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ser l'évidence, que celte troisième Cantique a élé inspirée par la même idée hostile et systématiquement agressive qui se révèle à chaque pas dans les deux premières ; elle suffira pour les convaincre que la comédie éroto-dogmatique s'y poursuit jusqu'au dénouement, sans que le poète mystagogue se démente un seul instant. Quant aux champions quand même de l'orthodoxie de Dante, libre à eux de croire que, débusquée de l'Enfer et du Purgatoire, elle reste inexpugnable, concentrée qu'elle est dans le Paradis. C'est une place de refuge où elle n'aura pas à tenir longtemps.
Le moment est peu propice, on en conviendra , au milieu des péripéties émouvantes d'une guerre lointaine et des préoccupations financières, industrielles, alimentaires dont les esprits sont assiégés, pour appeler l'attention sur les hommes et les choses d'un autre temps ; mais la partie était engagée, et il fallait se hâter de la gagner ou de la perdre. Différer à soutenir l'accusation mise en avant et à l'établir catégoriquement, avec preuves à l'appui, c'était paraître battre en retraite et comme un aveu d'impuissance. Puis, par suite de cette vogue qui met sur le pavoi le grand Toscan, une traduction en vers pouvait paraître tout à coup et exposer celle-ci, eomme dernière venue, au soupçon d'avoir glané sur le terrain d'autrui.
11 convenait donc de passer outre à tout événement,
avec l'espoir qu'un travail patient et consciencieux pourrait, à défaut d'un succès éclatant que sa nature ne comporte guère, obtenir un succès d'estime près de quelques esprits studieux.
J'ignore l'accueil que lui réserve la presse militante, ce que je sais, c'est qu'elle a été loin de se montrer bienveillante pour Dante hérétique. De tous les journaux quotidiens, les Débats seuls ont bien voulu en entretenir leurs lecteurs ; grâces en soient donc rendues à M. H. Rigault, malgré le ton léger et tant soit peu ironique dont il a parlé du livre et de l'auteur. Mais le Moniteur, le Constitutionnel, le Siècle, la Patrie, l'Assemblée nationale, la Presse, VUnion, le Pays, la Gazette, l'Univers, etc., sont encore à exprimer un avis à son sujet.
Si la Revue des Deux-Mondes ne lui a accordé qu'une mention de quelques lignes en termes polis, dans son bulletin bibliographique, en revanche, il a été rudement tancé dans un long article de YAthenœum, signé L.Delatre; et cependant, pour ce rigide censeur, Dante est hérétique sans conteste. « Ce premier point est certain,» dit-il. 11 n'importe. A l'en croire, l'auteur ne comprend Dante « que grâce aux explications du philosophe Rossetti.» Or, vous saurez que ce philosophe n'a cessé de proclamer Dante bon catholique, qu'il n'a commenté que l'Enfer, et que si j'adopte quelques-unes de ses explications, c'est à condition d'en rejeter un bien plus
grand nombre et d'en proposer, presque à chaque chant, d'entièrement neuves ; suum cuique.
Mais que serait l'accusation de plagiat, même méritée, auprès des autres reproches que j'aurais encourus. Qu'on en juge : « Les plus belles images du poète se résolvent en fumée au contact de M. Àroux. » Ce n'est pas tout. M. Delatre proclame l'insuffisance de mes connaissances philologiques. Accordé ; je n'ai pas le moins du monde la prétention d'être un savant. Puis il déclare sans ménagement « n'avoir jamais vu de commentaire où l'inintelligence du texte fût poussée plus loin, où le bon sens, le bon goût, la poésie, fussent plus outrageusement méconnus, dans une prose plus incorrecte et plus barbare. »
Peut-être M. L. Delatre pensera-t41 qu'il y a quelque humilité à reproduire soi-même volontairement les termes d'un jugement aussi rigoureux; que c'est là un acte de bon catholique et sera-t-il, une autre fois, plus charitable à mon égard.
C'est une bonne fortune, après pareille flagellation, de rencontrer un contradicteur comme M. Ferjus Boissard, du Correspondant, qui, sur mes trois chefs d'accusation, veut bien en admettre deux. Pour lui Dante est révolutionnaire. et socialiste ; car telle était aussi la pensée d'Ozanam ; mais il n'est pas hérétique, d'où suit qu'il y a opposition complète à cet égard entre lui et M. Delatre, dont il diffère tant par la mesure parfaite
de sa polémique» Un sentiment respectable lui a fait prendre la plume et je m'empresse de lui donner satisfaction, en déclarant que je n'ai nullement entendu mettre en doute les convictions religieuses du regrettable Ozanam, ni sa sincérité littéraire. Qu'il veuille donc bien me pardonner répithèle de catholique romantique, comme je pardonne à M. Rigault celle d 'ultramontain, singulièrement appliquée à un magistrat qui s'est fait arracher de sou siège pour n'avoir pas voulu assister, par ordre, à une messe officielle et reconnaître ainsi une religion de l'État ; comme je pardonne à M. Delatre son insinuation au sujet de mon philosophisme voltairien; comme je pardonne à M. Sébastien Rhéal, qui se flatte d'avoir traduit la Divine Comédie dans sa prose rhythmée, comme il l'appelle, de voir en moi un inquisiteur; ce qui ne m'empêche pas de lui garder rancune pour ce qu'il ajoute de son chef à la poésie rimée de Dante , et plus encore pour tout ce qu'il en émonde assez irrévérentieusement.
Pour M. C.-G. Àubert, de la Revue de l'instruction publique, j'ai « fait un mauvais rêve et mon seul tort 'est d'y avoir associé le public. » Passe encore ; mais « venir aujourd'hui soulever le scandale contre cette grande mémoire, c'est l'entreprise la plus téméraire et la plus regrettable. D'ailleurs, tant pis pour Dante si, en vue de mystifier Rome, il a parlé une langue à double sens. Nous tenons pour bon. et pour vrai le sens que
les contemporains et cinq siècles après eux ont reconnu, ont admiré ; ce sens est notre propriété* et nous sommes dans notre droit , même contre l'auteur. » A la bonne heure, monsieur Aubert; mais toutes les femmes ne sont pas de l'humeur de Mme Sganarelle qui voulait être battue, et tous ceux qui lisent et réfléchissent ne se soucient pas d'être mystifiés.
Seul parmi ses confrères, M. Félix Mornand, et j'ai d'autant plus à l'en remercier, a fait preuve de bienveillance à mon égard dans Y Illustration. Mais les citations qui précèdent lui prouveront que la thèse à laquelle je me suis attaché n'est pas, pour tout le inonde, aussi évidente qu'il lui paraît et que ces « laborieuses recherches,» dont il révoque en doute la nécessité, n'ont pas réussi à convaincre tous les incrédules. Quoi d'étonnant, au surplus, s'il en est, et nous venons d'en avoir l'aveu, à qui leur erreur est plus chère que la vérité*. Rien de mieux, qu'ils aient à la garder, & la condition de ne pas prétendre l'imposer aux autres.
Nous n'avons pas appris que l'Allemagne savante, non plus que l'Angleterre , se soient émues le moins du monde de l'apparition d'un livre qui soulevait en France l'indignation des universitaires, peu soucieux qu'on les renvoie à l'école, eux chargés d'enseigner à la génération qui s'élève corne tuom s'eterna. Quant à l'Italie, sa première impression a été uu peu de surprise. Le Moniteur toscan du 5 janvier dernier, dans