On remarquera que ces ser
pents, très-amis de la discrétion, sans doute, s'attaquent toujours chez ce Vanni à l'organe de la voix; l'un l'a percé déjà à l'endroit où le cou s'unit «iu\ épaules, celui-ci s'entortille autour de sa gorge ; aussi Dante les aimc-t-il autant qu'on peut aimer des serpents.
3. E rikgollo, il le lia de nouveau, dit Dante, croyant ne pouvoir trop insister sur ce lien, afin d'indiquer la double chaîne spirituelle et temporelle qui pesait sur les hommes liges de l'Église.
4. Le feu est spécialement affecté par Dante au châtiment des Guelfes ; aussi pour ne pas s'écarter de cette rùgli: a-t-il inventé ces serpente dont la morsure embrase et réduit en eendres.
L ENFER
Puisqu'en toi chaque jour pullulent les forfaits ? Je ne vis point encor contre Dieu tant d'audace, En parcourant l'Enfer et ses cercles obscurs , Même en cet orgueilleux respirant la menace , Que Thèbes vit tomber et périr sous ses murs 5. Il s'enfuit, mais muet, et je perdis sa trace.
J'aperçus un Centaure alors, qui, furieux, Accourait s'écriant : — Où cet audacieux 6 î Les Maremmes, je crois, en serpents si fertiles7, N'ont recelé jamais d'aussi nombreux reptiles Que sa croupe en portait jusqu'à son buste humain. En arrière, posté sur ses épaules nues, Apparaît un dragon, les ailes étendues, Qui va soufflant le feu partout sur son chemin \
C'est Cacus, à l'instant me dit mon sage guide, Celui que, maintes fois, au pied de TAventin, On vit, versant le sang, en faire un lac fétide. De ses frères , s'il a tout différent destin,
5. On remarquera que ce vers, Non quel che cadde a Thebe giù de' mûri, est construit de telle sorte qn'î! n'est pas dit que Capanée-Brissato tomba du haut des murs, mais sous les murs de Thèbes- B rescia, giù de* murit au bas des murailles.
6. Il semble que ce ministre de vengeance arrive en toute hâte pour faire justice du blasphémateur. Nullement; c'est pour s'associer à sa haine contre le Dieu gibelin. Ou peut-être même est-ce ce Dieu luimême qu'il traite à'acerbo; car Albert Mussato dit de fui : « Johannes Cœsarem assidxtis contumeliis vexabat.... ad scopulum A rentini Montis.
Cette épithète d'acerbo pourrait bien avoir quelque lien secret avec le titre bizarre donné par Gecco d'Ascoli à son livre de l'Acerbe», qui
lui valut de périr sur le bûcher, à raison de certaines acerbitates, comme disait l'inquisiteur. Nous saurons bientôt, du reste, le véritable nom de ce Centaure, appelé ici Cacus, dans l'intention d'en faire nn voleur. Cacus était pourtant , selon Virgile, un géant moitié homme, moitié satyre , et non pas un centaure. Toujours est-il qu'il réunissait la nature de la brute à celle de l'homme, et telle est pour le poète l'idée capitale qu'il veut mettre en relief.
7. Les marais de la Toscane, où les reptiles abondent au propre et au figuré.
8. Peut-être ce dragon flgurait-U sur le cimier du chevalier dont le poète s'est plu à faire ici un centaure.
C'est pour avoir commis le fraudnlenx larcin Du grand tronpean venu passer au voisinage. Hercule l'en punit, et d'un tel brigandage Il eut sous sa massue à recevoir le prix ; Mais de cent coups peut-être il n'en sentit pas dix •. Tandis qu'il me parlait, que passait le Centaure, Juste au-dessous de nous s'en vinrent trois maudits. Ni le maître, ni moi, ne les voyions encore, Lorsqu'ils dirent : — Qui donc êtes-vous ? — Aussitôt Faisant pause, muets, nous regardons d'en haut : Ils m'étaient inconnus19. Mais, ainsi qu'il arrive,
9. Pour quiconque fiait ou veut savoir, par les historien» contemporains, que Henri de Luxembourg ne put franchir le pont Saint-Ange pour aller se faire conroimer à Saint-Pierre; que les troupes napolitaines , secondées par les Guelfes, et notamment par tes Orsini, qui portaient des serpents dans leurs armes, lui firent éprouver plusieurs échecs au pied du mont Aventm, et lut enlevèrent notamment, dans une embuscade, un assez grand nombre de chevaux, perte désastreuse dans un pays étranger; pour quiconque sait que la résistance qu'il rencontra de ce côté fut une déception cruelle pour l'Empereur, abusé jusque-là par de belles paroles, il est bien difficile de ne pas reconnaître dans Cacus le prince Jean, frère de Robert H, roi de Naples ; dans les serpents qu'il porte en croupe , les Guelfes de Rome, et notamment les Orsini ,' adversaires constants des Colonne. Cacas n'est pas dans le même cercle Infernal que les Centaures ses frères, parce que ceuxci ne furent que violents, tandis que le prince Jean usa longtemps de ruse avec l'Empereur et n'eut recours • envers lui à la force ouverte qu'au
dernier moment. Le dragon qu'il porte derrière ml et qui souffle partout le feu sur sa route, est le grand dragon de l'Apocalypse, c'est Satan akppê ; c'est le pape Clément V, que nous retrouvons sans cesse, comme l'ennemi capital du poète , celui de son héros, celui de ses frères les Templiers , et pour qu'il n'y ait pas de doute à cet égard, 11 a soin, selon son habitude, de redoubler la rime en pa.| Enfin l'Hercule vainqueur du Cacus napolitain est, au témoignage de Spécial!, le comte Neri de Pise , qui , après la bataille de Monte Catini , fut fait chevalier sur le cadavre du prince Jean, super quem sêdens, dit le chroniqueur.
Voy. Ferreto de Vlcence, Platina, Vie de Clément V, Mussato, vin, 7, Villanl ix, 62, Spécial), vin, 2.
10. D'où l'on pourrait conclure que Dante ne connaissait pas personnellement Ange Bnmeîlescbi , parent de Betto , l'un des syndics Noirs dont If a été fait mention au sujet des MalesgrilTes, non plus que Buoso Abbati et Puccio*Galigal; mais il veut dire que, Blancs jadis, ils s'étaient signalés dans les rangs contraires, ce qui les rendait méconnaissables à ses yeux.
804 l'enfer.
Chacun d'eux, en parlant, nomma l'autre. Déjà Us demandaient : — Où donc est demeuré Gianfa " ? — Et moi, pour que le maître eût l'oreille attentive, Sur mes lèvres mon doigt promptement s'allongea.
Si maintenant, lecteur, tu ne crois qu'avec peine Ce que je te dirai, j'en serai peu surpris; A peine je m'en crois moi-même, et je le vis.
Comme sur tous les trois mon regard se promène, Un serpent à six pieds s'élance sur l'un d'eux " : De ses pieds du milieu tandis qu'il se cramponne A son ventre , de ceux du devant il harponne Ses deux bras, où s'enfonce un ongle venimeux; Ses dents en chaque joue avec rage se plongent ; Sur les cuisses ses pieds de derrière s'allongent, Et sa queue , entre deux se courbant pour passer, Va le long de ses reins , hideuse , se dresser is. Jamais lierre d'un arbre avec autant de force, En s'enlaçant à lui, n'emprisonna l'écorce, Que n'en mit à presser de ses plis repoussants Le monstre plein d'horreur ces membres frémissants. Puis, comme s'ils étaient de la cire fondante, Leur forme, leur couleur, se mêlent sous nos yeux, Et de ce qu'ils étaient rien n'apparaît en eux. Ainsi dans le foyer, devant sa flamme ardente , Le papier se revêt d'une sombre couleur, Et, sans être encor noir, a perdu sa blancheur **•
1 1 . Clanfa Donati, allié de Dante, marquer que Cianfa attaque d'abord qui avait épousé uue Donati. Brunelleschi par le ventre, par la
1 2. Clanfa Donati , qui d'après cela , bonne chère, et qu'il lui lie les deux aurait déterminé l'apostasie de Bru- bras, le braccia prese , idée sur lanelleschi. Les six pieds font peut- quelle le poète ne se lasse pas de être alliftion à des frères ou à des revenir ; quant au surplus de l'alléproches de ce Florentin, car on ne gorie, il suffira de dire que la satire volt guère de serpent de cette es- ne saurait pousser plus loin l'oupèce. trage et l'obscénité.
13. Nous nous bornerons à re- 14. Est-ce que le sens de l'allé-
Les autres, l'œil fixé sur ces effets étranges, S Venaient tous les trois : — Agnel, comme tu changes 45 ! Tu n'es pas deux; pourtant, tu n'es déjà plus un ". — Lesdeux têtes, bientôt, n'ont plus qu'unfront commun17, Et s'offrent devant nous deux formes , confondues En une seule , où sont deux natures perdues *\ De quatre membres joints deux bras se trouvent faits ; Jambes , cuisses et ventre et la poitrine entière Sont devenus un corps tel qu'on n'en vit jamais , Ne conservant plus rien de sa forme première. Cette image inouïe , aflreuse , qui semblait Deux et n'était personne , à pas lents s'en allait ".
Tel, quand la canicule embrase l'atmosphère , En changeant de buisson , si l'agile lézard Veut franchir le sentier, comme l'éclair il part ; Vers les deux autres, tel, embrasé de colère, Petit, noir comme un grain de poivre, s'élança Un serpent , qui , fondant sur l'un d'eux , lui perça L'organe par lequel , au sein de notre mère, Nous prenons l'aliment Devant lui, cela fait, Il retomba soudain et s'étendit à terre. L'œil fixe , le blessé muet le considère ; Mais en restant debout, immobile, il bâillait, Gomme si le sommeil , la fièvre l'assaillait. S'échangeait le regard entre eux, ardent, farouche ; Tous deux, l'un par sa plaie et l'autre par sa bouche,
gorie ne saute pas aux yeux P Etait- qu'un avec Cianfa et tu ne t'appar-
II passible d'expliquer plus claire- tiens plus , car tu t'es livré corps et
ment la métamorphose subie par ame au parti opposé.
l'un sous l'influence de l'autre et l'ef- 1 7 . Où la pensée est la même dans
fet instantané de cette conversion, un sjégC commun. ■
qui des Blancs le faisait passer aux jo , ,t , . . , i4
JjoIrg? *^ 18. Ou étalent deux perdus, dit
15. Et c'était ce changement qu'il ,c Poéle» ov' eran due J>cf(iMl,'•
s'agissait de flétrir en le signalant. 19. Due e nessun. Le sarcasme
1G. Tu ne fais pour ainsi dire ne peut certes être plus sanglant.
206 l'enfer.
Fumaient étrangement , et la fumée allait
Des deux parts se confondre, épaississant sa couche30.
Que désormais Lucain ne nous attriste plus Du sort de Sabellus et de Nasidius , Et qu'il suive, attentif, ici ce qui s'opère " : De Gadmus , d'Aréthuse , Ovide peut se taire ; Qu'en source il change Tune, en ses chants merveilleux, L'autre en dragon, pour moi, je n'en suis envieux; Ensemble il n'a jamais transmué deux natures Face à face, troquant éléments et figures.
Le prodige, à tel point, correspondit entre eux, Que du serpent je vis s'ouvrir la queue en deux A l'instant du blessé que les pieds se soudèrent : Jambes, cuisses, si bien en même temps adhèrent Que même rien du joint n'est perceptible aux yeux. Ainsi revétissait le reptile , à mesure , Les membres et l'aspect que l'autre délaissait; Et, tandis que la peau de l'un devenait dure, Sur l'autre, au moment même, elle s'amollissait12. Aux aisselles, les bras ramenés s'y plongèrent, Et d'autant les pieds courts du serpent s'allongèrent". Ceux qui rampaient derrière, ensemble se tordant,
20. C'est Gucrcio CavalcanU de la bien faire comprendre qu'il s'agit de,
famille guelfe de ce nom, qui , sous traits décochés contre des ennemis.
la forme d'un petit serpent noir, 6e „, . . WWM1.W# nlnat ,„ f^ma
jeUe sur Buoso des ÀbboU. On no- , 22' L un prc"a a nsl la forme
* , , V, " * p i ni ►■» humame ou sectaire, a mesure que
tera qu'il l'attaque à l'ombilic et l'y , d ' . * ,
blesse, comme Cianfa a pris Brunel- i o . . "^ . *tMmAné Alt ,„
jesch. .«ventre.-.. 4t.cl d'une SÎSSïSS?fiS
s.rts£îrta,as «-^**-5*-iï*f
m» M.jmj»ui»«ii.i» m> expression, signifie que, dans les
manifestent chez CavalcanU qui n\,porU<i^ établirent entre Gaer-
après une lutte fiévreuse, cédant à J^ B* w dernlw ^^ à
l'hiûuence menaçante du Noir, c- ,a fo, ^^ ^ , ,, mt
change avec lui des discours de „ bannJère ,£ ténèbres dans lesquels leurs opinions
politiques finissent par se confondre 23. Cela ne voudrait-il pas dire
et s'identifier. que Cuerclo CavalcanU eut ensuite
21. A quel ch' or si scocca, pour le bras plus long qu'auparavant ?
CHANT XXV. i07
Sont devenus ce membre aux regards que l'on cèle; Chez l'autre, il se transforme, en deux en se fendant
Tous les deux à la fois d'une couleur nouvelle Les revêt la fumée 24, et sur l'un fait pousser Le poil, sur l'autre corps rapide à s'effacer ". L'un se lève debout, l'autre à terre s'affaisse "; Hais du même regard impie, ardent, sans cesse S'épiant, sous ses feux leurs traits sont échangés. Ceux du serpent , qui s'est dressé, trop allongés, Remontent vers la tempe; et de la chair ténue Restant de chaque joue, une oreille est excrue ; Ce qui n'est pas allé derrière s'arrondir Pour former lèvres , nez, en avant vient saillir. Du gisant " le museau s'aiguise ; ses oreilles Dans la tête rentrant, se retirent, pareilles Aux cornes qu'à son gré renfonce un limaçon ". Sa langue, jusque-là pour parler conformée, Se fend, devient fourchue, et le double aiguillon Chez l'autre se rejoint; puis cesse la fumée ".
24. Leurs discours n'étaient que renégat, par lesquelles les enseignefamée et ne produisaient pas la vé- menls de la doctrine qui conduit à ritable lumière, puisqu'au résultat la lumière vinrent éclairer son es- Us déterminaient l'apostasie de l'un prit, avec les cornes rétracUles du et seulement la demi-conversion de limaçon, organe de la vue chez ce l'autre, sous le rapport religieux. mollusque l
25. Le signe de la virilité, comme 29. Attendu que la fumée n'est, on Ta déjà vu. nous l'avons dit, que l'ensemble des
26. Aux yeux des Gibelins, Ca- discours échangés entre les deux valcanti s'élevait en adoptant leurs maudits et formulés par la langue de croyances, bien qu'en restant Guelfe, chacun. Le double courant de cette tandis que l'apostat Buoso s'abais- parole fumeuse qui rappelle les fusait et s'avilissait. mifere aque de la Canzone Io ton
27. Quel ch' era dritto, et quel venulo al punto délia ruota, ayant ehe giacera, dit le poète, pour nous produit son effet dans la double rendre plus saisissablc l'opposition transformation qui vient de s.'acentre celui qui marchait droit , et complir, puisque l'essence sectaire celui qui s'était mis bassement à de l'un a passé dans l'autre, qui lui ramper. a transmis en échange sa nature
28. Que d'ironie dans cette corn- brutale ou guelfe, il est tout naturel paraison des oreilles du sectaire qu'il ait à cesser,
L ENFER
L'âme en reptile ainsi sous nos yeux transformée S'enfuit par le vallon ténébreux, en sifflant. La suit l'autre, derrière, et crache en lui parlant M ; Puis, lui tournant le dos, à celui qui regarde, Dit : — Voici bien longtemps qu'à son tour il me tarde De voir aussi Buoso ramper sur ce chemin *'. —
C'est ainsi que je vis le septième ravin Changer et transformer. Ma plume se refuse Aux fleurs; me vaille au moins la nouveauté d'excuse ".
Bien qu'un pareil spectacle eût quelque peu troublé Ma vue et confondu mon esprit ébranlé, Les derniers n'avaient pu si vite disparaître Que je n'eusse le temps de bien les reconnaître, Pour Puccio Sciancato, l'un, qui seul avait fui Toute métamorphose ", et l'autre pour celui , Ga ville , qui te fait de larmes te repaître **.
30. En signe de ce mépris mêlé de dégoût qu'inspirent les apostats à ceux-là mêmes qui profitent de leur lâcheté.
31. Carpon, à plat ventre. Je me fais un plaisir de voir ce misérable ramper à son tour dans les rangs guelfes, auxquels je ne tarderai pas à tourner le dos.
32. Qui mi scusi la novità, se fior lapenna abbora. Traduisez ainsi ce vers : ma plume a les fleurs en horreur , c'est-à-dire les fleurs de lis rouges des Guelfes florentins; vienne une révolution {novità est constamment employé dans ce sens par les écrivains italiens), cette révolution fera mieux que de m'excuser, elle me vengera.
33. Parce que lui seul était resté ferme, comme Guelfe convaincu, dans ses opinions politiques et religieuses, à une époque où l'on passait d'un parti à l'autre du jour au lendemain, selon l'intéiét ou le caprice
du moment. Mais, comme les autres, il avait, aux yeux du poète, le tort capital d'avoir usé de fraude et de violence à la fois pouri pratiquer l'embauchage en grand dans les rangs gibelins; c'était voler des âmes à la secte avec circonstances aggravantes. Et voilà pourquoi le poète a fait de ces nobles florentins des larrons de la pire espèce. Les pauvres commentateurs ont été complètement ses dupes et n'ont pas hésité à croire que ceux qu'il dénonçait ainsi, avaient dû se rendre coupables de graves prévarications dans les charges publiques dont ils avaient été investis. Puccio Sciancato était de la famille des Galigaî.
34. Cest-à-dire pour Guercio Cavalcantl, attendu que les habitants de Ga ville , bourg du val d'Arno supérieur, par lesquels il avait été tué, eurent à subir la vengeance sanglante que sa famille ne tarda pas A tirer de sa mort.
Réjouis-toi, Florence, et lève ton front fier, Sur la terre et les mers vole ta renommée; Sans cesse elle grandit et, partout proclamée, Tu vois qu'elle s'étend jusqu'au fond de l'Enfer. J'y trouvai, la rougeur au visage m'en monte, Et ce n'est pas pour toi, certe, un titre d'honneur, Cinq de tes citoyens dont tu tins le plus compte, Subissant des larrons le châtiment vengeur '. Mais si le rêve près du matin n'est trompeur *, Va, sous peu tu seras à même de connaître Quels vœux on fait pour toi , bien ailleurs qu'à Prato * ; Fussent-ils tous comblés, ce ne serait trop tôt; Oui, le fussent-ils tous, puisqu'il leur faudra l'être ; Car plus je vieillirai, plus lourd sera mon lot \
Nous partîmes de là , remontant cette pente Qui nous avait déjà servi pour la descente; Mon guide en gravissant me tirait après lui.
1. Aussi sa plume abhorrait- elle le soleil de la raison va refouler les les fleurs que déployait l'écusson flo- ténèbres de la superstition .
renlin, et pour cela il lie s'en cachait Ville voisine et sujette de Hlo-
guère, attendu qu on n était pas h- , . ,. . ,*., .* M
ué au bûcher pour gibeliiisme. rence foni cl,e n a8Plnut *u * 8e-
Mats, en fait d'hérésie, il en était «mar le joug, tout autrement, et sur ce chef il sa- 4. Moins j'aurai à jouir de ma
tait dissimuler au mieux. - vengeance et plus j'aurai à souffrir,
2. A la veille d'une révolution, en l'attendant, du sort qui m'a été de la novità désirée ; au moment où fait.
210 l'enfer.
Nous parcourions ainsi la route solitaire ,
De rochers hérissée et de maints blocs de pierre,
Où le pied sans la main n'osait chercher appui '.
Je me sentais bien triste alors '. Aujourd'hui même Je retrouve en mon cœur une amertume extrême, Lorsqu'à mon souvenir revient ce que j'ai vu 7; Et je n'en tiens que plus on bride mon génie , Pour que d'un pas discret il suive la vertu *. Il ne faut pas du moins, si d'une étoile amie Ou d'un pouvoir plus haut quelque bien m'est venu, Que moi-même, en courant sans frein, je me l'envie '.
Quand l'astre qui du monde est le brillant flambeau Se montre moins pressé de regagner sa couche, Autant le villageois , penché sur le coteau , A l'heure où le cousin vient remplacer la mouche , Voit dans les champs, qu'il doit peut-être labourer Ou vendanger bientôt, de lucioles errer ; Autant je vis partout étinceler de flammes, Au huitième fossé lorsque nous arrivâmes, Et que je fus au lieu d'où l'œil plongeait au fond.
Tel celui dont les ours vinrent venger l'affront ",
5. Parce que les signes de recon- hir le mystère dans l'excès de son naissance s'échangeaient par l'at- indignation.
toucheraient de la main, et que ces 9. 11 ne faut pas que je risque
pierres étant pour lui autant d'é- de compromettre, par des allégories
cuelSs redoutables, 11 lui fallait, d'à- trop faciles à pénétrer, et moi-
près le conseil de Virgile, les sonder même et ceux qui me sont venus en
avec prudence avant de s'y confier. aide dans ma détresse. Nous sommes donc prévenus que le poète va
6. On le conçoit, exilé qu'il était, épaissir les voiles de sa fiction, sans abri ni ressources, au milieu de 10. H est difficile de croire que ses ennemis. ceue allusion au châtiment que la
7. A savoir, les désertions et les malédiction du prophète Elysée atapostasies qui précédèrent et sul- ^ra sur les quarante-deux enfants virent la mort de Henri VU. <iui lavaient appelé tête chauve,
n ait pas pour but d'Insinuer que la
8. Pour que, prenant pour guide vengeance qu'il entend tirer de ses cette foi qu'il appelle tour à tour ennemis est bien autrement movirtù et valor, il n'ait pas à en ira- tivée.
Quand de brûlants coursiers k sa vue éblouie, Rapides, emportaient au Ciel le char d'ÉHe , Le voulant vainement suivre de son regard, N'apercevait plus rien que la flamme vivace, Gomme une nue, au loin s'élevant dans l'espace; Tel je vois par la fosse errer de toute part Des flammes dérobant ce que leur sein recèle ". En chacune un pécheur vit, se meut avec elle.
Du pont j'observais tout, tellement avancé Que, si je n'avais eu d'un roc l'appui solide , Je me précipitais, sans que l'on m'eût poussé ". Mon maître me voyant regarder, l'œil avide :
—Dans chaque feu, dit-il, un esprit renfermé S'y revêt de l'ardeur dont il est consumé ls. —
Et je lui répondis : — Maître, quand je t'écoute, S'offre la certitude où n'était que le doute. Telle était ma pensée , et j'allais m'enquérir Quelle âme est dans ce feu qui du haut se divise, Et semble du bûcher funéraire surgir Où des frères Thébains la dépouille fut mise 4*.
Et le sage reprit : — Là dedans sont punis " Ulysse et Diomède; et, de même qu'unis
Jl. Nessuna mostra il furto. d'opinion au' sujet de Thèhes-Bres*
Elles cachaient al bien leur larcin ci a, entre les deux âmes emprison-
qoe les commentateurs n'y ont va nées dans cette flamme qui se bi-
qoe du feu. furque au sortrmet. Et, en effet,
12. Cet empressement du poète à comme on peut le voir par la lettre observer ces flammes sans savoir de Dante-Ulysse à Henri-Diomède, encore quel en est le mystère, et le premier n'était nullement d'avis cela au risque de se précipiter, au- que le second réduisit cette ville renonce une vive sympathie de sa voilée avant de marcher sur FJopart pour les personnages qu'il va rence. Jamais Dante n'omet de mettre en scène. mentionner Thèbcs lorsqu'il veut