j'avais , malgré moi , dû détourner les yeux , Je vis les rangs divins de cette armée élue Vers leur droite venant , dans un ordre pareil , De tourner, qui marchaient faisant face au soleil, Les sept flammes en tête ". Ainsi qu'une phalange , Pour faire sa retraite avant qu'il soit trop tard, Tout entière de front à l'instant qu'elle change , Sous les boucliers tourne avec son étendard ; Du céleste royaume, ainsi cette milice Qui formait l' avant-garde , avec l'ardent pennon , Sous mes yeux défila toute, avant que je visse Du char resplendissant se ployer le timon \
Alors près de l'essieu les dames se remirent , Et le fardeau béni , traîné par le griffon, Dont les plumes pourtant nullement ne frémirent,
3. Cette glorieuse armée, glorioso puis la comparaison empruntée à esercito, était venue du côté de I'O- Fart de la guerre, semblent avoir rienl, comme tout ce qui se rattache pour objet de désigner l'Ordre puisà la secte gnostique et elle marchait sant que menaçait une si terrible vers l'Occident, dans un but de con- catastrophe. De là , pour leurs coquéte sans doute , lorsqu'elle prend rcligionnaires et pour eux-mêmes , le parti de rebrousser chemin après la nécessité de se replier et de battre avoir conquis Dante à sa cause. en retraite. Il n'est pas jusqu'à cette
4. Il y a là un changement de avant-gardo che lutta trappassone, front complet , un demi-tour à avant que le timon du char eût à gauche ayant pour but de pourvoir ployer, qui , en traduisant : périt, au salut de la glorieuse armée , per trépassa toute entière, sans que flésalvarsi, ce qui indique un péril cbit pour cela le haut conseil direcimminent. D'un autre côté , ce nom tcur, le Saint-Siège de la secte , ne do milice céleste qui rappelle celui vienne à l'appui de notre interpréta* de com militoncs Christi} donné par tion» Kncore un moment et tout saint Bernard qu\ chevalier* du douta à cet égard deviendra Impôt* TtnipLc, ivant«g«rdo de la i*ctO| ilbto.
Lui-même s'ébranla s. Cette dame, après soi Qui me fit traverser le fleuve, Stace et moi Nous suivîmes la roue, aussitôt, dont l'orbite Donnait moins d'étendue à la courbe décrite •. En cheminant ainsi dans la haute forêt, Déserte maintenant par la faute de celle Qu'abusa du serpent le langage rebelle, Notre pas sur un chant divin se mesurait7.
Nous avions parcouru peut-être la distance Que franchit en trois fois le trait qu'un archer lance \ Quand du char Béatrice h terre descendit. Un murmure aussitôt dans les rangs s'entendit : Chacun nommait Adam. Tous alors entourèrent In arbre dépouillé dressant ses rameaux nus Du feuillage et des fleurs qui jadis les parèrent •.
h. La donble autorité sectaire dissimulée sous son déguisement orthodoxe , tout matériel , n'éprouve aucune atteinte dans son essence par suite de cette retraite forcée , nuUapenna crollone. Croyez bien, du reste , qu'il s'agit d'un plumage tout viril , maschili penne. Et pas une de ces plumes-là ne cessa de s'employer pour le triomphe de la eause ; le péril n'en fit pas trembler une seule, nulla crollone.
6. La vie d'action était toot à fait de saison a l'heure du péril , et ce n'était pas le moment de renoncer au langage dont Toulouse avait enseigné les éléments aux troratori italiens , enfin c'était le cas d'adopter la route la plus courte ; aussi Dante suit la roue de gauche qui avait à décrire une courbe moins grande que celle de droite , le mouvement s'opérant du côté du bouclier.
7. Pour traduire exactement angeUca nota , on serait presque tenté ds dire i Nous réglions notre marcha
sur les instructions du grand Orient, notes secrètes , émanées des hauts et excellents anges , comme on s'exprime en loge. — Quant à PÈve qui pécha si fatalement en se laissant abuser par le serpent , nous n'ignorons pas qu'elle a fait assez mauvais ménage avec Dante- Adam , et cela à raison des mauvaises connaissances qu'elle avait faites parmi ces dames florentines si décolletées , au point de montrer sans pudeur colle poppe il petto.
8. Les pas et les distances sont presque toujours désignés dans le poème par nombres impairs comme dans les rituels maçonniques, et leuf signification est probablement la même. Mais peu nous importe.
9. Ce nom est murmuré à voix basse, ce qui indique sa signification mystérieuse. C'est qu'en effet Dante- Adam , ce créateur du langage éroto-dogmatlquo , est destiné à rendre sa splendeur et sa fécondité première à l'arbre de la science sectaire, qui devient l'arbre de Béatrice, eomptt-
Sa cime, qui dans l'air monte et de plus en plus Va s'épanouissant, par sa hauteur extrême , Surprendrait dans leurs bois jusqu'aux Indiens même l#.
Sois béni , saint griffon , qui n'as point lacéré Sous les coups de ton bec ces rameaux vénérables Dont le fruit est si doux, quand , le sein déchiré, En s'éloignant de lui pâtirent les coupables ft.
C'est ainsi qu'entourant l'arbre au tronc vigoureux Tous s'écriaient. Soudain , l'être double , après eux , Reprit : — Voilà comment doit de toute justice Se conserver sans fin la semence propice ". —
Puis du char, qu'il traîna jusque-là, le griffon Reprenant la conduite , en tourna le timon Et, l'amenant tout près du tronc veuf de feuillage,
rée déjà deux fois à un fruit, attendu qu'elle e6t la doctrine elle-même.
Or, de pareils secrets ne pouvaient se proclamer à haute voix. L'arbre est dévasté, dû po g lia ta pianta, par suite de la violation des mystères du langage amoureux , par les frères apostats, ou si Ton aime mieux par les donne florentine.
10. Les progrès accomplis par la secte dans les contrées de l'Occident sont faits pour étonner les peuples de l'Orient où elle eut son berceau.
11 . Le grand Orient , investi du double pouvoir politique et religieux, symbolisé dans le griffon binato, A conservé la tradition de la doctrine et du langage ; il n'a pas fait comme ceux qui ont lâchement trahi, livré Tune et l'autre, et n'ont pas pour cela échappé au châtiment qu'ils croyaient ne devoir tomber que sur leurs frères. Ces misérables apostats se sont éloignés de cet arbre dont il est si doux de savourer les fruits; mais mal leur en a pris, mal si torse il ventre quindi. Je ne
répondrais pas d'ailleurs que col becco n'eût pas à signifier, ainsi qu'a fait le bouc : celui loin duquel il faut tenir l'herbe.
12. L'arbre de la science gnostique est vigoureux , robuste , parce qu'il brave les foudres de Rome , qui peuvent bien le mutiler , mais non l'abattre. Aussi le griffon le prociame-t-il comme devant vivre éternellement pour conserver la semence de toute justice , cette potestas Impériale dont elle émane, et pour triompher de l'iniquité, lorsque viendra le jour du jugement et de la vengeance à exercer contre les oppresseurs. On voit que les quelques mots mis dans la bouche du Griffon ont leur éloquence. Quant à l'épithète binato , appliquée à l'animal mystique , elle constituerait à elle seule une hérésie si le griffon était la figure du Rédempteur, qui , coéterncl avec son Père, n'e*t né qu'une fois et cela comme homme seulement; binaturato seul aurait clé orthodoxe , mais c'est pour cela qu'il a été rejeté.
11 l'y laissa lié de son propre branchage ".
Ainsi que , du flambeau des jours quand les rayons Se mêlent , en tombant de la sublime sphère , A ceux qu'on voit briller derrière les Poissons , S'enfle à l'envi le sehi des plantes de la terre , Renaissent leurs couleurs, avant que le soleil Ait , sous un nouvel astre, à son timon vermeil Attelé ses coursiers u; de même l'arbre antique, Naguère encore veuf de sa riche tunique, Se raviva , couvert de fleurs de toutes parts , •Dont la teinte s'offrait moins vive à mes regards Que dans la rose et plus que dans la violette15. Jamais je n'entendis , nulle voix ne répète L'hymne qu'en ce moment chanta ce chœur divin ; Là même je ne sus l'ouïr jusqu'à la fin 4fc.
13. Le Saint-Siège sectaire ou le char qui porte Béatrice dans son rôle de haut justicier, en un mot, le trône Impérial lui-même, est ainsi rattaché parle griffon, symbole des deux pouvoirs réunis dans la main du monarque universel, à l'arbre de la science ou à la doctrine qui se résume dans ces mots : Empire universel, liberté de conscience. Dante a donc pu exprimer cet ensemble d'idées complexes par ce seul vers, si longtemps inintelligible : Quel di lei a lei lascio legato.
14. A l'équinoxe de printemps, avant que le soleil passe du signe du Bélier dans celui qui le suit; c'est-à-dire n l'époque ordinaire de la célébration des mystères; les Poissons rappelant ici le silence inviolable recommandé aux initiés.
15. L'arbre se renouvelle , parce que l'hérésie, un moment abattue, a repris force et vigueur depuis que le trône impérial s'est rattaché à elle, en contractant avec ses principaux membres une alliance secrète;
alliance dans laquelle il y a unité de but, le renversement de la monarchie théocratique, et communauté de croyances, c'est-à-dire affiliation à l'Ordre occulte. Ainsi, le trône du monarque, juge universel, dont la secte a été la première à proclamer le rétablissement comme le seul moyen de salut pour le monde, régi par un chef pervers, se trouve désormais uni à elle , lié à une idée qui n'est autre que son existence même, son triomphe sur l'ennemi commun. L'arbre doctrinal a repris force et vigueur, parce que les débris dispersés de l'albigéisme et du templarisine ont pu se concerter, s'en- ' tendre et reconstituer une Église qui, réduite à se cacher encore comme la violette, n'en est pas moins florissante, et permet aux adeptes de concevoir des espérances couleur de rose, bien que la teinte en soit paie encore.
1C. Dante n'avait malheureusement jamais entendu les siens chauler l'hymne de victoire, et même
S04 LE PIRGATOIHK.
Si je sentais ma voix assez habile et sûre Pour redire comment de Syrinx l'aventure Chargea d'un lourd sommeil d'impitoyables yeux , Qui payèrent bien cher le temps qu'ils veillaient mieux , Comme l'artiste, alors qu'il peint d'après nature. Je pourrais retracer comment je m'endormis : Le fasse un plus expert à semblables récits ". A mon réveil ainsi je passe et dis en somme Qu'une vive lumière interrompit mon somme En même temps qu'un cri : — Que fais-tu là î Viens-t-en 4 \
Tels que, sur la montagne, et Pierre et Jacque et Jean, Lorsqu'ils virent les fleurs de ce pommier splendide Dont le fruit, savouré par les Anges du Ciel , Se reproduit sans fin au banquet éternel , Tombèrent prosternés et, sur le sable aride , Demeurèrent vaincus dans leur être mortel , Puis furent ranimés à la parole forte De sommeils plus profonds qui brisa le pouvoir, Et, «'étant relevés, s'étonnèrent de voir Manquer Moïse, Élie, à la pieuse escorle , Et leur maître apparaître avec d'autres habits ;
«Uns ses rêves d'un triomphe futnr, ront à leur tour, qu'il pourra leur
il ne savait par quelles actions de dérober ainsi le sens mystérieux de
grâces cet hymne pourrait se ter» sa fiction orthodoxe et leur faire
miner. payer cher le temps où leur ctair-
17. Dante, à qui II Importe d'en- voyance causa la ruine des Albigeois
dormir d'impitoyables yeux , oechi et des Templiers. spietati, prend te parti de s'adml-
1 nlstrer h lui-même un narcotique. 18. Il n'a pas jugé a propos d'ex - C'est un moyen dont H a déjà usé pliquer comment et pourquoi il s'enbien souvent, sans grand souci de dormit dans un moment si peu opta vraisemblance. Toujours est-il portun ; mais il trouve bon de nous qu'il B'endort près de l'objet de son apprendre comment il fut réveillé adoration, dans un moment où son par un éclat de lumière qui déchira intérêt et sa curiosité doivent être le voile, mt fquarcio il veto; bien excités au plus haut point. 11 espère entendu que ce fui pour lui et les sans doute que son sommeil sera siens seulement , les impitoyables contagieux, que les cent yenx inquU yeux devant rester couverts* d'un Meurs de l'Argus romain se ferme- épais bandeau.
Tel je me réveillai t9. Cette dame propice ao, Sur le bord du ruisseau qui fut ma conductrice, Était auprès de moi, debout, et je lui dis, L'âme pleine de trouble : — Où donc est Béatrice ?
Vois-la, répondit-elle avec un doux souris, Sous l'arbre , où reverdit sa parure divine, Qui , le regard serein , siège sur sa racine ". Vois ces deux groupes saints auprès d'elle rangés. Là-haut , le reste avec le griffon s'achemine Où plus doux, plus profonds, ses chants sont dirigés 2Î.
A ce discours peut-être encore ajouta-t-elle ; Je ne sais, car déjà dans mes yeux brillait celle Qui , seule m'absorbant, tient le reste à l'écart ". En silence, là, seule, assise sur la terre,
19. Dante se regardait si bien comme un apôtre de la foi anti-catholique, ce dont nous trouverons des preuves décisives dans le Paradis, qu'il se compare ici aux trois grands disciples du Christ se réveillant à sa voix, après sa Transfiguration. Nous pouvons donc nous attendre à voir Béatrice, la dame du salut, tant de fols comparée au Sauveur, transfigurée à son tour, aussi bien que le ebar qui la porte. Au»
t renient, comment rattacher cette comparaison si audacieuse à la scène qui nous occupe ?
20. On remarquera que Mathilde est désignée Ici par l'épithète Pïaet que l'Anonyme s'obstine à l'appeler Ua jusqu'à la fin du Purgatoire.
21. La doctrine gnostique manichéenne dérivant de la science, ou gnosis, éclairée par la raison , rien de plus logique que de représenter Béatrice, personnification de cette doctrine , comme s 'appuyant sur la racine de l'arbre de science, de même que nous l'avons vue assise sur le char dont il avait fourni le
bois. C'est la foi albigeoise ramenée à sa source, la fol albigeoise ravivée, renouvelée après la persécution, ce qu'indique la verdure nouvelle , la fronda nuova. Mais comme Béatrice est descendue du char, celui-ci va changer de nature et ne représentera plus que le Saint-Siège.
22. Ce chant est plus profond, canxonepiù pro fonda, c'est-à-dire d'un sens plus mystérieux; mais Dante n'a garde d'en répéter un mot, parce qu'il expliquerait comment les trois vertus cardinales et les quatre vertus théologales restent l'apanage exclusif de la doctrine sectaire, depuis que la religion de haine a juré une guerre à mort à la loi d'Amour, et obligé le griffon impérial à battre en retraite. Quant au pontife romain, n'ayant plus ni vertus d'aucune sorte, ni livres saints, il est réduit aux décrétâtes.
23. En effet, la doctrine sectaire était la pensée dominante exclusive de son esprit, dont elle fermait l'accès à toute autre, ad altro 'ntender Vavea chiuso*
Elle semblait laissée à la garde du char,
Qu'à l'arbre vénéré je vis lier naguère
Par l'être au double aspect24. D'un radieux rempart
L'entouraient toutes sept les Nymphes immortelles ,
Tenant haut dans leurs mains ces lampes éternelles
Pour qui n'est l'Aquilon ni l'Auster dangereux *\
Tu n'as pas pour longtemps à rester en ces lieux " Et tu seras, pour peu que tu suives ma voie , Citoyen avec moi , pour un bonheur sans fin , De cette Rome sainte où le Christ est romain 2\ Fixe donc , au profit d'un monde au mal en proie *8, Tes regards sur le char, et ce que tu verras, Souviens-toi de l'écrire à ton retour là-bas ".
Ainsi dit Béatrice ; et moi, dont la pensée Sur ses commandements se réglait empressée, Je dirigeai soudain, comme il m'était prescrit, Vers l'objet indiqué mes yeux et mon esprit.
Jamais, en s'élançant de quelque épais nuage, D'un si rapide essor, au plus fort de l'orage,
24. Ce char, auquel le griffon Dante, Jésus-Christ n'élait donc pas seul peut imprimer légitimement sa citoyen de la Rome des papes. Si direction , dans l'intérêt de l'huma- Ton se rappelle d'ailleurs que Tounité, n'a plus pour le défendre que louse avait son Capitule, on s'étonla doctrine sectaire avec son corU'ge nera moins que Béatrice, ou la docde vertus religieuses et philosophi- trine albigeoise, ait à s'écrier aussi : ques. Rome n'est plus dans Rome , elU
25. Ces lumières que la secte s'ef- est toute où je suis, dans la cité réforçai tdc propager et qui ne redou- gie par la véritable loi do Christ, talent ni la France au nord, ni le roi toute de paix, de justice et d'amour. deNaplesau midi. 28. Le monde qui vit mal, che
2G Littéralement : Tu auras peu mal vive, est celui qui reste soumis
de temps à rester Sylvain, silvano; à l'autorité du ponUfe romain, ce
c'est-à-dire, tu ne seras pas long- chef pervers qui le détone de la
temps Guelfe en apparence, tu ne voie du bien et de la vérnfef^tt capo
tarderas pas à quitter cette forêt té- reo the il mondo torca.
nébreuse et sauvage, selra oscura, 29. Une pareille recommandation
selvaggia. Enf., ch. i. témoigne de la haute importance
27. Dore Cristo è papa, dit l'A- attachée par le poète à la scène qui
nonyme ; pour lui comme pour en est l'objet.
Ne descendit le feu des hauts confins de l'air, Que je ne vis soudain l'oiseau de Jupiter Fondre sur l'arbre saint, l'attaquer avec force , Dévaster fleurs, feuillage et jusqu'à son écorce ; Puis, en frappant le char de toute sa vigueur, Jl le fit s'incliner, de même que se penche Un navire en péril sur l'une et l'autre hanche , Quand des flots contre lui s'acharne la fureur30.
Alors, au fond du char, et jusque sur le siège, J'aperçus se glisser un renard sacrilège, Affamé, qui semblait sevré de tous bons mets ; Mais, en lui reprochant maints odieux méfaits, Ma dame le fit battre en retraite, aussi vite Que ses os décharnés purent servir sa fuite ".
Je vis, du même point d'où naguère elle vint, Dans la conque du char l'aigle alors descendue, Qui partout y laissait sa plume répandue \
30. L'aigle de Jupiter, symbole de la souveraineté exercée par les empereurs païens, s'acharnant contre l'arbre de science et contre le char, siège de la double autorité qui en dérive , figure , à ne pas s'y méprendre , les persécutions dirigées par les empereur* romains contre la religion du Christ. Rien ne manifeste mieux le soin prudent que Dante apportait à épaissir pour les profanes les voiles dont il entourait ses Actions, que la précaution qu'il a prise ici de transposer les époques, en signalant d'abord la ruine des Albigeois et la destruction de l'Ordre du Temple, pour en venir maintenant aux persécutions des premiers siècles et au règne de Constantin. Cet aigle aux grandes ailes qui mutile les hautes branches est emprunté à Ézéchicl (ch. xvii), et figure, d'après le prophète lui-
même, le roi de Babylone sévissant contre les princes de Jérusalem.
31. A peine les persécutions eurent-elles cessé que l'hypocrisie et l'as Incc se glissèrent dans le sanctuaire. On vit alors l'esprit ergoteur des Grecs se donner carrière et subtiliser sur le dogme, en s'écartant de plus en pi us du christianisme primitif, de la véritable gnosis. Alors les ambitieux, les Intrigants, ne reculant devant aucune mauvaise action, laide colpe, se firent de la religion du Christ un Instrument pour parvenir aux dignités et a la fortune, dont ils se montraient affamés; seule, défendant les droits de la justice et de la vérité contre l'iniquité et l'artifice, la doctrine évangélique, ou Béatrice escortée des sept vertus, suffisait pour démasquer et mettre en fuite to volpe saciiiéae.
Puis du Ciel une voix , comme d'un cœur étreint
Par la douleur, sortit criant , tout affligée :
(( 0 ma barque, combien te voilà mal chargée M ! »
Bientôt il me sembla que la terre s'ouvrait
Juste entre chaque roue : un dragon en sortait ,
Dont s'enfonça la queue en la sainte voiture ,
Et , de la plaie ainsi qu'en lançant sa piqûre
La guêpe agilement retire l'aiguillon,
Eu ramenant de môme à lui sa queue impure ,
11 s'en fut entraînant tout une part du fond ".
Le reste se couvrit, tel qu'un terrain fécond
Tout à coup envahi par mille graminées,
De ces plumes par l'aigle en masse abandonnées,
Dansun but qui , peut-être, était honnête et bon.
Je vis s'en recouvrir de même le timoa
Et l'une et l'autre roue, en moins de temps peut-être
Que d'un sein oppressé n'est le soupir à naître l*.
32. L'aigle impériale a répudié le paganisme ; elle est devenue chrétienne; aussi n'est-elle plus appelée l'oiseau de Jupiter. Après s'être déchaînée contre la religion du Christ, sans distinction de sectes, elle prodigue ses libéralités a l'Église, dont le pouvoir souverain espère se servir utilement dans l'intérêt de sa politique ; aussi saint Pierre gémitil dans le Ciel de voir sa pauvre barque encombrée de trésors, dans un but si contraire aux leçons du divin Maître; on peut donc être certain que le prince des Apôtres n'eût pas canonisé Constantin pour avoir fait donation au Saint-Siège de la ville de Rome et du domaine en dépendant. Telle est la conclusion à laquelle Dante veut évidemment nous amener.
83. Le dragon de V Apocalypse ou Satan lui-même, ce pape do l'enfer,
Pape Satan aleppe, ce grand reptile, gran verme, ne trouve pas que ce soit encore assez de tant de richesses et de domaine : avide et plein de convoitise qu'il est , vago rago, il défpnce le char, aûn que, semblable au tonneau des Danaïdes, U devienne Impossible de le remplir, autrement dit d'assouvir l'avarice Insatiable des pontifes. Le dragon à la queue venimeuse est en réalité le plus grand persécuteur qu'ait eu l'Église , il maggiore per~ secutore, au dire de l'Anonyme, car per la sua malignitate si trasmuta tutto il di/ta'o délia chiesa.
34. La munificence des 'empereurs et celle des rois chrétiens a fait pleuvoir sur le Salnl-Siége cette affluence de biens, que le poêle compare aux mauvaises herbes envahissant un champ dans lequel une bonne culture eût fait se déployer
Or, le saint édilice, ainsi transfiguré, De tètes se chargea, subitement excrues. Dont trois sur le timon, comme des bœufs cornues'*, Et quatre, une à chaque angle, y formant le carré, Qui d'une seule corne au front étaient pourvues u. Jamais un pareil monstre aux yeux ne s'est montré l7.
Lue Prostituée alors frappa ma vue ; Elle siégeait sur lui, la hardiesse au front. Ferme comme une tour sur la cime d'un mont, Kt ses regards erraient partout sans retenue 3\
de splendides moissons, et celte munificence mal entendue l'a ainsi complètement transforints trasforma(o;en croyant bien faire, forse con intention casta e beniyna, empereurs et rois ont perverti le Saint- Siège et son gouvernement, e 'l lemo.
35. L'ambition orgueilleuse, la colère et l'avarice, présidant au gouvernement de l'Église, sont représentées avec deux cornes, en tout, six, parce qu'elles nuisent tout à la fois au prochain el au pécheur luimême en violant six commandements de Dieu. [OU. C.)
36. La gourmandise, la paresse, l'envie et la luxure, plus particulièrement nuisibles au prochais el violant quatre commandements.
(iWd.)
37. Au commencement du dernier chant de l'Enfer , Danle , eu apercevant de loin Lucifer agitant ses ailes, Ta comparé à un moulin à vent et, par une allusion sacrilège à 1 Église romaine, il a dit : veder mi pane un lai dijicio. Nous retrouvons ici la même idée sous une autre forme, et elle nous est signalée dans les mêmes termes; car ce n'est pas sans motif que le poète reproduit ici cette expression de difuio tanto, en l'appliquant au char, c'ett-
à-dire au siège transformé en monstre. Il en fait sortir sept têtes , dont trois ont chacune deux cornes, parce que , nous dit le* P. Daniel , sept cardinaux seulement prenaient part dans les premiers temps à l'élection du pape et portaient seuls la mitre à deux pointes. Nous venons de voir que l'Anonyme, qui , peutêtre, avait ses raisons pour ne pas être aussi explicite, reconnaissait dans ces sept têtes les sept péchés capitaux; mais dans sa pensée cette interprétation ne s'éloignait peutêtre pas autant qu'il le parait de celle de Daniel, car les tut ladroni pouvaient bien représenter les sept péchés capitaux.
38. Les commentateurs ne sauraient méconnaître ici une intention agressive contre l'Église romaine, mais ils prélendent réduire cette satire sanglante aux proportions d'une personnalité. Selon eux, il ne s'agirait ici de flétrir que Bonifacc VIII et Clément V, coupable*, nui yeux de Dante, d'avoir prostitué Ni dignité pontificale dana leurartpporJ avec les souverain* Icmpomt, Ou jugera, d'aprèa tout ce qui pri^ùaV et ce qui suit, si 1 hostilité du {»>*(' n'est pas beaucoup yiub générale cr ne s'attaque pas à l'Église romaine elle-même, aux chefs qui l'ont dl-
LK Pl'KGATOlItK.
Auprès d'elle debout, comme pour empêcher Que ne vint un rival de ses bras l'arracher, Se tenait un géant". Tous deux, par intervalle , Allaient s'entre-baisant d'une impudence égale. Mais, pour l'avoir surprise au moment où ses yeux Vers moi se dirigeaient, lascifs et doucereux, Son farouche galant , des pieds jusqu'à la tête Sur elle fit pleuvoir dé coups une tempête *•;
rigée depuis des siècles, et aux doctrines sur lesquelles elle faisait reposer sa double autorité.
39. Ce géant est l'immense Briarée, lo smisurato Briareo, dont le poète s'est enquis si curieusement au bord du puits de l'abîme ; Virgile lui a répondu qu'il se trouvait beaucoup plus loin, più la è molto, et qu'il était lié, ed è legalo, c'est-àdire en relations intimes avec le pape et peut-être investi du titre de légat du Saint-Siège, en France, comme Robert 11 en Sicile. Or, ce géant , nul ne le conteste , est Phl- Hppe-le-fiel, le bourreau des Templiers.
40. Aucun pontife n'avait été plus partial pour la maison de France que Boniface VIII. Elle l'avait fait pape, dit Michelet, mais il la faisait reine. Il avait appelé en Italie Charles de Valois, et, en attendant l'empire latin de Constantinople, il l'avait créé comte de Romagne, capitaine du patrimoine de saint Pierre, seigneur de la Marche d'Ancône. Il obtint aux princes français le trône de Hongrie; il fit ce qu'il put pour leur procurer la couronne impériale et celle de Castille. Pris pour arbitre entre les rois de France et d'Angleterre, en 1298, sa sentence ajourna les restitutions dues aux Anglais par Phiiippe-le-Bel. Voilà comment le roi de France et le pontife baciavansi insieme. Une ques-
tion d'argent, celle des biens d'Église, vint brouiller Boniface et Philippe. Les bulles comminatoires se succèdent sans faire céder le roi.
Alors le pape favorise Albert d'Autriche contre Charles de Valois, qui prétendait à la couronne impériale, puis le reconnaît pour empereur ; il envoie à Philippe , pour le sommer de se croiser, Bernard de Saisset, évéque de Pamiers, qui, appartenant à la famille des anciens vicomtes de Toulouse, était désigné comme l'auteur d'un vaste complot, dont la réalisation eût enlevé tout le Midi aux Français , car il rêvait la fondation d'un royaume de Languedoc, au profit d'un descendant des Raymond de Toulouse. (Foy. Dupuy, Hist. du diff., p. G'fO à G45, et p.
683.) H rappelle k Philippe que ses prédécesseurs ont déposé trois rois de France, et menace de le déposer lui-même comme un pauvre garçon, ticut unum garcionem (Dupuy, Pr.t p. 77-8). Enfin, en Italie, il se rapproche des Verts, des Gibelins, de Hugues de la Faggiola, ami de Dante (voy. le Veltro), et voilà l'œillade lascive , l'occhio cupido e ragante, lancée à Dante par la prostituée. De là l'expédition sacrilège de Nogaret et de Sclarra Colonna à Anagni, où ce dernier osa frapper de son gantelet de fer le pontife octogénaire.
C'est ainsi que Nogaret, petit-fils d'un Albigeois brûlé comme héréti-
Puis, plein de défiance et de rage à la fois, Il détacha le char et si loin par le bois L'emmena , que bientôt la femme dissolue Et le monstre nouveau furent hors de ma vue 4t.
que (Dupuy, Hist. du diff., p. 23, et Pr., p. 166), vengeait son aïeul et ses compatriotes sur le successeur d'Innocent III. ,
41. Le Saint-Siège, devenu un objet monstrueux, est détaché violemment de cet arbre de science, qui, dans l'origine, avait fourni les matériaux nécessaires à sa cons- .
truction ; profané par l'adultère et la prostitution, il est emmené en France par Phiiippe-le-Bel, qui y installe Bertrand de Gott sous le nom de Clément V, où les murs d'Avignon, la seka, le cachent a la vue de Dante. Quant aux vertus théologales et cardinales, aux sacrements, aux livres saints , tout cela reste le rarfage de celle qui personnifie la foi sectaire.
Que les défenseurs de l'orthodoxie du poêle ne volent qu'un péché véniel dans les injures qu'il prodigue à Boniface et à Clément, attendu qu'elles ne s'adresseraient, selon eux, qu'aux princes temporels ; en peuvent-ils dire autant de cette transformation du Salnt-Siége,
de l'Église romaine elle-même, dificio santo, en monstre placé sous le patronage des sept péchés capitaux, et cela non pas depuis le pontificat de Boniface ou de Clément, mais à partir du moment où l'aigle impériale se dépouilla de ses plumes en faveur de l'Église, c'est-à-dire, lorsque Constantin enrichit le successeur de saint Pierre, il primo ricco padre ? S'il n'y a pas hérésie à s'en prendre au Saint-Siège luimême et à l'Église catholique des erreurs de quelques pontifes, où donc la reconnaîtront-Us P Qu'ils songent que le poème est censé composé en 1300, et que Boniface VIII en avait à l'avance prononcé la condamnation, lorsqu'il écrivait dans la bulle umm sanctam : « Reconnaître deux puissances et deux principes, c'est être hérétique et manichéen. » IHons ne sauf ions affirmer que Dante reconnut deux principes, mais, à coup sur, il admettait deux puissances; bien plus, il les voulait réunies dans les maint d'un monarque temporel.
Domine, venerunt génies, chaulaient en pleurs, A trois ou quatre voix , alors les saintes sœurs , Reprenant tour à tour leur sainte psalmodie 4,
1. Ce chaut, alterné outre les vertus religieuses et les vertus politiques, semble au premier coup d'asil se rapporter à la translation du Saint -Siège à Avignon, et c'est en quoi consiste l'habileté du poète; mais sa pensée embrasse de bien autres griefs ; ii ne faut^pour s'en convaincre, que se reporter aux paroles du Psaume : « Seigneur, les nations sont entrées dans votre héritage (dans le Languedoc), elles ont pollué votre saint Temple (rendu au catholicisme les églises albigeoises, détruit l'Ordre des Templiers). Elles ont exposé les corps morts de vos serviteurs en pâture aux oiseaux du Ciel (aux bénédictins et dominicains); les chairs de vos saints pour être la proie des bêtes de la terre (à Toulouse, à Bézlers). Elles ont répandu leur sang comme Veau (dans les massacres des Albigeois, les tortures et les supplices des Templiers, et non pas, à coup sûr, lors de la translation du Saint-Siège dans Avignon, puisqu'elle n'entraîna aucune effusion (le sang). Aidez-nous, 0 Dieu, qui êtes notre Sauveur, faites éclater contre les nations la vengeance du
sany de vos serviteurs, etc. » Ps. 78. — On a déjà dû se demander plus d'une fois, en parcourant ces notes, comment il avait pu se faire que les compatriotes du poêle se fussent obstinés si longtemps à garder sur leurs yeux les écailles qui les couvraient. Rien de plus étonnant, eu effet, après tant d'avertissement * leur arrivant de toutes parts. Les étrangers sont du moins excusables, ils devaient croire les Italiens plus en état que personne de comprendre leurs auteurs, et s'en rapporter aux gros bonnets de leur littérature, rit jurant que par le gi'an padre Alighicri, le créateur delà langue italienne, disaient-ils, sans se douter comment il en était l'Adam, et le proclamant le théologien catholique par excellence, malgré une teinte assez foncée de gibelinisme. Cet aveuglement provient de ce que ceux qui y voyaient clair n'osaient rien dire et de ce que ceux-là qui n'y voyaient rien ou n'y voulaient rien voir avaient le verbe très-haut, et traitaient même assez mal quiconque cédait à la velléité de parler.
Lisez Gaspard Gozzi, par exemple, dam son explication du tableau de
Béatrice écoutait, si pâle, anéantie,
Qu'à peine, sous la croix, Marie en ses douleurs
Put jadis changer plus \ Mais, quand l'ode sacrée -
Prenant fin , de parler à son tour lui permit,
Se levant toute droite, en réponse, elle dit.
Gomme un ardent brasier la face colorée :
Modicum atque vos non videbitis me;
Et iterum, mes sœurs , de mon amour si digues ,
Modicum atque vos tune videbitis me*.
Faisant marcher alors , tout étant consommé, Les sept vierges devant, sans parler que par signes. Sur ses pas, moi, la dame et le sage écrivain,
Cébes. Nous dirons, pour l'instruction de M. L. Delatre, qui n'a peutêtre pas plus lu sou Pinax quo le moine de Zigabène, que c'était un disciple de Socrate. Eh ! bien, vous verres que ce Psaume Venerunt gentes l'avait mis complètement sur la voie. D'autres* passages avaient frappé Foscolo, qui n'a fait, il est vrai , qu'avancer une opinion sans la prouver; Vecchloni, qui dut suspendre son travail par ordre; et Rossetti, qui, à force de vouloir prouver, avait uni par soulever un brouillard au milieu duquel ne se détachaient clairement qu'un certain nombre de faits historiques.
Mais enfin, en joignant à cela les diverses indications signalées dans nos Hévél. (p. 420 et suiv.), il y avait certes bien plus qu'il n'en fallait pour mettre sur la voie quiconque aurait eu la volonté de s'éclairer; or, ces gens-là sont toujours peu nombreux. Lors de l'apparition de la Comédie, les omis du poète , ses coreligionnaires, avaient eu intérêt à épaissir le voile, à égarer l'opinion ; celle-ci, une fols abusée, avait tenu à son idole, qui unit par être généralement acclamée ; les niais et
les dupes étant d'ordinaire et partout en majorité; puis les savants ou prétendus tels excellent surtout à appuyer l'erreur des plus beaux raisonnements et des démonstrations les pjus érudites.
2. Béatrice , la doctrine gnostique manichéenne, albigeoise, patarlne, évangélique, comme on voudra l'appeler, écoule, gémissante, sospirota e pia, ces paroles, qui lui rappellent ses douleurs, car il est à noter que le Psaume 78 est chanté en entier; elle est plus changée que la Mère du Sauveur, dont le nom de Marie désigne la secte elle-même, parce qu'il lui faut se transformer, se déguiser pour échapper à la persécution, et elle est méconnaissable pour ses ennemis sous son déguisement.
3. Ces paroles sont celles-là mêmes dont se servit le Sauveur pour annoncer à ses disciples sa mort et sa résurrection (saint Jean, ch. xvi).
Comme lui, Béatrice, crucifiée dans les Albigeois et les Templiers , sera ensevelie dans les ténèbres et disparaîtra aux regards de tous, puis elle ressuscitera. triomphante, et le jour viendra où, exerçant la justice suprême, elle jugera les vivants et
Elle se mit de suite avec nous en chemin *.
A peine avait son pied dix fois foulé la terre ,
De ses yeux sur les miens quand frappa la lumière.
— Hâte le pas, dit-elle, avec un front serein,
Afin qu'en te parlant tu puisses mieux m'entendre. — Quand près d'elle, à son ordre empressé de me rendre,
Je me fus avancé : — Frère, ainsi donc pourquoi
Me rien me demander en venant avec moi 5 ? A cette question me sentant interdire,
Il m'advint comme à ceux que , par trop de respect,
De leurs supérieurs intimide l'aspect ,
Kl dont entre leurs dents la voix tremblante expire.
A mots entrecoupés je ne pus que lui dire :
— Madame, vous savez mieux que moi mon besoin
les morts. En attendant, elle se transfigure comme lui et passe de l'abattement à l'enthousiasme, colorata corne fuoeo.
4 . Les sept vertus vont ainsi présider au baptême mystique où Dante s'achemine, accompagné de ses parrain et marraine, sous la direction suprême de celle dont il a fait la rivale triomphante de l'autorité. Le jeu muet de Béatrice, qui d'ordinaire parle volontiers et assez longuement, est d'autant plus remarquable que c'est le seul moment , dans tout le poème, où elle s'exprime par signes.
Mais on s'explique fort bien qu'il en soit ainsi, lorsqu'on songe que l'hérésie réduite par les persécutions à se transformer extérieurement, à renoncer à la prédication orale, dut recourir aux moyens de reconnaissance mystérieux, au langage des signes, à la symbolique ordinaire des associations secrètes. C'est à quoi elle était réduite en Provence , en Languedoc , dans la Lombardie, où elle semblait avoir complètement disparu, jusqu'à l'instant où elle
s'enhardit à faire acte de vie, sous la forme gibeline , lorsque Henri de Luxembourg passa en Italie pour y ceindre la couronne impériale. Restée à l'état latent jnsqu'au xvi" si<Scle, elle se révéla tout à coup et s'appela la Réformation. « Son apparition, presque simultanée, et son développement sur des points divers attestent non-seulement, comme le dit M. Ch. Rémusat (fier, des Deux Mondes, 15 juin 1854). une cause générale et une certaine unité, »
mais encore une puissante organisation antérieure.
5. Béatrice devient plus communlcative ; elle sort de son muUsmeet veut qu'on l'interroge ; cette fois elle ne parlera plus par signes, mais elle s'exprimera symboliquement et par énigmes artifleieusement combinées, seul langage qui fut à sa disposition.
Klle n'a plus ie ton imposant d'un amiral sur son vaisseau, elle chemine à pied , aussi traite-t-elle de frère celui qu'elle a d'abord ae&ucilll si rudement.
CHANT XXXUI.
Et comment l'assister d'un charitable soin.
Elle reprit : — Je veux que de crainte et de honte Ton âme désormais h s'affranchir soit prompte , Que tu ne parles plus comme un homme endormi '. Or sache que le char qui me portait naguère, Et que brisa l'effort du serpent ennemi, Fut un temps et n'est plus 7. Toutefois que n'espère Quiconque lit le mal tromper le Dieu vengeur : De leurs soupes au vin son courroux n'a pas peur 8.
6. Corn* uom che sogna , comme un homme qui rêve, comme dans la Fie nouvelle, par exemple, et dans les deux premiers tiers du poêine, où le sommeil et les songes se reproduisent si fréquemment; en effet, à partir de ce moment Dante cesse "de s'endormir et de rêver, et nous In verrons, toutes ses précautions bien prises , affecter sans crainte ni honte le langage d'un fervent catholique.
7. Tant que le Saint-Siège se conforma aux traditions de la primitive Église, il porta la véritable doctrine, celle de la gnosis ; il fut le char de Béatrice , l'édifice construit du bois de l'arbre de science. Il cessa de l'être du jour où les pontifes, répudiant la pauvreté évangélique , devinrent avides de pouvoir et de richesses. De ce moment le Saint- Siège est devenu un monstre, « une béte, figure de l'antechrist, » et, pour qu'il n'y ait pas de doute à cet égard, le poète met dans la bouche jde Béatrice les propres paroles de l'Ange dans Y Apocalypse (xvu , 7).
Si ce n'est pas là un langage hérétique, où le signaler ? Martin Luther ne le désavouerait pas. Mais il est encore nn autre sens, qui n'est pas le moins curieux. Savez-vous quel est le vase qu'a brisé le serpent, // raso che 'l serpente ruppe? Eh!
bien, c'est ieTempte, dont le pape a
prononcé l'abolition, c'est ce vaso perfetto, œuvre de la Nature, ne recevant qu'un sang parfait, et dont Stacenous a expliqué la destination, ch. x\. Nous n'avons donc pas fait erreur en disant que le char sur lequel apparaît Béatrice symbolisait tantôt le Saint-Siège, tantôt le trône, impérial dressé dans le Temple. Or/ le Temple a été et il n'est plus, au moins ostensiblement, mais Béatrice espère bien le voir réédiûé en plein soleil de la raison.
8. Si la cupidité et l'ambition ont envahi le Saint-Siège, chi n'hacolpa, à qui la faute? Aux pontifes, sans doute. Par qui le vase mystérieux, œuvre de la Nature, fut-il brisé?
Par un pontife. Quels étalent maintenant ceux qui, du temps de Dante croyaient qu'en mangeant une soupe au vin sur la tombe de leur victime, ils échapperaient à la vengeance de sa famille? Les spadassins, les meurtriers catholiques, faisaient le signe de la croix avant de donner un coup de poignard. Or, il ne s'agit pas ici de meurtre, mais d'un char qui fut et qui n'est plus, de ceux qui ont contribué à faire de ce char un objet monstrueux. Ceux-Jà sont les pontifes. Et par suite ceux qui sont désignés ici comme ayant recours aux soupes au vin pour conjurer la vengeance céleste, ne peuvent être
Elle ne sera pas toujours sans qu'on lui voie Enfin un héritier, cette aigle de César Qui fit pleuvoir partout ses plumes sur le char, D'où vint que, d'abord monstre, il fut ensuite proie ' Car j'aperçois briller, et rien n'est plus certain , Des astres, que n'entrave obstacle ou résistance, Nous annonçant là-haut que le temps est prochain Où doit venir, par Dieu chargé de sa vengeance , Un Cinq cent dix et cinq qui percera le sein De la prostituée , et du géant hautain, . Son complice, saura châtier l'arrogance 16.
Mon langage est peut-être à ton intelligence Plus obscur que celui du Sphynx et de Thémis, Quand je te parle ainsi qu'ils s'exprimaient jadis14 ;
autres que les pontifes. Il y a donc là une allusion impie, sacrilège, au plus auguste mystère de la religion catholique, et 11 faut vouloir fermer les yeux pour ne pas en être frappé.
9. Monstre sous des pontifes prévaricateurs, Il est devenu la proie de l'étranger, lorsque Clément V l'a livré à Philippe-le-Bel, et nous avons là le commentaire <Ie predella ; mais bientôt un prince, héritier de ces Empereurs en retiens qui comblèrent rfcgll&e de leurs dons, viendra tirer vengeance de pareils attentats.
10. C'est comme organe de la justice divine que Béatrice prononce à l'avance la condamnation de la prostituée et de son galant. Celui qui doit sévir contre tous deux est annoncé comme un cinq cent dix et cinq, formule mystérieuse qu'on a traduite par un chef, DVX, la première lettre valant S00, la seconde 5 et la dernière 10. Mais pourquoi pareille précaution, s'il ne s'agissait que d'un général , d'un chef militaire, dont l'action n'aurait été que temporelle? On ne saurait en donner
une raison valable. Si, au contraire, il faut lire avec nous un, I, cinque cento, D, dtiei,X, e, E, cinque, V, en prenant tour à tour une lettre au commencement et à la fin, on trooso le mot 1VDEX, juge, et l'on comprend alors que Dante ait cherché à voiler sa pensée. En effet, s'agissant de la sentence à porter contre un roi et un pape, la qualification déjuge implique la réunion des deux pouvoirs , non dans les mains d'un pontife, mais dans celles d'un prince temporel ; or, il n'aurait pas été prudent d'exprimer clairement une telle énormilé au commencement du xiv siècle; quoiqu'il ne soit pas difficile de la retrouver dans le traité de Monarchia. Ce juge ou ce chff est Henri VII ; il est le giustiuimo principe, qui, au dire de l'Anonyme, devait détruire toute hérésie , toute simonie , et ri formate lo étato délia Chiesa, chose difficile s'il n'eût pas été investi du pouvoir spirituel.
11. Tu te caches, donc tu te sens coupable, pourrait-on dire triée, car pourquoi s'exprimi
à Jkja-
Mais, pour être bientôt tes Naïades propices,
S'accompliront les faits et te révéleront,
Sans péril des moissons , des boucs et des génisses ,
L'énigme qui te semble un mystère profond ".
Conserves-en mémoire et prends bien soin de rendre ,
Sans y changer un mot , ce que tu Tiens d'entendre
Aux vivants , vers la Mort qui tout courant s'en vont i:
Quand tu les écriras, rappelle à ta pensée
La tige, par deux fois, d'un larcin offensée ,
Sans rien dissimuler de ce qu'ont vu tes yeux *\
Quiconque lui dérobe , ou bien lui porte atteinte ,
Blasphème par le fait le Souverain des Cieux ,
Pour son usage seule ainsi qui la fit sainte li.
La première ftme humaine à ses fruits qui mordit,
De cinq mille ans et plus de désir, de souffrance,
.style d'oracle, si le fond de la pensée n'a rien que de conforme à la foi, qui était alors la loi suprême?
1 2. lxs événements te feront connaître l'héritier des Césars, l'envoyé de Dieu , messo di Dio , le limier prédestiné, reltro, le juge souverain, Index. Tn verras alors quelle vengeance sera tirée du géant et de la Prostituée, dans la personne de Phlllppe-le Bel et de Clément VU, on de leurs successeurs ; car les usurpateurs de ce char , traîné par le griffon à Fa double nature, ou je siégeais dans ma pureté primitive , en seront précipités; alors une réforme complète lui fera dépouiller son aspart monstrueux et reprendre son antique splendeur. Quant à savoir s'il faut lire ici No jade ou Lajade , de Laïus, père d'OEdipc, nous laissons de plus habiles en décider.
{Voy. Ovide, Métam., VII, v. 7G0.) Mais nous tenons pour Xaiades, attendu quece nom désigne les Nym phea versant les eaux vives de la doctrine.
13. Mo sois pas plus clair qufje ne l'ai été moi-même pour les catholiques, ces suivants de la Mort ou de dame Piété, dont la vie, abnégation de l'intelligence, n'est qu'une mort anticipée , une course vers la mort de la raison, Viri del «foer c h' è
. tin correre alla morte.
14. Raconte fidèlement ce que tn as vu; car les partisans du Saint- Siège n'y comprendront rien ; mais tes coreligionnaires sauront au mieux ce que signifie la dévastation de l'arbre sacré par l'aigle Impériale et le vol du char par le géant et *a complice.
15. Philippe-le- Bel et Clément V sont donc coupables du crime de lèse-majesté divine au premier chef, car Ils n'ont pas seulement dérobé le Saint-Siège , que Béatrice seule devait occuper dans sa gloire, ils ont encore brisé, srhiantato, dans l'Ordre du Temple, l'un des plus beaux rameaux de l'arbre sacré du gnosticlsme manichéen.
S'attira le supplice, et dut attendre en transe Celui qui 4u méfait, innocent, se punit ". Si tu ne comprends pas par quel motif sublime . * - Cette tige est si haute et si large sa cime, Il faut qu'en ce moment sommeille ton esprit f 7 ; Et si n'eussent été tes profanes pensées Pour lui l'eau de l'Eisa , tant d'erreurs insensées Ce que pour le mûrier fut Pyrame expirant, Rien qu'à voir l'arbre, il eût compris, en l'admirant, Tant chaque circonstance est évidente et claire, La Justice de Dieu dans l'interdit sévère ". Mais puisque désormais en toi l'entendement, Je ne le vois que trop , est devenu de pierre , Et teint de la couleur du péché , tellement Qu'à^n'entendre bientôt f éblouit la lumière " , Je feux, comme on rapporte, au retour du lieu saint, Une palme attachée au bourdon de voyage, -Qu'à jamais l'emportant en toi , de mon langage Te suive un souvenir, non pas écrit, mais peint u.
10, Quel ne sera donc pat le chàti- set aspro, et Io sou renuto al puuto
ment de ceux qui ont mutilé l'arbre délia ruota, p. 378, 380 de» Ré-
saint , puisque Adam (le véritable, ré/., et, dans l'Enfer, les allusions
cette fois ) , a dû expier si cruelle- réitérées à la pieira.) De même, en
ment un bien moindre forfait. suivant la bannière des Guelfes, il
17. Rien de plus clair en effet, en avait pris la couleur, qui était car la tradition gnostlque remonte rougi, et restait, par suite, ûi pecjusqu'à Dieu lui-même et, semblable eato tinlo.
à un arbre immense, la doctrine, dont 1 9 . Voilà lecommentaire de Dan le elle est le dépôt sacré , est destinée lui-même au sujet de cette pierre à étendre ses rameaux sur toute la qui lui tient au cœur et de cette couterre, leur guelfe qui, pour lui, est celle du
18. L'eau de l'Eisa, en Toscane, péché, in peccato tinto , pierre" et pétrifie les objets qu'on y plonge , et couleur qui opposaient un obstacle le sang de Pyrame rougit le fruit du insurmontable à la contemplation mûrier qui était blanc. (Foy. Ovide, de la véritable lumière.
Met.) Les opinions guelfes de Dante, 20. Les coreligionnaires du poète
pensierivani, ont pétrifié son esprit, se désignaient entre eux par les
ont fait de lui un suivant de ma- noms de PaJmteri, de Pillegriniet
donna Pieira. (Voy. les deux Can- de Aomet , selon qu'ils étaient Tem-
zoni : Coà nel mio parlar roglio es- pliers , Provençaux ou Italiens.
Et je lui répondis : — Comme en la cire molle Se reproduit le sceau, fidèlement empreint, De même en mon cerveau s'empreint votre parole". Mais pourquoi, quand la suit ardemment mon désir, Faut-il si haut parfois qu'elle s'élève et vole, Que plus je fais effort, moins je peux la saisir?
C'est, reprit -elle, afin que de la vaine école Dont tu pris les leçons tu saches la valeur, Et juges à quel point sa doctrine frivole Peut espérer me suivre à pareille hauteur M; De la roule divine aussi pour que tu voies, A n'en pouvoir douter, que nos humaines voies S'éloignent tout autant qu'à vos yeux confondus, La terre est loin du ciel qui se hâte le plus ".
A quoi je répliquai : — Je n'ai point souvenance De m'étre eu aucun temps loin de vous écarté, Et ne me le reproche en rien ma conscience.
(Foy. p. 66 des Révél. et note 20 Enfer, en. i.) Or, Il est évident que Béatrice lui parle ici au lieu et place du grand-maitre de L'Ordre, s "adressant à un Templier.
21 . Lors de la réception d'un Rose- Croix, grade dans lequel le parfait Maçon, censé Agé de 0 ans , réunit les deux sexes et se compose fictivement de deux personnages ayant chacun cet âge, comme Dante et Béatrice dans la Vie nouvelle , on présente au récipiendaire deux paires de gants, une d'homme, l'autre de femme, et un bâion de cire à cacheter, Light on Masonry, p. 220. 11 n'y a donc pas à s'étonner de la comparaison de la cire et du sceau , juste au moment où Béatrice vient de se réunir à Dante dont le cerveau n'a d'autre pi usée que celle qu'clc lui imprime, en lui donnait l une nouvelle vie.