‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 19 sur 123 · Ceux-là ont aussi péché par · texte numérisé non relu

Ceux-là ont aussi péché par

la gorge et ils sont punis par la gorge. De plus, pour rendre l'allusion plus saisissante , ils coassent un hymne, Questo inno si gorgoglxan ; ce qui dirige l'attention sur ceux qui chantent les louanges du Seigneur.

39. On voit que la métaphore se continue, et qu'il faut entendre par cette vase liquide les enseignements donnés du haut de la chaire.

(*) La filiation de l'idée mise en centre par notre poêle clans ta définition symbolique de la Fortune remonte a ces Panliciens, qui, se rattachant an gnostlcisme, furent si non les pères, au moins les frères spirituels des Albigeois. Parlant de ces paroles d'Isale : Qui paravtrunt mentant Fortunée et Dœmonii poculnm impieverunj, etc., la communion était pour eux Je sacrifice des Démons, habitants du temple; Sanctam eorporit et tnnguinit Domini eonununionem Dœmonumqui in tetupto habitant ta criji ci um appe liant* Inutile sans doute d'expliquer quels étaient dans la pensée de ces hérétiques les démons dont la coupe se remplissait dans le temple et cette Fortune dont la table y était dressée. Le témoignage du moine de Zîgjbéne qui non* donne ces renseignements dans sa Panoplie dogmatique de la fit orthodoxe est d'autant plus précieux qu'il était contemporain de l'hérésie pattlicienne et des poursuites dont elle fut l'objet a Gonstantinople ; qu'il a vu, entendu et lu ce qu'il raconte avec la bonne foi d'un fervent religieux; que son livre a été traduit du gne en latin a Venise, en 4555, par un chrétien orthodoxe, non moins zélé que lui, P. F. Zino de Vérone, avre l'intention de l'opposer aux progrès de la réfoianation, contra hœretet, ainsi que l'atlestenrle titre et la dédicace du lraduc~ teur à Loigi I ipômann, archevêque de Vérone. Et malgré tont cela, Dante n'aurait en rien de commun ni avec les Panliciens, ni avec les Albigeois I

Au pied de cette tour lorsque nous arrivâmes, Je dis, en poursuivant, que déjà nous avions Vu de loin , au sommet, briller deux jets de flammes. Un autre à ce signal répondit. Ses rayons Frappaient nos yeux à peine à très-grande distance â.

A Virgile aussitôt, cette mer de science , J'eus recours : —Apprends-moi, dis-je, ce qu'en ce lieu Exprime ce signal. Que répond l'autre feu? Qui les a fait briller? — Et lui : — Si ne t'empêche Le brouillard du marais, dit-il, d'apercevoir Ce qui s'en vient là-bas sur le flot trouble et noir, C'est là ce qu'on attend. — Non , jamais une flèche Par la corde chassée, aussi rapidement Ne courut, traversant les airs, qu'en ce moment Glissait sur le flot sombre une étroite nacelle, D'un seul nocher montée 2. Il crie en arrivant : — Te voilà donc venue enfin , Ame rebelle s 1

l . Après avoir expliqué comment dit Landino, dans son commentaire.

la Fortune n'est autre chose, pour 2. Un sol galeotto,à\\ Bante, qui

lul,quelapuis8ance ponUflcale, il flvait t

va noua fa.rc connaître ses œuvres, -b d lèreg J ,„ dé

et, a cet effet, il nous transporte sur ° nB . „ * , ..... .** r * .

,'(„...„ îi«-.„«« i?« «m>* «„ sous le nom de Phlegias. En effet,

le territoire llorentin. En effet , au „ ,, , . .. ° , . ,

bord de l'Amo s'éievait le château quell° che S a*petia ' cclui mi on

^iïJ£^™m^-n^A?? attcn(1 est le même dont Clacco a

de 1 Ancisa [roy. Viliani, i\,45). Att . -, . . . ,

qui correspondit avec Florence.,! dtt« <*• VI ! Tal' che to" P'aM">-

moyen de signaux enflammés : Di 3. Anima fella, oui , félonne en-

dl col fumo e di notte c*l fuoeo , vers l'Église, rebelle à sa loi.

— Phlégias, Phlégias, ce sont des mots au vent ,

Lui dit mon protecteur, crois-moi, de penser change,

Nous ne serons à toi, tout juste, que l'instant

Qu'il faut, dans ton esquif, pour passer cette fange *.—

Gomme d'un grand mécompte un homme qu'on surprend Renferme son chagrin, qui l'en mord davantage, Tel Phlégias se tait et dévore sa rage. Dans la barque aussitôt mon maître qui descend M'y fait entrer ensuite, et moi seul, par ma charge, J'ai paru la lester. Soudain prenant le large, L'antique nef fend l'onde et va tirant plus d'eau Qu'avec tout autre encore avec ce poids nouveau.

Pendant que nous Courions l'onde stagnante et morte, Devant moi se soulève un fantôme fangeux.

— Qui donc es-tu, dit-il , pour venir de la sorte Avant l'heure marquée6 ?— Et moi : — Si dans ces lieux Je viens, je n'y dois pas rester 6. Qu'il ne t'importe. Toi-même, quel es-tu, qui t'oiTres si hideux !

—Tu le vois, reprit-il^ un malheureux qui pleure7. — A quoi je répartis : — Esprit maudit, demeure A pleurer dans la boue 8 : encore que tes traits Soient ainsi tout souillés , va, je te reconnais •. —

4. Phlégias, qui avait brillé le 7. Autrement dit : un catholique, temple du dieu de la lumière, sym- un fidèle de la religion de haine ; bo\)»e ici le aèfe fanatique des Noirs ceux-là pleurent constamment, florentins, ennemis de cette lumière 8. Nous avons dit ce qu'il fallait venue de l'Orient, dont ils auraient entendre par cette eau trouble, cette brûlé volontiers tous les apôtres. fange , cette boue noire , en oppo- Nul dootfe qu'il ne faille voir dans ce sitlon aux ondes limpides de la docdémon Charles de Valois, qui, appelé trine sectaire, à Florence comme pacificateur, y 9. 11 le reconnaît si bien qu'il va mit tout en feu. Foy. !>ino Compa- l'appeler le bizarre esprit florentin ; gnf etJ. Vlllani. attendu que ce Philippe Argent! ,

6* Exile de Florence sons peine l'homme d'argent , est la personnifie mort , comment te permets-tu de fleation de l'esprit mercantile des rompre ton ban ? Guelfes de Florence , l'esprit bour-

6. Tant que les Noirs y domine- gedis Incarné, plein d'emportement

ront: e'étattfll son tourment. et de foreur, contre tout ce qui

60 l'enfer.

Lui , s'attache à l'esquif de ses mains qu'il allonge *•; L'en repousse le maître et s'écrie irrité :

Avec les autres chiens" va-t'en et vite plonge. — Puis les deux bras au cou , soudain , il m'a jeté, Et me baise au visage, en disant : — Ame fière, Soit bénie à jamais celle qui fut ta mère ". Au monde celui-ci fut d'orgueil dévoré, Sans même une vertu pour parer sa mémoire , Aussi souffre-t-il là de fureur ulcéré.

Que de grands rois, là-haut, tout gonflés de leur gloire ", Se vautreront, chargés de honte et de remords, Dans ce cloaque infect, comme d'immondes porcs 4*.

Je repris : — J'aurais, maître, à coup sûr grande envie De le voir submergé dans la mare croupie Avant que nous soyons déposés sur ses bords ". — Et lui : — Tu n'auras pas à ce bateau qui glisse Dit adieu, qu'il faudra que ton vœu s'accomplisse. —

Je vis bientôt après, en effet, quel parti Fut fait à l'orgueilleux, par la tourbe endurcie Des compagnons fangeux dont il fut investi. J'en loue encor le Ciel, et je l'en remercie. « Sus, sus, criaient-ils tous, à Philippe Argenti18. »

blessait ses croyances et ses inté- fier : qui est devenue enceinte de

rets. toi.

1 o. Pour empêcher Dante d'entrer 1 3. Les papes étant rois, et domi-

dans Florence-Dilé. nant même sur les plus grands, il

H. Avec les profanes, soumis à va sans dire que le trait est à leur

la loi de Rome; avec ces brutes adresse.

aveugles qui, répudiant la raison, 14. Aussi, saint Pierre dlra-t-ll

ont perdu le bien de l'intelligence, dans le Paradis : Des lieux où dort

12. Le flls de Virgile n'est ni un ma cendre on fait un vrai cloaque,

homme d'argent orgueilleux de son Ch. xxvu.

or, ni l'une des brutes haïssables du 15. La charité est loin de briller

troupeau orthodoxe, brebis, chiens, dans un pareil vœu , auquel Virgile

pourceaux. Mais qu'on relise ce ne manque pas de s'associer, pour

vers dans le texte, et l'on verra s'il l'exaucer ; mais les haines politiques

ne faut pas le traduire : Bénie soit la sont sans pitié , et plus encore les

doctrine qui s'est incarnée en toi ! haines religieuses.

In te s'inemse n'a jamais pu signl- 16.11 était de la famille Gaviccluli,

Cet Esprit florentin , à la fougue sauvage, Lui-même, à belles dents, se mordait avec rage. Nous le laissâmes; plus n'en dirai sur ce point17.

Tout à coup, me faisant Qxer la vue au loin , Une clameur sinistre à mon oreille arrive ; Le maître alors me dit : — Mon fils , de la cité Nous approchons, ici qu'on appelle Dite 18, Au peuple gémissant, à la foule captive. —

Et moi : — Maître, déjà par delà le marais, Là bas au fond, je vois, certes, ses minarets, Qui semblent s'élancer rougis d'une fournaise !\—

L'inextinguible feu qui jamais ne s'apaise Les embrasant, dit-il, fait qu'en ce bas enfer Tu les vois flamboyer, rouges comme l'éclair 2\

Nous gagnons les fossés qui, profonde vallée, Défendent tout autour la ville inconsolée. Ses remparts élevés me paraissaient de fer ". Non sans un grand détour nous prîmes enfin terre", Et, d'une forte voix, où perçait la colère,

Tune des branches des Adiraari , et les siens , les églises catholiques

ennemis personnels du poète; à tel étalent des mosquées. C'est ainsi

point que ses biens, frappés de con- que, dans la Chronique de Turpin ,

fiscation, avaient été donnés à l'un Chariemagne , personnification de

d'eux. Il faut voir ici la peinture l'Empire , brûle les mosquées des

d'une de ces émeutes ri fréquentes mécréants de Sarragosse.

à Florence, où le peuple faisait à sa 20 Lcg |ong hûineuses tou-

mamère jualice de ceux qu'il appe- Jo||fl allum^es> ,e8 bucher8 de l'in-

lait popolam grossi. quisition dressés pour les héréti-

17. A bon entendeur, salut I quegt gont pour ]e poète la cause de

18. Florence, ville de Dis, Pluton cctle couleur rouge arborée par Flooo Plutus ; les deux noms s'éc rivant renec guelfe, dont la bannière por- Pluto en Italien, et signifiant au sur- tait les fleurs de lis de gueules, plus la même chose. 2 1 Vu l'impossibilité pour Dante

0,,, ;,i, rfdmr d'y rentrer, et pour Henri VII de

a ckrîêt* «i Pauh, princrpi bujiM muiidi , g'en emparer.

L..,ig.n .„„<,„< d,t„ .c f*, «u JLT , »■ Allusion aux courses errantes

jureei. Piiingcnio [icdiac, *i,„, îib. un', du poète aux environs de sa ville

natale , pour saisir une occasion d'y

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