‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 60 sur 123 · Incapable, dans son endur- ',„ ^ m) ^ Qa · texte numérisé non relu

Incapable, dans son endur- ',„ ^ m) ^ Qa

clssement, d'entendre la v0ix de la MI|quo pafl m ^^ ^ ^

ra,90n ' peler ce roman, d'origine et d'essence

15. Col viso in giù, l'air en des- toute sectaire, qui fut attribué, peutsous, car nous avons là une nou- être avec raison, à Arnaud Daniel, velle catégorie d'hypocrites. ce troubadour don! U est dil,ch. xxvi

16. Ces deux nobles Florentins, de du Purg. : Versi d'amore et prose la famille des Albert!, comtes de di Romatut sorerckià tutti.

L ENFER

Or, pour n'avoir pas plus à te parler ici, Sache que je suis , moi , Camicion des Pazzi; J'attends Carlin, qui doit d'autant m'étre à décharge ".

Ensuite , j'aperçus mille spectres au large , Pari'âpreté du froid le visage marbré " ; Même encor j'en frissonne et toujours frémirai A l'aspect d'un étang recouvert par la glace. * Tout en nous rapprochant du centre, où se ramasse Et tend chaque corps grave entraîné par son poids *•, Je tremblais dans ces lieux si ténébreux et froids. Quand, tout à coup, parmi tant de têtes pressées Passant ( fût-ce accident fortuit, fût-ce à dessein ? Je ne sais, tant l'horreur confondait mes pensées )

18. Ce Camicion des Pazzi appartenait à une famille influente de Florence, originaire du val d'Arno ; Il avait tué un de ses oncles en trahison. Dante, qui ne laisse pas échapper l'occasion tle rappeler les moindres méfaits des Guelfes, quoique les Gibelins ne fussent pas en reste avec eux sous ce rapport, lui fait passer en revue ses compagnons dans la première zone du dernier cercle infernal , appelée Caïne , du fratricide Catn. Les premiers signalés sont les deux frères Alexandre et Napoléon Alberti, seigneurs du val de Falterona, d'où le Bizenzfo va se jeter dans l'Arno. Foccacia Cancellieri, de Plstoie , avait assassiné son oncle et tranché, sur la mangeoire d'une écurie, la main d'un de ses cousins ; ce qui fut l'origine des deux factions noire et blanche.

Sassol Mascheroni avait été décapité à Florence, comme meurtrier de son neveu, dont il convoitait la fortune.

Enfin, Carlin des Pazzi, plus criminel, aux yeux du poêle, que l'assassin qui lui parle, avait livré aux Noirs, à prix d'argent, après la ba-

taille de la Lastra , le château fort de Piano ire vigne , dans le val d'Arno, dont la garde lui avait été confiée, et qui avait résisté un mois durant à tous les efforts de l'ennemi, puis il l'avait revendu aux Blancs.

Il était parent de Pazzin des Pazzi , syndic des Noirs , désigné ch. xxi, sous le nom de Rubicante Pazzo.

19. Si l'on se rappelle que Dante a donné le nom de Cagnazzo à l'un des Noirs démons gardiens du pont des Malesfosses, on comprendra qu'il n'ait pas appliqué ici sans intention à des Guelfes l'épithète de visi cagnaxzi. Toujours est-il que c'est au froid, h l'Influence catholique, qu'ils doivent leur visage de chien, ou leur teint livide et violacé.

20. Il suffit de remarquer que Dante dit : « Le milieu dans lequel se réunit toute énormité, lo mexso al quale ogni gravessa si rauna, »

pour comprendre dans quel sens il fait allusion aux lois de la gravitation, et quel est le foyer commun de tous les forfaits.

chant xxxn. 269

D'une mon pied heurta la face en mon chemin. Elle cria, pleurant : — Pourquoi fouler ma tête , Pourquoi, si tu ne viens, dans la glace englouti Venger plus durement sur moi Mont Aperti , Ainsi me molester ? — Souffre que je m'arrête, Maître, dis -je aussitôt, a On que ce damné Dissipe un doute qui dans ma pensée est né; Puis nous nous hâterons , tant qu'il pourra te plaire.

Mon guide faisant halte , à cette ombre en colère, Qui s'emportait encor, contre moi blasphémant , Je dis : — Qui donc es-tu , toi qui si rudement Vas gourmandant autrui ? — Toi-même dont l'audace Va , dans Anténora, d'autrui heurtant la face, Qui , reprit-il , es-tu? Quand même tu vivrais, Le coup fut si brutal que je ne m'en tairais ".

Mais je vis , répliquai-je 2S, et si de renommée Peut ton âme en souffrance être encore charmée, Avec d'autres je puis garder note de toi.

A l'oubli seul j'aspire ; ainsi pars , laisse-moi , Fût-il prompt à répondre, et plus ne me moleste, Tu sais peu ce qui flatte en ce glacial égout.

Mais par la nuque alors l'étreignant tout â coup , Je m'écrie : — Il te faut dire ton nom funeste, Ou bientôt un cheveu sur ta tête ne reste.

Tu peux bien , répart-il, m'arracher les cheveux, M'écraser mille fois la tête , si tu veux, Avant que je me nomme ou montre ma figure.

Mes doigts avaient déjà tordu sa chevelure, Dont maints débris tombaient, par touffes arrachés ,

21. Quand tu serais un tuant, pelée Anténora, du Troy en Antenor,

un Gibelin, foulant aux pieds dans qui trahit sa patrie en cachant

son indignation les misérables Guel- Ulysse dans sa demeure. Diclys de

fes, percuotendo altrui le gote, tu ne Crète, iiv. iv et v.

serais pas plus cruel à mon égard. 22. C'est précisément parce que je

La seconde région infernale est ap- suis un Gibelin qu» j'en agis ainsi.

870 l'enfer.

£1 lui hurlait, les yeux vers la glace penchés, Lorsqu'un autre, plongé dans cette froide couche, Lui cria : — Qu'as-tu donc, Bocca ? n'es-tu content Des mâchoires d'avoir à battre en grelottant Sans te mettre à hurler " ? Sur toi quel diable touche ?

Maintenant de parler, traître, il n'est pas besoin, Dis-je en l'abandonnant, au monde j'aurai soin De reporter de toi nouvelles à ta honte ".

Va, me répondit-il , à ton gré fais ton conte ; Et n'omets pas , là-haut si tu reviens jamais, Que celui dont pour moi la langue fut trop prompte Pleure ici tout l'argent qu'il reçut des Français. J'ai vu , pourras-tu dire, au milieu de la bande Qui dans le lac transit , le traître de Duera u ; Puis, de quelqu'autre encore au cas qu'on te demande, Tu te rappelleras, là près , Beccheria, Celui de qui la tête est tombée à Florence ".

23. Sonar con le mascelle, repro- 1er des soldats et s'opposer au pasduit l'allusion aux chanls de l'É- faire de* forces de Charles d'Anjou glise, signalée plus haut. dans la Lomhardic; puis il avait à

24. Le Florentin Bocca des Abbati prix d'or ouvert les portes de Ciétrahit les Guelfes à la bataille de mone a Gui de Montfort, et laissé Mon tape rti, où les Gibelins, corn- écraser dans cette ville le parti gimandês par Farinata, firent êprou- bel In , contribuant ainsi pu issa Hiver une déroute complète à leurs ment a livrer le royaume de N a pics adversaires. Tombant à l'Impro- à la maison d'Anjou. Slsmondi pense viste sur Jacques del Yacca des que la position respective des armées Pazzi, qui portait retendait de FIo- de Charles d'Anjou, du comte de rence, il lui abattit le poignet et jeta Saint-Bonlface, qui marchait a sa ainsi le désordre dans les rangs. Les rencontre, avec Obiuo d'Kste, du vaincus perdirent 4,000 hommes. marquis Pelaviclno, qui gardait le Dante parait se rappeler ici que sa passage vers Asti et Parme, tandis famille était guelfe, ou veut prouver que Buoso gardait la plaine an nord que les traîtres sont odieux même à du Pô et le passage de l'Oglio , abceux qui profitent de la trahison. sont ce chef gibelin du reproche de Mais peut-être aussi les Abbati trahison. Hép.ital. , 1. 11, p. 432 et étaient-ils repassés dans les rangs suiv. Voy. Chron. fra Pipp. Muraopposés. tori, IX , ?<i9.

25. Le Crémonais Buoso de Duera 26. Abbé de Vallombrcuse, oris'était approprié les fonds que lui ginaire de Pavic , décapité , quoique avait frit passer Manfrcd pour recru- légat du Saint-Siège , comme cou-

Tebaldello, je crois, est plus loin , ce félon Qui , dans la nuit , ouvrit les portes de Faênce , Avec Jean Soldanier, auprès de Ganélon ".

Nous le quittions à peine, en son dépit étrange, Quand j'en vis deux étreinte dans un trou , dé façon Qu'une tête posait sur l'autre en chaperon. Tel qu'un homme affamé mordant au pain qu'il mange, Le damné de dessus dévorait l'autre , au point Où la voûte du crâne à la nuque se joint u. De Ménalippe mort Tydée , en sa furie , Rongeait moins âprementle front, la chair meurtrie, Que celui-là ces os , y creusant sans pitié.

pable d'avoir conspiré avec les ennemis de la république. Voy.

Villani, VI, 60.

27. Tebaldello des Zambrasi , de Bologne , ennemi des Lambertazzi , «'étant réfugié à Faenza , y feignit la folie durant plusieurs mois. Puis l'habitude prise de ne pas s'alarmer des cris : aux armes ! qu'il poussait au milieu de la nuit , il en profita pour introduire les Bolonais dans la ville. Ceux-ci récompensèrent sa trahison en lui conférant la noblesse avec d'autres prUiléges. (Voy. Annal. Ceten. Murât., XIV, 1105.) Le Florentin Jean Soldanier était passé des Gibelins aux Guelfes , et avait fait bannir, avec ceux de son ancien parti, leur chef Farinata des Uberli.

Inde irœ. Aussi est-il assimilé à ce comte de Mayence qui , dans les épopées du cycle de Cbarlemagne, est signalé comme un traitre, ennemi constant de l'Empereur et des deux preux chevaliers Roland et Renaud de Montauban, ses neveux. Qu'on veuille songer en quel lieu , en quel moment Dante songe à faire allusion à des personnages de roman , à celui de Lancelot, du Cycle du St-Graal, auquel il se re-

porte si souvent, et à ceux de Cbarlemagne , qu'il a aussi en prédilection. Pensera-t-on qu'il en serait ainsi s'il n'existait pas des rapports intimes entre ces compositions et le sujet qu'il traite ? Nos doctes voudront-ils rester encore longtemps à leur égard dans le même aveuglement qui leur a fait proclamer l'orthodoxie d'un poème conçu dans la langue de si , d'après les mêmes idées , sous l'empire des mêmes croyances que les œuvres des romanciers de la langue d'oc. Cette littérature, où il y a tant à découvrir, restera -t- elle toujours pour eux comme carboni spenti?

28. la* re' l cervel s'aggiunge con la nuca, au point où le cerveau, 6iége de la raison, s'unit à la colonne vertébrale , siège de la force. Celui dont l'influence avait déterminé la désertion de l'autre est désigné comme son souverain , V sovran, dont la tête domine la sienne et la recouvre entièrement comme le ferait une cape, et dans cette position ce que le malheureux a de force et d'intelligence est à la merci de celui qui l'a subjugué* y

379 l'enfer.

0 toi qui , si féroce en ton inimitié» T'acharnes sur celui que mutile ta bouche , M'écriai-je , pourquoi cette haine farouche ? Dis-le-moi, qu'apprenant qui tous êtes tous deux , Et s'il a mérité ce supplice hideux; Dans le monde, en retour, je divulgue sa honte, Si ma langue ne sèche avant que j'y remonte.

Du sauvage repas, alors, le malheureux A détaché sa bouche, et l'essuie aux cheveux De la tête qu'il a par derrière entamée :

Tu veux donc, me dit-il , qu'à peine refermée, Je ravive une plaie à l'immense douleur Dont, avant d'en parler, saigne encore mon cœur, D'y songer seulement? Si, toutefois, doit être Mon récit à la honte éternelle du traître Que ne se lassent pas mes dents de déchirer, Tu me verras ensemble et parler et pleurer. Quel es-tu ? Je l'ignore et ne sais davantage En ce gouffre comment tu descendis si bas ; Mais de Florence , en toi , je ne me méprends pas, Je vois un citoyen , l'atteste ton langage.

Apprends donc que je fus , moi , le comte Ugolin ; Celui-ci , Ruggieri , l'archevêque de Pise *.

1. Le comte Ugolin de la Gherar- son gendre, Nino Viseonti. En 1288,

desca, qui avait appartenu au parti accusé d'avoir livré aux républiques

gibelin, passa, en 1286, du coté des de Lucques et de Florence plusieurs

Guelfes, alors victorieux. Secondé des meilleures places fortes, sa

par 1'archevéqne Ruggieri Ubaldini, demeure fut assaillie par le peuple

avec qui il était lié d'amitié, et qui, mutiné, h l'instigation de l'arche*

à sa suggestion, avait déserté comme véque, son ancien allié , qui fut élu

lui son ancien parti , il parvint a pedestat , et le comte se vit jeté

s'emparer de l'autorité suprême dans un cachot. Voy. Sismondi,

dans Pise, où il réunit les fonctions Rép. U.t 1. 111, 13, 18, 24 et Yellro

de podestat et de capitaine du peu- Allég., p. 27. pic, dépossédant de celte dernière

274 l'enfer.

Et maintenant écoute ; il faut que je te dise Ce qui fit que, pour lui , je suis un tel voisin.

Chacun sait , je n'ai donc besoin de te l'apprendre, Comment, trop abusé sur son mauvais dessein, Me confiant en lui , je me laissai surprendre, Et puis fus mis à mort. Il te reste à savoir Combien fut mon trëpas affreux. Tu vas pouvoir Juger ce qu'il me fit endurer de torture.

Plusieurs lunes déjà , par l'étroite ouverture De la tour où plus d'un maudira son destin , Tour que, depuis ma mort , on nomme de la Faim , Avaient lui tristement en la lugubre cage1, Lorsque je fis le songe au sinistre présage Qui , déchirant le voile, en l'avenir prochain Fit plonger mon regard. Comme seigneur et maître , Je voyais celui-ci fièrement apparaître A la chasse d'un loup et de ses louveteaux '. Il franchissait ce mont qui dérobe à la vue Les remparts du Lucquois aux Pisans , ses rivaux * ; Le précédaient, courant tous & bride abattue, • Avec la meute alerte , ardente , aux maigres flancs, Les altiers Gualandi , les Sismond , les Laufrancs *. Bientôt il me sembla voir, parmi les broussailles, De fatigue épuisés, le père et ses petits ; Puis, sous les crocs aigus, se fendre leurs entrailles.

A l'aube , quand j'ouvris mes yeux appesantis ,

2. Lu tour des Gualandi où fut en- lève entre Pise et Lacques.

fermé le comte Ugolln n'était certes 5. Familles Influentes de Pisc, à la

pas appelée la muda ou la cage, si le tête de la faction gibeline dans celte

supplice qu'il y subit lui fit donner ville. La meute fait allusion au bas

le nom de tour de la faim. peuple de Pi se, qui, malgré non at-

3. En devenant Guelfe, Ugolln tachement au parti impérialiste, n'éétait devenu un loup pour le poêle tait pas initié aux mystères de la gibelin, ennemi implacable de la secte; c'est donc comme profane louve romaine. qu'il est araimilé à des chiens famé-

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