‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 32 sur 123 · je* Centaures à lu double na · texte numérisé non relu

je* Centaures à lu double na

L ENFER

Leur troupe, en nous voyant descendre, s'arrêta Et , trois se détachant, dont la main apprêta Le trait sur Tare tendu , qui de loin nous menace, S'avancèrent; l'un d'eux de crier se hâta :

—Vous qui de ces rochers descendez, quel martyre Cherchez-vous en ces lieux ? Halte ! où sur vous je tire.

Le maître répartit, sans crainte du péril : — A Chiron, de plus près, nous saurons rendre compte. Ta fougue fut toujours, pour ton malheur, trop prompte. - Et, me touchant le bras, c'est Nessus, me dit-il, Celui-là qui reçut la mort pour Déjanire, Et mort sut se venger M. Au centre c'est Chiron , Vers sa poitrine ainsi qui penche son menton , Le précepteur d'Achille, et l'autre, qui respire Le courroux dont jadis il bouillait, est Pholus h. Par milliers à Tentour du fleuve répandus, De leurs flèches ils vont perçant, criblant toute âme Qui sort plus hors du sang que l'arrêt ne réclame ".—

ture, tenant de l'homme et de la brute , reproduisent sous un nouvel aspect l'allégorie du Minotaure et, à ce titre, deviennent les gardiens des frontières pontificales; ce sont des Guelfes allant a la chasse des Gibelins.

20. Ainsi fit Dante ; il simula le mort pour tirer vengeance, par arti- .fice, de cette autorité dont la force était Impuissante à triompher. Nessus se vengea a l'aide d'un vêtement Infecté d'un venin subtil , et Dante revêtit son idole de la tunique de l'ennemi avec la pensée de la faire servir à sa perte à l'aide du venin de l'hérésie dont il s'était étudié à l'Imprégner.

2 1 .Pour peu que cela offrit quelque intérêt , les chroniqueurs contemporains nous feraient probablement reconnaître à ces indications l'origi-

nal de Chiron et de ses compagnons.

Peut - être retrouverait - on entre Arezzo et Gubbio quelque famille seigneuriale appartenant au parti guelfe, dont le vieux chef aurait accueilli le poète exilé , malgré les défiances des siens , l'opposition même de l'un d'eux, et lui aurait facilité les moyens de passer de la Toscane dans l'État de l'Eglise. Cette famille de chevaliers, habitants de l'Apennin, serait dès lors devenue pour lui une famille de Centaures , dont il n'aurait eu qu'à se louer, malgré leur nature diabolique, et cela dans l'enfer même.

22. Le Tibre se trouve ainsi transformé en un fleuve roulant à flots le sang des Italiens , celui des Provençaux, des Templiers et de bien d'autres ; où sont plongés plus ou moins profondément ceux qui l'ont fait

Nous marchons aussitôt vers l'agile escadron; Prenant à notre approche une flèche, Cbiron, Avec la coche écarte et vers l'oreille couche Sa barbe, dont les poils couvrent sa large bouche ", Puis, vers ses compagnons , se retournant alors :

Avez-vous remarqué, dit-il, d'un ton farouche, Que le second qui vient fait mouvoir ce qu'il touche ? U n'en arrive pas ainsi du pied des morts 2*. —

Mon guide qui s'avance et dont le front à peine Atteint à sa poitrine, où la nature humaine A l'autre se confond , dit : — En effet, il vit. De le conduire, seul ainsi» me fut prescrit; C'est la nécessité parmi vous qui l'amène. Son désir ni son choix ici ne l'envoya '*. Telle à d'autres laissa chanter alléluia, Qui daigna me commettre à ce nouvel office39. Je ne suis point une âme échappée au supplice, Lui non plus un larron ". Mais, par cette Vertu, En si rude chemin des vivants peu battu Qui me fit m'engager, d'un de ceux de ta troupe Accorde-nous l'escorte et, dans ces flots d'enfer En nous montrant le gué; qu'il ait à prendre en croupe Ce mortel, qui ne peut, lui, cheminer dans l'air. —

couler , comme aussi les Gibelins cessité en recourant à l'artifice dans

qui , par représailles des violences sa comédie d'orthodoxie,

des Guelfes, ont fait avec eux assaut 26. Comprenez bien i Béatrice

de cruautés. Per violenta inaltrui. s'est séparée , si parti , do ceux qui

23. La gran bocca ne nous donne- chantent VA lleluia, c'est-à-dire des rait-elle pas ie signalement du pré- chrétiens orthodoxes, et le sens voilé cepteur de Frédéric II? Poy. ch. de ce vers ambigu est bien auiiix, note 12. trement significatif que le sens lit—

24. C'est que Dante vivant mi- téral, car celui-ci ne comporte mait Jusqu'aux pierres, leur don- qu'une manière voltairienne de déliait la rie d'après les procédés sec- signer les bienheureux.

Uires ignorés des morts, ce qui ne 27. Un deceuxqni ont dépouillé

laisse pas de les alarmer. de leurs biens , de leurs richesses

35 Dante tenait A bien constater les Albigeois, les Templiers et les

qu'il avait obéi à une invincible né- exilés gibelins.

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A sa droite Chiron ayant tourné la tête, Dit : « Conduis-les, Nessus 2% vas, et si les arrête Quelqu'un de nos chasseurs, qu'il s'éloigne à l'instant.» Nous partîmes suivant notre fidèle guide " Le long de cette rive où le flot rouge, ardent, A ceux qu'il fait bouillir arrache, en les mordant, Des cris désespérés. Dans le sanglant liquide J'en vis qui se tordaient, jusqu'aux cils engloutis.

Ce sont là les tyrans, nous dit le grand Centaure ", Pleurant le sang versé, les pillages commis. De forfaits sans pitié le remords les dévore. Alexandre est ici, là le cruel Denys , Dont le joug désola la Sicile plaintive ". Cette ombre dont là-bas, assez près de la rive, Sous ses cheveux si noirs n'apparaît que le front , Est celle d'Ezzelin, et cette autre au poil blond, Celle d'Obizzo d'Esté : une main parricide, Son fils trancha ses jours , du fait sois bien certain ".

Vers le poëte alors je me tourne " et, soudain ,

28. Encore le Centaure à la tunl- 32. Pour acquérir le droit de que perfide , doppia guamacca. damner des Guelfes en foule et de Conv. faire notamment un tyran d'Obixzo

29. La scorta /Ida; aussi l'a-t-il et un parricide de son fils, parce suivi fidèlement à son tour, afin de qu'il avait contribué à la ruine de la se venger mort. maison de Souabe, en aidant Charles

30. Pourquoi grand? Parce qu'il d'.Anjou à vaincre àfanfred, le ûla sut se venger. de Frédéric II. Il fallait bien sacri-

31. Le tyran de Phères ou peut- fier par-ci par-là un Gibelin. Or, le être même le Macédonien, pour avoir choU ne pouvait mieux tomber que renversé un vaste empire. Mais qui sur le féroce Eueliu. Encore est-ce sait si ce ne serait pas le pape peut-être avec l'intention de rejeter Alexandre 111 à qui Frédéric Barbe- sur le Saint-Siège la responsabilité rousse suscita trois compétiteurs, des barbaries auxquelles l'hostilité quand le Dionùio fero est évidem- des pontifes l'aurait contraint de rement Charles d'Anjou, dont la ty- courir pour sa défense, ce qui justiraimie suscita les Vêpres siciliennes? lierait le double sens du vers

Il y a tout lieu de le supposer , pré- ^ ^r via,tnla ,„ fl/lriM „«.„«. cisément parce que le poêle s'abstient , et sans doute à dessein, de 33. Pourquoi ce mouvement intouteindication précise. terrogateur ? Si non pour s'enquérir

Il me dit : — En premier qu'il t'instruise et te guide : Je ne suis qu'en second maintenant près de toi ". —

Le Centaure plus loin portant ses yeux, je voi Des maudits, dont la tourbe en cet endroit foisonne, Enfoncés jusqu'au cou dans le flot qui bouillonne ". Il me montre, tout seul, un fantôme à V écart, En me disant : — Voilà celui dont le poignard, Osa percer, au sein de Dieu, dans son église, Ce cœur resté saignant encor sur la Tamise ".

Je vis, après, des gens qui tous soulevaient hors Du flot rouge la tête et la moitié du corps : J'en reconnus beaucoup'7. Puis, de plus en plus basse, Jusqu'aux pieds, et c'est là que chacun de nous passe, Seulement arrivait la rivière de sang.

De même, dit Nessus, que de ce côté l'onde, Ainsi que tu le vois, va toujours décroissant, De l'autre elle s'étend, de plus en plus profonde , Jusqu'où la tyrannie à jamais doit pâtir. La justice divine y fait là son martyr

du motif qui fait confondre avec 36.Dante n'ose pas même trarer le

des Guelfes un si chaud partisan de nom de ce grand criminel, car c'est

l'Empire. Or Virgile, qui serait em- Gui, le fils de Simon de Monlfort,

barrasse pour répondre clairement, général des Croisés. Mais c'en est

décline l'explication en renvoyant assex pour que vengeance soit Urée

Dtnle à Nessus, son guide, son mo- du père sur le fils, et pour donner

dèU , qui désormais, lui dit-il, doit à entendre quels sont ceux dont il

être, en premier, son maître en ven- n'est pas.très-élolgné, mais dont 11

detta. ne fait pas partie, parce qu'il ne prit

34. L'habitant de l'Elysée s'effa- point part a la croisade. Son crime tant devant un damné, un démon, apparent est d'avoir vengé la mort un être monstrueux ! Virgile devait de son père sur le neveu de Henri III avoir de bien puissants motifs pour d'Angleterre, qu'il tua d'un coup de agir avec tant d'abnégation. poignard dans l'église de Vitertx»,

35. Ceux-là sont les Croisés qui en 1270. Son crime réel fut d'être ont pris part aux massacres des non-seulement vicaire de Charles Albigeois. Il y aurait eu trop de pé- d'Anjou, mais encore fils du terrible rU a les désigner nommément, aussi vainqueur des Albigeois.

le poète va-t-il s'aviser d'un slrala- 37. D'où nous pouvons conclure

Sème facile a pénétrer pour appeler que la plupart de roux-ci étaient des

l'attention de ce côté. Fiorcutins, des Noirs.

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D'Attila, ce fléau qui ravagea le monde , De Pyrrhus, de Sextus S8 ; elle y tient, de leurs yeux Éternisant les pleurs sous l'ardente rivière, Rinier de Corneto , Rinier Pazzo , tous deux , Qui sur les grands chemins firent si rude guerre ". Le Centaure, à ces mots, sur le bord nous laissa Et, retournant au gué, bientôt le repassa.

38. Attila est maudit pour avoir dévasté le sacro-saint empire romain; Pyrrhus, pour l'avoir attaqué à son berceau; Sextus Pompée, pour s'être révolté contre lui dans la personne du successeur de César.

II n'y a pas de danger à désigner ceux-là par leur nom, sans aucun commentaire explicatif. Il en est tout autrement de ceux qui mirent à feu et à sang les domaines du comte de Toulouse.

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