Le sue meschite. Poui; Dante pénétrer
99 l'enfer.
Le nocher nous cria : —Voici l'entrée, allez". —
Aux portes j'aperçus , sur les murs crénelés, Plus de mille maudits des rebelles phalanges , Là vomis par le Ciel". Avec des cris étranges, Ils disaient irrités : — Qui, sur notre terrain *5, Des morts, sans être mort, traverse les royaumes î —
Et le maître fit signe à ces terribles gnomes Qu'il voulait leur parler secrètement. Soudain , Contenant quelque peu leur courroux dans leur sein, Ils dirent: —Viens, mais seul, que celui-ci s'en aille", Qui , si hardi , pensant franchir cette muraille27, Entra dans nos États : seul, à lui de prouver Qu'il sait sa folle route et peut la retrouver ; Car tu nous resteras en ces remparts funèbres, Toi qui te fis son guide au séjour des ténèbres. —
A ce discours maudit, figure-toi, lecteur, Mon découragement, ma profonde terreur .... Je crus n'avoir jamais à regagner la terre " :
0 mon guide chéri, toi qui, plus de sept fois, As rendu l'assurance à mon âme aux abois , Toi, d'un si grand péril qui m'as tiré naguère,
23. C'est .ainsi que Charles de Va- qui causa aux bannis une grande lois disait aux Blancs exilés , qu'ils frayeur.» Voilà pourquoi les dénions pouvaient rentrer dans leur patrie, disent à Virgile, représentant de la sachant fort bien qu'ils n'en pour- monarchie , de venir seul , et que raient passer les portes, ou, qu'une l'exilé Dante ait à s'en aller. Sisfois entrés, ils seraient livrés à leurs rnondi rapporte en outre que deux ennemis. D. Compagni. J. Villani. envoyés de Henri demandèrent en
24. Reietés par le ciel sectaire vain à entrer dans Florence, ce qui pour s'être révoltés contre Dieu leur fut refusé , dans la crainte que dans la personne de l'empereur leur maître, qui avait ruiné le parti Henri VII , son Christ. guelfe en Lombardic , ne voulût
25. Sans être un Guelfe, un Noir, faire rentrer leurs ennemis dans un fervent catholique comme nous. leurs murs. Vo\. Hist. des républ%
2G. J .Villani nous dit, liv. ix, ch. 8, tfal., 1. iv, p. 3l 4. que les ambassadeurs envoyés à 27. Dante ne pouvait, condamné
Henri VU , à Lausanne , ne purent qu'il était à être brûlé vif, mettre le
s'entendre avec ce prince, préoccu- pied sur le territoire florentin, pés qu'ils étaient de la crainte qu'il 28. Ritornarci , porte le texte ,
ne fit rentrer les exilés gibelins ; ■ ce c'est-à-dlreà rentrer dans ma patrie*
CH4NT Vlfl. Q3
Ne m'abandonne pas ainsi tont éperdu , Et, si d'aller plus loin il nous est défendu, Ensemble retournons sur nos pas au plus vite. —
Va, ne redoute rien de cette gent proscrite, Me dit mon guide, nul ici n'a le pouvoir De nous fermer l'accès contre un plus haut vouloir ". Attends-moi là. Que vienne une bonne espérance A ton cœur abattu rendre la confiance, Dans l'abîme jamais je ne te laisserai so.
Il s'éloigne à ces mots, et là seul m'abandonne Mon guide paternel, à l'angoisse livré ; Car je pense oui, puis non, et tout mon sang frissonne. De ce qu'il leur disait, je ne pus ouïr rien ; Avec eux, au surplus, dura peu l'entretien ; . Car, rentrant dans ses murs , cette hostile cohorte A mon seigneur et maître en a fermé la porte81. Resté dehors, vers moi je le vois revenir, A pas lents , yeux baissés , n'ayant plus l'assurance Dont rayonnait son front. Avec un long soupir , Je l'entends dire, ému d'une telle insolence :
Qui m'ose repousser, loin des maisons en deuil"?
29. Celte volonté suprême est dé- messire Pandolphe Savelli [voy. signée dans le texte par tal, un tel, J. Villanl , ibid. ch. 25); et, dupa expression assez étrange pour s'ap- 6on itinéraire du prince en Italie, pllquer à Dieu , mais dont l'emploi le prélat dit expressément : Ao* se comprend, s'il faut y voir la réu- voluimus exponere ambassiatam nion des lettres initiales de ces trois nostram, et ipsi noluerunt audtre— moto: Teutonico, Arrigo, Lucem- dicentes ut nos reverteremur unde burghese, Henri de Luxembourg, le veniebamus {voy. Muratori , t. ix). Teutoniqne , le héros et l'espoir du Ainsi , aucune circonstance n'est grand exilé florentin. Nous retrou- omise. Qu'on veuille bien , de plus, Tcrons plus d'une fois ce tal slgnl- noter les mots : nostri avrersari, ficatif, dans le cours du poème, no- mio signor.
laminent au ch. xxxi du Purg. 32. Milan , Gènes, Pise, Rome
30. Sel mondo basso, parmi ceux même , avaient rendu hommage a que le parti vainqueur a abaissés. l'Empereur, tandis que Florence lui
31. C'est ce qui arriva précisément avait refusé soumission, en excitant
aux envoyés de Henri VII, dont l'un les autres États à suivre son exem-
était l'évéque de Butrento , l'autre pie; ce que firent Crémone et Bres-
L ENFER
Toi, bien que je m'irrite à cet indigne accueil ,
Ne crains rien , je saurai vaincre la résistance,
Quoi qu'on fasse au dedans pour se mettre en défense ".
Chez eux n'est pas nouveau l'outrecuidant orgueil ;
Ils en ont donné preuve à moins lointaine porte ",
Celle qui, sans clôture et grande ouverte encor,
Offrit à tes regards l'inscription de mort ".
Loin du seuil, franchissant les cercles sans escorte,
Quelqu'un descend déjà le rude escarpement
Devant qui s'ouvrira la cité promptement ".
cia , secourues par les Florentins de leur or et de leurs soldats. (Fby.
Sisraondl, p. 30G, 308, 324 et suiv.; J. Vlilanl , 1W. îx , ch. 1 1 .) Les rfolenti case pourraient bien être les maisons mêmes du poète , situées près la porte Saint-Pierre.
33.Malgré toutes les machinations ourdies dans Florence pour arrêter Henri VU dans sa marche sur la Toscane; malgré l'or et les promesses prodiguées pour soulever contre lui les villes de la Lombardie.
34. Qu'on veuille nous indiquer où Dante a trouvé , dans l'Ëcriture- Salnte ou ailleurs , que les Anges déchus se soient révoltés et aient livré une dernière bataille à la porte de l'enfer, quand nous établissons, preuves en main, que les Guelfes se révoltèrent bien réellement à la porte de cette Italie dont il a plu au poète de faire le séjour des damnés, viventium infernus (Pétrarque).
35. L'écriteau de mort, la tcritla mor ra, parait se rattacher à Per me si va, etc., mais elle fait allusion en réalité aux armoiries et inscriptions guelfes dont étaient couvertes les portes de la rebelle Brescia, soulevée contre Henri , à l'instigation des Noirs florentins ; témoin Carmentall, au chap, 35 de son Histoire : lm~
perator procèdent clausas portas reperit et Guelficis signis armisque rebellibus plenos mur os. Autant en dit la Chronique de Bonincontro Morlgia, n,9.
36. Ces pourparlers avec les démons , leur mauvais vouloir, puis leur révolte ouverte , rappellent , nous l'avons dit , les négociations entamées avec les Noirs de Florence par l'Empereur, contre lequel ils finirent par se déclarer ouvertement, en lui refusant de le recevoir dans leur ville , dont il dut faire le siège. La première porte à laquelle il se trouva arrêté fut celle de Brescla, qui fut prlae et démantelée ; c'est pourquoi il est dit qu'elle se trouve encore sema serrante ( voy. J. Vlilanl, ibid. ch. 15; Dino Compagni, liv. il; l'évoque de Bulrento, André Del ; l'Histoire de Parme , par Cornanani ; la Chronique de Brescia , par Jacopo Malvecio ; la Chronique d'Esté , dans le t. îx de Mura ton).
Les Noirs sont donc nostri awersari , qui ferment leur porte au nez de mon seigneur, nel petto a mio signor. E ce quelqu'un, dont l'arrivée est attendue; ce talt dont le nom ne se prononce pas, est bien le Teutonico Arrigo Lucemburghese, Henri le Tcutonlquc , citoyen de la ville de la lumière.
La pâleur dont, à voir retourner en arrière Mon guide, me couvrit une lâche frayeur, Le fit se contenir et dans son noble cœur Renfermer ses pensers, sans leur livrer carrière. Immobile, il écoute attentif; son regard Ne pouvant plonger loin dans l'opaque brouillard, Dans cet air noir, épais1. Puis, rompant le silence :
Nous les vaincrons, dit-il, malgré leur arrogance. Sinon, tel qui s'offrit se serait abstenu '.. . Qu'il me tarde qu'un autre en ces lieux soit venu3... Je vis bien qu'il cherchait à voiler sa pensée, Une phrase coupant la phrase commencée De mots qui des premiers paraissaient différents *. La peur, quoi qu'il en soit, s'empara de mes sens,
1. L'atmosphère dans laquelle tience du retard que mit Henri VII s'agitait la faction des Novrt floren- à marcher sur Florence pour s'en tins ne pouvait être que noire. rendre maître. Voy. sa lettre à ce